LX1Y
Pendant huit jours environ, madame Catherine et René ferait dans uns Situation très- perplexe.
René avait fouillé tout Parut et n’avait point retrouvé la trace du sire de (à>arasse.
Vainement aussi il avait cherché Sarah la belle argeofeère.
Où était Sarah?
Celle dernière question préoccupait encore le Flornntin! Ren ' était haineux et vindicatif, mai* il était egalement avide, avide comme un lombard.
L'avidité de Rene l'emportait sur sa haine.
Or Sarah pouvait bien avoir manqué à sa paroi», et, dans ce cas, les trésors de maitre Simuel Lornt lm échappaient.
Ceci éLut bien autrement grave aux yeux de René que la disparition momentanée du sire de Gourasse
Cependant il était à I affût de l'un et de l'autre; el comme il ne pouvait à la bus battre les rues de Paris et faire le guet à la |>orle ou dan» les corridors du Laivre, il »’en»uivait qu'd» avait besoin de prendre un mulâtre.
Cet auxiliaire, on l’a deviné déjà, c’était le saltimbanque Gr* bouille.
GnUiuiUe s’en allait de rue en rue, de porte en porte, écoiiLint, furt-um, et partout se cassant le nez.
On le voyait rô 1er aux alentours du cabaret de Maltcan; parfois même il entrait et demandait nu verre* de vin.
Milican servait Gribouille d’un air dedaigoei x, comme il convient à un ta vernit r qui se respecte et ne reçoit habituellement que des gens de quelque valeur.
Ce dédain donnait lieu à Gnlioui (« de croire que Maliran ignorait complètement ses relations avec Itene le Florentin.
Au bout de huit jours. Gribouille n'avait rien vu, rien appris.
Cependant René lui avait dit :
— Tu surveilleras Mvette, la fille de Maliran. Myotte doit savoir où est Sarah. Elle doit même la voir chaque jour.
René s’était trompé, — Myetta ne sortait pas.
Chaque soir, l'épicier Jodelle venait, selon son habitude. boire m verre de vm sur le comptoir de Malu-an. Quelquefois il faisait avec un autre boni geo» une partie tl Osselets ou de de»; mais Gribouille lie pouvait pas si*mr q e les circonstance» avaient c^eve cet épine r à ia -hauteur d'un homme pol tique.
L’iionnéle marchand de mêlasse , devenu d pfomate, fais 'il parf»i* un jn;tit signe à Malican ; parlai* aussi il souriait à Myette.
M h» Lnü- udie n'était pas de force à comprendre tout ce qu'il peut y avoir de ruse êt de machiavélisme dans le geste et le »ounre d’un simple et naïf cp'Cier.
De son côté, René le Florentin éprouvait les mêmes
déboire».
Il i rrait, comme un chien maigre à la recherche d'une pà'ée problématique, dans l*>» villes et dans les corridors du Louvre, allant de chez la reine-mère chez madame Marguerite.
La reine était furiein-e, — U princesse paraissait d'une bonne humeur »ant égale.
Il u’y avait que chez te roi où René n'osait et ne pouvait s’aventurer.
Le roi avait toujours eu une antipathie profonde pour le Florentin.
ente antipathie s’était passablement accrue et embellie depuis le meurtre d« Loriot et le» événement» qui l’avaient suivi, de telle façon qu’un jour que la reme-roère avait charge son favori d’un message pour Charles IX, le monarque s’etait écrié avec emportement :
— Si tu remets les pieds ici, miscrahle, je te ferai tuer comme un < hien par ie premier gentilhomme ou le premier page que j’aurai sous la main.
René était parti saisi d’une coll pie assez grave.
Or, l’espoir Oc Rene élut de surpr^nore madame Marguerite quittant le Louvre et a eu allant voir quelque part le sire de Coara»te.
Cet espoir u'avait rien d’exagéré ; et comme si la jeune princesse l'eût soupçonné, elle avait voulu en n a iscr une partie.
Un soir qu’il fanait clair de lune, Marguerite demanda sa litière.
René, ivre de joie, s'embusqua sur sou passage et se pnt à la suivre à dislance.
La princesse s’en alla tout le long du bord de l'eau
Jusqu'au bac de Saint-Cloud, et s’en retint sans avoir mis pied à terre.
Elle avait fait une simple promenade et René revint essoufflé.
U e chose, cr pendant, aurait dû donner l'éveil à René, t était que madame Marguerite dinait presque chaque soir avec le roi.
ls: roi, depuis quelques jours, s'était rem s, disait-on au Louvre, à composer un poème en c«mpav'nie de messire Pierre de Ronsard, et madame Marguerite, qui se piquait fort de belles-lettres, était admise aux seancfsde collaboration. Un malin, la reine-mère s’était présentée cher le roi pour obtenir de lui qu’il signât un édit touchant les relations de commerce avec l’Angleterre; — Charles IX avait signe l’édit, mais il avait dit ensuite à madame Catherine :
— Madame, le métier de roi eBt moins amusant que celui de pocte. M<ro >, qu' est un bon médecin, prétend que je ne me porte réellement bien que quand je m’amuse. Laissez-moi m’amuser.
La reine avait (ait la moue.
— Pendant quinze jour*, continua le roi, je vous laisse le soin des affaires publiques, à la condition que vous ne pendrez pas de hugu« nots et que vous me laisserez terminer mon poème en compagnie de Ronsard et de ma sœur Margot.
Et quand la reine fut partie, le roi, fidèle à son programme, ordonna sévèrement u ses pages et à ses gardes de ne laisser pénétrer personne auprès de lui, sous quelque prétexte que ce lût.
Tout cela n'avait point éveillé l’attention de René.
Or, cependant, voici ce qui se passait chez le roi :
Le sire de Coarasse, dont la blessure sc fermait, commençHit à se lever.
N<*c était son valet de chambre.
Outre le roi, madame Marguerite cl Nancy, quatre personnes étaient dans la confidence.
C'étaient Miron, Ronsard, le page Gauthier et le page Raoul.
Vers six heures, le roi se mettait à table; Raoul et Gauthier le servaient.
Charles LX plaçait à sa gauche le sire de Coarnsso, à sa droite madame Marguerite, en face de lui Nofi et mesure Pierre de Ronsard.
De poème, il n’en était guère question : mais, en revanche, le souper du roi terminé, Raoul dressait une table de jeu, et le roi, ayant pour partner M. de Coarasse, jouait à l'hombre contre Noê et Miron. Messire Pierre de Ronsard et madame Marguerite seul*» devisaient de poésie.
Or, le huitième jour de l'entrée du sire de Coarasse au Louvre, M. de Pibrac, qui était parti depuis six jours, arriva.
M. de Pibrac s'en était allé si bon trajn, qu’il avait rattrapé le duc de Grillon au moment où ce dernier entrait dans Ne vers.
Criilon, après avoir échangé quelques mois avec Pibrac, s*etait empresse de tourner bride.
— Ah! oar exemple! avait-il dit, le roi a tort de nie rappeler, i» il compte que je ne couperai point les oreilles à ce drôle de René. Un misérable qui a osé faire exiler un Criilon !
M. de Pibrac s’en revint donc au Louvre avec le doc, M, sur-le-champ, le roi lut averti de leur arrivée.
— Parbleu! dit Charles IX en lorgnant le sire de Coarasse «lu coin de l'œil, je crois qu'il est temps d’en finir avec mon poème. Qu'en pensez- vous ?
Madame Marguerite regarda le roi et parut un peu étonnée.
— Chut ! dit Charles IX, Coarasse me comprend... Noua vous expliquerons cela *n temps et lieu.
Pendant ce temps, René rôdait toujours infructueusement et commençait à se croire ensorcelé.
Comme il sortait de du z la reine -inere et longeait ce couloir obscur qui conduisit à l'oratoire de madame Marguerite, le soir rnè oe de l'arrivee de M. de Criilon, il lui advint une singulière aventure.
Deux bras vigoureux le saisirent par derrière, cm loi appuya un poignard sor la gorge et une voix qu*il ne put reconnaître lui dit :
— Ne bougez pas... ne criez pas... on ne vous veut aucun mal... mais si vous appeliez, on vous tuerait ..
R« né était lâche, et comme la pointe du poignard lui piquait 1a gorge, il devint tout tremblant.
— Que me voulez-vous? demanda-t-il.
— Vous donner un conseil.
— Qui êtes-vous?
— C’est un mystère.
René avait beau écouter; il ne connaissait pas cette voix.
On l’entraîna jusqu’à IVxlrémité du corridor, et là, une lampe placée dans l’escalier lui permit de voir à qui il avait «flaire.
Un homme de taille moyenne, enveloppé d’un amp’e manteau et le visage entièrement couvert d’un masque, était son unique interlocuteur.
Mais René avait compris à l’étreinte de cet homme qu'il était robuste, et la lame du poignard mit laquelle tomba un reflet de la lampe acheva de le rendre piudent.
Il ne songea pas un instant à mettre la main sur sa propre dague.
— Qui donc ôtes- vous T répéta-t-il.
— IJn homme étranger à la cour et que vous ne coo-
naiuei pas.
— Mais que me voulez-vous?
— Causer avec vous quelques minutes.
— Où?
— Ici. Nous gommes seuls.
René était fort ému.
— Monsieur René, reprit l'inconnu, vous êtes l'ennemi du sire de CoarasBe.
René tressaillit.
— Que vous importe! dit-H.
— II m’importe beaucoup.
— Etes-vous son ami?
— Au contraire, je le hais.
René étouffa un cri.
— Je suis son ennemi mortel, acheva L'inconnu.
— Ah!... Vous dites... vrai?
— Je dis vrai.
— Eh bien! s’écria René qui lendit vivement sa main, louchez là.
L'inconnu prit la main du Florentin rt 'a sevra.
— Vous voulez tuer Coarasse? continua l'inconnu, moi aussi.
— Ahl ah!
— Le roi vous Fa permis, & la condition que vous le frapperiez vous-même.
— D'accord.
— Et que... ce serait aux genoux de madame Marguerite.
— Précisément.
— Et depuis huit jours vous cherchez inutilement le sire de Coarasse.
— Hélas I
— Je sais où fl est, moi.
René jeta un cri de joie.
— Il est au Louvre
René recula stupéfait.
— Et chaque soir, madame Marguerite le vien* visiter...
René fut pris de vertige.
— Mais... où est-il?
— Suivez-moi.
L’inconnu prit René par la main et lui fit gravir l'eacalier tournant.
— Votre dague est de bonne trempe, n’esUce pas, messire René? lui demanda-t-il tout bas.
— Elle perce un écu d’or.
— Bravo I
— Je ne connais qu'une seule cotte de mailles qu’elle ne puisse entamer.
— Quelle est-elle?
— C'est celle que le feu roi Henri 11 fit forger à Milan
L« fenun# voilés jeta na erl... (P. tT3.)
par le célèbre armurier Quasta-Came, c’est-à-dire Gàtechair, lors de son mariage avec madame Catherine.
— Ah I dit l’inconnu, votre dague n’a pu l’entamer ?
— Non. Un jour le roi, le due de Crillon et moi-même en avons Tait l'estai. La lame s’est faussée.
— Bon! fit l’homme masqué, la peau du sire de Coarasse est plus tendre que cela.
— Je l’espère, murmura René avec un. sourire cruel.
Et ilscoUinuèrent à gravir les marches de l’escalier.
— Ah! çà, demanda le Florentin, il est donc dans les combles 7
— Oui... dans la chambre du page Raoul, laquelle, vous le savez, communique par une porte avec une autre chambre qu’hahilail jadis mademoiselle Guitaut, h première camérière de la reine. Cette chambre e t inhabitée aujourd’hui, et c’est là que madame Marguerite a caché le sire de Coarasse.
— Et c*cat là qu’elle rient le voir?
— Oui.
— Quand?
— Tenet, écoutes, dit l'inconnu.
On entendait sonuer le beffroi de l’église Saint-Germain.
— Il est neuf heures. Cest le moment où le roi sort •le table. Avant dix minutes les amoureux seront réunis.
— Comment pénétrer auprès d'eux?
— J’ai une fausse clef.
En parlant ainsi, l'homme masqué atteignit le corridor supérieur et, tenant toujours René par la main, il te conduisit jusqu’à la porte de cette chambre où nous avons vu le duc de Guise s'introduire sous le costume d'un garçon marchand de vins.
Alors l’inconnu mit une clef dans la serrure et la porte s’ouvrit sans bruit.
La chambre de Raoul était petite, mais assez I u meurent en t décorée. D'épais rideaux maganaient la fenêtre, une chaise longue était placée tout auprès de la cheminée. Sur un guéridon brûlait une petite lampe à globe d’al-
bâlrc qui projetait autour d’elle une lueur indiscrète.
