Aîém. de la Margrave, pp
rait et qu'elle jetait sa malédiction sur lui. > Comme Grumbkow essayait de rattraper ses paroles, et lui conseillait de prendre au moins quelque biais dans sa réponse au roi : « Allez, reprit-elle ; je les connais vos biais et la lâcheté de votre personne. Yous n'êtes qu'un coquin*. » La reine, ce jour-là, s'était soulagée, mais ces satisfactions étaient passagères. Le roi insista, pressa, tempêta. Sophie-Dorothée croyait tout perdu, lorsqu'au mois de mars de Tannée 1730 le différend entre la Prusse et l'Angleterre, qui traînait toujours, s'accommoda, les deux couronnes ayant accepté un arbitrage.
La famille d'Angleterre voulut alors donner à la reine de Prusse une preuve de sa bonne volonté et de sa compassion. Elle annonça l'envoi d'un ambassadeur extraordinaire, qui porterait la réponse à la lettre du mois de décembre précédent. Le roi, malgré qu'il en eût, était toujours très flatté des attentions qu'on lui témoignait. Au fond du cœur, il souhaitait encore le mariage de sa sa fille avec le prince de Galles, pourvu que l'affaire ne fût pas compliquée de conditions embarrassantes pour lui. Il aurait, depuis longtemps, congédié tous les prétendants de son choix, s'il avait reçu de Londres quelque assurance positive. Londres paraissait enfin se décider, et même donnait de l'éclat à sa résipiscence par l'envoi -d'un ministre de qualité. Sir Charles Hotham, que Ton attendait^ était d'une noblesse qui remontait au Conquérant, beaufrère de lord Chesterfield, et, pour achever de plaire à Frédéric-Guillaume^ colonel des grenadiers à cheval de
1. Mém. de la Margrave, et Sauvcterre, A.-E. Prusse, 1730, 25 janv. et 1 févr.
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Sa Majesté BritanDique. Le roi de Prusse, avec la promptitude qu'il mettait dans ses retours, changea d'humeur du jour au lendemain. II invita du Bourgay, le ministre d'Angleterre, à la tabagie, but au roi Georges, et omit la santé de l'empereur. Toute la maison se rassérénait. La reine allait de mieux en mieux, et « donnait d'heureuses espérances pour sa délivrance * ».
Sir Charles Hotham arriva le 2 avril. Le 4, il était prié à dîner à Charlottenbourg, où se trouvait le roi, pendant que la reine, qui était au point d'accoucher, demeurait k Berlin avec ses enfants. Le roi, avant la table, eut une conférence avec sir Hotham, et, sans plus long préambule, se déclara « charmé que sa fille pût être agréable au roi d'Angleterre, qui pouvait en disposer pour son fils, quand bon lui semblerait, et qu'elle ne contribuerait pas moins à sa satisfaction par les sentiments où elle avait été élevée pour lui ». Le dîner fut très gai. On vint à parler de la seconde fille du roi, qui venait d'épouser le margrave d'Anspach. Tout à coup le roi se mit à crier: a II faut marier les filles! A la santé de Guilelmîne et du prince de Galles 1 » Grande surprise, car personne ne savait que les choses fussent si avancées. Grumbkow, assis près du chevalier qui était & la droite du roi, se pencha vers son maître : « Faut-il donc vous féliciter, sire? » « Oui, » répond le roi. Tout le monde se lève et va embrasser, comme c'était l'habitude à celte cour, les genoux ou la basque du justaucorps de Sa Majesté. Hotham fut surpris du toast, du tumulte, et plus