‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 72 sur 112 · sept. 1730, Preu88, Urkundenhuch,,.^ t. II, p · texte numérisé non relu

sept. 1730, Preu88, Urkundenhuch,,.^ t. II, p

2. Ordre au résident à Hambourg, 21 sept. 1730, t6id., p. 156. Sauveterre, A.-E. Prusse, 1730, 11 et 17 sept. — Bratuscheck, pp. 53, 54.

régiment dont il était colonel depuis trois ans était donné à son frère Guillaume. On eût dit que la succession du prince royal était ouverte.

Tous ceux qui approchaient le roi redoutaient qu'elle ne le fût en ciïet. Le ministre de Hollande, Ginckel, qui était en grand crédit auprès de lui, Ta observé pendant la crise. Un jour, au commencement de septembre, il est à la parade auprès du roi, qu'il revoyait pour la première fois depuis l'événement. Le roi lui dit d'abord des choses indifférentes, puis, tout à coup, avec la fu* reur allumée dans les yeux : « Vous savez ce qui se passe, » et, dans un flot de malédictions et de jurons, il nomme les complices du prince, la France, TAngletcrre, sir Hotham et Guy Dickens. Il invite Gînckel à revenir le soir pour lui en dire davantage. Les choses que le Hollandais a entendues ce soir-là, à la tabagie, il n'ose pas les redire. Il n'aurait pas cru qu'il fût « possible à un humain de former des desseins aussi exécrables, aussi impies », que ceux dont il a eu la confidence : « Si le roi de Prusse persiste dans ses sentiments, ce qu'il faut espérer que Dieu ne permettra pas, nous vx^rrons les scènes les plus impies et les plus sanglantes qui se soient passées depuis le commencement du monde. » Cette nuit-là, Ginckel n'a pu dormir, poursuivi par la vision du roi proférant contre toute sa famille les plus épouvantables menaces, le regard en désordre, et la bouche bavant l'écume *. Frédéric-Guillaume croyait alors qu'un grand complot avait été organisé contre lui pour lui enlever son

i. Guy Dickens, 7 sept., Raumer, pp. 527-30.

fils, et même que Frédéric avait voulu le tuer ou Tempoir sonner.

Pendant tout le mois de septembre, sa colère monte. II passe des nuits horribles, tourmenté par des fantômes. Puis il parait s'adoucir un peu, à mesure que l'instructiop prouve, malgré qu'il en ait, Tcxagéralion de ses soupçons ; mais cela même l'exaspère aussi. A la fin d'oc* tobre, dans une séance de la tabagie, il avait accompagné des plus grosses injures le nom de son fils. Ginckel essaya d'intervenir : « Le prince, dit-il, a fait un coup de jeunesse; il est toujours le fils et le sang de Votre Majesté ». — « Pour le sang », répondit le roi... mais il était si furieux qu*il ne pouvait parler; il montra du doigt son bras, comme pour dire que ce sang, il fallait le tirer *.

Frédéric-Guillaume ne croyait avoir rien à se reprocher. « Que Dieu épargne à tous les honnêtes gens, écrivait-il au prince d'Anhalt, les enfants dénaturés! C'est un grand chagrin. Pourtant, j'ai devant Dieu et devant le monde une conscience pure. Avertissements, châtiments, bonté, grâce, j'ai tout essayé : rien n'y a fait. » De la grâce et bonté dont il parle, nous ne connaissons d'autres preuves que quelques retours passagers de tendresse, interrompant la grêle des injures et des coups. Dans l'interrogatoire auquel il .soumettait sa conscience, il était partial pour lui-même. Il se représentait son labeur, sa peine, sa vie rude, et la comparait à celle de ce

1. Oépôche du ministre de Suèd) à Berlin, communiquée de Stockholm Il Versailles, A.-E. Prusse, 1730, 25 ocl. — Voir aussi Guy Dickens» 30 sept., Uaumer, p. 541.

liseur de livres et de ce joueur de flùle. Il pensait à son armée, à son trésor amassé écus par écus, et pour qui? pour ce damoiseau, qui préférait un « roquelaure » à Tuniforme des grenadiers, et s'endettait à payer des livres, de la musique et des filles. L'avenir qu'il préparait à sa Prusse et qu'il regardait de loin, comme Moïse regarda la terre promise, sans espoir d'y entrer ; cet avenir qu'il montrait et prescrivait, tout jeune roi encore à ses successeurs, il le voyait s'évanouir dans la fainéantise de ce rimeur et de ce philosophe.

Alors, devant Dieu, il se croyait justifié de ses rigueurs. Il ne se rend pas compte, dans l'étroitesse de son esprit et le fanatisme de sa volonté d'autocrate, qu'un être peut être fait autrement que lui, et que son fils a le droit de ne pas lui ressembler trait pour trait, et que, pour commander, après lui son armée, employer son trésor, continuer sa Prusse, il faut des qualités qu'il n'a pas. Les qualités de son fils, il commence à les voir en partie, mais elles achèvent de l'irriter, par l'eflFet d'un sentiment qu'il ne s'avoue point. Il admire que ce « coquin » se défende avec tant d'impudence et d'habileté. Il enrage que cette « canaille », ce « vaurien » ait, comme il dit, plus d'esprit qu'un autre. Il est jaloux, et sa jalousie renforce sa haine, qu'elle enlaidit. Son successeur est pour lui un « rival redoutable ». S'il laisse échapper de ses mains ce prisonnier, Dieu sait ce qu'il est capable d'oser, avec ses amis du dedans et du dehors, avec la France et avec l'Angleterre. Au grief des relations occultes avec l'étranger, le roi s'attachait avec acharnement; il le grossissait, afin de compliquer d'une trahison le projet de fuite du prince.

Ccrlainement, il cherchait des accusations capitales '. Los ministres étrangers rapportent que Grumbkow et Seckendorffatlisent la colère du roi. Ils disent que Grumbkow, maître de la situation, voudra se débarrasser du prince, dont il redoute la vengeance. Grumbkow et Seckendorff triomphent en effet : leurs adversaires sont frappés; Cnyphausen a été renvoyé et remplacé par le gendre de Grumbkow. Le roi prodigue les déclarations de sod estime aux deux complices. Tous ceux qui l'entouraient^ disait-il, lui paraissaient suspects, excepté Grumbkow*, qui seul était demeuré fidèle. Enfin l'affaire des mariages paraissait enterrée. Le roi ne veut plus que sa famillo s'unisse à présent ni jamais avec cette famille anglaise. Par son ordre, un de ses ministres amande Guy Dickens^ et lui a tenu ce petit discours : « Je vous ai requis, monsieur, de venir ici pour vous dire de la part du roi mon maîlrc, qu'on ne doit plus songer aux mariages qui ont élé projetés, ni au simple, ni au double. Vous pouvez faire de cette déclaration l'usage que vous jugerez à propos. » Guy Dickens, après en avoir référé à sa cour, a porté au ministre de S. M. cette réplique: « Je viens de la part du roi mon maître pour rendre réponse à la déclaration que vous me fîtes, monsieur, au sujet du doublo mariage. Sa Majesté m'ordonne de vous dire que c'est le roi de Prusse lui même qui a donné lieu de penser à ces mariages, auxquels Sa Majesté s'est prêtée de son côté, par Tamilié qu'elle a pour la famille de la reine sa sœur et

1. Guy Dickens, 3, il et 21 oct., Ranmer, pp, 542-4; Sauveterre, A.-E. Prusse, 1730, 25 oct.

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