L’inconnu, qui marcha t sur la pointe du pied, écarta le 1 » rideaux de la croisée et dit à René :
— Tenet! ctrhei-vous là,., et attendez...
René ol»éil <1 le> rideaux se reformèrent.
Alors l*mconuu s'éloigna lentement et lira la porte
derrière lui.
René, dont le cœur était pris d’une violente émotion, René, qui aurait mieux aimé avoir affaire à un deuxième Samuel Loriot qu'au sire de Coarasse, attendit environ dix minutes.
Puis, tout à coup, la porte par où l’inconnu avait disparu se rouvrit, et une femme se montra.
Cette femme était en veluppée dans un grand manteau, ( t de plus elle avait un loup de velours sur le visage.
Elle entra, passa à deux pas de René et alla frap|i«r à cette autre porte qui intUuil la chambre de Raoul en . i.mmuniralion avec celle qu’occupait mademoiselle Guitaut.
La femme voilée heurta cette portededeux petits coups.
Aussitôt elle s'ouvrit et le sire de Coarasse, télé nue, pâ'c, chancelant, se montra sur le seuil.
La femme voilée lui jeta les deux bras autour du cou et l'enlrainavers la chaise longue, où elle s'assit*
Henri s'agenouilla devant tl e, prit ses deux mains, les porta à ses lèvre» et murmura :
— Ah! chère Marguerite...
Soudain René écarta les rideaux et s'élança, la dague haute, sur le sire «UCoaraase qui lui présentait le dos.
La fournie votloe jeta un cri, mai» déjà la dague de René s'abattait rapide entre les deux épaules du prince.
René avait ajusté son coup entre les deux épaule* du
E rince, et il avait fiappé avec une vigueur sans égale, lais sa surprise et «on effroi furent grands...
La dague se brisa en trois morceaux et soudain le prince se redressa.
Leste et terrible comme le tigre oui sc retourne ver» le chasseur maladroit, Henri saisit le bras du Florentin, lui arracha le tronçon de sa dague, et à son tour II lui mit un poigoerd sur la gorge.
René, pale et frissonnant, se demandait m Satan loi même ne s’était point incarné ri»Dft la Déau de Henri de Coara*$c pour la rendre invulnérable et à l’épt cuve d*une dague forgée à Milan.
René était moins pétrifie quelques jours auparavant, en présence de maître Caboche, de ses aide» et de a torture.
Henri le tint un moment immobile et comme fascine sous son regard.
En même temps, la femme masquée arracha son loup, cl René, saisi de vertige, reconnut non poiul Marguerite, mais Nancy.
Nancy la rieuse et l’espiègle, qui lui montra ses dents blanches, le regarda d’un air moqueur ci lui dtf :
— Méchant que voua êtes! vous avez tenté d'assassiner mon amouttux, juste au moment où il m'avouait sa flamme.
Huis encore, deux autres portes a’oovrirenl, et René, saisi de terreur, vit entrer par l’une le roi Charles IX, par l'autre M. de Pibne, Noô et le terrible duc de Grillon.
— Sire, dit alors Henri qui se tourna vers le roi, voici un homme qui a tenté de m’assassiner.
— Je le sais dit le roi ; j’ai tout vu.
— Sire, balbutia René, cY»t par ordre de madame Catherine.
Le roi fit un signe de télé affirmatif.
— El Votre Majesté, ajouta Renc, dont les dents claquaient d épouvanté, Votre Majesté l'a permis.
— U ilte-là ! maître René, lit fo roi avec hauteur, je vous ai permis de tuer le sire de Coarasse aux pieds de ma sœur Margot, et non aux pieds de Naucy .
— Me tuer mon amoureux ! lit Nancy d’un ton boudeur..- Ah! fil...
— Ei cornue l’intention est réputée pour le fait, ajouta Charles IX, tl que tu as transgressé me» ordres...
— M it-, S>re, le masque...
— Tu seras pendu, Rene, et pendu haut et court, de-
main malin.
— Sue... Sire...
— Tuer un peut geôtiUàtre, passe encore, poursuivit le roi : mais tuer M. de Coar&sie !
Rtné eut une lueur d’au lace, et il osa répondre :
— l.<s Coarasse ne sont pas de race royale.
— Ré! hél dit le roi.
Et, regardant Uenri :
— Expliquez donc àoe drôle, mon cousin, dit-il, comment vuu» vous nommez Coarasse.
A cette appellation de • mon cousin, » René crut rêver; mais il jeta un cri terrible, un cri d’bjène prise au picgc, lorsque le prince lui eut dit froidemeut :
— Je me nomme Uenri de Bourbon, prince héritier du trône de Navarre, U je suis né au château de Coa-
— Tu vols bien, mon pauvre René, dit alors le roi avec cette bonbonne cruelle qu'il avait p irfois, — lu vois bien que la corde qui doit t étrangler est feufiisamment graissée...
— Sirel grâce 1 balbutia René tombant à genoux.
Le roi haussa les épaules.
— Duc, reprit-il s'adressant à Crillon , je vous ai chargé déjà d une vilaine besogne, je vais vous en charger encore.
— Ahl Sire, répondit Crillon, je le veux bien, mais cependant...
— Eh bien? fit le roi.
— Je désirerais réfléchir.
— Pourquoi cela?
— Mais parce que, soit que René ait fait un pacte avec le diable...
— C'est possible L..
— Soit qui*... la reine-mère...
— Ah! duc, fit le roi avec fierté, Je veux bien me Iai«ser iiupi r quand 11 s'agit d ua bourgeois mais non d’un prince de mon sang.
— Si je suppliais Votre Majesté de m'engager sa parole...
— Comment cela?
— Voici, dit Crillon, enveloppant R' né- d’un regard qui le glaça jusqu’à la moe.le des os : quand René a assassine le bourgeois Loriot, le prévôt des marchands et tous les boutiquiers ont jeté de tels cris, que Votre Majesté a cru devoir déférer le coupable au Parlement. Ce tait très- bien, en principe, mais les événements ont prouve que-ce mode de juridiction était mauvais.
— C’est vrai, duc. *
— Moi, je suis pour an procédé beaucoup plus simple.
— Ah! ah I
— Votre Majesté va en juger.
— Voyons !
— Qu est-ce que René? Une bète venimeuse, un chien enrage, quelque cl vo«e de malfaisant dont on se debarrasse au plu» vite...
— Ile! dit Nancy, voilà un joli portrait, ma foi !
— Il n’est pas flatté, murmura le roi, mais il e-t fidèle...
— Üonc, poursuivit le duc, mon avis est qu’il faut t* débariasser de Reno au plus vile, sans tambour ni truinptUe, — en famille...
— C'est le mot, observa Charles IX.
— Votre Majesté m’engage sa parole qu’elle ne me retirera R» ué des main» tous aucun pi ctexle.
— Sous aucun, dit ^chemeut le roi.
— Je fais comme fo bourreau, je prends le condamu et j’tn donne uu reçu.
— A merv»il!el
— Puis, avec l'aide de trois de mes Suisses, je le fai» descendre dans la cour du Louvre.
— Bien, après?
4tS
— Je me procure une bonne corde neuve*
— P-tilaal
— O i hi»>e la corde après le poteau d’une lanterne.
— Lee poteaux de Unltrne sont solide», observa le
roi.
— El au bout de la corde...
— Ou hiï-æ R -me, ajouta Charles IX.
— Uli! so)ti tranquille, Sire, ajouta M. de Grillon, uu:> S usses entoureront la potence jusqu'au matin*.. Il lie faut pas douze heurts pour bien pendre un homme
— Ah ! ah I dit le roi, est-ce que voua allez faire cette besogne Y...
— Sur-le-champ, Sire.
— An milieu de la nuit?
— liât* 1 lit le duc, le paradis est ouvert k toute heure. S' René y doit alkr, ce dont je doute, on le recevra à minuit M-V bien qu’à muii.
II. ne » coulait mus entendre, regardait sans voir, et il semblait avoir déjà la terrible corde passée autour du cou.
— Eh bien I dit le roi, allez, duc. *
— J'attends... Sire.
— - Qu'attendez-vous?
— L* parole de Voire Müjesté qu’elle me fait cadeau de René et m'octroie le droit de lui faire ce que bon me semblera.
Le roi allait répliquer et octroyer sans doute cette pa rôle qu'on lui demandait, lorsque la porte qui donuait aur le corridor, livra passage a un nouveau personnage que, sans doute, personne u attendait.
Le tait la nune-iuére, madame Catherine de Médicis.
La reine avait entendu une rumeur inaccoutumée, des cris, des éclats de rire, la voix du roi, celle de Rcue, et elle accourait.
Elle s’arrêta sur le seuil, vil le sire de Coarasse calme et ta tète haute, le rot dédaigneux, le duc de Cnliou tranquille connue un lion au r«p>s, Niu y moqueuse, Noé souriant, 11. de Pibrac se Cuiii|HiSanl un visage de Gascon diplomate, et René livide d ‘épouvante.
En un seul coup d’œi), la reine comprit une partie de la vérité.
Elle devina que le roi s'était moqué d’elle, et qu’il protégeait le sire de Cotrawe.
Elle devina que Nancy s’était prêtée 1 une comédie.
Ede devina enfin que M. de Grillon allait faire payer cruellement h René sa disgrâce de quelques jours.
L'œ I de Catherine lançait des éclairs, et le regard qu’elle dirda au sire de Gérasse fut terrible.
— Madame, dit froidement le roi, René n’a pas lent, ses engagements.
— Ah! dit la reine.
— Je lui avais permis de tuer le sire de Giarasse, s'il le surmenait aux pieds de la princesse Marguerite...
— Eh bien, Sire?
— IL né n'a point tenu parole.
— Comment cela?
— 11 a frappé le sire de Coara^e juste au moment où il faisait une déclaration d’amour à Nancy.
La reine regarda ILnri.
Hen i nVlmt pas môme blessé.
— Boni dit le roi, qui devina ia pensée de la reine mère, vous trouvez que, pour un homme assassine, il se porte assez bien... hein?
— Sire !...
— Ah! c’est que je lni avais prêté la cotte de maille» de mon pêr** le feu roi H nri II.
Ces derniers mots tirent pâlir la reine de courroux.
— Sire, dit-elle, «o s êtes le ro*. vous êtes le maître, le maître absolu, .mais vous êtes mon fils, et Dieu punit le fils qui ose se radier de sa mere.
Eu parlant ainsi, madame Catherine s’était redressée avec fierté".
— Madame, répondit le roi, je vais vous expliquer ma conduite en peu de mots.
— Je vous écoute, S re.
— A Dieu ne plaise que je me raille jamais de ma mère! unis a Dieu ne plaise aussi que je permette jamais qu’on
assassin: ceux Ht mon sang dans mou propre palatal
— Je ne vous comprends pas. Sire.
Le roi regarda Henri.
— M n cousin, dit-il, veuillez donc rip'iqueri U reinetûère que vous vou* nommez Henri de Boni bon.
Cal lu nne recula effarée.
— Ma lauie, dit alor» Henri, qui prit la main de Catherine et la porta à ses levre» en lldussant un genou, pardonne z* uioi d'avoir joue a près de vous un rôle de sorcier tout au plus digne de lieue.
La mue regardait Henri avec une sorte d'égarement.
— Aht dit-elle enfin, j’aurais dû vous reconnaître, vous êtes le portrait vivant d’Aulo ne de Bourbon, votre (.ère.
— Alors vous comprenez, madame, reprit le roi, qu’avec
meilleure volume du monde de vous être agréable, je
ne puuvais, eu conscience, faire tuer celui A qui vous destinez la uiaiu de ma sœur Margot.
La renie, pélrdté**» ne trouvait pas un mot à répondre.
Heureusement le duc de Crilluu su chargea de rompre ce sileuce.
— Sue, dit-il, j’attends toujours votre parole.
Et, ce uisaul, n posa la main sur l’epaule de René.
Relie jeta un en cl tomba à genoux.
— Qu allez- vous doue faire de cet homme? demanda Catherine.
— Madame, répliqua Grillon, j’atteods que S. M. lu roi daigne me le Couder.
— Lt qu’en voulez-vous faire?
— Le pendre uans la cour du Louvre.
— Ah ! madame, ajouta le roi toujours froidement railleur, Vous comprenez que je ne puis taire moins pour mon cousin le prince de Navarre..
— Sim... sire... baibuiu Catherine qui ne pouvait se J -fendre d’uu rc&le d'aûectioii pour aou maladroit lavori.
— Trop tard, madame, ^.t le roi; j avais eagage ma parole au duc.
