Et moi je te baisl Va-t’en! répliqua la jeune fille
3 ui, d'un geste hautain, ordonna à Godolphin de sortir e son oratoire.
Et Godolphin sortit la télé baissée, la rage et le déses- 1 poir au coeur.
Peu après René revint.
Paola courut à lui.
— Eh bien? dit-elle.
Sa voiz était anxieuse, son œil étincelant. René lui 1 avait promis de la venger.
— Il est grièvement blessé... peut-être mort...
, — Qui ? Noê? fit Paola dont le cœur était altéré Je
f vengeance.
i — Non, le sire de Coarasse.
; — Ah ! fit-elle avec déception, car il lui importait peu
que le sire de Coarasse fût mort ou vivant.
— Demain, ajouta René, ce sera le tour de ton ravisseur.
— Dieu vous entende, mon père !... murmura la vindicative Italienne, dont l’amour s'était transformé en une haine implacable.
En ce moment on frappa à la devanture de la boutique, — Oh ! oh I fit René.
C« Jeun# botnroe ert i«ne femme, monsieur de Coaratsc, «lit-elle. (P, 161.)
Godolpbln alla ouvrir.
Cétait le duc de Guise qui entrait.
Le duc retenait du Louvre, le duc avait quitté Nancy quelque* minute* auparavant, laissant une lettre d’adieu sur la table de Marguerite.
Il était toujours pâle, de cette pâleur nerveuse qui est l’indice <fune fureur concentrée, mais son œil était calme, et un sourire triste glissait sur scs lèvres.
— René, dit-il au Florentin, je vais quitter Paris et j’ai voulu te voir avant mon départ.
— Monseigneur...
— J'ai voulu te voir, parce que bientôt, je l'espère, fes événements qui nous ont réunis ce soir nous réuniront encore... Le sire de Coarasse n’est point mort...
— Ah ! fit René avec colère.
— Il n’est point mort, ajouta le duc, et un jour viendra où lui et moi nous nous retrouverons face à face.
— Pcuhl fit le Florentin avec dédain, un Coarasse... un hobereau.
Le duc fronça le sourcil.
— 11 est Béarnais, et pour moi, reprit le duc, il représente la Navarre. Ecoute-moi bien, René, l’heure est proche où catholique* et huguenots se diviseront en deux camps. Je ne sais quel sera le chef des derniers, mais je te jure que, aujourd'hui même, j’ai voué une haine mortelle aux calvinistes et que je serai leur exterminateur I
Et le duc, sans vouloir s’expliquer davantage, serra la main à René, repassa le seuil de la boutique et se perdit dans les ténèbres.
Une heure plus tard il galopait vers Nancy, empor-
2l“*LIV*ÀlSO!»
tant au fond du cœur une haine mortelle pour Henri, le fùlur roi de Navarre, le favori de la belle Marguerite que lui, le duc Henri de Guise, avait tant aimée 1..*
La terreur de Noé fut grande lorsqu'il vit entrer Nancy.
Henri lui-roème était si fort occupé en ce moment auprès de la belle argentière qu’un léger incarnat colora ses joues et monta à son front.
Seule, Sarah demeura impassible. Savait-elle l’amour de Marguerite pour le sire de Coarasse , bien que Henri eût toujours eu soin de le lui dissimuler, ou bien avaitelle tout deviné instantanément?
Ce serait assez difficile à dire, mais toujours eat-il qu'elle ne rougit ni ne pâlit et continua à tenir dans sa main une des mains du jeune prince, sans que le sourire de ses lèvres s’effaçât, sans qu'un seul muscle de son beau visage tressaillit.
Le calme de l’argentière rendit aussitôt à Henri toat son sang-froid.
— Bonjour, ma petite Nancy, dit-il.
— Bonjour, monsieur de Coarasse.
— Regarde c«feune homme.
Et, clignant l’œil, Henri désignait Sarah.
Naney arqua ses lèvres roses en un sourire mutin :
— Ce jeune homme est une femme, monsieur de Coarasse, dit-elle.
— Ah ! tu t’y connais.
— Un peu, fit modestement U camérière de Marguerite.
— Et sais-tu quelle peut être... celte femme, ma petite?
Eu parlant a»n«i, le prince regardait l’argentière.
— Penh! dit Nancy, une femme qui voua aune, sans doute.
Sarah eut l'héroïsme de sourire au lieu de rougir.
— ‘ El que... tou> aimez... peuUtKf... ajouta .Nancy, qui menaça le prince de «on doigt.
— Mademoiselle se trompe , dit froidement l'argenttère.
— B«d! fit à son tour le prince, ne vas-tu pas être jalouse. Nancy ma mignonne?
— Oh! répondit Nancy, ce ne ferait point pour mon •onipte, en ton» les cas, monsieur de Coarasse.
Le sang-froid railleur de Nancy mettait Henri mal à Taise.
Cependant il reprit :
— Coiumeml ma petite, toi la fine mouche, la futée eamérière, l«* page femelle qui sait tout et toit tout... tu n'as pas d* vloéî
— J** devine que madame ae nomme Sarah Loriot.
— Ah! ah!
— Qu'elle eut comme vous une victime de René... et ur médaille Mirguerite, sclieva gravement Nancy, a ut Mm fait de prendra se* précautions.
— Q e vem-iu diret
— Dans cette maison , bien que le maître tou* soit dévoué , bien qu'on tous y ail transporté la nuit, tou» n'éliet en aûreté qu'à ma lié.
— Il est certain , ma pauvre Nancy, murmure piteusement le pnnec de Navarre, il est certain qu’en ce moment un eufint aurait raison de moi.
— Or, continua la caméricre , qui se piquait de logique, René a le flair d'un vieux cluen de c'.asse. Voua Hm seul Ici et il aurait fini par voua y dénicher; maintenant que vous êtes avec madame, re sera hu n plu* LM •ait. Deux perdreaux ont toujours plus de fumet qu’un seul.
— C'est vrai, œla.
— Aussi, du Sarah qui se leva vivement, aussi vais-je SM retirer.
— C’est inutile, madame.
— Pourquoi?
— Parce que madame Marguerite, qui s'intéresse quelque peu à SI . de Coara&se, lui a trouvé un autre logis.
— Ah J lit Henri.
— Un log s plus agréable...
— Oh! oh!
— El plus sôr.
— On est-il rit ué ? demanda le prince en regardant Nancy.
— Au bord de la Seine.
— En amont ou en aval?
— C'est une assez belle maison qu'on appelle le Louvre.
Noé qui, Unit en causant avec Myette, n'avait perdu ni un mot ni un gesie de celle scène, Noé laissa échapper une exclamation de surprise.
En même temps une légère pâleur se répandit sur le visage de la tvelte argentiere.
Sarah songeait :
— S’il va au Louvre, )e ne le verrai plus, mon Dieu !
— Tu es folle r . disait en même temps le prince.
— Mais non, monsieur de Ci tarasse.
— Ornaient ! madame Marguerite me veut flaire transporter au Louvre ?
— Oui.
— Alors madame Catherine est morte... et René s'est ooyé...
— René ne boite piesque plus, bien que maître Caboche ait serré fortement le brodequm, et quant à la i-eme- mère, elle se porte comme un charme, à telle cn- : ligne qu elle vient de partir pour Saint-Germain.
— Avec qui?
— Avec te roi, qui chasse ce matin.
Henri crut que Namy et Marguerite délaient concertée» pour le cacher khi dans la chambre de l’une, soit dans l'oratoire de l’autre.
Nancy, d un mol, détruisit celte supposition.
— C'est le roi qui s'est chargé de vous loger, d vielle.
— Le rnl !
— Mon |)teu, oui!... et son médecin, vous savez, le bon M ron, le frère du prévôt des marchands , vous panses a.
— Je rÔv«... murmura Henri. Le roi sait donc?,..
— Le roi sait tout. Madame Marguerite est ailée se Jeter à ses genoux.
— Quand!
— Ce matin.
La pâleur de l’argentière augmenta.
— Elle lui a tout dit, continua la camériôre, c’est-àdire la trame de René, le courroux de la reine et le péri extrême où vous vous trouveriez, votre blessure une fois guérie.»
