Œuvres de Fr. le Gr,, XXVII, I, p
La porte s'ouvrit. Katte alla se placer au milieu des gendarmes, enlre les deux prêtres qui priaient. Il marchait librement, très calme, le chapeau sous le bras. Parti de la porte de la forteresse, qui fait face à la ville, il contourna le bâtiment pour se rendre dans une cour longue, comprise entre le corps de logis et le rempart baigné par roder. Frédéric était enfermé dans une des chambres qui donnaient sur le fleuve. Par ordre du roi, les deux officiers Tavaient conduit à la fenêtre. Dès qu'il aperçut Katte, qui levait vers lui son regard, il lui envoya un baiser : « Mon cher Katte, cria-t-il, je vous demande mille pardons! » Katte fit la révérence et répondit que le prince n'avait rien à se faire pardonner*. Arrivé au cercle formé par des hommes de la garnison, il entendit sans émotion lecture de sa sentence. Il appela près de lui les officiers des gendarmes, et leur dit adieu ainsi qu'à toute rassemblée. Il reçut dévotement la bénédiction des prêtres, ôta sa perruque qu il tendit à l'ordonnance de Schack, et mit sur sa tête un bonnet blanc; il se fit enlever son habit et ouvrit largement le col de sa chemise, tranquille toujours, comme un homme qui bravement « se prépare à une affaire sérieuse ». Alors il s'agenouilla sur le tas de sable qui avait été préparé là. « Seigneur Jésus, dit-il ! » Mais l'ordonnance lui voulait bander les yeux; il Técarta
i. Le» documents contemporaios ne rapportent pas de la même façon les paroles de Katte et du prince. Guy Dickens (Raumer, p. 546) et Sauveterre, qui, pendant toutes ces journées, est évidemment inspiré par son collègue d'Angleterre, donnent ce dialogue : * Mon cher Katte, je vous demande bien pardon de vous avoir entraîné dans ce malheur. » « Monseigneur, il n'y a pas de quoi. » Voir, dans Koser, à l'appendice, pp. 237-41, la bibliographie de l'exécution de Katte. — Katte et Frédéric ont parié en français.
de la main, et reprit : « Seigneur Jésus ! » Le coup d'épée interrompit sa prière.
Le prince royal s'était évanoui sous le dernier regard de la victime.