‹ La jeunesse du Grand FrédéricChapitre 98 sur 112 · janv. nsn CEuvres de Fr. le Gi\, XXVU, III, pp · texte numérisé non relu

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<i en jeune homme ». Il répète qu'il est jeune et veut profiler de la vie. « — Prenez garde, reprend le menlor, ne vous abandonnez pas aux femmes : le roi, averti, vous donnerait mille chagrins ; vous ruineriez votre santé ; sans compter les chagrins qui accompagnent ces sortes de plaisirs. — Bah ! reprend Frédéric, qu'importe si je gagne la... : beaucoup d'honnêtes gens Tont eue; on peut fort bien en guérir. » Et, prenant Toiïensive : « Quand vous étiez jeune, vous n'avez pas été plus sage, et même qui sait ce que vous avez fait à Vienne dans votre dernier voyage ? »

Schulcmbourg ramenait à tout propos le nom de Dieu. Le prince ne s'explique point sur le sujet de la religion. II se contente de dire que Dieu est bon et qu'il pardonne les peccadilles, mais il est certainement devenu irréligieux, lui qui parle à son père de ses dévotions. Quand Ilille exprime le vœu que Dieu donne au prince « un peu plus de piélé », il emploie un euphémisme.

La façon de vivre qui lui est imposée et à laquelle il semble résigné dans ses lettres à son père, lui répugne absolument. Il mange peu, mais aime « les petits plats et les hauts goûts ». Il n'est pas vrai qu'il se soit habitué à la bière, ni qu'il n'ait bu du Champagne que pour obéir aux médecins. Du reste, il boit peu ; le vin qu'il préfère à l'ordinaire est celui de Bourgogne avec de l'eau. Il continue à ne pas aimer la chasse, quelque apparence qu'il se donne d'y vouloir prendre plaisir. Un jour que Hille lui demande comment il arrangerait sa vie, s'il en était le maître: « Je vous assure, répond-il, mais n'en diles rien, que le plus cher de mes plaisirs est la lecture.

J'aime la musique, mais beaucoup plus la danse. Je hais la chasse, mais j'aime fort à courir à cheval. Si j'étais le maître, je ferais tout cela comme l'envie m'en prendrait; mais j'emploierais une bonne partie de mon temps à mes affaires... Je raffinerais après cela que ma table fût proprement et délicatement servie, quoique sans profusion. J'aurais de bons musiciens, mais peu, et jamais au repas, parce que la musique me fait rêver etm*empèche de manger. Je dînerais seul et en public, mais, à mon souper, j'aurais des amis et je les traiterais bien. » Pour s'habiller, il porterait toujours l'uniforme, mais « avec des surlouts 1res magnifiques. » En disant tous ces projets pour le jour où il serait le maître, il « entrait dans une espèce d'extase * ».

En attendant qu'il fût le maître, Frédéric continuait à se moquer de l'économique et de son métier d'inspecteur des domaines. Quand il part pour Berlin, au mois d'octobre 4731, il envoie à M"**" de Wreech un plan « qui se dresse actuellement » de son entrée dans la ville. « Je serai précédé d'un troupeau de cochons, qui auront ordre de crier de toutes leurs forces. En suite de quoi, viendra un troupeau de brebis et de moutons. Ceux-ci seront suivis d'un troupeau de bœufs de Podolie, qui me précéderont immédiatement... Monté sur un grand âne, dont le harnais sera simple au possible, au lieu de pistolets j'aurai deux sacs remplis de diverses semences...; au lieu de selle et de housse, j'aurai un sac de farine» où

1. Hille à Grumbkow, 30 sept. 1731, Fôr?ter, lU, p. 63. — Voir, dans ]es rapports de Schulemboarg cités plus haut, notamment les pp. 55, 65, 69 et 72.

ma noble figure sera assise dessus, tenant» au Heu de fouet, un gaulis à la main, et ayant, au lieu d^un casque, un chapeau de paille en tète... Autour, des paysans armés de faux ; derrière, des gentilshommes ; sur un chariot amoncelé de fumier, l'héroïque figure du sieur Natzmer; en haut d'un chariot de foin, TefFrayante figure du terrible Rohwedel. La marche sera conclue par le sieur de Wolden, qui aura la bonté de passer son temps sur un chariot rempli d'orge et de froment*. »

I! ne faut jamais croire Frédéric sur parole, quand il raille ainsi. Il se fait autre et fait pire qu'il n'est, à la façon française. Il a beau dire : il sait l'économie. Il a étudié les terrains, les cultures, les bëtes, les paysans. Il sait comment un fermier « convertit tout en argent », et ce qu'il en coûte à un laboureur, comme disait son père, pour épargner un thaler. Il a dit à Hille que, lorsqu'il s'occupera de ses aiïaires, il ne fera pas lui-même des états : « Là-dessus, je m'en fierai à vous autres », mais il pourra vérifier un état, tout aussi bien que son père. On voit déjà qu'il ne sera point prodigue. Hille remarque, et cela est d'importance, que pour ce qui est « de la générosité, il a besoin d'y être accoutumé. » Ce n'est pas en vain que son père l'aura forcé à apprendre le prix du beurre ; Frédéric ne gâchera jamais le beurre.

Ce qui l'intéresse le plus dans l'économie, ce sont les grandes affaires, où la politique est mêlée. Son « plan pour le commerce de la Silésie » a dû être fait avec la collaboration de Hille, qui avait traité la matière devant lui, mais

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