‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 45 sur 112 · Idem, 1726, 3 déc; 1727, 1^ juin et 12 juillet · texte numérisé non relu

Idem, 1726, 3 déc; 1727, 1^ juin et 12 juillet

LE CONFLIT ENTRE LE PÈUE ET LE FILS m

tures. A ce moment- là, Rottenbourg prévoit une révolution prochaine, et annonce que « tout s'y prépare ». Il répète cette prédiction dans presque toutes ses lettres, et insiste sur le mécontentement de tous les ordres, militaires, peuple, clergé, car « le clergé surtout » murmure. Il ne s'agit donc plus de la mort du roi : il s'agit d'un acte violent. Quel acte? Une révolution proprement dite, partant de la rue ou de l'armée, comme cela se fait en notre siècle, n'était pas probable. Je n'ose aller jusqu'au bout de ma pensée, mais il me semble que Rottenbourg a eu l'idée que, dans cette cour étrange, contre ce prince qui gouvernait « à la misse », une révolution trouverait des complices en haut lieu. Il croit et il dit que tout peut arriver : « Tête d'homme ne peut presque croire ce que tout ceci deviendra. » Il prévoyait sans, doute, au moins, un internement du roi, après déclaration de folie. Si bien qu'il est permis de supposer qu'entre ce ministre étranger et ce prince, « qui haïssait son père souverainement », il y a eu, dans les entretiens, qui ne peuvent être confiés au papier, des sous-entendusétranges.

Ne supposons rien : nous avons des certitudes qui suffisent. Le jeune prince est, en effet, « prématuré ». Rottenbourg ne peut s'empêcher d'admirer avec quelle perfection il tient son rôle. Aux impérialistes, qui essaient de le tirer à eux, et lui promettent de lui procurer auprès de son père « des agréments », il répond, en fils modèle, « qu'il espère, en observant une bonne conduite, que le roi aura de la considération pour lui, et que, s'il manquait à ses devoirs, il ne mériterait pas que personne

«intéressât pour lui. » Môme avec ses amis, qui savent ie fond des choses, il trouve des expressions qui les voilent. Il parle, non point de son parti, mais « du parti de son grand-père », le roi Georges. S'il remercie Rottcnbourg, c'est du soin qu'il prend « pour la conservation des États du roi son père ». Il a trouvé ce ton exquis du mensonge diplomatique, que l'on dit, en 'Sachant bien qu'il ne trompe personne. Jusqu'où se sont poussées alors ses pensées secrètes? Désirait-il déjà la mort de son père ? En tout cas, il s'entretenait avec luimême de cette mort. Il ne voyait pas de quelle façon Arriverait l'avenir, mais il l'escomptait et le grevait de l'hypothèque de cette reconnaissance, qu'il regrettait •« d'être hors d'état de marquer aujourd'hui ». L'impatience que Rottenbourg calmait par ses exhortations* -c*était celle de régner*.

Déjà Frédéric fait bon visage (le roi le lui reprochera bientôt) à tous ceux que son père maltraite. Ce désintéressement, cette libéralité, cette charité que lui attribue Seckendorff% l'avenir montrera qu'ils ne sont pas dans sa nature. Quand il distribue aux pauvres de Stassfurt le présent de la ville, en recommandant à ses gouverneurs <le ne pas souffler mot au roi de cette générosité ; quand il promet de rendre, après son avènement, aux pauvres gens de Magdebourg, l'argent que le roi l'a forcé d'accepter, cette générosité est fort suspecte. « Il faut, disait Rottenbourg, porter le prince à montrer autant de bonté «que le roi son père montre de rigueur. » Frédéric suivait

i. Rotteubourg, A.-E. Prusse, 1726, 42 nov. et 5 dôc. 2. Voir p. 126.

ce conseil : il travaillait à former « le parti du prince royal ». Il était en relations avec l'étranger, comme sa mère. Il n'écrivait pas encore de lettres à Londres, ni à Versailles, mais il se recommandait aux bons offices du roi de France. A Versailles, on le regarde presque comme un enfant de la maison, et Ton veut contribuer à son éducation : « Le point principal, écrit-on à Rottenbourg, est d'^instruire ce jeune prince dans le principe si véritable que, quelque parti que les princes prennent, il n'y a que la fermeté dans les engagements qui puisse les faire considérer et leur procurer des avantages solides. » Admirable conseil, et bien placé ! Le roi de France lui-même s'en môle. Il écrit à Rottenbourg: « Ce que vous marquez du prince royal semble devoir donner de grandes espérances de sa droiture d'esprit et de son discernement. Vous profiterez des relations que vous avez avec ceux qui rapprochent pour lui faire passer les témoignages du gré que je lui sais de ses sentiments et les assurances de rintérôt que je prends à ce qui le regarde *. »

Frédéric-Guillaume ne pouvait tout ignorer de ces intrigues : la reine était mauvaise conspiratrice, et le prince même ne savait pas cacher son jeu. La coterie adverse surveillait d'ailleurs les menées de la reine *. Un jour, elle eut recours, pour informer le roi, au procédé des lettres anonymes. Grumbkow lui en fit tenir trois, où il était dit, en propres termes « que la reine le faisait c ,

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