Catherine soupira, mais elle >e lut.
— J« suis perdu 1 pensa René devenu livide. Elle aussi m'abandonne...
Et obéissant à uno inspiration subite, il se jeta aux genoux de Henri.
— Ah! monseigneur, murmura-t-il, monseigneur... . •.yez pitié de moi... pardonner- moi...
— Et si je te pardonne, dit H- nri, que feras-tu?
— J- passerai ma vie A vous béuir,
— Tarare! dit le prince.
— Je me ferai tuer pour vous...
— Peuh! tu as peur de la mort...
— Je... je... je serai votre esclave...
— Chansons que tout cela î dit b* prince, devenu railleur à son tour. Je vais te proposer autre chose, René, m n ami...
— Aht parlez, monseigneur, supplia René, parlez... ordonnez! Mais...
11 regarda Grillon avec terreur.
— Mais ne me laissez point aux maint de M. le due.
Grillon grommelait entre ses dents.
— Tiens- tu sérieusement à vivre?... dit Henri.
— Oh ! fil René.
— A t’eu aller fort tranquillement chez to«, au n < » Çaint-Michel? ,
— .Ma fille! murmura René, qui voulut émouvoir il i en faisant vibrer la corde paternelle.
— Ecoute-moi bien, R- ne, continua le prince, il y j huit jours, tu avais une femme en ton pouvoir.
Le Florentin tressaillit.
— Celle feiume que tu avais enlevée dans le caban-' d- M i Van, juste au moment où je recevais un coup d o* jé ; «ii: M. le duc de üuise, Ctùe femme, dis je, tu lui *r tendu sa hberté..*
— Ahl ah! interrompit le roi, qui donc était-ce?
— Sirah Loriot, la femme du bourgeois que II- né...
— Ghnl! dit Charles IX, ne rappelons point ces chosequi sont fort désagréables a madame Catherine.
La reine se mordit les lèvres.
— El, demanda Charles IX, elle a racheté sa liberté un bon prix?
— - Mats oui. Sire.
— Qu'a-t-ellc donné?
— Elle a engagé sa parole à René qu'il serait mis en (Mtt>L-«siun de tous les trésor? de Samuel Loriot le jour uu elle, Sarati, aurait touche la terre de Navarre.
— Samuel était riche, observa M. de Crillon.
— El voua voyez, Sire, que maitre René n’a pas mén-ge Sarah.
— Certes, non.
— Eh bienl René, mon ami, si tu veux dégager Sarah l'argentiére de sa parole d'abord, et souscrire ensuite à uu petit engagement avec moi, je supplierai M. le duc de le laisser la vie.
— Ah 1 monseigneur, dit Crillon, Votre Altesse a bien certainement une absence d'esprit.
— Comment cela, duc?
— Si je pends René, les trésors de Sarab ne lui seroul pas très-utiles.
— C'est vrai. Mais il a une fille, et Sarah sera esclave de sa parole.
— Huinl fil Grillon, tout cela est fort gênant... je voulais (aire une expérience.
— Bah ? dit le roi.
— J'aurais voulu m’assurer que les poteaux des lanternes pouvaient, à la rigueur, et dans un moment de pnsse, remplacer la potence ordinaire.
— Je vous comprends, duc, mais je tiens à ne point noir dépouiller l'argentiére.
Et Henri regarda René :
— Eh bien! qu'en dis-tu?
René roulait un œil hagard autour de lui et gardait un farouche silence.
Mais il sentait que M. de Crillon avait bâte d’en finir, et il avait compris que 1a reine elle même if osait plus le défendre.
D'ailleurs Crillon se moquait parfaitement de la reine et s'attend»' "u'un signe de Charles IX.
— J’accepte, balbutia René. Je délie Sarab Loriot de ion senne nt.
— Bon! dit Henri, voici le premier point. Maintenant, passons au second.
René regarda le prince : que pouvait-on lui reprendre encore?
— Tu vas t’engager, poursuivit le prince, à ne par tou lier un seul cheveu de ma tôle, ni de celle de M. de Pibrac, ni de celle de mon ami Noé que voilà.
— Je le jure... balbutia encore René.
Mais Henri se prit à sourire.
— Oh! dit-il, ce n'est pas toi qui vas me le jurer.
— Hein ? fit le roi.
— Sire, répondit Henri, je vais demander à René un serment par procuration.
— Comment l’entendes- vous, mon cousin ?
— Fort simplement. Madame Catherine, que voilà, va m’engager sa parole royale que Re? é ne tentera rien ni contre la vie ni contre le repos de M. de Pibrac, de M. de Noé, de Sarah l'argentiére et de sou humble serviteur, le prince Henri de Bourbon.
— Allons! madame, dit Charles IX, laissez pendr René ou faites le serment.
— Soit, dit la reine, je me porte garant pour René. Ven donne ma parole...
Henri respira.
Mais la reine, en prononçant ces mots, lui jeta un regard de haine , et il comprit que désormais il avait en elle une ennemie implacable...
— Ilarriibteu 1 jurait Grillon, voici que ce damné parfumeur se tire encore sain et sauf de mes griffes... Quel guignon!
La scène qui venait d'avoir lieu avait été prévue ei méditée dans le cabinet du roi, au moins quant à co qu:
concernait Nancy ; mai* il n'avaitéte nullement question d'abord de révéler à René le véritable nom du sire de C arasse.
Dans la pensée du roi, apprendre à madame Marguerite qu elle aimait celui qu'on lui destinait pour époux était chose dangereuse, et il avait été convenu tout d'abord que l’incognito du prince ne serait point violé.
C'était dans cette intention que le roi, après avoir fait la leçon à madame Marguerite, avait imaginé de masquer Nancy, de lui faire jouer le léle de sa maîtresse et de faire ainsi tomber Mené dans un piège.
Cir, si le roi avait permis qu'on tuât le sire de Coa- ■ asse aux pied* de Mjrgucrite, il n'avait nullement eoii iidu qu’on prit Nancy pour elle. Doue René, frappant le -ire de Coarasse aux genoux de N »ncv, transgressait les r dres du roi et devenait justiciable de M. de Crillon.
Un événement imprévu était venu modifier cet arrangement.
Comme le roi était à table vers sept heures, on vit arriver le page Gauthier, qui remit au roi un vaste pb
cacheté.*
— Qui donc apporte celai demanda le monarqûe.
— Un gentilhomme qui arrive de Nérac à franc étrier.
Henri tressaillit, M. de Pibrac et Noé échangèrent un
regard.
Quant à madame Marguerite, elle se prit à pâlir.
— Oh! oh! tit le roi, de Nérac?...
Et il ouvrit le pli cacheté et en retira successivement (rois lettres. L’une était & l'adresse du roi, l'autre à celle de M. de Pibrac, la troisième était destinée à madame Catherine. Le roi tendit la sienue k Pibrac et brisa le >cel du message qui lui était adressé :
« Sire, mou frère et cousin, — disait Jeanne d'Albret. reine de Navarre , — je vous écris ces présentés pour vous annoncer que je me mets eu route ce jourd'bui, onzième de juin , et que je pense être rendue k Paru devers 1a fin du présent mois, à la seule fin que le maliage de mon fils Henri avec votre sœur Marguerite se puis»* conclure promptement.
« Mon écuyer monte à cheval et a ordre de ne point baguenauder en route.
« Il arrivera à Paris bien avant moi.
« En attendant, Sire, mon frère et cousin, le plaisir et la faveur de vous voir, je prie Dieu qu’il vous tienne en santé, joie et liesse.
« Jeakke, reine de Navarre. »
Le roi, après avoir parcouru cette lettre des yeux, la lut tout haut, regardant madame Marguerite, qui était devenue plus pèle qu’une statue.
En même temps Noé se penchait à l’oreille de AI. de Pibrac :
— Bien certainement, disait-il, le messager de madame Jeanne a laissé pour noua un pli à l’hôtellerie de la rue Saint-Jacques.
Le prince de Navarre regardait Marguerite et semblait partager son émotion.
M. de Pibrac ouvrit la lettre que lui adressait la reine Jeanne et lut tout bas :
« Cher et aimé Pibrac,
e J’ai toujours grand’peur que le prince mon fils ne continue à être enamouré de madame la comtesse de Grammont, et c’est pour cela que je voua écris. J’ai grand’peur, en outre, que les cancans et médisances qu’on débite par tout le royaume à l’endroit de madame la princesse Marguerite ne l’aient aussi dégoûté de ce inari.ige, et je vous prie de (aire tous vos etlorts pour l'y décider. Vou9 lui promettrez de. ma part qu’auasitôt que le mariage sera conclu, je lui octroierai le titre de roi.
« Adieu, cher et aime Pibrac ; je compte sur voua.
c Je* ni b. a
M. de Pibrac se hâta de refermer cette lettre et de U fure d par. dire dans la poche de ses chausses.
Et, obuMoat à une inapirttion aub.te, il m j«u aux genoux de Henri (P. 175.)
L'arrivée de ces dépêches avait produit une impression fâcheuse sur les convives de Sa Majesté.
Un morne silence régna pendant quelques instants, et ce fut le roi qui le rompit en disant au sire de Coarasse :
— Mon cher sire, venez, que je vous parle...
Le roi, se levant de table, alla ouvrir la porte du ea binet où Henri couchait chaque soir et il l’y ht entrer avec lui.
— Ah I pensait Marguerite éperdue, il va lui ordonner de partir...
Marguerite se trompait.
— Cousin , dit tout bas Charles IX au prince de Navrarre, que pensez-vous de la prochaine arrivée de madame JeanueT
— Je pense , sire , quelle va me forcer à dépouiller mon incognito.
— Ne craignez-vous rien T
— Que craindrais je T
— Margot est capricieuse.
— Elle m'amie...
— Alors, dit le roi, voulez-vous mon avisT
— Parlez, Sire.
— Autant lui faire la confidence de suite.
Soit!
— Restez là, je vais vous l’envoyer. .
Henri s’assit sur li ptad de son lit, et le roi rentra Î3“« livraison
dans la salle à manger où le silence avait pris des proportions funèbres.
— H* ! ma pauvre Margot, dit le roi, je viens de donner une mission au sire de Coarasse.
— Une mission, Sire?
Et Marguerite se prit à trembler de tous ses membres.
— Va le voir, il se chargera de tes commissions.
— Pour qui, Sire?
— pour le prince de Navarre.
Marguerite, la sueur au front, les lèvres blèmiea. entra dans le cabinet, persuadée que le roi avait voulu, la prenant en pilir, lui ménager un dernier téle-à-tète avec Hcmi.
Celui-ci était calme, sérieux, et il enveloppa Marguerite d’un regard d’amour.
Marguerite lui prit la main et lui dît :
— Je ne veux pas que vous partiel I
— ■ U le faut.
Le prince se prit à sourire et lui dit ;
— Ne devtx-vous pas bientôt épouser le prince de Navarre?
— Taisez-vous J
— El vous ne pouvez aimer que lui.
-* L’aimer t s’écria Marguerite avec colère , ohl je
hais...
— Pourquoi?
— Parce que je t’aime.
Un fin sourire vint aux lèvres rtu jeune prince.
— Vous le haïssiez avant de m'aimer...
— Cent vrai.
— Pourquoi donc?
— Parce que, m’a-t-on dit, c’est un rustre, un paysan, un ours mal léché...
— El puis, ajouta Unir», parce qu’il vous faudra aller vivre en Navarre , à la cour de Nérac , où ou s'ennuie fort, du-on.
— Ah! dit Marguerite, si, au lieu de vous aimer, j’aimais le prince, que m'importerait!
— Je gage, ma chère amie, que vous consentiriez à me suivre.
— Vouât
— Moi.
— Ah! cetes! et au bout du monde.
— Même, lit Henri souriant, si j'ctais le prince de r iharr**?
Marguerite tressaillit et regarda le prince avec étonnement.
— Le prince de Navarre, poursuivit Henri, qui aurait quitte Nerar um>gnro et, craignant de n'éire point aimé, se sérail hasarde de plaire à la princesse Marguerite sous le pourpoint d un simple gentilhomme?
— Henri... Henri... ne railles point, murmura la princesse.
— M tdaœe, répondit-il, le roi Charles IX m'a dit tout à l'heure une singulière chose.
— Ah ! fit Marguerite, qui regardait toujours le prince*
— U m'a dit que vous seriez capable de prendre en bauie le («livre sire de Coaraa>e...
— Vous êtes fou. *
— Si vous vous aperceviez qu'il vous a trompée.
— Vous m'.ivez doue trompée?
— Hélas ! oui.
Marguerite lies.»aitlit de nouveau.
