Saavelerre, A.-E. Prusse, 1730, 11 juillet
Le roi était toujours prêt k accepter des insinuatfons de cette sorte. Sa défiance n'avait pas besoin d'être éveillée : elle ne dormait jamais. Aussi n'était-il pas sans doute en bonne disposition d'esprit, quand il reçut le lendemain sir Charles Hotham.
C'était une audience de congé. L'envoyé extraordinaire allait repartir, et devait présenter au roi Guy Dickens, nommé ministre d'Angleterre à Berlin. Il avait résolu do terminer sa mission par un coup de maître. Il savait depuis longtemps la correspondance secrète de Grumbkow et de Reichenbacb, que le ministère anglais faisait décacbeter et lire dans un bureau de poste. Il l'avait déjà révélée au roi par des allusions^ que ce prince avait laissé tomber; il lui avait fait même passer des copies des lettres, dont il n avait plus entendu parler. Grumbkow nia bien entendu l'authenticité de la correspondance; mais il écrivit h Reichenbach qu'il espérait bien que toutes ses lettres avaient été brûlées, comme il brûlait, lui, toutes celles qu'il recevait de son complice. Holham, décidé à le confondre, avait demandé en Angleterre une lettre originale de Grumbkow, et Guy Dickens la lui avait apportée : c'était précisément celle dont nous venons de parler. La pièce était concluante, puisqu'elle prouvait l'existence de la correspondance antérieure. Hotham l'avait mise en poche avant de se rendre chez le roi. Il fut reçu en compagnie de Guy Dickens, le 10 juillet, à midi. Après la présentation du nouveau ministre et la remise des lettres de créance, on parla de choses indifférentes pendant un quart d'heure. Hotham, jugeant que le roi était de bonne humeur, lui dit : « Comme le général de Grumbkow a nié qu'il soit
Tautcur deslellres que j'ai délivrées à Voire Majesté, j'ai ordre du roi mon maître do remettre aux mains de Votre Majesté une lettre originale du général. » 11 tendit la lettre ; le roi la prit, y jeta les yeux, reconnut récriture de Grumbkow, et, bouffi de colère : « Messieurs, dit-il, j'ai eu assez de ces choses-là. » Il tourna le dos, jeta la lettre par terre, et sortit en fermant la porte avec violence. Hotham stupéfait ramassa la lettre et se relira.
A peine rentré chez lui, il écrivit au roi qu'à son très grand regret, après ce qui venait de se passer dans l'audience, où il n'avait fait qu'exécuter un ordre du roi son maître, il était réduit à faire savoir à Sa Majesté la nécessité où il se trouvait d'envoyer un courrier à Londres, pour rendre compte à sa cour d'une circonstance si surprenante. Il suppliait donc Sa Majesté de donner les ordres nécessaires pour que des chevaux de poste fussent délivrés au dit courrier et à lui-même. Deux heures après, le ministre Borcke était auprès de sir Hotham. Il lui exprimait son regret de l'incident survenu, le priait de se calmer et de patienter, promettant d'arranger les choses, Hotham répondit qu'après l'injure faite au roi son maître, il ne pouvait plus recevoir aucune communication de S. M. Prussienne. Si sa personne seule était enjeu, raccommodement serait vile trouvé, mais, comme il n'avait agi qu'en conformité des ordres de son mailre, c'était à S. M. Britannique de décider de la satisfaction que réclamait l'injure reçue.
Le roi était au regret de l'incartade qui lui était échap-