LUI
No# et le prince regardèrent alors attentivement la
mendiante.
■Celait une fort belle fille, robuste et plantureuse, aux larges épaub-s, à l’œil d'un bleu sombre , aux lèvres rouges, aux cheveux abondants et noir*. A Athènes on l*« üt prise pour une bacchante, à Rome elle rût passé pour une de* femmes du peuple qui portaient leuis enfants nus dans leurs bras sur la route du général triomphateur.
A Paris, il était facile de présumer son origine.
C’élail une fille des faultourg*, une Gauloise mélangée de snng romain, une descend-mle <ie Vrl.éda l'Armoricaine, une aïeule de la lmp célèbre Thermgne de Meiicoort. Elle avut presque la taille d’un homme ordinaire, et son br »s d’un galbe parfait semblait mû par des muscles puissants.
— Voilà une belle fille, par ma foi! exclama le prince.
— Sur mon honneur, oui, ajouta N>»ê le railleur.
La mendiante attachait un œil stupide sur le soi.
— M i fille, dit Henri, tu l'as simplement égratigné, il aura continue son chemin.
— Oh ! dit— ell« , j'ai pourtant frappé fort et J’ai senti une résistance. Et, tenez, regardez...
Elle montrait la lame de Min poignard, qui « tait rouge, et toute sa uhyrinnomie exprimai! un profond dese.-puir.
— Tu le liais donc bien? demanda le prince.
— Que t'a-t-il fait? dirait en même temps Noë.
La mendiante eut un rire feroce.
— Ah! dit-elle, je le vois bien, vous ne savez pas qui Je suis...
— Qui donc es-tn?
— Un m'appelle la Farinelte.
— Eh bien? fit le prince à qui ce nom émit inconnu.
La mendiante à too tour regarda Henri de N.«VHrre.
— Lest vrai , dit-elle, vous êtes de* geniblummies, et vous lie savez pas ce que c’est que Faririette.
— Non.
— Mais ti vous alliez à la cour des Miracles.,.
— Ah!
— Ou vous y dirait qui je sui*.
— Eh bien 1 la belle fille, reprit Henri , dis-nous-le toi- même.
— Je suis la veuve de Gascarille, me.«*eigneurs!
Bile prononça ce nom avec une sorte d’urgueil.
— Gascarille I
— Oui, G.L-rarille le saltimbanque, Gasconlte le tirelaine, Gascarille le premier lieutenant du roi de H thème qm régné sur les compagnons de la cour «les Mu «clés.
Certes H pri , |ia- plus que Nué, n’avait oublié le nom de <v pauvre diable qui s’ét.m laisse dup* r par le président Renaudin, et qu’on avait pendu au profit de René.
Tous deux comprirent sur-le-champ ta haine de Fariuelte
La belle fille s’était fièrement campée son poing sur la hanche, et elle parlait de Gascardle avec le douloureux respect qu’une autre femme eût employé pour parler d'un héros.
— Ahl vous comprenez, poursuivit-élle, vous comprenez maintenant pourquoi jehaj* René, pourquoi je l'ai en horreur, pourquoi j’ai juré sa mort.
— Je te comprends, dit Henri.
— Et moi aussi, ajouta N - è.
— La veille de la mort de Gascarille, reprit Fanneite, j’ai vu venir un homme vêtu de non, duua la cour des Miracles. C'é ait un juge.
— Renaudin, un» doute? fit Henri.
— Oui, il te nommait Renaudin.
— Et que t’a-t-il dit?
— Ohf vous allas voir, c’est toute une histoire, ânes)
Farinette , en parlant ainsi, s'assit sur le parapet du pont.
— Dans la cour des Miracles, voyez-vous, reprit-elle, Gascarille passait pour un homme qui se tirait bien d'affaire, et qui avait le diable pour patron. Lorsque Gascarille était pris par le guel et mis en prison, personne ne s’en souriait. On savait bien qu'il trouverait le moyen d'en sortir.
— Ah l ah I fit Henri.