— Marguerite est un ange! s'écria le prince assri étourdiment et sans trop songer que cette autre femme assi-e au pied de ton ht l'ammit aussi, et plus ardemment petM-élre que Marguerite.
— Bon! pensa Nancy, qui remarqua la pâleur de Fargentière, j'avais touche juste... elle l’aime!... Pauvre Narguer, tel...
— Ainsi, reprit Henri, le roi devient mon protecteur?
— Envers et cou ire tous.
— Hum I
Le prince eut un sourire sceptique dont Nancy se trouva Messée,
— Est ce que voua ne croyez pas à la protection du roi? œmanda-l-elle.
— Mais si...
— V..us dite* cela singulièrement.
— Ah ! c’est que...
Henri s’arrêta.
— Voyons! fil Nancy d’un L»n (tiqué.
— Je suis un petit gcnliUâire quoi» nomme le sire de Ooarasee.
— Eh bien?
— Et M. le duc de CriHon étiit un rte ces grands seigneurs avec lesquels la monarchie a toujours compté.
— Apres? fit Nancy.
— M. de Grillon « tait !aini du roi. Il a failli faire rouer René... Le roi ne jurait que par lui... et cependant...
Nancy vit venir la botte si crête et prépara sa rip-*te.
— Cependant, acheva le prince, madame Catherine a demandé son exil et l'a obtenu.
— U ih 1 murmura Nancy, c'est un cancan du Louvre, ce que vous me racontez là...
— Je le tiens de Ptbrac.
— M. de Ciiilon s’est retiré dans ses terres, voilà tout.
— Eh bien 1 fil le prince en riant, savez-vous ce qu'il m'adviendra, & moi qui n'ai pas de terres?
— Voyous I
— On m'enverra en Grève...
Nancy fut prise d’un fou rire :
— Ah! monsieur de Goarasse, dit-elle, je crois que vous devenez poltron...
— 11* ut beu!
— Ei si vous teniez un pareil langage devant madam - Marguerite, elle pourrait bien ne plus vous aimer...
— Tais-hû, folle...
— Justement, dit Nuê qui était appuyé à la crois e- U voilà.
Ni è regardait dans la rue et il venait de voir apparaître à l'angle de la place Saint- Germain-l'Aui* rrois une litière fermée dont 1rs panneaux étaient peints aux armes de France et dont les porteurs étaient vêtu» unpartie jaune et bleu, ce qui était la livrée ordinaire dx mid m« Marguerite.
Un biillchordicr précédait la litière. Deux pages marchaient d* rrière, — le pafB Gauthier et le pige Raoul Heur» r- goda l argi-ntiere, puis il regarda Nancy.
Nam y était nue de ce* nature» fines et pcitétranles dont ou dit vulgairement quelles voient courir l'air...
Elle devina la pcOsee de Ucun, peucha à suo urcdle et lui dit :
— Je tou» comprend!.., Vous voudriez bien qu'on emmenât pareillement au Louvre la belle Sarah Loriot.
— Dame fit naïvement llenri, pour t'arracher à René.
— Et pour l’avoir prés de vous...
* —Chut!
Ia recommandation de aileoce que Henri faisait à Nancy était inutile, car, en ce moment, la porte s'ouvrit et la princesse Marguerite entra.
Marguerite était rayonnante.
Quelques heures plus tard, le rot Charles IX rentrait au Louvre.
Le roi revenait dt Saint-Germain, où il avait forcé un cerf lix cors.
Madame Catherine chevauchait à cété de lui, au mil<eu d'un groupe de courtisan 4 .
le roi était de Mie humeur, la reine- mère souriait.
Pour que le roi fût de belle humeur, il fallait la combinaison de trois circonstances.
La première était une bonne nuit durant laquelle il n'eût point souffi-rt de sa maladie de cœur ;
l-i seconde, une belle journée de chaque pendant laquelle les chiens ne se fussent pas trouvés en défaut*
Pour la t r oisiè me, ch-ise plus difficile, il fallait que madame Catherine eût oublié d'entretenir son fils de politique et de disposions religieuses.
Ces trois circonstances, heureusement combinées ce jour-IA, avaient fait de Charles IX, prince maussade et violent d'ordinaire, un monarque aimable et plein d'indulgetK*.
Pour que madame Catherine se prit h sourire, il fallait également troi - 1 hoses, mais il n'était pas besoin qu'elle» se trouvassent réunies.
Il (allait ou que René, son astrologue, fût lu dans les astres que le duc de Guise mourrait de mort violente, que les hugu* nols et* le roi de Navarre s'entr'égorgeraient un beau jour, et que la reine Jeanne d'Albret, le mariage de sou fils accompli avec madame Marguerite, avalerait de travers une arête de poisson, ce dont elle mourrait assurément.
Ou bien il fallait que le roi eût signé le matin l'arrêt de quelque seigneur son ennemi, lequel aurait été, à tort ou à raison, reconnu coupable de félonie.
Ou bien encore — et c'était alurs que madame Catherine avait son meilleur sourire — (I fallait, disons-nous, qu’elle eût à demander au roi quelque chose comme l'aulorisaucn de faire noyer ou poignarder, sans bruit, quelque gentilhomme coupable de trahison A ses yeux, mais que le parlement n'aurait peut-être pas jugé* tel.
Pendant toute la journée, madame Catherine avait paru rajeunie de vingt ans, elle avait galope côte à côte avec le roi, et les courtisan» s’étaient dit :
— Madame Catherine, qui «'occupe d’alchimie avec son cher René, aura trouvé sûrement quelque pli dire mystérieux qui, en l’espace d'une nuit, lui aura rendu se* vingt an-.
Au moment où le royal cortège s'engouffrait sons les voûte» du Louvre, la reine-mère se pencha vers le roi et lui dit :
— Votre Majesté me voudra-t-elle recevoir ce soir?
— Avec joie, madame.
— Entre huit et neuf heures, dans son cabinet de travail..
— Mais certainement.
— Je ferai probablement A Votre Majesté une confllenee.
Charles IX fronça le sourcil.
— Est-ce que vous m'allez encore parler de politique T
— Non, Sire.
Le roi respira.
— Alors, venez... nous jouerons à Vhombn.
— Soit, du la reine.
— Il est bien fâcheux que ce pauvre sire deCoarasse, ajouta Charles IX, soit en K piteux état...
— Plalt-il t fit la reine, qui tressauta sur «a selle.
René était allé au Louvre le malin, mais il s’était bien
gardé, pour de certaines raisons particulières, de parler
A La reine ni de sa rencontre avec le duc de Guise, nt de l’amuurde madame Marguerite pour Hanri, ni euâo du duel de ce dernier avec le prince lorrain.
— Le sire de Coarasse jouait très-bien à l'komWt, poursuivit le roi.
— Comment 1 il est donc mort?
— Non, mais il n'en vaut guère mieux.
— Hein? fil la reine. •
— Il s'est pris de querelle dans un cabaret hier aotr
— Ah!
— Et il s'est fait gratifier d'un coup d'épée en pleine
poitrine.
— Ah I ah! fit la reine dont l'œil brilla d'une sombre ! Joie.
— Ce pauvre sire de Coarasse. ajouta le roi, je l'aimais beaucoup... Il était veneur émérite, beau joueur... Il avait («eaucmip d'esprit.
— C’ett précisément de lui que Je voulais entretenir i Votre Majesté.
— Bah!
Et Charles IX prit un air ébahi.
— Ah ! oui, reprit-il, on m’a dit qu’il s’occupait de sorcellerie et qu’il voua avait même fait d'assez belles prédictions. Est -ce vrai T
— J'en entretiendrai ce soir Votre Majesté.
Et la reine mil pied à terre et gagna ses appartenu nt?, tandis que Charles IX, qui riait comme un page dans sa moustache blonde, monta le -t*- me ut chez lui.
M-idame Marguerite l’attendait dans celle pièce qu'on nommait le cabinet du roi, et qui précédait sa chambre 1 à coucher.
— Eh bien ? fit Charles IX.
— C’eat fait, répondit Marguerite.