— le me nomme Henri de Boni bon, acheva le prince, qui prit les deux mains de Marguerite, l'attira à lui et lai donna un long baiser.
Marguerite jeta un grand cri. A ce cri, le roi accourut, suivi de kuon, qui s'empressa de donner des soins à h jeun* princesse, qui vénal i de s'évanouir.
Cet évanouissement fut de courte durée. B>enlôt Marguerite, qu*on avait placée dans un grand lauteuil, rouvrit les yeux et aperçut tour à tour Henri et le roi, qui chacun U niient une de se» main.-.
Elle sourit à Hecri et dit a i roi :
— Sin-, vous aviez de moi une fort vilaine opinion. Je suis prèle à aimer le prince de .Navarre aussi ardemment que j'aiinais le sire de Guarasse.
— Alors, dit le roi, nous allons modifier un peu le bon tour que je Compte jouer à ce drôle de Rene.
Et le roi , parlant ainsi, alla détacher d'une vaste panoplie cette fine cotte de mailles que le roi Henri U fit fii forger à Mi, au et sur laquolle devait se bria.-r, une heure plus tard, îa dague si merveiikuaemeat trempee du FlorenUu.
Deux heures après, on s'en souvient, le favori de madame Catherine était pris au piège.
hué avait joue le rôle de l'homme masqué.
Quand la renie Catherine eut fait le serment que loi demandait Henri de Navarre, le roi ajouta :
— Maintenant, madame, je puis vous donner une nouvelle.
— Ah! fit la reine avec indifférence.
— La reine Jeaiuie arrive dan» huit jours.
— Et je ne vois plus ru a qui pui>se retarder mon mariage, dit une voix derrière madame Catherine.
La raue-u.ère »e retourna w*r» Majgui nte,qui mirai*, et souriait au princ» Heurt de Bouibon, futur roi de Navarre. René était consterné!
lxvh
Huit jours aj iès les événements que nous venons de
rapporte*, le Louvre avait pris un air de Rie tout à fait inaccoutumé.
Ou ailen-lait d'un moment & l’autre l’arrivée de madame Jeanne d'Albret, reine d Navarre.
Un gentilhomme courrier était entré 'au Louvre vers deuf heures de relevée, annonçant que le royal cortège n’était plu-* qu’à aur Iques lieues de I*ari8.
Soudain Henri ae Navarre, qui, depuis qu’il avait dépouillé l'incognito et répudié le nom de sire deCoara»*-e t logeâ t ouvertement au Louvre, Henri était monté à cheval, en compagnie de Nuê. de M. de Pibrac et de quar-nte gardes du roi, dont le duc d« Grillon, sur l'ordre de Charles IX, avait pris te commandement.
Put* le prince, accompagné de cette e-rorle d'honneur, s’en étau aile au devant le sa mère.
En même temp», madame Catherine, le roi. madame M’irgi.» nu , avaient donné desor Jr»-a p«>ur qu- la r e-*ption fil brillante et dignr de tous points d'uue reine allier à la famille, royale de France.
Par les corridor* et les salles, dans les cours, partout, les p <ges. les gentilshommes, les Valets se croisaient d’on air aff.rré.
Mais les gentilshommes causaient, les valets se réjouis- •aient, les pages caquetaient ni plus ni moins que de beik-s filles.
Notre ami Raoul, qui s’en revenait de porter un me«* aage à madame Catherine, avait trouvé le moyen de rencontrer Nancy.
Raoul avait rougi, Nancy s’était prise à rire.
Tous di*u x s’eiaienl appuyés au balcon d’une fenêtre qui regardait la Seine et, ou» prétexté de voir afrr»vei le i orlége, ils s'étaient mis à causer.
— Na chère Nancy, disait Raoul, que pensez-vous de tout cela?
— Qu appel b-s-tu tout cela, mon petit Raoul?
— Mais le calme qui a régné au Louvre ces jours-ci. d’abord.
— Bon I et après?
— Et la joie qu'on y déploie aujourd’hui...
Nancy pnt un air grave :
— Cou naie- tu le burd de la mer, mon petit Raoul?
— Non.
— C'est fâcheux.
— Pourquoi?
— Parce que, si tu avais vu l'Océan, t«j saurais, mon petit Raoul, que le calme le plus profond jirécède ordinairement la t» m été.
— Ah ! dit R oui.
— Et puis il y a un viril adage qui prétend, continua Nancy, que ceux qui ritni le samedi pleureront le dioian In*.
— Tiens ! fit Raoul, c’est justement samedi.
— Et mon adage est jteut-éire toit juste.
— Ub 1 oh ! Nancy, murmura Raoul, comme vous êtes soudeuse !
— C'est vrai.
— E Uce que vous entrevoyez des malheurs?
— Hélas!
— Mm Dieu ! fit Raoul frappé de la gravité de Nancy.
— Mon petit Raoul, poursuivit la jolie camérier- , je suis tout bonnement la princesse Cassait dre du Louvre.
—Ml
— Ou ne croit pas à nies prédictions.
— Qu’avez-vous donc prédit?
— Ecoute bien : depuis que le sire de Coara«se a fait place au prince de Navarre, on se croirait volontiers revenu a l’ége d'or.
— C’a» vrai cela.
— Ma lame Catherine et madame Margiwrite s'embrassent du soir au matin: le roi jure au il ne s’ennuie plus, la reine-mère accable le prince Henri de Bourin « de protestations d 'amitié, et René lui fait une cour obséquieuse et lui demande -pardon du malin au soir d’avoir tenté de l’assassiner.
— Et tout cela ne vous semble point d’un bon augure, Nancy?
— Non, mon petit Raoul. *
lit
— Et vous avez fait des prédictions t
— Justement.
— Ah ! fit Raoul d’un air carieux.
— J’ai prédit à madame Marguerite qu'elle se brouillerait au prunier jour avec madame Catherine.
— Bien! dit le page: ensuite?
— J’ai prédit au roi que René assassinerait ou empoisonnerait quelqu'un avant huit jours d'ici.
— Quelle singulière ulee!
— Et j'ai prédit enfin au prince de Navarre qu’il éprouverait encore une foule de désagréments et p<'.tètre bien de malheurs avant qu'ü conduisit à l'autel madame Marguerite.
— Et qu'a répondu le prince?
— Ii m’a ri au nez.
— Boni et le roi?
.. — Le roi a haussé les épaules.
— Trè«-bienl et madame Marguerite? •
— il.» lame Marguerite a pi étendu que j'étais folle.
— Avez* vous aussi uoe prédiction à me taire, Nancy?
— A toi, Raoul?
— A moi.
— Peut -être bien.
— Voyons !
Nancy eut un sourire moqueur sur les lèvres et dit:
— Je te prédis, Raoul mon mignon, que tu feras un grand voyage d ici a peu de temps.
— Allons donc!
— Un voyage dans le M'di.
— Parbleu ! dit R «nul, qui devint aussitôt rouge comme une cens»-. J'irai eu N ivarre
— Probablement le roi t'y enverra.
— - Ce n'fol pas cela, Nancy.
— Ah! ah!
— C'est moi qui demanderai à y aller.
— Pourquoi?
— Mais, daine! parce que le prince de Navarre y retournera.
— B Ile raison t
— Et qu’il y emmènera sa femme, la princesse Marguerite.
— Hum ! fil Nancy.
— Et que madame Marguerite vous emmènera...
Nancy lie put, a son tour, se défendre de rougir un
peu.
— Va- t’en, mon petit Raoul, dit-elle, tu viens de manquer a toutes te* promesses.
— Ilein? ht Raoul.
— N’a-t-il point été convenu entre nous , ajouta Nancy, que tu lie me parierais jamais d'amour?
— Oui, tant que je serai page...
— Tu l'es encore.
— Mais voici que j’ai dix -huit ans.
— Déjà?
— Vienne la fin du mois, et je vais prier le prince de me prendre pour ecuyer. Je vous aime trup pour rester page longtemps encore...
— Peut drôle! murmura Nancy menaçant Raoul du doigt... tu verras si je tiens ma promesse.,.
— Que m'atez-vou» pi omis?
— De te bumier pendant huit jours si lu le permettais encore de tue dire que tu... m annes...
Raoul en! un excès d’audace. Il prit la petite main blanche et rose de la caméricre et la portant à scs lèvres :
— Soit! dit-il, boudez-moi quinze jour», si vous voulez, car j’ai pecbe deux fois de suite. Je vous aime!... je vous aimel...
M us Nancy n eut point le temps ue commencer à meure sa menace en exécution, un bruit lointain de fauf.res se fit entendre.
En mémo tenu* une foule de populaire se montra dan* l'élu gnement et »«• prit à onduler comme les vagues rie la tuer entre la nvièie et les ouisousdu vieux Pans. Nancy prit Raoul par le bras et le jioussa vers le balcon.
— Viens donc regarder, dit-elle, je te bouderai demain.
Et les deux enfants, penches à la croisée ogivale du vieux Louvre, atteudirun avec impatience 1 arriveè
du cortège de madame Jeanne d'Àlbret, reine de Navarre.
Les fanfares mettaient le Louvre en Tumeur.
An - - ï 1**1 1 qu’il les entendit, le roi Charles IX, qui se tenait prêt a monter à cheval, sauta en selle et sortit de la cour du Louvre entouré de ses gardes. Puis il mit son cheval au galop et remontra le cortège sur la place du ChAUdet.
— N uis sommes bien placés id, n'est-cc pas, mou petit Raoul? disait l’espiègle Nancy.
— Nous verrons défiîcr tout le cortège.
— Attention! ajouta la caménère, qui redevenait enfant.
En effet, le cortège allait bientôt s'engouffrer sous lez vastes voûtes du Louvre, et le spectade était imposant.
Au milieu d’une foule de bourgeois qui se pressaient curieusement t l'entour s' avançait lentement la litière de mndame Jeanne l’Albret, portée par quatre belles mules rouge* dont les harnais étaient garnis de clochettes. A la portière de droite chevauchaient le prince Henri de Bon r Uni et M de Pibrac.
A I» portière de gauche étaient M. de Crillon et Noi.
Le roi, en abordant la litière, avait mis pied à terre, et il étau monté auprès de la reine Jeanne, à qui ilavait fort galamment baisé Us mains.
En avant et en arrière de la litière, marchaient les gardes du roi et les trente officiers et gentilshommes qui formaient Punique escorte amence par la reine de Navarre.
Quand la litière arriva à la grand’porte du Louvre, verticalement au-dessus de laquelle était la f-uétre que Nancy et Raoul avaient choisie pour leur poste d'observation, la camérière dit au page :
— Maintenant, varions un peu nos plaisirs.
— Omraent cela?
— Vieil* toujours.
Elle prit Raoul par la main et lui fit longer le corridor dans toute sa longueur, si bien qu’elle arriva à une autre croisée.
Olle-lA donnait sur la cour du Louvre, et précisément au-dessus de l’enlrée principale.
— A>-tu de bons yeux, Raoul? demanda Nancy.
— Des y«*u* de faucon.
— Très-bien. Aloi* tu vas bien regarder la reine de Navarre, au moment où elle descendra de sa litière.
— Pourquoi?
— Mais uniquement pour voir comment elle est : fai
la vue basse.
Nancy exagérait peutêtre bien un peu, car elle venait de remarquer fort distinctement au-dessous d’elle madame Catherine et madame Marguerite, qui se trouvaient au haut du grand perron, vêtues de leurs plus beaux atours. Autour d’elles les dames de la cour se pressaient et attendaient avec la plus vive anxiété que la reine Jeanne apparût. *
Enfin la litière s’arrêta.
Le roi Charles IX descendit le premier et offrit son poing, — ce qui était la mode du temps, — à madame Jeanne d'Albret.
La reine de Navarre sortit à sou tour de sa litière et provoqua l'admiration générale.
De même qu’on s'était attendu à la cour de France, au lieu de l'élégant et spirituel sire de Coarasse, à voir dans le prince Henri de Bourbon une sorte d'our* mal léché, un prince paysan et chasseur, vêtu de bure et sentant l’ail, — de même ou t'était figuré que madame Jeanne d’Albret, qui était u^ des tètes de coiouue du parti calviniste, avait le physique de l’emploi.
C'est-à-dire que citait une grande femme sèche, maigre, aux vêtements grossiers, à l’air austère, à la démarche raide et puritaine.
On s’était trompé à la cour de France. La reine de Navarre était jeune, beaucoup plus jeune que son Age; elle avait trente-neuf ans et i n paraissait trente à peine; elle était belle comme une vraie Béarnaise, — elle avait l'aBil ooir et vif, la lèvre rouge, la chevelure d'ébène aux boucle» luxuriant—.