— Or, reprit Fermette , on avait jugé et condamné Gascarille. Il devait être pendu dans trois jours, et j etais armée un peu soucieuse à la cour des Miracles.
— Qu*est<e que lu as donc, Farinelle? me demanda le duc d'Egypte.
— J’ai peur pour Gascarille... répondis-je les larmes aux yeux.
Le duc d’Egypte se prit à rire.
— Est-elle simple , cette Farim lie , dit en me regardant le rui de Bohême.
— Pourquoi donc?
— Elle cruit qu’on pendra GarcariUe...
Et tout le monde se mit à nrc autour de moi, et je fis comme tout le monde. Nous savions bien que Gascarille se tirerait du Châtelet et ferait la nique à mailre Caboche.
— Allons. Farinette, me cria le roi de Bohême, veuxtu danst r avec le duc d’E 'ypte?
— Je veux bien! répondis-je, et je me mis à danser autour du grand feu qui b ù ait dans la cour des Miracles, et les amis applaudissant -t disaient :
— Farinette est une IkIïc fille, et Gascarille va casser une belle cruche avre elle loreaail reviendra.
Un paralytique qui vrnait de jeter se? béquilles pour danser la ronde des bohémiens ajouta :
— Je voudrais bien qu’on pendît Gascarille, moi...
— Hein! m’écriai-je, pourquoi donc?
— Parce que c’est moi qui casserais la cruche avec toi, me lépondit-d.
— Tu es trop laid! lui dis-je.
Et je lui appliquai un soufflet.
Ce fut en ce moment que le juge vêtu de noir arriva.
Les darnes cessèrent et le cercle formé à l’entour du feu s’ouvrit.
Un juge qui se hasardait dans la cour des Miracles, ça devait être un homme h*rdi.
— Oh ! oh! lui dit le roi de Bohème, qu'est-ce que tu viens faire ici ?
— Je vkns de la part de Gascarille.
On se regarda curieusement et le duc d’Egypte me dit :
— Tu vois bien, Farinette, que Gascarille est un rude homme. Quand il a besoin d'un commissionnaire, il le prend parmi les membres du parlement.
Le juge, entendant prononcer mon nom, se retourna :
— C'est toi, dit-il, qu’on nomme Farinette ?
— C'est moi.
— Je viens te voir de la part de Gascarille.
— Ah ! ah ! est-ce qu’il est sorti de prison? demandai-je.
— Non, mais il va en sortir.
— Comment cela?
— C’est moi qui lui en ouvrirai la porte, me dil-il.
Alors il me prit par la main et m’attira A l’écart :
— Vois lu, me dit-il, le fort de Gascarille dépend de toi.
— De moü... m'écriai -le.
— $> tu consens à lui donner un bon conseil, il sera riche et toi aussi.
Le juge me conta Histoire de René, et il me dit que Gafcarille hésitait, parce qu’il avait peur qu’on ne le trompât... Mais mot, qui croyais que Goscanile ne pouvait pas mourir, je me laissai persuader.
— Diles-lui qu’il accepte et qu’il prenne l'argent, disje au loge.
— S» je lui répète tes paroles, il ne me croira pas.
— Eh bieni tenez...
Je détachai une épingle qui était plantée dans mes cheveux et la lui donnai.
— Remettcz-lui cela, dis je, il saura que cela vient de moi et il fera tout ce que vous voudrez.
Farinette s arrêta un moment, et le prince vit une larme oui roula lentement sur sa joue :
— An! reprit elle, c’est moi qui ai tué Gascarille.
— Comment cela, mon enfant?
— C’est moi, répéta-t-elle, car lorsqu'il a vu l’épingle, il a eu confiance dans le juge et il a consenti à tout.
— Et, s'il n’eût pas avoué le crime de René, dit le prince, peines- tu donc qu’il n’eût pas été (tendu?
— Non, il se serait sauvé. Le diable lui venait toujours en aide. Mais Rêné est encore mieux avec le diable que ne l’était Gascarille, et le diable l’a laissé mourir pour que le secret de René fût bien gardé.