— Il est la?...
— Oui.
— Il a pu supporter le transport?
— Très-bien.
— Miron l’a-t-il vu T
— Miron répond de le guérir en quelques jours.
— Bravo ! murmura ie roi.
— Et, acheva Marguerite, si Votre Majesté lui continue sa protection...
— Ah 1 dame I ma belle amie, dit le roi, ce ne sera
pas sans peine.
Marguerite tressaillit.
— Et j’aurai maille A partir avec notre bonne mère. Elle m’a souri toute la journée, et tu lais, quand elle sourit...
— Il y a des poignards hors de leur gaine et des poisons d kh l'air, murmura M irgi irrite.
— Mais, r assure-toi, mon enfant, dit le roi, nous seron 1 - torts... et rusés...
La rot embrassa Marguerite, pois il entra dan» sa chambre, 1a traversa et alla droit à 1a porte de ce petit cabinet dans lequel on avait, d'après ses ordres, couché le prétendu sire de Coarasse.
Deux personnes étaient au cbevet du malade. Miron et N«ê.
— Bonjour, mon cher sire, dit le roi qui eutra et sa lua Llearj d’un affectueux sourire.
Le roi s'assit, tandis que Noê se levait respectueuse- I ment.
— Eh bien, monsieur de Coarasse, dit Charles IX,
I comment vous Lrouvex-vous ?
— Ah 1 sire, répondit le prince. Votre Majesté est si bonne pour moi, qu'il me semble que je ne me suis jamais mieux porté.
Le roi eut un sourire.
— Vous êtes un flatteur, monsieur de Coarasse, dit-il. Et regardant Miron :
— Et toi, Uiruo, que penses-tu de la bUamsas 4 M. de Coarasse?
Miron répondit t
— Un |KHJC6 plus haut ou plue bas, à droite ou a gauche, et U. de Coarasse était mort, aire.
— Teste I
— Hais il a eu du bonheur, et sa blessure sera cicatrisée avant huit jours.
— Alors, dit le roi, tous pourrez jouer à l’hombre, monsieur?
— Oh ! certainement, sire.
Le roi fil un signe à Miron.
— Passe dans ma chambre avec M. deNoê, lui dit-il. Tu y trouveras madame Marguerite et vous deviserez tous les trois. Je veux confier un secret au sire de Coarasse.
Miron et Noé s’inclinèrent et sortirent. Le roi se leva, ferma la porte et revint s’asseoir au chevet de Henri.
Le prince était quelque peu étonué, mais son étonnement ne se mélangeait d’aucune inquiétude, car Charles IX était toujours de fort belle humeur.
— Monsieur de Coarasse, lui dit-il, vous me voyez très-embarrassé
— En vérité, hi*. i
— Je ressemble beaucoup à un rocher que deux courants contraires viennent battre.
Henri regarda le roi.
— L’un de ces courants se nomme la reine-mère, ma dame Catherine.
Henri tressaillit
— L’autre, poursuivit Chartes IX, a nom madame Marguerite.
Uu léger incarnat monta au front du jeune prince.
Cependant, il joua la surprise et dit :
— Comment, sire, madame Catherine et madame Marguerite ne s'accordent pas entre elles?
— Non, monsieur,
— C’est bizarre I
— Elles s’accordaient jadis, mais... aujourd'hui...
— Aujourd’hui? fil naïvement le prince.
— Vous vous êtes placé entre elles...
— Moi ! sire ?
— Et vous resaémblez fort, mon cher Coarasse, à celle pomme de discorde dont parle le vieil Homère.
— Mais... sire...
— Ma sceur Margot vous a pris sous sa protection et m’a demandé A vous faire transporter ici.
— La princesse est trop bonne.
— Comme j’aime beaucoup Margot et que Je vous aime un peu, monsieur de Coarasse...
— Votre Majesté me comble de joie et d’booneur.
— J’ai fait tout ce que Margot nia demandé, comme vous voyez; mais...
Sur ce mais, Charles IX s'arrêta.
Henri attendit patiemment. Le roi reprit ;
— Mais, mon cher monsieur de Coarasse, j’ignorais ce matin que vous euseiez chagriné madame Catherine.
— Moi, sire?
— A telle enseigne qu’elle est furieuse et qu’elle me va demander sans doute de vous faire enlermer à la Bastille.
— Diable!
— Vous lui avez dit la bonne aventure, vous vous êtes moqué d’elle et de René, et vous savez, au moins par ouï-dire, mon pauvre monsieur de Coarasse, que, lorsque madame Catherine et René se donnent la main pour naïr quelqu'un, ils vont assez vite en besogne.
— Sire, répondit humblement M. de Cotrasse. je suis entre les mains de Votre Majesté, et s’il lui plaît de m’envoyer à la Bastille et même en place de Grevé...
— Non, dit le roi en riant, vous êtes ici, la reine-mère n’en sait rien, Miron et vos amis garderont le secret, et j'autonserai madame Catherine à vous faire chercher partout où vous ne serez pas.
— Votre Majesté pense donc, demanda Henri, que la reine-mère est très-irritée contre moi?
— J’en ai la certitude.
— Et qu’elle songe à me punir cruellement?
— Hum I dit le roi, je ne voudrais pas être en votre peau, je vous assure.
— Mais alors, sire, aussitôt que je serai rétabli et * n élal de supporter la selle...
— Vous ferez bien de retourner en Navarre, A moins que...
Le roi regarda malicieusement Henri.
— Voyons, mon pauvre Coarasse, reprit-il, je vais vous poser une question, répondez -moi franchement.
— Ah I sire...
— Je connais bien le motif de la haine que vous a vou<e madame Catherine, mais j’ignore...
Et le sourire railleur du monarque prit des proportions plus larges ...
— J’Ignore, acheva-t-il, la cause de la sympathie que vous avez irispree à madame Marguerite.
Henri prit un air naïf :
— La princesse est si bonne ! dit-il.
— Si bonne, reprit Charles IX toujours moqueur, qu'elle est partie au milieu de la nuit pour aller vous trouver dans le cabaret de Malican, où on vous avait transporté. Hé! hé! monsieur de Coarasse, dit le roi, savez-vous que tout cela est bien hardi de votre part ?...
— Sire !...
— Car, enfin, ma sœtir Margot est une fille de France.
— Sire, dit humblement Henri, si j’ai mérité un châtiment, que Votre Majesté me punisse!
Mais le roi souriant toujours :
— Si i’étais le prince de Navarre, dit-il, je vous enverrais rouer en Grève; mai» le roi de France ne se mêle point de semblables affaires.
A son tour, Henri eut un sourire; cependant, il ne devinait point encore où le roi en voulait venir.
— Mal heureusement, reprit Charles IX. le mariage de ma sœur Margot avec mon cousin de Navarre est arrêté, et cet événement, qui vous sera peut-être désagréable. ..
Le roi s’arrêta, attendant une réponse du sire de Coarasse; mais celui-ci garda le sitence.
Alors, le rûi continua :
— Voici bientôt un roots que madame Jeanne d’Albrct, ma cousine, nous a avisés, la reine-mère et moi, de son prochain voyage A Taris. Elle sera accompagnée de *>n fils.
— Ah t fit Henri.
— Et je crois qu’à celle époque, mon cher sire, U vous faudra prendre un bon parti.
— Lequel, sire?
— Si votre blessure est fermée, vous monterez A che • val et vous vous en irez faire un tour en Navarre ou es Lorraine. Tenez, le duc Henri... vous savez... le duc vous recevra très-bien.
— Je vois, répondit le sire de Coarasse avec son fin sourire de Gascon, je vois que Voire Majesté sait bien des choses.
— Ht*u ! heu ! fit le roi.
— Et que je n’ai rien A lui apprendre...
— Ali I daine! Margot était expansive ce matin, elle m’a fait des confidences...
— Cependant, reprit le jeune prince, je gage que je vais apprendre quelque chose A Votre Majesté.
— A pr-qios de qui ?
— A propos de ce prince de Navarre à qui j’ai fait grand tort.
— Assez comme cela, dit le roi. Et vous allez m'apprendre quelque chose sur lui?
