‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 50 sur 112 · Kosor, à rappendice, p · texte numérisé non relu

Kosor, à rappendice, p

Il y eut, à la cour, pendant Tabsence du roi, une fureur de musique, Le roi de Pologne avait envoyé, sur la prière do la reine, « les plus habiles do ses virtuoses, tels que le fameux Weiss, qui excelle si fort sur le luth, qu'il n'a jamais eu son pareil ; Bufardin, renommé pour sa belle embouchure sur la flûte Iraversière, et Quanlz, joueur du même instrument, grand compositeur, et dont le goût et Tart exquis ont trouvé le moyen de mettre sa flûle au niveau des plus belles voix*. » La reine donna donc des concerts, que le prince dut écouter avec ravissement. Il aimait passionnément la musique; et jouait du clavecin, du violon et de la flûte, mais la flûte était son instrument préféré. Peut-être a-t-il pris cette prédilection dans le Télémagne, où Fénelon décrit le pupille de Minerve charmant aux sons de la flûte ses amours naissantes. Jouer de la flûte et lire, c'étaient les vraies joies de Frédéric. Il n'a dû guère user de la permission de « courir une bêle »; la chasse, ce plaisir favori de son père, n'était pour lui qu'un exercice violent et slupide. Il n'y allait que par ordre, et, toutes les fois qu'il le pouvait, se dérobait derrière un arbre, et tirait sa flûte. Il a sans doute exprimé sur cet instrument pastoral, mieux que par les vers qu'il écrira bientôt, le vague sentiment poétique dont fut caressée sa jeunesse.

Le goût commun que sa sœur et lui avaient pour la musique embellissait d'un charme délicat leur amitié. Ils faisaient des duos : Wilhelmine nommait son luth PWncipCf et Fritz, sa flûte, Principessa.

i, AI(fm, de la Margrave^ p. 101 ,

L'AUTOMNE DE 4728 A WUSTERHAUSEN

« Nous nous divertîmes parfailcraenl. Nous coulions des jours tranquilles,.. » dit Wilhclmine, en parlant du temps de Fabsence de son père, mais le père revint et il fallut « du paradis tomber en purgatoire ». Le séjour à Wusterhausen, à i'aulomne de 1728, fut d'une tristesse mortelle, avec des scènes violentes. Frédéric avait essayé de l'éviter; il désirait voyager, pour voir du pays et satisfaire sa vive curiosité, mais surtout pour s'en aller. Il n'osa point demander à son père de le laisser partir. Kalkstein glissa sa requête dans une conversation avec le roi, qui répondit par un refus net; il fallut donc rester: jamais Wusterhauscn n'avait paru plus horrible à Frédéric et à Wilhelmine.

La princesse a dessiné avec une malice enragée la caricature de cette résidence si chère à Frédéric-Guillaume, « ce château enchanté... qui ne consistait qu'en un corps de logis dont la beauté était relevée par une tour antique, qui contenait un escalier de bois en escargot. Le corps de logis était entouré d'une terrasse, autour de laquelle on avait creusé un fossé, dont Teau noire et croupissante ressemblait à celle du Styx, et répandait une odeur affreuse capable de suffoquer. Trois ponts, placés à chaque face de la maison, faisaient la communication de la cour, d'un jardin et d'un moulin qui était vis-à-vis. Cette cour était formée de deux côtés par deux ailes où

logeaient les messieurs de la suite du roi. Elle était bornée par une palissade, à l'entrée de laquelle on avait attaché deux aigles blancs, deux aigles noirs et deux ours en guise de garde, très méchants animaux, pour le dire en passant, qui attaquaient tout le monde ^ »

La maison, il est vrai, n'avait pas la prétention d*êlre un palais, et c'est pour cela qu'elle plaisait à Frédéric-Guillaume. C'est un logis de hobereau : la tour rappelle l'origine féodale. L'escalier de bois en escargot est toujours là, et l'aménagement intérieur n'est pas changé : au rez-de-chaussée, quelques pièces do modeste grandeur servaient de salle à manger et de chambres à coucher au roi et à la reine. Au premier étage, la tabagie occupait la plus belle et la plus grande place : le reste était divisé en chambres très petites. L'ouverture profonde de fenêtres étroites, n'éclairait qu'à demi cette maison qui devait être bien sombre, les jours d'automne et d'hiver. Le paysage est très simple : c'est le désert. Des bois grêles allongent sur la platitude du sol leurs allées de sable, où le marcheur n'entend point son pas; c'est un endroit de silence. Mais ce Kœnigs-Wusterhausen est expressif. Il raconte Frédéric-Guillaume, et la simplicité de sa vie, encadrée dans la prose sèche. Hélas! j'y ai vu en mirage les grâces de Trianon, et la majesté du palais de Versailles, les escaliers babyloniens qui montent à la haute terrasse, la longue ligne solennelle du château et les grandes fenêtres de la salle triomphale, où le cinquième successeur de Frédéric-

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