Cette explication de Farinette pouvait, jusqu’à un certain point, soulever bien des discussions et être sujette à contreferai, — mais Henri jugea inutile de comb.utre le* opinions d’une fille clevée aans la cour des Miracles, et il se borna à lui dire :
— Ainsi tu hais René?
— J’ai juré sa mort le soir de celle de Gascarille. Ecoutez...
Farinette continua ainsi :
— C-'imne nous avions tous cru à U parole du juge, nous allâmes, une douzaine de compagnons de la Cour des Miracles et moi, pour voir l'exécution.
Nous n> us étums groupés autour de la potence et nous vîmes venir Gascarille qui s'appuyait sur l’epaule de maître Caltochc et -oanait.
Eu ce moment les archers nous repoussèrent, et force nous fut de nous retirer jusqu’à l’extrcmiié opposée de la place de Grève.
— Maître Caboche est un joli garçon, murmura un
tire-laine.
— Un brave homme, dit un aveuglt qui ne perdait pas de vue un seul des mouvements du patient, bien que nous fussions à distance.
— - Et, ajouta le duc d'Egypte, si jamais je passe par ses mains, je souhaite qu’il me pende pour rire, comme il va pendre Gascarille.
Nous étions loin, mais j’entendis cependant Gascarille jeter un cri.
— Le farceur 1 dit le duc d’Egypte, il feint de crier pour duper mieux son monde.
Le bounenu fil monur Gascarille juîques en haut de l'échelle, puis il le lanç i dans le vide.
Je fermai les yeux et poussai un grand cri à mon tour.
— Niabe ! tue dit le duc d’Egvrpte, lu sais bien que le nœud n’est pas coulant cl que Gascarille est soutenu par une bonne coi de qui lui pas-e sous les bras.
C’est égal, j’tvais peur, et le frisson me prit lorsque ie vis mou pauvre Gascarille qui agitait les bras et ica Jambes.
— Bien joué I disait toujours le duc d’Egypte. On dirait qu’il est pendu pour tout de bon.
Apres avoir remué, Gascarille devint peu à peu immobile.
— Voilà qu’il fait le mort, dit un tire-laine.
— Oh! il l’est peut-être... m ecriai-je.
On se prit à rire autour de moi, — mais une heure après on dépendit G iscarille ..
Gascarille était bien morll
Farinette s’interrompit une fois encore, puis elle continua à pleurer.
Mais tout à coup elle reprit avec une exaltation sauvage:
— Le soir, voyez-vous, j’ai juré que je tuerais René... et j’ai fait ce serment sur le corps de Gascarille, en présence de tous les compagnons de la Cour des Miracles.
— Eh bien! ma pauvre fille, dit Henri, lu as mal tenu ton serment.
— 01»! croyez -vous?...
— René est bkssé... mais il est blessé légèrement, puisqu'il a pu s’en aller...
— Ile ! du Noê, il me semble que nous pourrions bien nous en assurer.
— Comment?
— H est probable qu’il n’est point ailé se (aire panser au Louvre.
Après quoi il paMa le piuceau «une i'uu des gauU et l'uiduiûl à l'iaUiieur. (P. itl.)
— C’est juste.
— Et bien certainement nous le trouverons au pont Siint-Mi>'hel.
— Ah! tous aTei raison 1 s'écria Farinette, c’est là que nous le retiouTerons... c’est là que je l’achèverai.
El Farinette brandissait son puigiiard, et son regard était redevenu féroce.
Henri lui prit le bras.
— Ma petite, dit-il, écoute-moi bien.
— Je vous écoute, mon gentilhomme.
— Tu veux tuer René?
— Si je le veuz !
— Nous le hsï'sons autant que toi,, mais, puisque tu l'as manqué ce soir, nous ne te le laisserons point achever.
— * Et pourquoi cela? libelle d'un ton de menace.
— Parce que nous voulons, nous aussi, nous venger de René.
— Vous?
— Nous... et que ce n'est point par un vulgaire coup
de poignard...
L’œil de Farinette devint cruel.