— Oui, sire.
— Voyons ?
Henri se souleva un peu, de façon à parler plus librement, et il commença ainsi :
— Avant de parler A Votre Majesté de S. A. Henri de Bourbon, il est necessaire que je lui narre une iegeude de nos montagnes des Pyr. nées.
— Ah J dit le roi. vous avez des légendes en Navarre?
— Oui, sire, et il en est une que je vais voue conter.
— J’écoute.
— 11 était une fois, dit le prince, un berger des mon • tagnes espagnole» qui se nommait Antonio. Antonio était jeune, entrepreu.ini; de plu -, il était suffisamment beau garçon et pouvait, A ta rigueur, être aimé pour iuittléiu#-
«A JEUNESSE DU ItOI HENRI.
— Bahl dit le roi, vous me la baille* belle, monsieur de Coarasse; est-ce qu'un berger |ieul jamais être aimé pour autre chose T
— Ah I dame 1 sire, Antonio était riche relativement, et les jeunes filles de son village avaient toutes calculé le nombre de têtes de son troupeau, et les écus que sa vieille mère avait coutume d’enfermer dans un bas de laine en guise de bourse.
— Où diable l’ambition va-t-elle se nicher? fit Charles IX en riant.
— Le monde est ainsi fait, sire. Or, un matin, sa vieille mère, qui était, elle, non point en Espagne, mais sur le versant navarrais, sa vieille mère lui dit : Voici, mon enfant, que tu louches à ta vingtième année, et l’heure est venue de prendre femme.
— J’y songe, répondit Antonio.
— Je l’ai trouvé, dans ma famille, en Navarre, une fort belle fille qui se nomme Marguerite et qui est ta cousine.
— Ah ! ah I dit le roi, elle se nommait Marguerite ?
— Oui, sire.
— Après, monsieur de (tarasse?
— Tu n'as, continua la mère d’Antonio, qu'à t’en aller en Navarre, et tu descendras chez tes cousins, les frères de ta fiancée.
— C'est bon 1 répondit Antonio; si elle me plaît. J’en ferai votre bru.
— Mais, dit la vieille qui était prudente et rusée, ce n’est pas tout qu'épouser une femme et l’aimer, il faut encore qu’elle vous aime.
— C'était sagement penser, observa le roi.
Henri continua ;
— La vieille mère d'Àntonio lui conseilla alors de partir pour la Navarre et d’aller simplement, un soir, à la tombée de la nuit, .frapper à la porte de ses cousins en leur demandant l'hospitalité, comme le premier voyageur venu.
Notre homme partit; il arriva à la ferme des Navarrais, et il fut accueilli avec la cordialité que les gens de nos montagnes dépluitut toujours pour les voyageurs.
11 vit Marguerite.
— Etait-elle belle? demanda le roi.
— Eblouissante, sire.
— Et il l’aima?
— Sur-le-champ.
— Mais... elle?...
— Ah 1 voici où commence mon histoire, sire.
— Voyons!
— Le maiiage de Marguerite avec son cousin d’Espagne Antonio avait été convenu plusieurs années auparavant par les pères des deux jeunes gens, de telle façon qu’on avait élevé Marguerite dans celte idée qu’elle n’aurait jamais d'autre mari.
-— Alors, elle devait l’aimer par avance ?
— Bien au contraire, sire.
— Pourquoi cela T
— Parce qu'on lui avait dit qu’Anlonio était une sorte d’ours mal léché et qu’il habitait la vallée la plus sauvage, la moins fertile et la plus triste de la Navarre espagnole.
— Belle raison, en vérité!
— Ensuite, il y en avait une autre plus sérieuse, peutêtre...
— Ah! ah!
— Marguerite avait un autre cousin... et celui-là, elle l’ai niait.
— Pourquoi ne l’épousait-elle pas ?
— Ah! voilà! parce que son père et ses frères avaient engagé leur parole à Antonio, et puis que, pour des mo • tifs trop longs à déduire ici, ils préféraient avoir Antonio pour beau-frère.
— Comment se nommait l’autre cousin ?
— Henri... et il habitait la France.
— Bon I dit le roi qui commençait à ouvrir un œil.
— Les frères de Marguerite, qu’un berger qui faisait 'office de messager entre l'Espagne et la Navarre avait avertis de la prochaine venue d’Àntonio, s’étaient hâtés
de congédier l’autre cousin, le menaçant de le tuer s’il reparaissait S la ferme.
Le jour où Antonio vint demander l’hospitalité, le cousin était parti de la veille, et Marguerite pleurait toutes les larmes de ses beaux yeux.
Antonio lui dit qu'il était Espagnol et connaissait beaucoup celui qu’elle devait épouser.
La curiosité remporta sur la douleur, et Marguerite questionna le prétendu voyageur sur celui dont elle était condamnée à accepter la main.
Antonio ne se fit point faute de se noircir du mieux qu’il put: e Ma belle demoiselle, dit-il, Antonio est laid. Antonio est méchant. Antonio eât sot, c’est un véritable ours mal léché, a
Et Marguerite de prendre un plaisir extrême à tout le mal qu'on lui débitait de son futur époux, et d’écouter attentivement et de regarder plus attentivement encore le voyageur qui lui paraissait jeune, beau garçon et doué de quelque esprit.
A ces derniers mots du sire de Coarasse, le roi Charles IX, qui avait déjà ouvert un œil, les ouvrit tous les deux et dit, en tendant la main au jeune prince :
— Dites donc qu’Antonio avait beaucoup d’esprit, mon cousin.
Et Charles IX, reconnaissant enfin, dans le sire de Coarasse, son cousin et futur beau-frère, Henri de Bourbon, ajouta en plaçant un doigt sur sa Douche :
— Chut I écoutennoi bien, cousin.
— Parlez, sire.
— Marguerite se doute-t-elle que le sire de (tarasse pourrait bien avoir un autre nom ?
— Pas le moins du monde.
— Eh bien, je vais vous donner un conseil.
— J’écoule.
— Demeurez le sire de Coarasse, cousin, le plus longtemps possible.
— J‘y compte bien, sire.
— Margot est une fille capricieuse, continua le roi. Elle pourrait bien ne plus vous aimer le jour où elle saurait la vérité.
— Je ne puis cependant prolonger mon incognito outre mesure.
— Pourquoi ?
— La reine, ma mère, sera ici dans quinze jours.
— Eh bien, attendez quinze jours de plus.
— Et puis, madame Catherine et René forceront peutêtre le sire dé Coarasse & se démasquer.
— Ah ! ceci est différent, dit le roi ; mais patientons encore un peu, mon cousin.
Comme :e roi achevait ces mots, on frappa doueem al à la porte que le roi avait fermée avec soin.
— * Sire, dit la voix de Miron, Votre Majesté veut-e.ie ouvrir à M de Noftî La reine-mère vient.
— Ah 1 diable! fit Charles IX qui ouvrit aussitôt et aperçut Marguerite assise à l’autre extrémité de la chambre et causant avec le page Raoul.
Raoul venait demander au roi, de la part de madame Catherine, s'il la voudrait bien recevoir sur l’heure.
Il n'y avait donc pas de temps à perdre pour cacher Noè.
Le roi lui indiqua, d’un geste, le cabinet d’où il sortait.
Noè entra, Marguerite )e suivit.
— Il est inutile, dit-elle au roi, que madame Catherin me trouve ici.
Et elle ferma la porte, puis vint prendre les mains d Henri qui la regardait en souriant.
Mïroii et le roi étaient désormais seuls dans la pièce voisine, où bientôt retentirent les pus de la reine-mère.
— Elle vient demander ma tête, murmura Henri en souriant.
— Ma foi! dit Marguerite qui colla son «il au trou de la serrure, puis son oreille, quiconque habite le Louvre a l’habitude d’écouter aux portes... faisons comme tout le monde I
KJUl
Non* avons perdu de vue René le Florentin depuis le moment où Sarah, la Mie argentière, était sortie librement de sa prison improvisée.
René, que sa passion eflrénée tourmentait toujours, bien qu’elle fût dominée f>ar sa cupidité, René regarda Sa rali s'éloigner et la suivit des yeux jusqu'à co qu'elle eût douW» l'angle de la rue.