Quand <>n la vit auprès de Henri de Bourbon, son fils, on la prit pour sa coeur aînée.
Elle s’avança vers madame Catherine, qui descendit elle-même les premières marches du perron, avec l'aisaoce et U dignité d'une fournie de race; «Ile donna sa ma; n à baiser a 1 princesse Marguerite, qu'elle con-idera sur-le-champ et par ce seul fait comme sa bru, et monta les degrés du perron appuyée sur le roi.
— Hé! mais, ail Nancy en se pem bant à l'oreille de Raoul, décidément on est moins arriére que je ne le croyais a la cour de Navarre.
— C’est mon avis, dit Raoul.
— Et la reine Jeanne est ajustée avec une élégance du meilleur goût.
Il y avait au Louvre une grands salle qu'on nommait déjà la Salle du Trône et dan» laqudle on avait routume de recevoir ks princes et lès têies couronnées. C’était la que, par ordre de Charles IX, on avait dresse la table du festin réservé à la reine de Navarre.
l-i reine Jeanne y prit place à la droite du roi.
Madame Catherine, platée vis-à-vis de Charles IX, avait à sa droite le prinue ll-nn de Bourbon.
Le roi nui à sa gauche U princesse Marguerite.
La reiuc-uière pla^a pareillement Si. de Crillon à sa gauche.
Nancy, que son humide situation n’autorisait point à s'asseoir à la table royale, continua à caqueter dans uu coin de la grande salle avec le page Raoul.
Raoul disait:
— Je crois décidément que madame Catherine a pardonné liès-franclu-mciil au sire de C >ara»te.
— Huinl fil Nam y d’un air mystérieux, vraiment! tu le crois t
— Ne voyez-vous pas quel air Fouriant elle a?
— Quand la reine sourit, c’est mauvais signe.
— Bah!
Uu gtnldhomme vint à passer dans un coin de la salle.
C’était Ri né.
Rene rentré en grâce, redevenu favori depuis qre le prince de Navarre lui avait pardonné, René, di»oo»-iiuiis, revenait au Louvre de plus belle, et les courtisans continuaient à le saluer.
Ci pendant, contre son habitude, il était devenu poli, presque humble; il souriait au plus petit gtnlillàtre, il donnait la main au inuinJre page.
Nancy poussa Raoul du coude :
— Regarde I dit-elle.
Raoul vit Rene échange” un rapide regard avec la reine et passer sans s'arrêter.
Le sourire de i*tth»rine n'ahandonna point ses lèvres, mats un éclair jaillit de ses yeux.
Nancy surprit cet éclair.
— Le sire de Coarasse n’est pas mort, murmura-t-elle.
Et comme Raoul» ne comprenait point, elle ajouta :
— La renie n'a point pa. donné.
— Cependant, observa Raoul, le prince Henri épousera madame Marguerite?
— Sans doute, mais...
Surcemaù... Nancy s’arrêta, puis reprit brusquement:
— Tu es trop jeune, mon petit Raoul, pour rien comprendre à la politique.
— Ah! babl
— Tiens, ajouta Nancy, il y a maintenant quelqu'un à cette table que la reme-inère hait bien plus violemment que le prince Ucuri de Bourbun.
— Et qui donc?
Rauul posa cette question d’on air étonné.
— C’est la reine de Navarre.
L'étonnement de Raoul devint de la stupéfaction.
— Pourquoi cela? dit- il.
— Pourquoi? tuais parce qu’elle a quarante ans et en paraît tieute, alors que madame Catherin»*, qui en a quarante-cinq, les porte majestueusement.
— Ohl quelle idée!
— Raoul, mou mignon, dit Nancy, j’avais bien raison de suppwscr que tu u’enlcodais rien à la politique.
— Et moi, dit Raoul, je crois, ma dière Nancy, que vous voyez tout en noir.
— Chut! fit Nancy, écoute...
En ce moment, en eflet, la reine-mère disait à madame Jeanne d’Alhret, reine de Navarre :
— Madame nia soeur et cousine, je vous ai gardé l'élrenoe de l’hôlel que je fais LA tir rue du Jour. Vous serez la première à l’habiter, et il est tjut prêt à voua recevoir.
La reine de Navarre s’inclina.
Au même instant, René traversa de nouveau la salle du levdn et échangea un second regard avec la reine Catherine.
Alors Nancy se pencha une fois «score à l'oreille de H .i,ij :
— La reine de Navarre, dit-elle kntenu nt, est en
péril de mort!... ^
LXVUI
L'hôtel que madame Catherine de Médicis faisait alors conslrui.r rue du Jour ou de B- amkjour, et qui devait plus liird s’appeler l'hôtel de Suivons, était déjà, UnjQ que non a> heve encor»-, une véritable merveil'e.
Aux heures où la politique et les qui relies de religion laissaient >n rei»o* son e-prit inquiet, la reme-Bère redevenait la lilie des Mé lins, c'est-à-dire la le unie délicate, aimant les arts et les lettre», adorant les lab>eaox, les statues, les mervrillestrcbilectunürs.
L'aile gauche|de l'hôte) Be-imejour avait été préparée tout exprès pour recevoir madame Jeanne d'Aluret,reioe de N ivarre.
Il se passait peu de jours, depuis environ un mois, ne madame Catherine lie s’y fil porter en litière, afin h sur» et 1er elle-miiue les travaux de ses architecte», et chaque fois elle ne manquait point de dire :
— Ma soeur et cousine la reine de Navarre, qui est une vraie pays inné et s’assied sur uu e>iabeau de «apm dans son château de Nerac ou dans sa ba.oque de Pau, e,i capable de >e déchausser en entrant ici, de peur de gâter le parquet avec ses gros souliers à têtes de doos.
La mise élégante, la tournure hautaine et pleine de dignité de Jeanne d'Albret, avaient détrompé madame Catherine.
La reme de Navarre était femme de cour; ehe avait vécu à Madrid, auprès du roi Philippe II; elle avait as-tslé au co -cher du »oleil de o grand régné que les Espagnols nomment encore le siècle de Char]e»-Quint.
Il avait suffi aux deux reines d ecbanger un regard, pour se deviner et s»: connaître.
— J'ai là une adversaire digne de iuoj,pensaCalherir>e.
— La leire Catherine, pensa Jeanne d‘Àibret,e*t bien
la femme qu'on ni a dépeinte. Je vais être chez elle comme en un camp ennemi.
Ce fut vers dix heures du soir environ que le roi Chark-sIX et toute sa cour accompagnèrent la reiue de Navarre à i'hôlel Reauscjuur.
Jeanne s'cuit monliée d'une amabilité charmante, d**p oyant cet esprit lin, délicat et paifui» un peu leste de U reine Marguerite de Navarre, sa mère.
Chât ies IX eu avait été ravi et lui avait dit en lui baisant la main :
Je voudrais être, madame, Pierre de Romard, tnon
poète, à la seule fin de célébrer dignement votre esprit et Voire beauté.
les seigneurs de la ciur avaient chui holé entre eux :
— D cuiement, il y a <ie plus belles maineie» qu'on ne le pensait à la cour de Nerac.
Enfin madame Marguerite, se penchant à loreibe de madame Catherine, lui nvdildit :
— Je rr. w maintenant que je ne m'ennuierai pas trop à Nerac.
La suite de la Téine Jeanne était à l’avenant.
C’étaient do garçon» d tspril, jeunes pour la plupart, pi» tant haut la tête, tournant une galanterie le mieux du rniHi Ji et qui s étaient mis à regarder ks dames de U
IftI
cour de France avec de» veux amoureux et pleins de feu.
A telle enseigne que Charles IX, frappant sur l’épaule de son capitaine des gardes, lui dit en quittant la table :
— Pihrac, mon ami, l'invasion de tes compatriotes va causer de grandes perturbions à ma cour.
— C’est b*en possible, Sire.
El M. de Pibrac, après ces mots, avait gardé un silence diplomatique.
Arrivée à l’hôtel Beauséjour, la reine Jeanne fut conduite par madame Catherine elle-même dans sa chambre à coucher, et la reme-n.ère ne se voulut retirer que lorsqu'elle lui eut donné ses propres camèrières.
La reine de Navarre n’avait enmenéque des hommes, se réservant de choisir à Paris des femmes pour son service.
Jeanne d’Alhret demeura seule avec son fils le prince Henri et Nuè, lorsque la reine-mère et le roi se run nt retirés.
Le prince avait hâte de causer enfin avec sa mère, à laqn Ile il avait eu le temp* à peine de raconter en quelque* mou comment il avait été contraint do trahir enfla son ùi.ognito,
l a reme de Navarre se renversa à demi dan* un grand fauteuil, et invita d’un geste les deux jeunes gens à s’a- seoir.
— Voyons, mes enfants, dit-elle, causons un peu s’il vntu plaît?
Noe laissa errer sur ses lèvres ce sourire moqueur qui rclroussail si bien sa blonde mou • tache.
— Ah! madame; dit-il, si Votre Majesté demande le récit complet de nos aventures, elle pourrait bien passer la nuit blanchi .
Jeanne sourit à «on tour, enveloppant son flls d’un ngard aile tueux.
— Vraiment! dit-elle.
— Nous avons recommencé l'histoire des paladins, madame.
— Noé exagère, endame, dit le prince à son tour.
— Et, pou suivit Noé, Henri a trouvé le moyen de ?e faire aimer du roi, de madame .Marguerite, et de se faire h-iir de la reiue-mète.
Jeanne d’Albtet fronça le sourcil.
— C’est uii grand tort, dit- elle.
— Mate, reprit Noé, nous avons un ennemi bien plus acharné encore...
— Q il donc?
— René le Florentin.
— Pibrac m'eri a parlé souvent dans ses lettres; c’est un méchant homme, dit la reine.
— Un empoisonneur, ajouta Noé.
Jeanne d'Albret tressaillit, un nuage passa sur son front.
— Noé, mon mignon, dit-elle, fais-moi une grâce...
— J écouté Votre Majesté.
— Ne parle jamais de poison ni d'empoisonneurs devant moi.
Noé et le prince regardèrent Jeanne d'Albret avec étonnement.
— On m’a toujours dit que je mourrais empoisonnée.
— Ah! madame I
Henri eut un fier sourire.
— Et qui donc oserait? fit-il.
— Mais, commua la reiue. laissons tout celact racontez» moi vos prouesses, mes enfants.
En parlant ainsi, cette jeune mère, qui avait plutôt l’air oaue sœur aînée, leur avait pris la main & tous les deux.
• Ma foi! dit Henri, j’ai toujours trouvé que Noé s’exprimait avec éloquence, et je vais lui laisser le soin de narrer noire odyssée.
— Parle, Noé mon mignon, dit Jeanne d’Albret.
Noé regarda le prince d’une façon qui voulait dire :
— Dois-je parler. . de tout?
Le prince bûcha affirmativement la tète.
Alors Noé raconta leur visite au châteao de madame Cor isandre, comtesse de Grammont, et la dernière entrevue de Henri avec elle, ce qui fit froncer légèrement le
sourcil à la reine, puis le départ de Nérac et la rencontre qu'ils firent quelques jour» après de la belle argeniière et de René le Florentin.
Noé racontait vite et bien.
En dépit de la menace qu’il avait faite à la reine de lui faire passer une nuit blanche si elle voulait toôl savoir, il lui raconta tout en moins de deux heures.
L'horloge florentine placée dans un coin de la chambre à Coucher marquait minuit lorsqu'il eut terminé son récit.
La reine avait écouté attentivement, froidement, sans jamais interrompre le narrateur; mai» Heurt, qui snivaV du regard les moindres tressaillements de »on visage, demeura bien vile convaincu que toutes ses aventures lui rai.saient un grand souci.
Jeanne d'Albret garda le silence un moment encore.
— Mon fiis,ilit-elb‘ enfin, vuulei-VüUs savoir mon avis?
— J'ecuute Votre Maje.?lê.
— L'amitié du roi, l'amour de madame Marguerite, mis dan* une balance, pèseraient munis que la haine de la reine-mère.
— Mai>, madame, observa le prince, N é, qui voit tout en noir, a oublie de vous dire que madame Catherine a pardon ré au prince Henri de Bourbon les mauvais tours do sire de Co masse.
Jeanne hocha la tête.
— Catherine de Mcdicis ne pardonne «amais, dit-elle.
— Elle r»t charmante pour moi...
— Mauvais rigne, murmura N< é.
— Mai* enfin, madame, reprit le prince avec un mouvement d'impatience à l'adresse de Noé, puisque je dois épou&cr. la princesse, .je no vois pas quel motif de haine madame Catherine peut conserver.
J-aune d'Albret ne répondit point tout d'abord.
