Voir pp. 121-2 de ce volume
C'est à croire qu*uae fatalité, pesant sur toute cette famille, en condamnait tous les membres à se faire soufrir les uns les autres.
Ces tristes fiançailles ne donnèrent pas le repos à la princesse. La reine, qui espérait encore rompre le mariage, défendit à sa fille de faire des politesses au prince de Baireuth, et même de lui adresser la parole. Elle cherchait toutes les occasions de « turlupiner » son gendre, lui vantant les grandes qualités de sa fille, et l'étendue des connaissances qu'elle lui avait données. « Savez-vous, lui demandait-elle, l'histoire, la géographie, l'italien, l'anglais, la musique?» «Je sais aussi, répondit Baireuth, en riant, mon catéchisme et le Credo, » Le roi, de son côté, faisait la vie dure au prince, dont il n'aimait pas les manières polies et réservées; il essayait de l'enivrer tous les jours, (c pour approfondir son caractère et tâcher de le former ».
La situation du fiancé était singulière dans une pareille famille. Comme le mariage ne se devait célébrer qu'en novembre, il demanda un régiment au roi, qui le lui donna. Avant de partir, il eut avec Wilhelmine une explication. Il lui répéla ce qu'il avait dit à la reine, qu'il n'aurait jamais osé aspirer à sa main; le roi lui en avait fait la première proposition, mais il était prêt, si elle le lui demandait, à rompre tout engagement, en se rendant malheureux pour la vie. Il disait en pleurant les premières paroles d'amour que Wilhelmine eût entendues. « Je n'étais point faite à pareil jargon, dit-elle. » Elle y trouva certainement un plaisir que l'arrivée de la reine interrompit. Sa mère ne la perdait pas de vue. Le soir même de cet entretien, comme Wilhelmine et le
prince avaient cassé ensemble un bonbon à devise, ello se leva do table, et emmena la princesse à laquelle elle Qt bonté « de n'avoir plus de pudeur ».
Sophie-Dorothée attendait toujours d'Angleterre le bon courrier. Elle crut un jour l'avoir reçu. C'était à Wusterhausen, où le prince de Baireuth était venu rejoindre la famille royale. La reine s'enferma avec la princesse. « Aujourd'hui, lui dit-elle, votre fichu mariage sera rompu, et je compte que votre sot de prince partira demain, » mais elle se trompait une fois de plus. Cependant, elle ne se décourageait pas. Elle retenait sa fille auprès d'elle, tant qu'elle pouvait, la faisait surveiller, et, sur des rapports, Taccusait de jouer de la paupière avec son fiancé; mais les jours se succédaient, et les semaines. Le mariage était fixé au 20 novembre. Wilhelmine raconte que^ le 19 au soir, après une journée, où elle avait accablé sa fille de caresses inaccoutumées, la reine la prit à part : « Vous allez être sacrifiée demain, lui dit-elle; » mais elle ajouta qu'elle attendait un courrier, qui donnerait au roi toute satisfaction, seulement elle ne savait pas au juste quand il arriverait. Comme elle ne trouvait aucun expédient pour empocher la célébration des noces le lendemain, il lui était venu une idée, qui lui avait mis l'esprit en repos : « Promettez-moi, dît-elle à sa fille, de n'avoir aucune familiarité avec le prince et de vivre avec lui comme frère et sœur, puisque ce sera le seul moyen de dissoudre votre mariage, qui sera nul, s'il n'est consommé *. »
i. Je garde ce détail, parce que je le crois vrai, si étrange qu'il soit La reine était capable d'aberrations pareilles. (Voir, p. 266, les démarches qu*elle a faites après l'arrestation de son fils.) Wilhelmine invente
Le 20 novombrey à quatre heures, la princesse royale de Prusse se parait pour le sacrifice. La reine voulut présider à la toilette, mais elle était inhabile au métier de femme de chambre. Elle brouilla la coiffure, dont l'ordonnance se composait de vingt-quatre boucles de cbeveux, grosses comme le bras, et surmontées de la couronne. Sous ce fardeau, vêtue d'une robe d'étoffe d'argent avec un point d'Espagne d'or, dont la queue, longue de douze aunes, était portée par quatre dames, la mariée s'avança vers la grande salle, où le roi de Prusse avait entassé tout son luxe : portraits encadrés d'argent, lustre d'argent pesant 50,000 écus, guéridons d'argent, balcon d'argent pour la musique. Au lieu de bougies, qui n'eussent pas été dignes de ce milieu ni de cette journée, des cierges répandaient leur fumée, qui noircissait les visages, et laissaient pleuvoir leur cire sur les têtes et sur les habits.
La bénédiction fut donnée, accompagnée des salves d'artillerie. Puis on se mit à table, où s'assirent trentequatre principautés. Après le souper, on dansa aux flambeaux selon l'étiquette de la cour allemande. Les maréchaux de la cour portant leurs bâtons de commandement
maDlfestemeDt dans cet endroit de ses mémoires, des histoires de courriers arrivés d'Angleterre et interceptés ou retardés par Grumbkow. Mais les dépêches de Sauveterre, A.-E. Prusse, 1731, 19 mai, 21 juin et 13 octobre, prouvent que la reine continuait à négocier à Londres. Dans la dépêche du 13 octobre, Sauveterre mande que Guy Dickens eslime que la négociation relative au mariage pourrait bien se renouer. Après le mariage, il parle (18 déc. 1731) de démarches qui ont été faites, trois semaines avant les noces, pour obtenir le prince de Galles. « Tout a été rompu au demier ressort, parce que le roi d'Angleterre n'a pas voulu se départir du double mariage. » Jusqu'au demier moment, la reine a continué d'espérer et d'intriguer.
commoncèrent la marche ; les généraux suivirent, tenant chacun un cierge allumé. Les nouveaux époux firent deux tours, en marchant gravement. La mariée prit alors les princes Tun après Tautre, et fit faire un tour à chacun; le marié répéta la même figure avec les princesses. La fête était finie. La margrave fut conduite d'abord dans une chambre de gala, où ses sœurs la déshabillèrent, la reine l^ayant jugée indigne de cet honneur, qu'elle lui devait d'après l'étiquette ; puis elle se rendit dans son appartement, où son père lui fit réciter tout haut le Pater et le Credo, Au souper, le roi avait eu la satisfaction de donner enfin au marié « une pointe de vin ^ ».