Alors seulement, il se retourna et vit Gribouille derrière lui.
Gribouille était stupéfait.
— Votre Seigneurie est folle 1 s’écria-t-il.
— Hem ! fil René.
Gribouille avait l’air d’un chat qui, après avoir peloté une souris dans ses griffes, a eu la maladresse de la laisser échapper au bord dun trou assez grand pour elle, trop petit pour lui.
— Pourquoi suis-je fou t demanda froidement René.
— Parce qu’elle est partie.
— Imbécile t
— Dune! murmura le saltimbanque, ce n’étalt pas la une de nie recommander sur ma tete de ne la point isser s’enfuir.
— Elle a payé sa rançon.
A son tour, Gribouille regarda R^né.
— Pardon, dit-il, mais je croyais que Votre Seigneurie ne l’avait animée ici que parce que... parce que...
Gribooille hésita.
— Pailr donc, hutorl s'écria René impatienté.
— th bien, je croyais que Votre Seigneurie l'aimait.
— Oui. . mais...
— Et je ne pensais pas que c’était pour son argent.
— B dit pensa René, Je puis bieo dire à Gribouille le fin mot de la chine.
Et tout b ut :
— Figure-toi, dit-il, que je l'aime éperdument.
— Elle ne parait pas vous payer de retour.
— Hélas I je le sais. Quand elle a vu que je t'approchais, elle s’est emparée d’un couteau que tu avait laissé ti ainer sur la table. Pourquoi diable laisses-tu traîner des couteaux ?
— J'ai eu tort, mais je ne pouvais pas... prévoir...
— C'est bon ! Donc, elle s'est emparée du couteau et m’a menace de se tuer.
— Bah! dit Gribouille qui avait un fonds de scepticisme, les femmes crient tre-baut, mais elle* y regardent à iléus lois avant d’en venir à cette extrémité.
— Elle l'eût fait comme elle le disait, répondit René convaincu.
— Et alors ? interrogea le saltimbanque.
— Alors, dit René, j hi accepté sa proposition.
— Quelle était-elle ?
— Elle m'a fait son héritier.
— Par exemple l murmura Gribouille,je ne comprends plus.
— Pourquoi T
— Mais parce qu’on n'hérite des gens qu’après leur mort.
— C'est ce qui te trompe. Elle m’a donné tout ce qu’t lle possède a la condition que je la laisserais partir.
— Bien. Je comprend». M u» alor>, lit Gribouille d'un air iuié, vous pourrez la rattraper quand vous aurez hérité.
— Non, dit Ren4 — Pourquoi?
— Mais puree que je n'entrerai en possession de ses bien» que lorsqu'elle sera hors de France.
Relie raconta succinctement alor* à Gribouille de quelle ipNi !♦* marché avait été Conclu entre lui et l'ai geoiiere. Gribuuilie l'écouta hochant la 'été.
— Hélas ! murmura-t-il.
— Hein? 6*. It^nc inquiet.
- Votre V /jfv? il noléa.
— 4a h ] j ai sa parole.
— Souvent femme varie, dit le saltimbanque, qui avait q <elques notions d'histoire et avau vu le château de Rambouillet et la vitre fameuse sur laquelle François l ar traça son distique ron moins fameux.
L'incrédulité de Gribouille fit impression sur René.
— E'Ie est honnele, dit-il.
— Heu! heu !
— Et certes, j'ai été d'assez bonne foi avec eUe.
— Elle a des amis, n’est-ce pas 1
— Je le crains.
— Se* amis la conseilleront.
Ce<tc dernière idee émise par Gribouille acheva de troubler René
— Au Tait! dit-il, tu as peut-être raison, cl je vais té-
cher de io raiira|>er.
René s’élança en effet hors de la maison et calcula que Sarah devait être alite tout droit -u cabaret de Malican.
Aussi se prit-il h courir et traversa-t-il le pont au Change et la place du Chàudel en un clin d'œil.
Mus Sarah avait une avance respectable, et, sans doute, i lie courait au»») vile que René.
Q uand le Fluremin arriva sur la place Siint-Germainl’Auxtnois. il trouva Milicun assis fort tranquillement sur le pas de sa porte.
— Bonjour, m< autre, dit-il.
— Bonjour, M ibcan.
— Voire Seigneurie a soif, peut-être ?
— Non.
— Elle ne veut pas boire une bouteille de vieux vin?
— N<ui.
— Alors, en quoi lui puis-je être utile?
René regarda fixement le cabaretier béarnais.
— Tu avais chez loi, dit-il, une femme habillée en
homme?
Soit que Sarah, qui venait de partir avec Myeite pour lu rue des Prêtres, ou e b* allait voir aoD char Henri, • ùi tait de» coüUdénces à M dicati, soit que ceim-ci eût d viné une partie de la vérité, U répliqua sans hésita-
tiuu :
— O ii, messire.
— Où donc esl-elie?
— Di- parue depuis hier au soir.
— Vraiment?
— Ilelasl qui.
— El lu ne l’as pas revue ?
— Non.
Et Malican, qui mentait avec héroïsme, poussa uo profond soupir.
— Malican, Malican, murmura le Florentin, prend*
— A quoi, monseigneur?
— St tu me mens, j*- te ferai pendre.
— Monseigneur, ia< du U vérité.
— C’est bon! fit bnoquenitnl René.
Ei il s’en alla au Louvre
Au Louvre, on ue savait plus que penser louchant le
Florentin.
Selon les uns. Ibné élût plus que jamais en faveur auprès de la reine; selon les autres, madame Catherine ne l'avait tire des griffes de maître Caboche, le bourreau, que parce qu'il possédait une foule de secrets d’Etai.
Ma s, d’après ces derniers, R-né était en disgrâce.
Le Suisse qui gardait la poterne du Louvre eiait sans doute de celle upiiuuu, car il croisa r-a hallebarde et lui dit :
— On D'entre au Louvre qu’avec le mot d’ordre.
— Je l’ai, dit Rene.
— Voyons.
Rene te Florentin avait assisté si souvent a U tranft* nii'&iou du mot d'ordre qu'il avait fini par savoir par cœur tous les mots usités en pareil cas.
A tout tmard ;1 prononça «Hui de chatte.
C'était ju»t«-iiienl le mol que le roi venait de jonner en s'éveillant.
Le roi, on le sait, devait chasser à Saint-Germain.
— Passes, dit le Suisse.
René »*en alla Unit droit rliei madame Cathf rine.
La reine, que Charles IX avait fait prier, queî ines minute» auparavant, de raccompagner il la cha'!>e, s'habillait avec une coquetterie qui n'etait plus de sou âge.
Elle vit entrer René et lui dit :
— Je sa » d'avanre ce que tu viens me demander.
— Peut-être, madame.
— Tu voudrais bien avoir mon avis sur le sire de Coarasse?
La reine prononça ces mots avec un si mauvais sourire que René comprit que la perte de Henri était résolue dans son esprit.
— • Il est certain, dit-il, qu’un imposteur pareil rnélite...
— Un châtiment exemplaire. Je suis de ton avis. Ma<*, rependant, je veux avoir le temps de réfléchir.
René se mordit les lèvres.
— Et puis nous debarrasser de lui n’est pas chose facile...
— Pourquoi T
— Il est cousin de Pibrac.
— Peuh!
— Le roi l’aime fort.
René fronça le sourcil.
— . Ensuite, j'y veux penser; va-t'en I
Et la reine congédia son ancien favori.
René partit sans avoir pu ou voulu dire à U reme ce qui était advenu la veille, c’est-à-dire le combat du duc de Guise et du sire de Durasse.
Rene voûtait, sans doute, ménager le duc et tenir la par de qu’il lui avait d- nuée. Or, pour le Florentin, il n'était pas douteux que le sire de Cuirasse eût été blessé grievni.ent, mais il était bien certain au-si que le sire d" Coarasse n’ciait pu» mort.
Si Henri av.ul succombé (tendant Ja nuit, Mdican n'aurait certainement pas eu ce visage calme et tranquille que H-né venait de lui voir.