— Est-ce que vous avez trouvé mieux que celatdit-elle.
— Peut-être... et si tu veux m’obéir...
Farinette regarda le prince avec une sorte de défiance.
— Vous êtes bien beau, dit-elle enfin avec une naïve admiration, et bien Jeune... Quand on est beau et jeuoe, on doit être franc.
— Je le suis.
— Vous ne me mentes pas?
— Non, je te le jure.
— Eh bien! dit-elle, soumise et comme subitement fascinée, je vous crois... et, tenez...
Elle lui tendit son poignard, ajoutant:
— Je ferai ce que vous voudrez.
— C'est bien. Sois-nous.
Nc<é s'ôtait penché à l'oreille du prince.
— Pourquoi donc, lui dit-il, ne laissez-vous pas agir la destinée?
— Parce que, répondit Henri, si Farinette tue René,
la reine-mère trouvera moyen de prétendre que nous y soumi s pour quelque choae.
— Que faire alors?
— Je veux savoir d’abord ti René est dangereusement blessé. Viens...
Farinette et les deux jeune* gens, traversant la Cité, tarent bientôt atteint le pont Saint Michel.
La nuit était toujours sombre, nuis on voyait luire A travers la boutique fermée de Rene la Clarté d’une lampe.
— Tu le vois, dit Henri, je ne me «mis pas trompé.
— Il est chez lui, ajouta Moi, qui fit signe à Far mette de s’arrêter.
Tous trois s'avancèrent sur la pointe dn pied, et Ib nri colla le premier sou œil à une lente de la duvauturc.
Ncë et Farinette l'imitèrent.
Or, vo ci ce qu'ils virent :
René le Florentin, affreusement pâle, était couché sur le ht -ir Godolphin. Le somnambule lui soutenait la tête, et une femme, tenant d’une main une aiguière, la* ail la lie-sure que lui avait faite le poignard de U bohémienne.
Farinette tressaillit.
— Quelle est cette femme T demanda-t-elle.
— C »st sa fille...
L'enfant de la Cour des Miracles pou*** un rugissement qui fit frissonner Noê et le prince lui-même :
— Obi dit-elle, ce n’est pas lui que je frapperai maintenant...
— Et qui donc? demanda Henri.
Farinette eut un cruel sourire :
•- Ce uealpas lui, répéta- t-«Ue, c’est ea fille I...
René, en recevant le coup de poignard de Farinette, s'était affaissé sur le parquet du pont.
Pendant quelque* minutes, frappé d’une sorte de stupidité, ne comprenant rien h cette brusque attaque dont il était victime de la part d’une inconnue, il se demanda s'il n’était point le jouet de quelque horrible cauchemar.
Mais bientôt le sang qui jaillissait de sa blessure et coulait jusque sous ses doigts le convainquit de la réalité.
Alors le Florentin eut peur de mourir, de mourir là. en ce lieu désert, sans un ami, comme un chien.
— Obi non, non! se dit-il, si ma blessure est mortelle. il (aol que je sois vengé!
Et cet homme, qui n'aimait que lui d’ordinaire et haïrait tout le monde, cet assassin, cet empoisonneur qu on nommait Rene le Flurentin, prononça tout bas un nom : c Paola ! *
I æ misérable songeait A sa fille.
Il eut la force de re redresser, d’ouvrir son pourpoint, A travers lequel avait pénétré le poignard de Farinette, et «le chercher avec sa main la place e xacte où se trouvait la blessure.
Le poignard l’avait atteint au côté droit ; mais, rencontrant une côte, il avait éprouvé une déviation.
Ri né appuya h paume de ?a main sur la blessure, afin de comprimer l hémorrhagie; pnis, réunissant tout ce qui lui restait de force, il se mit en route et prit le chemin de sa demeure.
Plusieurs (ois il faillit succomber à un étourdissement; plusieurs fois il éprouva une dëfjillance qu'il prit pour le j<reiuier frisson de la mort...
Il lui arriva même, en passant derrière la Sainte- Chapelle, d’éirc obligé de s’appuyer à un pan de muret d’y reprendre haleine.
