‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 92 sur 112 · sept. 1731, ibid., pp · texte numérisé non relu

sept. 1731, ibid., pp

tombe en ruine. Une église abandonnée, tout près, pourrait être transformée en brasserie, à peu de frais. Les écuries devront être rapprochées : elles sont à trois cents pas ; c*est trop loin et il est impossible de surveiller le bétail. Le prince est retourné à WoUup, pour s'instruire auprès de l'intendant, qui est très fort, et fait des améliorations solides *. Entre temps, il parla de ses chasses, où il regrette d'être encore maladroit, car il a manqué des canards et un cerf.

Ainsi, même les marionnettes, qu'il détestait, l'intéressent aujourd'hui. Le voilà trop parfait. Le père, lisant ces lettres, n'en peut croire ses yeux; il ne les en veut pas croire. Il répond sur un ton amical, donne au prince du « Mon cher fils », le tutoie. Il le félicite d'apprendre l'économie, par théorie et par pratique. Il discute les propositions du prince, lui recommande « de tout observer par lui-même, exactement, à fond, d'aller dans le détail, m dus Détail gehen; mais, dans le Fritz du Cûstrin, il revoit toujours le Fritz d'autrefois. « Tu me dis que tu veux redevenir soldat. Je crois que cela ne vient pas du cœur. Tu as seulement voulu me flatter. » Il a tout fait, dit-il, pour inspirer à son tils l'amour dju militaire, mais il n'a pas réussi. Quiconque aime le militaire doit aimer les plaisirs virils, non des occupations de femme, ne pas se ménager, ne craindre ni chaud, ni froid, ni faim, ni soif. Et lui, Fritz, dans toutes les occasions, s'est toujours ménagé, préférant au service et à la fatigue, un livre français, des bons mots, une comédie ou sa flûte. Il a

i. 29 sept, et ô oct. 1731, ibid., pp. 28-30.

négligé sa compagnie de cadets, qui était pourtant si belle, si bonne I « Ah ! si je faisais venir de Paris un maître de flûte, une douzaine de fifres, une bande de comédiens, un grand orchestre, deux douzaines de maître ^^ de danse, une douzaine de petits-maîtres, si je faisais bâtir un beau théâtre, cela te plairait bien plus que des grenadiers ; car, des grenadiers, c'est de la canaille, à tes yeux, au lieu qu'un petit-mailre, un petit Français, un bon mot, une petite musique, un petit comédien {ein petitmaître, ein franzôschen, ein bon mot, ein musiquescken), voilà qui est noble, royal, digne d'un prince {das scheinet was nobleres, das ist was Kônigliches das ist digne d'un prince). Ck)nnais-toi bien loi-même. Voilà tes vrais sentiments jusqu'à Custrin, Ce que sont maintenant tes inclinations, je ne sais, mais je le verrai par ta conduite. » — Redevenir soldat, soit ! Mais il faut d'abord être un bon économe. Un soldat qui ne se suffit pas avec son argent, qui fait des dettes, est un soldat inutile. Charles XII était un brave soldat, mais un mauvais administrateur* Quand il avait de l'argent, il le dépensait. Il a laissé crever son armée, et n'a pu se refaire, après qu'il a été vaincu. « Occupe-toi donc de ton ménage; apprends l'art d'acheter à bon marché; épargne chaque fois quelque chose ; ne dépense pas ton argent en petites tabatières, petits étuis *... »

Il est visible pourtant que le roi ne demandait qu'à "e laisser convaincre, peu à peu. Les lettres, où Fritz, le

1. Cette lettre, du Î8 août 1731, est la première qui ait été écrite aprè» la vi-ittî du roi à Cûstrin; c'est la suite du sermou du 15 août; Œuvres de Fr. le Gr., loc, cit., pp. 18, 20.

dis LA JEUNESSE DU GRAND FRÉDÉRIC

joueur de flûte, le Frilz des tabatières, des étuis et des bons mots, le petit Français Fritz, lui parlait ferme, brasserie, bergerie, étaient faites pour lui plaire. Il devinait que le jeune homme répétait des leçons qu'on lui avait faites. Ce n'était pas Fritz assurément qui avait découvert « des tas d'améliorations » possibles dans le domaine de Wollup : c'était l'intendant. Ailleurs le roi devait reconnaître la main de Hille, mais son fils avait écouté, puisqu'il répétait ; il avait compris ; le Fritz des belles manières était entré dans les écuries, et ses fines narines avaient senti la bonne odeur du fumier. La preuve que le roi était insensiblement gagné, et qu'il était disposé à adoucir l'épreuve et à l'abréger, c'est qu'il permit au prince de venir à Berlin, à la fin de novembre 1731, pour assister au mariage de sa sœur.

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