Celle n Oxiou, qu'il fit en s'en allant, fut pour lui un trait de U :
— AlloD"! se dit-il, je suis joué. Malican a vu Sarah, et il est probable que je vais la truuvtr au cb« vet de Henri, — leqdel, bien certainement, est couche dan» Je cabaret.
Rcue se dirigea de nouveau vers la maison du Béarnais.
Malican n’avait point quillé le seuil de sa mai-on, et il salua le Florentin pour la seconde fuis avec un profond re-pe^t.
René prit un air doucereux.
— Muu cher Malican, dit-il, la reine m’envoie auprès de toi.
— La reine, monsieur René I
Et Malican prit un air mats et profondément étonné.
— La reine a appris qu'un gentilhomme de lun pays, quelle aune et que j’aiuiu beaucoup, seuil pris de querelle i liez toi.
— Oui, le sire de Coarasse.
— Et li s'evt battu ?
— Avec ou inconnu.
— Qui l'a bit».-»: grièvement, dit-on T
— Nou, fit MaJicau avec calme. La blessure est légère...
— Ah t murmura René, tant mieux ! je respire...
— En huit jours il »era sur pied.
— Tu le crois 7
— J en suis sûr.
— Tiès-bien, en ce cas. U est chez toi, n’est-ce pas? je vais monter le voir, ce pauvre M. de Coarasse.
— - Il n'est pas chez moi, motbeigueur.
— Bah !
— Je vous jure.
— Je ne suppose pas seulement qu'il s’en soit allé jusqu'à sou tiôlelltTio.
— On l’y a porté. Son ami M. de Noë est allé cherché l’hôie ce malin au point du jour, et l’hôte est veuu avec deux de se» gaiçons et une ulrêre.
Ce que disait Mabcan était si vraisemblable que René le crut sur parole. Il s’en alla donc rue Saint-Jacques à I hôtellerie du J vint échaudé.
Le ga-cuo L estocade était, comme Malican, assis sui le seuil de sa porte.
— Bonjour, lui dd René.
Tout le monde connaissait et redoutait le Florentin. Son visage était terriblement populaire, et quand il passait sur une place où jouaient les enfants, ils s'arrêtaient, saluaient, et n’osaient reprendre leurs jeux que lorsqu'il était loin.
Lestacade fit donc à René la même révérence que Malican.
— B Wijourî monseigneur, dit-il.
— Comment va le sire de Coarasse ? demanda René.
— Mais... pas mal... fil Le-Ucade étonné.
— Comment ! pas mal ? lu veux dire mieux, je suppose.
— Le sire de Omrasse n’est pas malade , que je sache, dit l'aubergiste.
— Allons donc! lit R«*né.
— Il n’a pus couché ici la nuit dernière, et je suppose qu’il -en demeuré au Louvre, chez M. de hbrac sou Cousin.
lestacade acheva de convaincre René, lorsque ce dernier lui eut dit :
— Comme ru! lu ne sais pas qu'il a reçu cette ouil un furieux coup d'épée?
Lt-siacade pàiu et poussa une exclamation de douloureuse surprise :
— O mon Dieu ! dit-il...
La douleur de l'auliergiste importait peu à René.
— Ah I bandit de Ma.icanI dit-il, tu t'es moqué de mm. Gare!
FL- ne, bouillant de colère, redescendit la rue Saint- Jacques et passa les nonts avec l'intention bien arrêtée de se faire justice lui-même eu administrant une volé* de boi- vert à l'iuipud* rit cabarelier.
Heureusement (huit Mili<an et peut-être aussi poui René, car Malican était Immole à lui planter son couteau (■carnau dans la gorge, heureusement, disons-nous, le Florentin eut le temps de réfléchir pendant le trajet.
— Pour que le drôle m’ait menti, pensa-l il , il faut qu'il sache ou devine ma ha ne pour Coarasse. Celui-ci n’est donc pas chez lui... Mats où est-il?... Je ne le saurai qu'en usant d’astuce...
René rebroussa chemin et s'en retourna au pont Saint- Michel, où il avait laissé Paola.
Or, quelques heures après, madame Catherine revenait de Sunl-Gemiain avec le roi, et demandait à Ch trie» IX une audience pour huit heures du soir.
En mettant le pied dans son oratoire, madame Catherine y trouva Reué.
Rene avait iô le toute la journée aux environs de la place Salnl-G rmaiij-l'Auierrois , où 11 avait fini par aposler Gribouille.
Mais ni Gribouille ni René n’avaient pu surprendre le secret de la disparition inattendue du sire de Coarasse blessé.
Alors René s’était déridé à faire des aveux complets & la reine, et U l'alleu lait patiemment.
— Eh bien ! dit-elle eu entrant, sais-tu ce qui est arrive à ce Durasse T
— Oui, madame.
— Il s’est battu, il est grièvement blessé Ï
— Sa bb-Murc est légère.
— Ah! il guérira?
— Il est si bien soigné I dit René au ûaaard et d’un ton railleur.
— Vr-ument? et... par qui?...
— Madame, reprit Rene, qui prit sur-le-champ un air soucieux et pens.f, je suis à peine sorti des grilles de maître Caboche, et je vous assure que je n’ai nulle envie d’y rentrer.
— Que me chantes-tu là, René? demanda Ja reine éloimee.
— Madame, poursuivit le Florentin, iesiredeCoarasse a de grande? protections.
— Bah! fit la reine.
— Le roi l'aime beaucoup.
Catherine haussa les épaules.
— Le roi fera ce aue je voudrai.
— Cardon... il n y a pas que le roi qui s'intéresse à lui. -
— Qui donc encore t
— Madame Marguerite.
La reine tressaillit et regarda fixement René.
— Ah ! dame ! murmura celui-ci d’un ton hypocrite, die lui doit bien cela, après tout.
— Pourquoi?
— Mai? parce qu'il s>sl battu pour elle, madame.
La reine se leva «tu Défaite du siège où elle était assise.
— Que dis-tu donc là ? s'écria-t-elle.
— La vérité, madame.
— M. de Coarasse s’est battu pour madame Mar guerite?
— Oui, madame.
— Et... avec qui?
— Avrc monseigneur Henri de Lorraine, duc de Guipe, acheva René avec un calme cruel.
Madame Catherine pâlit, et sa gorge crispée ne laissa échapper qu'un mot :
— Parle 1 ! !
Au ton impérieux dont ce mot était prononcé, René sentit que sa laveur dépendait dès à nréacnl des révélations qu’il allait faire.
— lie duc de Guise est venu à Pari* incognito hier au soir.
— Ah! et pour revoir Marguerite*
— R ; en que pour cela, madame.
— Et... il l'a revue?
— D'abord il a vu Nancy, qui a prétendu que madame Marguerite était malade... cl qu'elle ne le pouvait recevoir.
— Ainsi, il est entré au Louvre?
— Oui, madame.
— Oh ! fit la reine avec colère, ie suis si mal servie 1 A l'heure qu'il est, le duc devrait être à la Bastille.
— C’est mon avis, fil René.
— Et il est parti, sans doute?
— Il est loin de Paris à cette heure.
— .Mais enfin, Marguerite l'a revu?
— Oui, madame.
— Et...
— Dame! elle ne l’aimait plus»»,
— Ah ! fit la reine.
— Car elle aime...
René hésita.
— Achève! s’écria Catherine avec colère.
— lié, mais! dit René, qui retrouva son audace des anciens jours, après tout, le duc de Guise a hien fait d’administrer un bon coup d’épée à ce drôle de Coarasse. Il avait été supplanté par lui.
— René! murmura la reine avec une sourde fureur, prends bien garde de mentir!...
— Je ne mens pas.
— Ainsi donc, Marguerite?...
— Son altesse protège le sire de Coarasse, n’en doutez pas, madame.
Madame Catherine était livide.
— Oh! dit-elle, s'il en est ainsi, ce Coarasse mourra!... Je vais chez le roi.
Et, bien que l'heure assignée par Charles IX n’eût point sonné, madame Catherine, ivre de courroux , se présenta à la porte du roi, et ce dernier n’eut que le temps de pousser Noë et Marguerite dans le cabinet où était couché le sire de Coarasse.