Mais enfin il arriva jusqu’au pont Saint-Michel et vint tomber épuisé sur le seuil de sa boutique, appelant d’une voix mourante :
— Godolpbm! A moi, Godolphin 1
Le somnambule, qui c<iiumença<t A s’endormir fort naturellement, du reste, nVntend t point tout d’abord.
— Go loi phi 11 ! repeia Roue en heurtant du poiug les volet.- de la devanture.
— GoMphin! répéta une voix A l’intérieur.
C’était celle de Paola.
Pau la avait le nom - cil plus léger que son compagnon, et, bien qu’elle fut plus éloignée de i.i por te que loi. elle avait sur- le-cbamp ouvrit .es yeux, piété l’oreille et reconnu la voix de sou perc.
— Ouvre, Godolplun! criait-elle.
Gudolphm seveiba enfin, courut aux cris et trouva René évanoui sur le seuil.
— A moi! Paola! A moi! cria-t il A son tour
Paola accourut, A peine vêtue, et jeta un cri d'effroi.
Son père était couvert de sang et son visage était si pAic qu ou eut jure qu’il était mort.
La jeune bile éperdue «nia Godolphin à prendre R*-né A bras le corps et tous denx le transportèrent sur le fit du camp que le somnambule dressait chaque soir dans la boutique.
Paola déchira le pourpoint, la chemise, et appliqua sur-le-champ un premier appareil sur la files-un-, taudis que Güiloiphiu fanait respirer du vinaigre A René.
Lu moins de dix luiuu'cs, le Florentin revint à lui, regarda et reconnut sa fille et Goduiplun.
— Ah! mon (lèrel murmura Paola, qui s'était emparée d une aiguière et lavait doucement la plaie, mon père, que vous e»t— il donc arrive?
Ri ne reprit d'une voix faible et tremblante encore:
— Une femme a voulu m’assassiner.
— Une femme 1
Et les deux jeunes gens stupéfaits se regardèrent.
— Oui, une K unie que je ue connais pas, que je u’âi jamais vue... une meudiautel
tjudolpliin et Poüla se regardèrent de nouveau. Le ’< gard qu’ils échaugêieiit semblait dire :
— Qui sait? peut-être a-t-il un peu le délire?
Mais comme s’il eut compris la signification de ce regard, le Florentin répéta :
— C’est une femme jeune et belle, quoiqu’elle fut vêtue de huilons; elle m’a demandé la charité, et comme je fouillais dans ma bourse en lui disant mou nom, elle m’a poignardé.
— C’est étrange 1 murmura Paola.
René aperçut un petit miroir d'acier poli suspendu aud* mus du comptoir, et il (U un signe que Godolpbin comprit.
Le somnambule alla décrocher le miroir et l’apporta à René.
— Allume ileux bougies, dit celui-ci.
Godolphin oln-it encore.
Alors René fit placer les deux bougies auprès du miroir et le miroir devant lui, afin de voir bien exactement sa blessure.
René était quelque peu chiiurgien, et il examina ef ausculta sa blessure avec le rang- froid d’un praticien.
— Le poignard a glissé, dit-il enfin, les chair» seule» ont été entamée?, et je n’en mourrai pas!
Puis il ajouta, s'adressant à G- -dolphin :
— Monte dans mon laboiatoire ; tu y trouveras sur une étagère un bouteille renfermant une liqueur d’un vert foncé.
— Je sais ce que «nus voulez dire, répliqua Godolphin, qui s’élança vers l'escalier conduisant au laboratoire.
Le somnambule descendit peu après apportant la fiole, indiquée par René.
Le Florentin dit alors A Paola :
— Chercha de la charpie, prépare-moi un pansement que lu arroseras avec la liqueur contenue daos cette fiole, et puis verse-moi quelques gouttes de vieux vin jan* un gobelet»
Paola exécuta ponctuellement les ordres de son père.
Puis Rene, qui savait que le sommeil prévient pnsque
■«jours la fié' re qu'occasionne ne blessure, René avaU le contenu du gobelet que lui p.éscnta sa fille.