Un moment silencieuse, U tète dans ses mains, on cul dit qu'elle chéri hait à interroger l’avenir.
— Ecoutez, mou fil?, du- elle tout à coup, écoutez attentivement ce que jevais vi>usdire,eivoiiscouiprcndrex peut-être bien d«.» cho^-?.
Henri regarda .‘a mère d’un air interrogateur.^
— S.ivtz-rous pourquoi, .poursuivit Jeanne d’Albret, la reine-mère a désiré ce mariage?
— Oui : c’est pi ur « loigner le duc de Guise le plus possible du trône de France.
— Cela esterai, mon fils. La maison de Lorraine et la maison de Bourbon s>nt, à un simple dtgrc dedMTêreitce les plu? rapprochées de la couronne. La maison de Valois, ceile maison i« présentée par trois jeune» princes est une maison perdue, morte par avance.
Hi nri tressaillit.
— Le roi Charles IX, en dépit de scs vingt-trois ans, est déjà un vieillard... Il a des lueurs morbides dans l’œil, il a des nuage» de mort sur le front.
— Ah! ma mère!...
— Le roi Hei.ri de Pologne ne régnera peut-être jamais...
— Que dites- vous, ma mère?
— S'il abandonnait un jour Varsovie, pour venir régner à Pari», le» Polonais serait ni gens à l’assassiner.
— Et de deux I fit N' é gravement.
— Reste le duc d’Alençon, François de Valois, un vieillard de vingt ans. un humnle perdu de débauché?, un prince toujours entre deux vin», cruel et vindicatif comme sa mère... Ohl celui-là, dit la reine de Navarre obéissant à un mystérieux pressentiment, celui-là, je vous le jure, ne légnera jamais!
La reine tressai! u au moment où vile prononçait ce * paroles, car il lui sembla avoir entendu un léger bruit dernèe elle.
— Qu'est-ce? fii-elle en se levant.
Henri et N<<é n’avait nt rien entendu, mais ils se levèrent à leur tour, parcoururent la chambre, ouvrirent la porte et s’a-surèrein que la salle voisine était déserte.
— Il m’a semblé qu'on remuait un siège, là... derrière moi... Mais j’aurai clé victime d'une illusiuu. C'est un bruit du dehors sans doute, dit la reine.
Elle se rassit.
— Continuel, ma mère, dit Uenri.
Or, pour expliquer peut-être de quelle nature était le bruit que la reine de Navarre avait entendu, il e>l nécessaire de revenir un peu en arrière et de donner quelues détails topographiques sur l’bùLl Beau-éjour.
„ deux pas de cet hôtel s’élevait une hutnlee mdson i «t paraissait tomber en ruine et qui était inhabitée.
L'architecte d«- Catherine a' ^it tout d'aboi d ettn» l avis, wJ^vqu'on avait jeté les pMinères fondation» de l' hôtel, ^ il fallait raser cette bicoque.
Mais la reine, sans s'expliquer tout d'abord, s’y était
IMflSlW.
Vpendant elle avait acheté la maison et l’avait donnée à K . .*c le Florentin.
Puis, sans doute, quelque temps après, rarrhîtecte avait eu quelque confereu -e secrète avec madameCalhe» ririe, et était demeure convaincu de iVtilite my-ter «use de rettema-ure, car il n'avail plus par‘é de la jeter tas.
René le Florentin aurait même pu dire que a raine tenait à cette maison lézardé** autant et plus peut-être qu'ii son palais uù elle entassait des ch- f- — «1 œuvre et des Demi m.
A la rigueur, le Florentin eût raconté l'histoire de cette mai'on.
Celte histoire était as«<?z bizarre, et se rattachait étroitement à celle de» terrains sur lesquels tenait de surgir l'hôtel Beau séjour.
t^es terrains avaient été un jeu de paume; avilit d'être Jeu de paume, ils étaient le*, jardin- d ou courent de carmes déchaussés, que le roi Ch ries VI lit ra.*«r lorsqu'il accorda à ces religieux un empl icemeul p n» vaste du côte du palais de- Tournelle». Le dernier pri» ur de ce couvent était un bel homme qu'ou nommait uie»aiie Paudrdle Bout u de Tlteven-it.
Le prieur était jeune et galant. Il étiit entré au couvent malgré lui, et avait conserve un violent am ur pour une v»uvefoit belle qu’on nommait l.i dauie de Si lien».
La dame de M- II* r*> avant fait bâtir la iia-i i qui. sous le règne de iJiailcs IX lmnb.it en runns, e prieur avait fait creu-er un aoutemin qui cuiidui-ait des cave» du couvent aux caves de cette maison.
Lorsque le rot Charte- VI ur onn.ique le couvent serait rasé, la dame de Melk-ro était morte. Le prieur, devenu vieuj, ne songeait plus qu'à son -alut dan- l’autre monde et à -a réputation de saint homme en celui-ci.
Il tit donc itourher fort adroitement le souterrain, et ce ne lut que deux »iécb-s pius tard <|iu> ixitc i-Mie f t dt*« ouverte, lorsqu’on creusa la fomile de I hôtel U au.-é* jour.
Madame Catherine de MêdiciS, avertie la prenrère de oelte decouverte, peoétia tlle-inéuie avec H< ue dan- le sou errai ii, le parcourut et arriva dans les caves de U vieille maison.
Or, madame Catherine avait toujours trop aimé les souterrains, le» passages sicrcts, le» cou oir- mystérieux, le» double» muraille»' i les plancher- creux, pour ne point sni i ifi.-r un peu d'elegauce à « e qu’elle consolerait rumine de I utilité. La maison fut conserv.-e. Donc, le soir où mad ime Jeanm d’Albret prit jo-scssiou de l'iiùn l B* ausejour, madame Cjlh-rme, aptes l’avoir reconduite^ rentra au Louvre dans »a litière, eu cuuipagme du roi et de la Coor.
Puis elle >e t élira dans ses appartement!*, et signifia i se» pages qu'on la laissât dormir et qu’ou ne la vint lémngtr sous.tucun prétexté.
Seulement, «n beu de »e mettre au lit, la ri-inc sc de-liabdla, quota ses veieiueiU» de gala et endossa le pourpoint et l< s chausse» d’un gi lililhouim»- à ses couleurs.
Après quoi elle s'enveloppa dans un grand manteau, enfonça un feutre sur s« » yeux et descendit, par le petit esca'ier que lions c*>n naissons, an U»rd de l’eau.
La mut »* 4 ei sombre lui permit de faire le tour du Louvre sans attirer l'attenlioit des gentilshommes et des soldat» qui -oiUueutde la royale demeure.
LUc traversa 1a place bauit-Germain-rAuxerrois, gagna
d’un pas rapide le» environs de l’hÔb I Beauv-jouretall» fra .per à la porte de cette maison que I ou croyait ioha*
bitée.
La porte s’ouvrit, la reine entra.
— Est-ce vous, madame? dit une voix dam le*
ténèbre».
— Oui c’est moi.
Un homme s’avança.
— E-t-ce toi, Reue? demanda Catherine à son tour.
— Lui-mème.
René prit la reine par la main et lui dit :
— Su vi x -moi, madame. I» sera t- rnps de battre le briquet quand nous serons dans la cave. Les diah'**> <L G.wu» qui ont envahi l'bôbl avec ma lame Jeanne d’Albret, savent déjà que la maison est abandonne , un rayon de lumière leur donnerait l'éveil.
— Conduis «toi, je le suis.
R.>ne fit faire quelque» pi* à la reine, au milieu d’une ob-cui i é profonde, puis U se baissa et souleva une trappe
• Voici l'entn-e, dit- il.
— Bien J'y suis...
— Avancez le pied sur la première marche et descendez hardiment. Je vous sputo-n», madame.
La reine descendit une trentaine <bi deg*es envirun, pur* elle renconira sou» se» pie J- une Muf.ice plane, respira uii air h-unide, et comprit qu'elle se trouvait à l’euiree nu souterrain.
A or» R ué battit la briquet et alluma une lanterne.
— Oh! fit U reine avec un sourire, «lion* vite! je o« soi- pa» fà lice de sav-dr ce que d l et pense celte reioe de N tvarre, que j** hais déjà de tout mou eus ur.
— Vraiment? fit R* né.
Cidh> nue eut ou sourire diabolique.
— Elle e-t I e le .. eib* e*t intelligente, et j’ai lu une résolution et uo c «tirage indoinpUbl. s dans -on ngard... Ce n'est p«» ce que je voulais l dil-et e...
Puu elle entra bravement dans le souterrain, gu'dee par Relie, qui marchait en avant, muni de sa lanterne.
LXtX
Le souterrain creusé par le* ordres de l’abbé Pandrilte Bourju de Thevcoot avait environ deux cent» luetos de k>. ligueur cl passait sous le» jardin» de l'bô.ei Be.uaejour.
Sur l’emplacement île son ancienne issue dan* le couvent, madame C ilheriiie avait fait elcv-r un mortes* epai», • », dans l’epa s»eur de ie uiu*-, l\.rch>tei te a»ait no ii.ge un petit escaln r de deux pied» de large >r q <l montait jusqu'au pr«micr étage - e l’uôtel et a bu i tissait à un couloir egalement piaiique dans la profondeur de» murs de refend.
Ce couloir Conduisait lui-mème à diverses petite» cellules ciiiitiguê.- à d Hercules pores de (hôtel.
Madame Catherine avait uievu le ra»ou elle céderait son hôtel a quoique roi, que que piince ou quelque am* bas-adêur dont elle voudrait surprendre *es secret».
L'une de ce» cclbibs re— eiublait assez à ce corridor mystérieux que M. de ihbrac avait décou vert au Louvre et du loiid duquel d avait pu no veut epier ce qui se passait dans l'oratoire de ma lame Marguerite.
Il s’y trouvait un siégé mnq e sur lequel U reine Catherine s’assit san- bruit. Lui •!» que Roué demeurait dilsiut derneie elle et snufU.it iirudeiiimenl sa lampe.
Alors U» Jeux de la r*Miè furent frappe» par uu rayon de lumière pa saut par rn petit trou pratique dans le mur. O trou se perdait «an» ie cuire sculpté d'un tab eau placé au-dessus d’une dia.se loitguo, dans ka chambre si m* rv« iilcmu-ment decorce que venait d’occuper 1» reine de Navane.
Mad, mu- Cat lieiim- coda sou œil à cet orifice et aprçut madame Jeanne d Albr< t a->be, ayant «upré» d'elle le prin-e Henri son lit» etN.-è, qui uruimait «lors le récit de leurs aventure».
R. ne et la ren e immobiles, retenant leur haleine, m prirent à ecouler.
La^eine entendit madame Jeanne d’Albret manifester se* eraiines à l'endroit de la haine qu'elle ressentait, elle, Catherine, pour H« nri.
— Oh! ohl p^nsa-t-elle, elle m'a devinée.
Puis elle Sentit quelque» gouttes de sueur perler à mhi front lorsque la renie de Navarre dit tout à roup :
— La mai-on de Valois est une maison perdue, morte par avance.
Mais, quand enfin Jeanne d'Albret se fut écriée : « Le duc d'Alençon, ce prince crtiel et vindicatif, perdu de débauches, ce vieillard de vingt ans, ne régin n jamais! » quand elle eut entendu cette sinistre prophétie , la reine Catherine éprouva un salissement tel quelle fit un soubresaut sur ion >»ége.
U? siégr agité fit crier le parquet et nccasiotina ce bnnt qui avait inqtnél** la reme <ie Navarre.
Hem . us«-tii* nt, madame Cithenne avait la faculté de réprnurr promptement se> plus violentes émotion*, »-t déjà elle avait reconquis tout Sun sang froid lorsque Henri de BuurlN.n rutd.t à sa mëte :
— Continuez, madame.
Madame Catherine sa rassit sans bruit et écouta attentivement.
— Oui, mon fils, reprit la reine de Navaire, souvwzvous que les deux maisons de Lorraine et de Bourbon sont p us près qu'on ne pen^ du trône de France.
Hriin iress-'dur.
— La reine-mere, poursuivit Jeanne d'Albret, a dû en éprouver le |m:s- en mm m. Le- Valois,— ce- im*s hoiuini s jeunes et plein* «te vie en apparence, — les Valois Sont d« > vieillards caducs qui s'éteindront un à un sans po>terne.
« Eh bien! retenez crci, mon fils, il «st deux races qu execr«r madame Catherine, c’est la nôtre et ce» le de Gu se, — ce «ml les deux l aces rivales qui sc disputeront peut-être un jour >e tione.
— Mais alors... ce mariage?...
