déc. 4*231, et 17 janv. 1732, iôid.^ pp
chercher à quel point de son développement il est arrivé à Custrin après un an et demi de séjour.
Sa sœur ne Ta pas reconnu. Il est bien changé en cfTel. Un portrait, qui semble être de la dix-huitième année, avant la prison, lui donne une longue figure, ou, pour mieux dire, une Figure allongée, un regard douteux, à demi triste, inquiet, et je no sais quelle expression combinée do mélancolie et de vice. A Cûstrin, il s'est fortifié ; il a pris de l'encolure; son visage s'est rempli. « Vous verrez, avait dit Hillo à Grumbkow, avant le voyage à Berlin, Votre Excellence le trouvera changé. Il a la démarche ferme et aisée. Je ne lui trouve plus cet air de marquis qu'il avait cy-devant. » Un visiteur Ta trouvé « agrandi avec un air de sanlé et de gaieté ». C'est TefTet qu'il a fait à tout le monde quand il est venu à Berlin. Le roi, qui n'est pas facile à contenter, (rouve bien qu'il se dandine encore, mais il a dû reconnaître que le gars se plantait mieux sur ses pieds. Voici ce qui a dû lui faire grand plaisir: Frédéric, engraissé, prenait de la ressemblance avec lui. Plusieurs fois, Hille a surpris dans des jeux de physionomie cet air de famille. Naturellement, c'est dans la mauvaise humeur que passe cet air redoutable : « Il est surprenant combien il ressemble à certain temps à Jupiter armé du tonnerre *. »
Plusieurs traits du caractère du prince inquiètent ceux qui l'observent : d'abord le goût immodéré « pour le brillant et ce que les Français appellent de l'esprit ». Le prince, dit Hille, se pique extrêmement d'avoir de cet
i. Hille à Grumbkow, 28 avril et 5 jiiiu 1731, FOrstcr, pp. 40-!, 49.
esprit. Le meilleur moyen de gagner son amitié sera de le louer par là, et non pas de lui procurer des recrues, eussent-elles trois aunes et demie de haut. Il est capable de se tromper plus tard dans le choix de ses conseillers, à cause de ce travers. Le bon sens tout nu ne lui plaira pas, même joint à toutes les connaissances, solidités et vertus... « Un sentiment avec Tassaisonnement d'un bon mot, d'une pointe, l'emportera sur le plus solide, dit nuement... Il ne connaît presque pas les Allemands. Il trouve que ceux qu'il a hantés à Potsdam ne remplissent pas ridée qu'il s'est formée d'un homme spirituel et poli par la lecture des livres français. De là, son étrange prédilec- Cion pour cette nation. Il croit que les Français sont tels qu'ils se dépeignent dans leurs livres. Ceux qu'il voit ne le détrompent point, parce qu'il les croit un peu gâtés par le commerce des Allemands... Par prévention il leur trouve un mérite qu'ils ignoraient eux-mêmes *. »
Comme les Français, Frédéric se pique d'une « politesse fort scrupuleuse, même à l'égard des gens qui ne sont rien à proportion avec lui », mais sa politesse est d'un très grand seigneur. Il sait son rang et le marque. Après une conversation très familière, on lui présente des officiers : « il les reçoit en roi ». Il souffre « d'être réduit au niveau des particuliers d'une petite ville, tant par rapport à son entretien qu'à ses occupations ». Il a de l'orgueil, do la hauteur de prince royal et de gentilhomme, et ne peut retenir son dédain pour la roture. Il est ravi de de la mort d'un certain Thiele, qu'il déteste ainsi que son frère le
t. Koscr, annexes, pp. 266-07.
colonel, parce que, n'élant pas nés nobles; ils occupent (le Irop grands posles. Un jour, Hille, interrogé par lui, sur ce qui s'était passé à la Chambre, lui répond qu'on a examiné les comptes du Londrath de Selchow. Le prince se récrie, trouvant fort extraordinaire qu*un gentilhomme soit obligé de rendre des comptes à des bourgeois. HilIc, qui est un bourgeois, trouve l'impertinence un peu forte. Il réplique qu'effectivement, « tout était renversé dans le monde, et que cela ne se remarquait mieux que quand on considérait que des princes, qui n'avaient pas le sens commun, et ne s'amusaient qu'à des bagatelles, commandaient cependant des gens raisonnables. Cela demeura là.- S'il est fâché, j'aurai eu le plaisir de lui dire une vérité, qu'il n'entendra pas toujours *. » Il va sans dire que le prince est moqueur; il avoue que ce qui lui plaît le plus dans le monde, c'est d'observer le ridicule de chacun \
£n morale, il est bien léger. Il a fort scandalisé par ses propos Schulcnbourg, le président du Conseil de guerre de Kôpenick, qui est allé le visiter à l'automne de 1731. Le vieillard avait entrepris de le prêcher. Il a passé en revue avec lui tous les devoirs de la vie. Sur l'obéissance filiale qui, « selon toutes lois divines et humaines, » disait Schulenbourg, doit être aveugle, Frédéric a fait mainte objection, donnant ainsi un singulier commentaire aux lettres à son père, si pleines de protestations de soumission absolue. « Je ne crains rien de plus, dit-il, que de me revoir toujours auprès du roi. » Pourtant il témoignait,
I. fïiWt à Grumbkow, 28 avril 1731, FOrster, pp. 40-1. Voir, outre les lettres de Hille, Irois rapports de Sdiulemboiirg, Fôrstcr, III, pp. 65 et auiv.
à l'ordinaire, de bons sentiments à l'égard du roi. Hille, à qui ces sentiments ont d'abord paru « fort douteux », a fini par y croire. « Il est sûr, écrit-il un jour, que ceux qui soupçonnent le prince de ne pas aimer son père et sa maison se trompent. » Qu'il aim&t sa maison, cela est certain. Quant à son père, il est probable qu'il lui a su gré de s'être adouci à son égard, et même qu'il a commencé à lui rendre la justice qui était due à l'organisateur de la force prussienne, mais l'aimait-il? Un jour, comme il venait d'apprendre que sa sœur de Baireuth était grosse, il écrit au roi pour le féliciter, et lui exprimer l'espoir « que son très gracieux père verra les enfants de ses enfants, en tout contentement et santé'». J'ai bien peur que Frédéric, qui mentira beaucoup dans sa vie, n'ai dit là un de ses plus gros mensonges.
Sur le mariage, les propos de Frédéric scandalisent toute la colonie de Cûstrinet le bon Schulenbourg. Gomme il a des raisons de craindre un mariage contre son gré,, il déclare tranquillement: « Si le roi veut absolument que je me marie, j'obéirai : après cela, je planterai là ma femme, et je vivrai à ma manière. » Schulenbourg, objecte que, premièrement, une pareille conduite est « contre la loi de Dieu, puisqu'il est dit expressément que les adultères n'hériteront pas du royaume des cieux,. et, secondement, contre l'honnêteté, puisqu'il faut toujours tenir les engagements pris ». « Mais, réplique le prince, je laisserai à ma femme la même liberté. » Nouvelles exclamations de Schulenbourg. Le prince y répond