Ce gobelet renfermait du vin vieux mélange d'un
LA JEUNESSE DU ROI H' Xll!.
principe naivot que assez puis ..ni.
Apre» quoi le parfumeur se tourna sur le coté gauche et dit :
— Lai*séz-moi dormir I
Paula et Gudolphin se retirèrent, et René s’endormit.
Lorsque le Florentin rouvrit les yeux, la nuit était écoulée et le soleil dardait scs rayons dan» la boutique. Paola et God'ilphin étaient assis a son chevet,
Paoia penchait sa jolie tète sur l'oreilltr de son père avec une coquetterie toute féminine.
— Comment te sens-tu, petit père? demanda-t-elle d’une vois câline.
— Assez bit», mon enfant.
— S* mUres-tu T — ftitt.
— Veui-tu que je te renouvelle ton pansemenlT — Oui, dit Rene.
L’Italienne, aidée de Godolphin, découvrit la blessure et la lava de nouveau avec k piécantiou minutieuse d’un ch rurgien de profession.
— C'est cela, dit René, qui se fil apfrorter une stconde fois le miroir. C'estctla, ce que j avais prevu est arrivé : le sang ne coule pins...
— Ta blessure est-elle grave, petit père T — Non, mon enfant.
— Sera-t-elle bientôt fermée?
— Avant trois jours.
— Pourras- lu te lever?
— Oh! sur-le-champ...
— Prends garde ! dit Faola d’un air craintif. Si le sang allait couler encore!
— Chère Paula 1 murmura le Florentin, qui, en ce moment, avait des entrailles de pèie.
Puis il se souleva un peu, se mit sur son séant et dit à Godolphm : — Tu vas m’aider à m’habiller, il faut que j’aille an Louvre.
— Encore! fit Paola.
Elle prononça ce mot nvec une sorte d'impatience.
— Hum! dit R né qui la regarda fiiemeut, est-ce que cela te contrarie?
— Oui, dit n solûment Paola — Pourquoi? *
— Parce que j’aurais voulu...
Elle s'arrêta et parut hésiter.
— Voyons l parle... insista René.
— J’aur 'is voulu causer avec vous.
— Oh! dit Rem*.
— El il y a longtemps, acheva Paola, q ii «Vnhardil. Puis elle regarda Godolphm dune certaine façon qui voulait duc:
— Go lulphin me gênej je voudrais converser avec vous seule a seul.
René comprit ce regard.
— Godolphm, dit-il au somnambule, tu vas Mjrtrr.
— B en J du Godolphm.
— Et galoper jusqu'au Louvre, où lu demandera* à parltr à madame Catherine. *
— Que lui du ai-je?
— Tu la prieras de ma part de t« remettre la boile de poudre brune qui vient de Venise. E le saura ce que je veuf dire.
Gmb'lphin prit son chipi-au et son manteau.
Mais comme il s'apprêtait à s’éloigner, le Florentin ajout i :
— Tu demanderas, en outre, à la reine, la boite d« ganis qu'elle a reçue de Florence le mois dernier, et qm est un cadeau du duc de Media*, son neveu.
Godo olon sortit.
Aloi s Roué r* garda s i fille.
— Maintenant, dit-il. parle, mon enfant, je. t’écoute. Paula s'assit sur te pied du lit et reprit s m air câ'm et insinuant :
— Petit père, dit elle, te souviens-tu qu'il y a environ quinze jours tu m’as retrouvée mourant*-, par une nuit sombre, sur la place S nnt-Gernuin-l’Àuxerroiiî — Oui, mou entant.
— Te .-ouvieus-tu que lu uiaa tait une uiuum : : a
— ( icrlaiui ment.
— Tu m'a» juré de me venger de l'infime que j’aimai» et q«ii m'a trahie.
— C'est vrai.
— El... dit la vindicative Italienne, tu n'as point tenu la piom-sse, i»éit? *
— Je la tiendrai.
— Quand?
— Plus tôt que tu ne penses, mon enfant.
