‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 88 sur 112 · LE NOUVEAU RÉGIME DE VIE · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU RÉGIME DE VIE

Quelques jours après, Frédéric-Guillaume, pour fairo sentir « quelque peu à son fils sa grâce paternelle et royale », lui prescrivait un nouveau régime de vie. Trois jours par semaine, le matin, le prince ira à la Chambre de guerre et des domaines, où il siégera, non plus en bas, tout en haut, au contraire, à côté du président; mais il laissera vide la place du roi, à la gauche de laquelle il s'assiéra. Du reste du temps, il disposera. Il sortira de la ville, à condition d'informer chaque fois le gouverneur, pour aller visiter des domaines dont la liste était donnée. Il s*agit, à présent, d'apprendre par la pratique l'économie dont il connaît la théorie. Quelqu'un de la Chambre l'accompagnera toujours, pour lui expliquer l'exploitation d'un domaine : comment on laboure, fume et sème; la différence qu'il y a entre une bonne et une mauvaise exploitation ; comment il faut élever et soigner les animaux ; comment on brasse et tous les détails de la brasserie, depuis la préparation du malt jusqu'à l'entonuement de la bière. Il faudra raisonner avec lui sur tout, lui faire comprendre pourquoi telle ou telle chose se fait de telle ou telle façon, et s'il y a lieu, qu'elle aurait pu être faite autrement et mieux; lui montrer comment les

" ? ■ . IfF

fermiers arrivent à payer leur fermage, et font argent de tout, sans jamais rien perdre. Wolden sera toujours de ces petits voyages. Il aura soin d'obtenir du prince, qu'il interroge « de lui-même » sur tout ce qu'il verra, et qu'il s'informe, « de lui-même, et à fond. » Ces excursions ne donneront point prétexte, bien entendu, à des parties. L'employé du domaine qui recevra le prince ne mettra que cinq couverts, à huit groscAens jf^r personne*. Le roi voulait en outre que Wolden « fît de temps à autre un plaisir » au prince, tel que promenade sur l'eau, cfaasse, et autres choses permises, mais il devait lui apprendre à se servir de ses mains et à charger son fusil « lui-même ». Le prince aura le droit d'inviter deux hôtes à chaque repas, et de dîner en ville deux fois par semaine, mais aucune femme n'assistera au repas. Un des « trois » devait toujours l'accompagner, dormir à côté de lui, l'empêcher de parler seul à seul avec qui que ce fût, surtout avec aucune fille et aucune femme. Les livres français, les livres allemands « laïques », la musique, le jeu, la danse sont interdits, comme devant, car Wolden doit « conduire dans les choses solides » son subordonné. Bien entendu, il faut remercier Dieu de tout cœur d'avoir changé, par sa grâce, le mauvais cœur du prince, et de l'avoir ramené dans les voies de Jésus- Christ. Il faut continuer à invoquer sa puissante assistance, et, pour cela, le matin et le soir, prier, chanter des cantiques, lire un chapitre de la Bible, avec le recueillement et la dévotion convenables ".

1. Instruction pour Wolden, 2i août 1731, Fôrster, I, pp. 388 et suiv.

Page 1