Madame Catherine entra chez Charles IX aussi pâle qu’une statue et son œil lançait de fauves éclairs.
— Ahl mon pauvre Henri, murmura Marguerite, qui •ollait son œil au trou de la serrure, que va-t-elle donc demander! mon Dieu!
Et Marguerite, se retournant, enveloppa le prince d’un regard plein d'amour.
— Mais rassure- toi, dit-elle, je suis là... et je t’aime I..
LXK1I
— par la mort-Dieu ! madame, s'écria Charles IX , en voyant la reine ainsi bouleversée, que vous est-il donc arrivé?
— C’est ce que je ne puis confier qu’à Votre Majesté.
Catherine, en parlant ainsi, regardait Miron , qui mi tenait respectueusement à distance.
Le roi fit un signe :
— Va-t’en, mon bon Miron, dit-il.
Miron sortit.
Alors madame Catherine se laissa tomber dans un fauteuil, comme si elle eut été prise d’une faible ém.
— Je vous écoute, madame, dit le roi. Parlez...
— Sire, reprit la reine-mère, je vous ai demande, il y a peu d'instants, à vous entretenir du sire de Coarasse et vous avez bien voulu m’indiquer une heure...
— El je vois, répondit le roi, que votre sablier est dé rangé.
— Pour pioi, sire !
— Parce qu'il est sept heures et non pas huit.
— Pardonnez- moi. J’étais pressée de revoir Voir? Majesté.
— Parlez, madame.
— Je voulais donc vous entretenir du sire de C oarasse.
— Ahl ah! dit Charles IX, qui se prit à sourire, je sais ce que vous venez me demander.
— Vraimeut? fit Catherine, qui retrouvait peu à peu son sang-froid.
— Le sire de Coarasse est un habile homme...
— Trop habile, sire.
— Il lit dans les astres...
— Du moins il le prétend.
— El comme vous prisci fort les astrologues , n’est ce pas?...
— Les vrais, dit la reine.
— Vous me venez demander quelque faveur pour le
sire de Coarasse. ,
La reine eut un sourire cruel.
— Rassurez- vous, Sire, dit-elle, je viens vous demander au contraire un châtiment terrible pour re misérable.
— Ah! mon Dieu! murmura Charles IX, qu’a-t-U donc fait?
— Il s’est joué de moi...
— S’il en est ainsi, il sera puni.
Catherine tressaillit d’aise...
— Mais comment?
La reine aurait bien voulu passer sous silence toutes les scènes de sorcellerie et de nécromancie qui avaient eu lieu entre le pauvre Coarasse et elle; mais le roi voulait des détails.
Elle fut donc obligée de raconter de point en point comment le sire de Coarasse , à force d’audace et d'imposture, était parvenu à capter sa confiance, et comment el e avait fini par s’apercevoir qu’elle était dupée.
— Diable I madame, fit le roi, je suis de votre avis. Le sire de Coarasse mérite un châtiment. Parlez... voulavous que je l’envoie passer huit jours à la Bastille?
La reine poussa un cri d’étonnement , presque de colère.
— Votre Majesté plaisante? dit-elle.
— En quoi, madame?
— En ce que je venais lui demander la mort de ce
misérable.
— Bah! fit le roi. Votre Majesté n’y songe pas, en vérité ! Savez-vous bien que pour faire pendre , brûler ou décapiter le sire de Coaras«e, il faudrait remettre eu vigueur un vieil édit de mes aïeux touchant les sorcier:-?
— Eh hien! remettez-le en vigueur, sire.
— Et alors, comme le sire de Coarasse n’est point le seul qui se soit occupé de sorcellerie... on brûlera tous ceux qui ont fait comme lui...
— Je ne sache pas qu’un autre...
— Votre cher René, mad une. Et puis...
— El puis? demanda Catherine qui fronçait le sourcil.
— El puis... Votre... Majesté... acheva froidement le roi.
Madame Catherine devint pâle de colère. .
— Voire Majesté veut rire, dit-elle.
— lié! mon D.cul madame, repartit le roi, je vais vous en dire la raison.
— Ah! fil Catherine.
- C'est grand’pitié de voir une reine de France, — . une fille des Médius, une femme dont la politique hardie étonne l'Europe, descendre à des haines mesquines, à des colères de bas étage, — consulter les astre» avec un parfumeur, et se courroucer parce qu'un petit gentilhomme gascon , fort galant homme, du reste, a voulu ruiner ce même parfumeur, qui est un misérable, dans l'esprit de Votre Majesté.
Le roi avait prononcé ces mots avec hauteur; madame Catherine comprit qu'il lui fallait frapper un grand coup.
— Sire, dit-elle, vous avez raison, et je me rends... Je pardonne à l’imposteur.
— Très-bien, madame.
— Mais je vous vais confier quelque chose de beaucoup plus grave, et qui touche A la politique.
— Obi ob!
— Je vais vous parler d'un homme qui peut, d’un jour à l’autre, renverser dos projets les plus sages.
— Vrai Dieu! madame, est-ce que vous m’aller parlex de votre cousin le duc de GuiseT...
— Peut-être...
— Il était hier ici, vous savez?
La reine se mordit les lèvres jusqu’au sang.
— Eh bien! sire, reprit-elle, le duc de Guise a quitté Paris... Vous savez dans quelles circonstances...
— Ah! madame, répondit le roi, c’est vous qui Py avez forcé. Du jour où le mariage de ma sœur Margot a été-résolu avec le prince de Navarre...
— Votre Majesté, dit la reine, m’a autorisée à faire poignarder le duc de Guise, si on le retrouvait au Louvre.
— C’est vrai,madamé...
— Et le duc l’a échappé belle... une fois...
— Dites deux, madame; car, si je suis bieu informé, le duc a passé trois heures au Louvre la nuit dernière.
— Je ne croyais pas à tant d'audace... Mais, Sire, le duc est parti.
— Bon ! il reviendra.
Catherine hocha la tète.
— Je ne le crois pas, dit-elle ; mais enfin je viens demander à Votre Majesté une nouvelle autorisation...
— De (aire poignarder le duc de Guise?
— Lui... ou un autre*,.
— Comme» t! tin autre?
— Sire, lit Catherin*: avec résolution, Margot n’aiine Aot le duc de Guise.
— Ahl tant mieux...
— Mais elle en aime un autre...
— Oh! oht madame!
— Et, comme il ne faut pas que boa mariage avec le prince de Navarre puisse échouer...
— Bah! murmura Charles IX, le prince de Nivarre tient à épouser une fille de France. Mais... quel est cet autre?
— Un simple gentilhomme.
— Margot a des sympathies libérales, convenez-en. Le rang cl la naissance sont |*eu de chose à ses yeux.
Et Charles IX se mit à rire.
— Sire... Sire... ce dont j'entretjens Votre Majesté est grave.
— Pour le prince de Navarre surtout, madame.
• — Et Votre Majesté me doit permettre de faire... pour ce gentilhomme... ce 'jue j’ai fait... ou voulu faire...
— Pour le duc de tiuire, n’eat-ce pas?
— Oui, Sire.
— Ah! pardon! madame. Le duc de Guise est un cousin gênant, un prince lorrain qui voudrait devenir roi de France. Si vous l’eussiez fait poignarder, vous m'eussiez rendu un bien plus grand service qu'au roi de Navarre.
— Cependant...
— Mais un pauvre petit gentilhomme, madame, un adolescent qui s'est épris des lèvres rouges, des cheveux nojrs et des grands jeux bleus de Marguerite, le faire poignarder comme un cousin du roi de France ! fi !...
— Sire, dit la reine avec résolution, j’avertis Voire Majesté que le mariage n’aura pas Ueu...
— Peuhl je crois le contraire.
— Si ce gentilhomme...
— Ile! mais, parbleu! ce gentilhomme, interrompit le roi, je le connais maintenant.
— Ah! murmura la reine...
— Il s’cst rencontré avec le duc de Guise... quelque part... peut-être bien dans la chambre de Margot... et le galant de la veille a donné un solide coup d'épée au galant du lendemain.