— Vrai? fit*. Ile.
Et $ou œil bulla d'un feu sombre.
— Aussi vrai que je suis ici, et que tu es mon enfant
cheh.
— Mais... quand?
— Bientôt.
— J'aimerais mieux une date, murmura Paola, qui avait vont* une bain* moi telle à N é- — Il m’es>t iinpo*6tble de te la donner.
— Mai»... enfin?
R' ne eut une inspiration.
— Ecoute, dit-il, tu veux que je te venge!
— üh! je aérais si heureuse de voir couler la deruiere goutte de son sang !
— Eh bien ! lu seras vengée et promptement, mais ü faut ui'obeir.
— Je vous oléirai.
— Suis diïcuter mes ordres.
— Soit! dit Paola.
R- né se diessa tout à fait sur son séant.
— Tu va» partir d’ici ce soir, â la nuiL — Et... où irai- je?
— Tu retourneras à Chai lot, dans la maison où iil
t'avait cachée.
— Oh ! lamai*!
— 11 le faut, dit R^né d’un ton ferme, il le faut!
— Mais... pourquoi?
— Ta vengeanre en dépend.
’ — Je ne comprends pas, murmura PaUa. Expliqoeavous, mon père. •
— Attende! lu retourneras donc à CluiUot...
— Bien. Après?
— Tu écrira» à Noë...
Pao a devint livide.
— Tu lui écriras, dit René, on tu le manderas. Il faut
que tu le voies...
— Ah! mon père! exclama l'Italienne avec un mouvement de répugnance si prononcé, que René hésita à son tour.
— Cependant, dit-il, si tu veux que je te venge, il
importe que lu sois docile!
— Mai» le voir, mais lui parler !... Ah ! c’est impossible...
— U le faut!
Le ton de René était si impérieux que paola se tut.
— Il le faut, reprit le Flureutiu Aptes un s ieuce, si tu veux être vengee!
— Mais enfin, deiuan U Paola, si je le vins, que lui dirai jt?
— Tu te jetteras à son cou, tu lui demanderas pardon de l’avoir trahi... et tu feindra» un retour vers lui....
Paola frémissait de colère.
— « Gardez* moi auprès de vous, lui diras-tu, poursuivit René, mais sauvez-moi de mon père!.., >
La jeune fille r* garda le Florentin avec une sorte de stupeur.
Rmé se prit à rire.
— Noê sera touche de ton repentir, de fc.n amour, et comme tu te posera* vis-à-vis de lui en femme persécutée, il ënruuvera le bt-.-oin de te »u.i»traire de nouveau à ma tyiannie.
— Ah!
— Et il en référera à son ami le prince de Navarre.
— Eh bien? fit f'aola toujours etmiuée.
— Or, ce n’est plus à Cnaitloi que le prince et Noé te cacheront.
— Où donc, alors?
— Ce sera â Paris, dan» l'hôtel Beausejour, auprès
de la n-ine de Navarre?
L œ I de Paoia étincela.
— Mon père, dil-eile résolûment, que comptez-vous donc (aire de moi quand je serai auprès de la reine de Navarre?
— Je te le dirai plus tard....
Et René imposa silence à Paoia qui allait répliquer.
— Ecoule... dit>il.
Le pas de Godolphin retentissait à la porte, et bientôt le somnambule entra.
11 portait la botte de ganta à fa main, et il tira de sa poche la poudre brune de Venise.
René posa un doigt aur ses lèvres et regarda sa
mie.
— Plus tard... dit-il, plus tard...
Et il dit à Godolphin :
— Habille-moi, maintenant.
GodoiphtQ s’acquitta sans excès de maladresse de scs fonctions de valet de chambre, et René se leva sans trop de douleur.
— Uamtenant, ajouta-t-il, venez au laboratoire avec moi, mes enfants.
Appuyé sur l'épaule de sa fille, le Florentin monta dans cette pièce convertie en officine de parfumeur et d'alchimiste.
Là il s'assit dans un grand fauteuil et dit à Godolphin :
— prends cette fiole vide et jelte-la sur le sol.
