‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 91 sur 112 · Fontane. Wanderungen..., t. II, pp. 347 et suiv · texte numérisé non relu

Fontane. Wanderungen..., t. II, pp. 347 et suiv

^ont égarés en Brandebourg, comme les temples grecs, et les portiques italiens, et les statues à l'antique, qu'on voit dans les parcs des châteaux d'Allemagne, et qui semblent avoir froid, exilés du Midi, sous les nuages du Nord. Si quelque sensibilité vraie s'y trouve, je ne l'y ai point vue.

A la première déclaration poétique de Frédéric, la colonelle a répondu par des vers de même façon, mais avec une jolie malice à la fin :

C'est toute ma maisou qui y a concouru.

Toute la maison, c'est-à-dire le colonel lui-même. Rien ne prouve qu'elle ait jamais eu un secret pour M. de Wreech : les bruits qui coururent à Cûstrin et à Berlin, lorsqu'elle devint grosse, semblent calomnieux. Elle prenait plaisir à ce badinage; elle en était flattée, rien de plus. Le prince lui a-t-il demandé davantage? Il y a, dans son fait d'amoureux de dix-huit ans, un peu trop de littérature. Même ses lettres en prose sont d'un jeune homme de lettres, qui prévoit l'imprimeur.

Cependant il a pour la cousine quelques jolis sentiments: il admire sa beauté, sa majesté, ses manières, toute sa tenue, qui lui font passer en éclat même les princesses. 11 aime ce qui vient d'elle parce qu'il y trouve de l'esprit et de la grâce ; il a du respect pour la jeune femme, et, s'il a commis une « bêtise » devant elle, il s'en excuse humblement. Bref, il a passé de douces journées à Tamsel et ressenti quelques impressions délicates, les seules de cette sorte qu'il goûtera dans sa vie. C'était une fête pour lui de retourner dans « l'île de Calypso »,

su LA JEUNESSE DU GRAND FRÉDÉRIC

comme Wolden appelait le parc, entouré par la Wartha* Quand il quittera Cûstrin, il enverra son portrait à la « cousine », avec une lettre où il exprimera le désir qu'elle daigne regarder de temps en temps son image, en pensant : « C'était un assez bon garçon, mais il me lassait, car il m'aimait trop, et me faisait souvent enrager avec son amour incommode. » Il y a de la grâce et comme un petit air de mélancolie dans ces adieux. Tamsel est une oasis dans la vie d'un cœur prématurément desséché *.

Frédéric faisait aussi de la prose, même de la prose très prosaïque en écrivant au roi. Il lui rendait compte de ses visites dans les domaines : l'économique est le fond de sa correspondance, sur lequel il brode maints détails, qui sont là comme par hasard, mais qu'il choisit avec un art exquis, pour composer la physionomie d'un fils selon le cœur de son père.

Trois jours après la visite à Custrin, il remercie des grâces qui lui ont été faites ; il confesse encore une fois ses fautes; il s'avoue plus coupable encore que son père ne Ta cru, et révèle enfin l'engagement qu'il avait pris en secret envers la reine d'Angleterre de n'épouser qu'une princesse anglaise. Puis, avec les plus grandes instances, il demande à redevenir soldat, non « par flatterie, » mais du fond du cœur : « Faites de moi tout ce que vous voudrez au monde; je serai content de tout; je serai ravi, pourvu que je sois soldat. » S'il sert et veut

I. Correspondance de Fréd(:Tic et de M»»» de Wreech, Œuvres de Fr. le Gr., t. XVI, pp. 9 et f uiv. ; Koser, à l'appendice, pp. 245-6; Footane, pp. 369 et suiy.

servir son père, c'est « par amour, plus que par devoir * ». — Il s'applique à l'économie et au « ménage ». Il a visité le domaine de WoUup, d'où le roi ne tirait autrefois que 1,600 thalers et qui en rapporte aujourd'hui 2,200, ce qui est admirable. Pourtant, il est possibl^ encore d'y faire « un tas d'améliorations », et d'obtenir, en desséchant des marais, une plus-value de 1,000 thalers, car c'est une terre à blé •. A Carzig, la terre n'est pas aussi bonne qu'à WoUup; il y a beaucoup de sable, et, par endroits, de la chaux. Un bois de ce domaine a brûlé. Voilà un défriché à faire ; si on laisse repousser le bois, il faudra attendre trente ans un revenu. L'intendant pense qu'il vaut mieux établir là une métairie : le prince est de cet avis ; il estime que l'opération rapportera un revenu de quelques centaines de thalers. Il a visité la bergerie et l'écurie qui sont très bien tenues'. A Lebus, les semailles sont faites ; le temps est très bon pour la culture Le prince a vu un grand gars destiné au régiment du roi, et, en le regardant, il a senti saigner son cœur. Le roi lui a envoyé un livre de piété : il l'en remercie, car il reconnaît, en toute soumission, les bonnes et sacrées intentions de son père \ Il a fait le plan, état et contrat pour la ferme de Carzig; on n'y récoltera que du seigle et de l'orge, mais les prairies qu'on y pourra aménager rapporteront 10 p. 100. A Himmelstadt, les bâtiments d'exploitation sont en très mauvais état; la brasserie

\. Le prince au roi, 18 et 21 août 1731. Œuvt^s de Fr. le Gr,, t XXVU, ni, pp. 15-18.

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