— Peut-être, Sire.
— "Et, je le vois, dit le roi, c’est ce pauvre (tarasse...
La reine garda un silence affirmatif.
— Madame, reprit gravement Charles IX, je vais vous faire une ffOpOMUOB.
— J 'écoute. Sire.
— M. de Coarassc est coupable, très-coupable d'avoir pin & Margot.
— Ui* ! certes!...
— Mais il est bien plus coupable encore, convenez-en, d’avoir voulu supplanter votre cher René...
Catherine pâlit de nouveau.
— Eh bien ! acheva le roi, je veux fermer les yeux sur le meurtre de ce pauvre Ouatasse, bien qu’il soit un beau joueur (Ÿhombre et un garçon d opriL..
La reine eut ou Iréimssement de joie.
— Mais à deux conditions...
— Voyons, Sire?
— La première c'est que René seul se chargera du meurtre. Si une autre main que la so nne touche au poignard qui frappera ee pauvre Coarassc, je le fat» décapiter et je vous fais exiler au château d’Amboise.
— J accepte, Sire.
— Très- bien!
— Et la seconde condition?
— La voici. René ne pourra frapper M. de Coaraase que s’il le surprend aux pieds de Margat...
— En quelque lieu que ce soit?
— Va pour cela, dit le roi avec bonhomie.
— Votre Majesté m’engage-t-elle sa parole?
— Foi de roi, madame.
— Sire, dit U reine en se levant, je vous remercie en mou nom et au nom d* rRut, à qui la mort de cet homme
qui peut empêcher l’alliance navarmi»u rendra un trèsgrand service.
Charles IX baisa la main de sa mère, qu'il reconduisit jusqu'à la porte de son cabinet.
Mais au moment où madame Catherine allait en franchir le seuil :
— A propos, madame, dit-il vivement, j'ai, A mon tour, one concession à vous demander.
— À moi. Sire?
• — A vous.
— Votre Majesté seule ordonne...
— J’ai pensé, madame, que, puisque je vous donnais le Coarasse, vous me rendriez bien le Cnilon. Ce pauvre duc m’e.tt très-utile.
Madame Catherine éprouva un violent dépit, mais elle sc contint et grimaça un sourire.
— Votre Majesté tera sagement de le rappeler, dit-elle.
Et elle sortît.
— Il-’u ! heu! murmura le roi. je cro ; R que la commission ne sera point du goût de René. Il aime bien uneux as-rt« iner un bourgeois qu un gentilhomme.
Et le roi courut ouvrir la pour du cabinet d’où le prmee de Navarie, Marguerite et Nuê n'avaient pas perdu un seul mot de l'entretien, cl il entra, en riant de bon eueur.
Madame Catherine s’en alla fort dépitée du rapi»el de M. Grillon, mais en même temps ravie d’avoir obtenu l'arrêt de mort du sire de Coarassc.
El e sVn retourna donc dans ion oratoire, où René l'a Uent Lit toujours.
Au vmage radieux que la re>ne avait en entrant, 1« Florentin comprit sur-le ch mipque le roi lui avait donné satisfaction pleine * t entière.
— Hem*, dit Catherine, le roi t’a donné gain de came.
— Comment cela, madame?
— En condamnant Coaras»e.
— A mort?
— à mort, dit froidement Catherine.
— Ahl ah! giurmura le Florentin, dont le» yeux brillèrent d’une joie HUivage, on le mettra d -nc à la toi ture, lui ausaijonlui brûlera les mains, on lui broiera les pieds...
— Non, dit la reine, rien de tout cela.
Renc fit la moue ’d’un enfant gâte à qui on refuse un plaisir.
— Est-ce qu’il faudra nous contenter d’une simple pendaison?
— Non, dit encore la reine.
Et René étonné la regardait.
— Le roi n’est pas tres-funeux de savoir que Coarasse est aimé de Marguerite, poui suivit madame CalhcniH-, — mais ila Lien voulu consentir à ce qu’il moulût.
— De quelle façon, alors?
— Assu.vuné.
— Ah 1 tres-bien... j'ai justement sous 1a main un brave garçon...
La reine secoua la tête :
— Tu i« trompe», dit- elle.
— Comment, madame?
— Le roi veut que lu te charges de cette besogne, mon pauvr Kern».
— Hem ! fit le fbrntNL
— Sa Maje>té persiste à croire que tu as assassiné Samuel Lonul, continua la reine d’un ton raideur.
— Ou’eat-Cc uue cela fait?
— Gblâ lait, a se.*» yeux, que tu a» l'habitude d'as>a.« sine» , et tu feras toujours mieux les affaires lui- me. oc.
— Mais... cependant...
— Ab 1 daim;! murmura la reine, c’est à prendre ou à laisser.
René fit une grimace expressive, soupira bien fort et finit par n; réMgoer.
— Après tout, ueusa-l-il tout haut, je le frapperai par derrière... entre les deux épaulés... c’est uu coup fcùr...
— Ceci est ton affaire, tuais il y a uue ooudition encor»;
LA JEUNESSE Dü IlÔI HENRI.
CM
— Ah!
— Tu ne pourra* frapper Coarasse que ai tu le trouve* %ux pied* de Marguerite.
— Huiul il n*y a pas de délai pour cela?
— Non.
— Je puis le tuer sur-le-champ?
— Si lu trouves Marguerite auprès de lui.
— En ce ras. j’aurai moins de peine.
— Pourquoi*
— Mais parce qu'il est blessé... au lit... et, ajouta René avec cynisme, la besogne est facile. Un homme couché ne se défend («s.
— Lâche I dit la reine avec mépris.
— Bah 1 répliqua le parfumeur, on fait comme on peut.
-Très-bien; mais penses-tu que tulrouverasfacilement
Marguerite auprès de lui.
— Je Tempère.
— Vraiment?
— Dame! murmura René, je ne sais où on l'a transporté, mais à coup sur je le saurai bientôt.
— Comment?
— V.are Majesté sent bien, continua René.que madame Marguerite ne se va point condamner à ne pas le voir.
— C'est juste.
— Or donc, je Tais surveiller et Caire surveiller la princesse. Elle finira bien par sortir du Louvre en cachette, elle sera suivie.
— Eh bien! dit la leirie, va! c'est ton aiïaire... je t'ai obtenu l'impunité .. c'e*t tout ce que je pu'S pour loi.
— VUre Majesté peut dormir tranquille, répondit le Florentin, nous serons vengea.
René sortit d'un pas asm ré, la tète haute, le sourire aux lèvres, et il descendit dans U grande i - urdu Louvre, où les valets et les pages le saluèrent humblement.
Un gentilhomme mt-iLtii, en cc moment, le pied af étrier.
René s'approcha et relouant M. de Pibrac.
M. de Pibrac s'apprêtait à monter un gros cheval normand solidement établi, et les deux vali»< s placée* a l\»rcon sur le coussinet de la selle annonçaient qu il allait faire un long voyage.
Ren« -aiua M. de Pibrac avec aménité.
M. de Pi M ac lui rendit son salut avec courtoisie et l'accompagna même d’un sourire.
— Où donc allez-vous? demanda le Florentin.
— En Provence, monsieur Keué.
— Udhf
— A Avignon.
— C’est un long voyage, monsieur de Pibrac.
— Heu! beu! j tspertlmn ne pas aller jusqu'au bout.
— Pourquoi donc?
— Le roi m'envoie quer ir M. de Crilloo, et si je ne le rattra|« en route, il faudra bien que j’aille jusqu'à Avignon. Mais...
— Vous espères donc le rattiaper?
— Assurément, monsieur Reue : le duc est parti voici deux jours; il s'en va lentement comme on va en exil. Moi, j irai vite.
— Le roi rappelle donc le duc?
— Oui. C« u était qu’une boutade.
— Diable t pensa René, si je veux tuer Cuirasse, il faut que je me hâie. Ce damné Grillon serait capable de m* rudoyer encore.
— Adieu 1 monsieur René, dit le capitaine des gardes. Excu^x-oioi, je suis pressé.
Et M. de Pibrac piqua son gros cheval normand et parut au galop.