— Ah! «a? mariage, continua Jeanne d*Alb< et, c'était pour madame C»lh* riue, il y a que que* jours encore, un moy. n «l'aba»— er, d'amoindrir la maison de Guise. La rirne-tuète craignait les Lorrains.
— Et... nous?
— huas, elle ne nous craignait pas. Nous étion* de bons roitelet» des montagne', sans argent, sans année, sans sulie ambition que ««elle d'agrandir uo peu do eô de TE-pagne nus frontières EMvarnu-es. Pour madame Calhenue, un prince huguenot pouvait être impunément et sans •long r meme le cou-m du roi de France, tout en étant une matueie d'epou vantail pour la uiai,-oti de Lurrau e.
■ Mais, continua Jeanne d’Albrct, vous êtes venu à la cour de Frauce sous le nom de »ire de Coara -se, et, en uelque- jours, vous avez su y prendre une altitude mqieitdariie et presque hostile. Vous vous ôtes fait l’en- Deun iriôi ouciliaNe de madame Catherine et de Reué, ces deux vrais roi» de France...
«M<us, ditenooie Jeanne d’Albret, madame Catherine, )ui s'attendait à tiouver en utoi une mumere de puritaine vêtue de bure, vint venir une princesse jeune encore, qui parle le langage des coûte, et dont le regard et l'attitude annoncent une certaine politique...
« Alors, mon fi>s,elU commence à nous craindre et par conséquent a nous haïr.
— Crojiex-vou* «lune, ma mère, interrompit H* nri, gtf âpre» avoir tant souhaité ce mariage, la renie Catherine cherchera a le rompre f
— Non, elle n'osera pas, mais...
Jeanne s'arrêta.
— J écoute, ma mère, dit Henri.
— Mai», r* prit Jeanne d'Albret, elle est femme à vous faire a-sa-.Ma.ir le lendemain de vos noces.
— Oh ! ma rnere !
La renie du Navarre se lut et demeura longtemps
pensive,
— Hait! dit-elle tout à coup, et comme si elle eût obéi
une fois encore à une vague révélation de l'avenir, les hommes ont leur destinée.
— Je le crois, ma mère !
— Et, ajouta-t-elle, quelque chose médit que la mai son de Bourbon est destinée a un grand avenir.
«— Qui sait? fit Henri, qui eut un tressaillement d’orgueil.
Jeanne d’Albret jeta un long, un tendre, uo fier regard
sur -on fils :
— Tu seras roi de France! dit-elle.
Et, comme si elle se fût repentie d’être allée aussi loin, elle ajouta vivement :
— Mais va-t'en, mon fils, lari-se-rnoi me mettre au lit .. Je te manderai demain à mon réveil.
Elle donna sa main à bai.-er aux deux jeunes gens et le- congédia*
Madame Catherine avait tout entendu et, plus d’une fois « Ile avait fu s ni; né.
Rene lui-méme avait eu peur.
— Madame, dit-il tout bas en se penchant à son oreille, avez-vous entendu ?
— Tout.
— Quelle femme !...
— Sortons, murmura Catherine, j’éfbufTe ici.
Et pienant la main de René, elle te glissa h--rs de la cellule, reprit le Couloir et l'rscalier secM, cl dix minutes apièi il» e ta >»' ni au bout do souterrain et prenaient le- mômes précautions minutieuse* pour en sortir.
— Ecoute 1 »iii alors audame Catherine, les Durs ont 'parfois des oreille* et ie veux te dire de ces choses que nul au monde, « xceplé lui. ne doit entendre.
— Où allei? demanda René.
— La, au iiord de l’eau, èu face du Lutlvre.
— Allons, madame.
La reine «‘tait bien crtaine que dans son costume de gentilhomme elle o éveillerait aucun soupçon, et elle prit f «milièrenieni le bras d<* -on parfumeur.
D ailleurs, nous l’avuns dit, la nuit était noire, et la f iule inusitée de soldats de cavaliei» et de populaire que l’arrivée de U reine d - Navarre avau mise *ur pied toute i i nuit, s’était dissipée.
Re*»e et Cdlhenue descendirent sur le talus gazonné «le la berge, et ne s'anètèrenl qu’au bord de l’eau Là, ils regai dereol en tous sens et s’assurèrent de leur Isolement.
— Madame, dit alors René, je vous écoute.
Li rtme s'.»ss<t sur une barque de pécheur qu'on avait litve sur la berge apiès l’avoir renversée, et, malgré l'obscurité, le F.orenl n put se cqnv.uucre que sou reg.ud I mçait des ÜHiiim* *.
— Elle e-t en coui rouxl pensa-t-il, et elle me reprend pour son confident. Ma faveur est plus granue que jamais.
— René, dit madame Catherine, j’ai fait fausse route.
— Eu quoi, madame ?
— hn ce que j’ai voulu marier ma fille Marguerite au prince lient i de Bourbon.
— Uo pi ut rompu; encore...
— Non, il est trop lard.
— Pourquoi?
— 11 e»l Jlrop tard parce que le roi est entêté, et que, après tout, il est le roi...
— Si le roi avait comme noua entendu la reine de Navarre... •
— Il ne l'a pas entendue, et si je lut rapportais se# paroles, il ne me croirait pas...
— Peut-être ..
— Ü ailleurs Marguerite aime le prince, et je ne me serin tfes assez forte, murmura sourdement la reine, pour lutter ouvertement à La fuis contre le roi et Marguerite.
— Cependant, madame...
— Taiî-ini et écoulé...
Rene comprit que la reme avait quelque projet et *. m\ sur le-' h.unp.
— Tu l as entendu, reprit-elle j tu l'as bien entendu.
elle a prtdii à mu ü.b qu’uu jour il Serait roi de Fiance !
— Elle est folle...
— Non, elle e*t dangereuse, elle est redoutable, cent fois plus que les Guise dont je me défiais.
— Mais le roi vit, le roi de Pologne et le duc d'Alençon aussi...
— Qui sait, fit la reine avec une émotion subite, qui sait si on ne hâtera point leur An?...
— Oh ! madame !
— René, René ! murmura Catherine, ce n’est pas le prince Henri de Bourbon que je crains, c’est sa mère... OhJ nos rrgards se sont croisés, tl le mien est descendu jusqu’au fond de son âme, et j’ai compris que cette femme avait mis en sa tète de faire du royaume dérisoire de son (ils un grand royaume, et à la façon dont elle contemplait le Louvre, IJ m’a semblé qu’elle s’y trouvait chez elle... Eh bien! vois-tu, René, cela ne peut être, cela ne sera pas...
Certes non 1 dit le Florentin.
Plutôt substituer un simple gentilhomme au dernier de mes fils, plutôt élever un bâtard sur le pavois, plutôt brûler Pans et laisser le royaume sans maître et abandonné aux horreurs de la guerre civile, que voir un Bourbon ou un Guise monter sur le trône.
— Je suis de «otre avis, madame, d ( * René, qui haïssait cordialement Henri.
—Ah! reprit Catherine, moi qui, depuis vingt ans, dicte des lois à l'Europe; moi qui ai fait trembler Philippe 11, je viens d’avoir peuren face de cette femme; je me suis sentie frémir en présence de cette reine des montagnes oui s’est faite l'apôtre d'une religion nouvelle, et nui, à I aide de cette religion, a recruté déjà des nm-ea ae partisans en mon propre royaume... René, j’ai peur...
Et Catherine, en parlant ainsi, ep*- «îvait une reelle et sérieuse émotion. René *e tairait
— Ce n’est pas Henri de Roortion nue je craindrais, n prit la reine, si sa mere n était pas là pour le conseiller et le guider; il est galant... c’en est assez pour qu’on le tienne longtemps en bride... mais elle!...
René commençait à comprendre,
— Ordonnez, madame, dit-il, j'obéirai.
— Je n’ai rien à ordonner, répond* Catherine, mais je te vais rappeler un souvenir.
— J’écoute, madame.
— J’ai fait un serment au prince Heuri il y a huit jours.
— Je le sais.
— Le serment que tu n’attenterais ni à sa vie, ni à celle de Sara h iargentière, non plus qu’à celle de Nuë et de M. de Pibrac.
— Et je n'aurai garde de le faire, madame.
— Tu auras raison, car je liens à mes serments, mais:..
La reine hésita; René, sihncieux, attendit.
; — Mais, reprit-elle enfin, il est une personne dont le prince a oublié de sauvegarder la vie.
René tressaillit.
— Je comprends, dit-il.
— Alors pas un mot de plus, et fais ce que tu voudras.
— Je le ferai, madame.
— Cependant écoute un conseil.
René regarda la reine.
— Le po gnard est une arme vulgaire et je t’engage à trouver mieux.
— Madame, répondit René, j'ai découvert, en faisant de* expériences daklnmie, un poison merveilleux.
— Ahl ahl dit la reine.
— Un poison qui ne laisse aucune trace.
— Ceci est ton afiaire... adieu...
Et la terrible reine quitta brusquement René et reprit le chemin du Louvre.
René demeura longtemps assis sur la quille du bateau, en proie à une rêverie profonde.
Pu» enfin U se leva.
— Allons voir Paola ! se dit-il, j’ai de vastes projets
Il se remit en marche et se dirigea vers te pont au Change.
Comme il arrivait sous la lanterne placée à l’entrée, il aperçut une masse confuse accroupie dans un coin.
En même temps une voix jeune, une voix de femme murmura : •
— Mon gentilhomme, ayez pitié d’une pauvre fille qui meurt de faim et ne sait où aller demander asile.
La masse confuse s’agita, se redressa, et René vit devant lui, grâce à la lueur vacillante de la lanterne, une jeune femme en haillons, mais d'une grande beauté, qui lui tendait humblement la main.
— Vraiment! ma belle enfant, dit René, tu meurs de faim ?
— Je n’ai pas mangé depuis deux jours.
Le Florentin n’éuut point chantable d’ordinaire, ma» il venait d’éprouver uue grande joie en recevant les ordres ténébreux de Catherine, et cette joie le rendit généreux.
— Tiens, ma belle enfant, dit-il en fouillant dans sa poche pour y chercher son escarcelle, je vais te donner un écu d'or pour que tu puisses dire que R p né le Florentin est un seigmur charitable et compatissant.
— Ah! dit la mendiante, vous êtes messire R« néî
— Sans doute, reprit le jtanumeur qui ne s’aperçut
point que la jeune fille dardait sur lui un ardent regard.
— McilIfU René, le parfumeur de la reine T...
— Il n’y a qu’un René au monde, répoudil-iL
Puis il se baissa un peu pour mieux voir dans sim escarei Ile.
Mais au même instant la mendiante lira brusquement de mu sein un poignard dont la lame, frappee par la clarté de la lanterne, jeta un fauve éclair :
— Ah! bandit! s’ccria-t-clle, voici la quinzième nuit que je t'attends ici.
Et elle frappa René tout étourdi avant qu’il eût songe à faire un pas de retraite et à se mettre sur la défensive.
Tandis que la reine mère et son âme damnée René le Florentin quittaient furtivement la cellule d'où ils avaient entendu madame Jeanne d Albret s'exprimer aussi nettenu til sur l'avenir, Henri et Nue sortaient de chez la reine de Navarre.
Comme l’avait fort bien dit René, les Gascons que U reine Jeanne amenait avec elle avaient pris possession de l’bôtc! Be mséjour et l avaient pour ainsi dire converti en place furie.
Une dizaine s étaient établis au rez-de-chauasée, posant des tenlinelks aux portes.
Dix autres sétaienl fait dresser des lits de camp.
Lutin les dix derniers avaient formé une sorte de garde dans les deux salons qui précédaient la chambre à coucher de leur souveraine.
— Allons! dit le prince en souriant et donnant des poignees de main aux gentilshommes béarnais, je le vois, ma mère peut dormir tranquille, elle sera bien gardee cette nuit.
— Ohl certes, monseigneur, dit un vieux soldat qui retroussa fierement sa moustache grise.
— Et, ajouta un jeune homme avec la forfanterie des fils du Midi, je ne conseille point au roi Charles IX de nous venir attaquer : nous lui ferions un mauvais parti.
— Paixl Nivaiiles, murmura le prince, riant toujours: Sois sage, mon ami. si tu ne me veux brouiller avec mon cousin le roi de France.
Henri prit le bras de Nuë et traversa la Balle.
— Ah çàl lui dit Nuë, où allons-nous, mon prince î
— Prendre l’air.
— A cette heure t
— J’ai la migraine.
— Mais on nous a préparé un logis ici.
— Peuh l fit Henri d'un petit tou dédaigneux.
£ll« «'avança ver» madame Catherine, qni descendit elle-mSme le» première» marche»... (P. 180.)
