‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 54 sur 112 · Sauveterre, A.-E. Prusse, 7 févr. il · texte numérisé non relu

Sauveterre, A.-E. Prusse, 7 févr. il

204 LA JEUNESSE DU GRAND l'RÉDÉRIC

roî, qui était à Potsdam, crut d'abord que ce n'était qu'un jeu. A la fin, mandé par estafettes, il se rendit auprès d'elle. Dès qu'il la vit, ses soupçons s'évanouirent; il pleura, sanglota, s'excusa des chagrins qu'il lui avait causés, et la laissa en repos quelques jours, mais ces accalmies étaient rares, et les querelles recommencèrent.

Le roi reprochait sans cesse à la reine toute la conduite des deux atnés. Il exprima un jour sa colère par une réminiscence féroce. S'adressant, devant elle et Wîlhelmine, au prince royal : « Vous devriez maudire votre mère, lui dit-il; c'est elle qui est cause que vous êtes ma) gouverné. J'avais un précepteur qui était un honnête homme. Je me souviens toujours d'une histoire qu'il m'a contée dans ma jeunesse. Il y avait un homme à Carthage, qui avait été condamné à mort, pour plusieurs crimes qu'il avait commis. Il demanda à parler à sa mère dans le temps qu'on le conduisait au supplice. On la fit venir. Il s'approcha d'elle comme pour lui parler bas, et lui arracha l'oreille avec ses dents. Je vous traite ainsi, dit-il à sa mère, pour vous faire servir d'exemple à tous les parents qui n'ont pas soin d'élever leurs enfants dans la pratique de la vertu. Faites-en l'application \ »

La reine inspirait de la pitié à tout le monde. On disait qu'elle ne supporterait pas jusqu'au bout sa grossesse : « L'enfant qu'elle porle, écrit Sauveterre, est celui de la douleur. » La cour de France la pleurait déjà: « Nous regretterions fort la reine de Prusse ; ce serait une perte irréparable pour sa famille *. )) D'un accent plus tendre,

Page 1