— Et à moins que tous ne préfêriei aller coucher au Lauvre...
— C'est une idée f cela.
— Une idée que je suis trop prudent pour combattre.
— PlaiUil ?
— Dame ! madame Marguerite se couche fort tard maintenant, et peut-être lui voulez-vous narrer quelque conte pour l'endormir.
— Tu te trompes, Noê, mon bel ami, dit le prince en riant.
— Bah! fit Noê.
— Je n’irai pas au Louvre.
— Hein T Votre Altesae voudrait- elle coucher à la belle étoile T
— Pas davantage. Je reviendrai coucher ici.
Noê ouvrait de grands yeux.
— Est- ce que vous n’aimez plus madame Marguerite? demanda- t-il.
— Ob! si*., mais...
— Mais ?... fit Noë.
— Depuis deux jours, il me semble que... mon amour...
Henri s’arrêta.
— Eh bien? insista Noê.
— Il me semble que mon amour est devenu pins raisonnable, acheva le prince*
-Oh! oh!
— Plus calme, du moins.
— Bon ! je comprends.
Et N< ë laissa glisser sur ses lèvres son sourire moqueur.
— Je comprends, poursuivit-il, d'où vient ce changement.
— Et... d’où vient-il ?
— Il doit vous souvenir, Henri, que la veille de notre départ de Nérac, tandis que je vous* accompagnais au dernier rend» z-vous que vous aviez donné à celte pauvre comtesse de Gramorit, vous m'exposâtes sur l'amour une fort belle théorie.
— Je ne m’en souviens nullement.
— Une théorie que vous aviez prise dans les contes de madame la reine Marguerite de Navarre , votre aïeule.
— Ma mémoire est infidèle.
— Madame la reine de Navarre disait, reprit Noê, que l’amour n'avait de charme...
— Que lorsqu'on y parvenait par un chemin malaisé et enc •mbré d’obstacles, dit Henri qui se souvint.
— Eh bien! continua Noè, madame la reine de Navarre avait raison.
— Heu 1 IMU !
— Vous aimiez bien plus la princesse Marguerite il f
a huit jours.
— C’est possible.
Digil
— Alors que Nancy, vous prenant par le main, vous conduisait à travers de mystérieux corridor...
Henri soupira.
— Que voub entriez chez la princesse furtivement, tressaillant au moindre bruit, et que le poignard de René vous menaçait.
— Le péril a un cbartne si grand.
— Mais aujourd'hui le sire de Coarasse a fait place an pnnee Henri de Bourbon, qui entre au Louvre à toute heure de jour et de nuit; et le prince Henri de Bourbon doit épouser madame Marguerite.
— Eh bienl fit le prince, que conclure de tout cela?
— J’en conclus que je sais où va Votre Altesse à cette heure.
— Ah! ah!
— Elle s'en va rôder dans la rue di s Prètres-Salnt- Germain.
— Bavard !
— Aux environs de la boutique de l’épicier Jodelle.
— C'est vrai, et lu vas ui’accompaguer.
— Allonsl
En priant ainsi, les deux jeunes gens sortirent de l'hôtel Beau-éjour et gagnèrent la place Saint Ge> mam- TAuxerrois Noé jeta un long regard sur le cabiret de Mal iran et se prit à soupirer.
— Qu’as-tu ? demanda Henri.
— Je pense que Melican est un ours mal léché.
— HeinîfR Henri étonné, voilà que tu vas médire de Mahcan, maintenant.
— Pas tout k fait
— Ce pauvre homme qui nous est dévoué corps et itne.
— A vous, Henri.
— A vous aussi, Noë,
— Oh I c’est par ricochet seulement.
— Mais enfin que t'a fait Malican.
— Rien.
— Pourquoi donc en médire î
— Parce qu’il a le tort d'être l’onde do MyeUe.
— Tu trouves que c’est un tort?
— De Myeile, qui a de petits pieds, de petites mains, qui est jolie à croquer, qu’on jurerait cire une fille de race...
— Que tu aimes...
— ht dont je fera» bien la comtesse de Noé si elle avait I** moindre parchemin dans son tablier rouge.
— Baht dit Henri, qu’à cria ne tienne!
— Que voulez-vous dire, Henri î
— Quand je serai roi de Navarre, je baillerai à Malican des lettres de noblesse...
Nue haussa les épaules.
— Ce >era une noblesse de trop fraîche d ite pour moi, mon prince.
Noé soupira de nouveau et continua son chemin.
Quand il» furent à l’entrée de Ja rue des Prêtres, Henri dit à Noé :
— Tu vas rester là et faire le guet.
— C'est bien inutile, la rue est deserte...
— Il peut passer quelqu'un.
— D ailleurs vous ne craignex plus le poignard de Hené.
—, Oh! non... mais je crains mieux que cela...
— Qui donc?
— La jalousie de Marguerite. Je me défie de ce démon blanc et rose qu'on appelle Nancy.
— Bab! Nancy vous aime...
— Elle aimait lieaucoup en effet le sire de Goamsse... mais qui sait si elle ne trahira point le prince Henri de Bourb *n T...
— O grandeur! murmura Noé d’un ton tragique et moqueur en u êine teii.ps, tu n és qu’un nom!
Mais déjà Henri avait quitté son bras et s’éloignait rapidement, bissant N é au coin de la rue.
Lorsque I e prince de Navarre fut ai rive devant la maison du bonhomme Jodelle, il leva la tête et s’assura qu'aucune lumière ne brûlait à l’ intérieur.
— L’heure où les épiciers dorment, pensa-t-il, est toujours celle où les amoureux veillen*.
Kl le prince entonna à mi-voix un refrain dn temps :
Ceit l« chwafi’T da guet Qui pas**...
C'eut le eb«vali>-r -lu guet
Qui pa«M avec »ea archer*...
Puis il attendit.
Un moment après, une fenêtre du rez-de-chaussée de la maison Jodelle Venir’ ouvrit discrètement.
Henri s'approcha et reprit tout à fait en sourdine :
Le volet entrouvert s’ouvrit tout à fait.
En même temps, une voix émue demanda ;
— Est- ce vous... Henri ?
— C’est mol...
Et le prince s’approcha plus encore, et la petite main de S ii ah prit la sienne et la pressa.
— Ah ! chère Sarah !... murmura le prince...
— Monseigneur... dit Sarah tremblante, ne vous estil rien arrivé, au moins?
— Absolument rien. Pourquoi cette question, ma chère âne?
— Ah! dit l’argentière, c'est qu'il est si tard...
— Il est minuit.
— Vous veniet plus tôt les antres jour* ?
. — Oui, mai* ma mère e-t arrivée ce soir, Sarah
— L i reine Jeanne 1 s'écria IVgeolèie, nous sommes sauves, alors.
Henri s’était appuyé sur l'entablement de la croisée, jetant de temps à autre un regard aux deux extrémité* de la rue.
— Sauvés! dit-il, en répondant aux paroles de Sirah, oh! certes, oui... et voub navet pus nen à craindre de René.
— Mais vous?... fit-elle toujours tremblante.
— Moi, j’ai la paro'e de madame Catherine. Et puis...
— ht ptii*, fit Sarah, tristement, vous allez epou-er la princesse Margueme.
— Ahl Sirah, chère Sarah, dit Henri, ne me parlez point de Marguerite... c’e>t vous que j’aime...
— Non, m<m>e gneur, dit hargcotière, ce n'est .pas mol... qu’il faut aiuier... c'tst elle...
— Oh! lanez-vous...
— Muti pr nee. murinira l'argrntière ave; douceur, il tout aimer la femme qui vou-est destinée... il faut aimer celle qui va vous rapprocher plus encore du trône «ie Kranre.
— Sarah I
— V«»ub éie« un grand et noble coeur, mon prince, poursuivit l’argcniière, et je ne sais «piri vagne prtssentmient de l'avenir me dit que vous -irez un jour un grau 1 roi...
H- ori tressaillit, car il se souvint que, une heure auparavant, >.i mère lui tenait le tnème tangage.
— Les rois se doivent a leur peuple, les princes ont une noble et vaste mission, continua S rah, qui ne leur permet point toujours U 'obéir aux en traînements de leur cœur.
— Ah! je le sens pourtant, ma ch re Sarah, dit Henri avec feu, ce n’est point Marguerite que j’aiuie, c’est > 011 *...
— Peut-être nous aim mou» toutes deux ..
Et au milieu «le sa tristesse, Saran eut une légère ironie dans >a voix.
H«*nn soupira et se tut.
— Mu 11 , reprit-elle, ce n'est pas moi, je vous le répète, qu il faut aimer, Henri. Je partirai... Je vous fuirai > il le faut... mai* vou* m’oublierez...
— Jamais!
H uri accentua ce mot unique avec passion, et Sarah •mu les but ments de son cœur se précipiter plus vile encore
— Oh! non, pours ivit-il, jaunis je ne consentirai à vous oublier, Sarah, jamais je ne pourrai me séparer d«vous.
— Il le faut, Henri...
— Tenez. Sarah, écoutez -moi. Je tous jure que je ferai ce que je vous dis.
— Parlez...
— Si vous me quittez, si vous retmimei en Navarre auprès de Coriandre, eh bien ! je désobéis à m.i mère, je romps mon mariage et je vous suis.
— Vousè«es foui...
— Peut-être...
— Ht vous ne le ferez point,
— Si, car je vous aime...
Sarah demeura silencieuse un moment, et pendant ce temp* le prince rouvrait ses mains de baisers brulanta, et elle n’osait se dégager de celte affectueuse étreinte.
— Henri, dit-elle tout à coup, A votre tour voulezvous m’écouler ?
La voix île Sarah s'était raffermie et paraissait empreinte d'uu accent de résolution.
— Je vous écoule, répondit le prince.
— Vous m'aimez, reprit Sii’ah, je le crois, je le sens... Mais nu>i aussi je vous aitue, et mon amour aura le courage du dévouement.
— Une voulez-vous dire T
— Je saurai me sacrifier à votre avenir, Henri j je saurai faire taire mon cœur pour ne songer qu’à vous...
— Ah! Saiah!... Sarah! .. ne me parlez pas ainsi.
— EcotiUz-moi jusqu'au bout. Si voua étiez assit insensé pour rompre voir» mariage avec la princesse Marguerite cl me suivre, j'aurais la force, moi, de me réfugier dans un couvent « t «le vous luir à jamais...
— Oh! lit Henri avec d uleur.
— Vouliez- vous que je sois votre amie, Henri, votre amie simplement, rien que votre amie?
— 6ar.ih !...
— Et, à ce prix, je ne partirai pas. Vous me placerez auprès de la reine votre n.ère, et, tenez!... quelque chose me dit que je jouerai le rôle d'un bon ange dans votre destinée
Henri n'eut pas le temps de répondre. <-ar un bruit de pas précipites se fît entendre à l’« xlremité la rue opposée a celle où Noô se tenait en sentinelle.
— Adieu !... à demain t... dit Henri, qui était h- ureux de n'avoir pa> le lemp- de répondre altirmahveuienla ta proposition de la belle argentère.
— Adieu... à demain... lépeta-t-elle.
Et le volet se rcf< rma.
Au même instant, et avant que le prince eût eu le temps de faire un pas de retraite , il fut arrêté par une femme qui courait à perdre haleine, riant d un rire nerveux, et braiidis-ant un jkj gnard.
Le prince la saisit par le bras, et, croyant avoir affaire à une folle, il I arrêta.
— Qui êtes-vous? dit-il.
— Place! place! répondit la femme, laissez-tnoi passer... je l'ai tué!
Et elle riait avec frenésie, tout en cherchant à se dégager de l'étreinte du prince.
— Qui donc avez-vous tué? demanda-t-il.
— Lui! le Florentin!... René...
Hum étouffa un en :
— Vous avez tué René ? dit-il.
— Oui... il y a cinq minutes... Ü est tombé à rentrée du pont...
— A moi t cria Henri, & moi, Noé !
Nui accourut.
— Répétez donc ce que vous venez de dire? insista le prince.
La Jeune femme, la mendiante, continua à rire.
— Oui... oui... répéta-t-elle, je l'ai tué... ven«z avec moi... venez I... car vous devez haïr René comme moi, comme tout le monde I
Et Ut mendiante, que la folie gagnait, prit les deux jeunes gens par la main. Us se laiàaèreul entraîner, puis ils st prirent à courir et arrivèrent ainsi jusqu'à l'entrée du pont au Change. Le pont était désert, et un moment les deux jeunes gens cruraot avoir été victimes d'une mystification.
Mai* la lanterne projetait sà clarté sur le parapet, et la pierre blanche était jaspée de quelques gouttes de sang...