— Mais... elle se brisera...
— L'est précisément pour qu'elle se brise que je t'ordonne de la jeter.
Godolphin ne comprit pas, mais il brisa la fiole en mille morceau* .
Alors René fit ouvrir la boite de gants et prit la première paire qui s'ofTrit à ses regards
Puis il iMiqua à Godolphin un pot blanc qui contenait une matière fumante et incolore ressemblant assez à de le colle de gomme.
Godolphin lui apporta ce pot et un petit pinceau.
René trempa le pinceau d’abord d inslaliqueur gluante, ensuite dan* les débris de la Uole qu'il avait achevé d’écraser sous son pied.
Après quoi il passa le pinceau dans l'un des gants et l’enduisit à l’intérieur.
— A présent, dit-il à Paoia, ouvre cette boîte que Godolphin vient de rapporter, prends une pincée de la poudre qu’elle renferme et jette-la dans ce gant. 11 faut que vous soyez tous deux mes complices.
— Vos complices! exclama Godolphin...
— Oui, dit René : le verre pilé va se coller à la peau du gant et déchirera l'épiderme de la main qui teDlera d’y pénétrer.
— Bien! fit Paoia, et la poudre?
— La poudre est un poison subtil qui pénétrera par l’écorchure.
René se prit à sourire, et les deux jeunes gens se regardèrent avec stupeur, se demandant quelle était la personne que le Florentin voulait empoisonner.
Tandis que René le Florentin empoisonnait une paire de gants en présence de sa fille et de Godolphin, qui ne savaient encore à qui ce cadeau funeste était destiné, nne scène toute différente se déroulait sur la place Saint Germain- I A uxerrois, à deux pas du Louvre, dans le cabaret de Malican.
Notre ami Àmaury de Noé était rentré fort tard à l'ttôtel Beauséjnur. en compagni* de notre héros le prince Heu i de Bourbon, futur roi de Navarre.
Qu'était devenue Farinette? C'est un mystère que nous ne tarderons point à éclaircir. Toujours est-il que le prince s'était couché comme l’étoile du matin montait à l’horizon.
Madame Catherine, en reine qui comprend toutes lu» délicatesses de l'hospitalité, s’était empressée de faire
disposer à l'hôtel Beauséiour une fort belle chamore pour son hôte, le prince de Navarre.
A côte de cette chambre se trouvait un cabinet destiné à l ’alter ego, à l'inséparable de Henri de Bourbon, c'est-à-dire à Amaury de Noé.
Noé, mou bil ami, dit le prince en se mettant aû
lit, est-ce que tu ne regrettes pas un peu notre chambre Ue de l'hôtellerie de la rue Saint-Jacques?
— Parbleu ! non, répondit Noè.
— Vraiment?
— Mais non, répéta le jeune homme. Je joua le jure, Henri.
— Tu as tort.
— Bah! et pourquoi?
Henri secoua la tète:
— A l’hôtellerie de la rue Saint-Jacques, vois-tu, les murs sont pleins.
— Bon! ils le sont ici.
— Ici, ils pourraient bien être creux par ci par là.
— Allons donc!
— Et posséder des oreilles ni plus ni moins que les murs du pilais de Denis, tyran de Syracuse.
— Mon cher prince, dit Noè gravement. Votre Altesse a l'esprit trouble de toutes nos aventures de cette nuit, j'en suis sùr.
— Mais, non...
— Et elle se croit au Louvre.
— Simple que tu es! dit le prince, n’est-ce pas madame Catherine qui a fini le I»uvre et percé tous te judar mystérieux qui éloilentles murs?
— C'est vrai.
— Eli bien ! si elle a fini le Louvre, elle a bâti l'hôte Beauscjour.
— Ahl diantre! fit Noé.
— Ei madame Calherioe est de force à avotr prevu que quelque témoin dont elle aurait à se défier habiterait son hôtel un jour ou l'autre.
— Bon! dit Noé, mais qu’en conclure?
— J'en conclus que si tu veux causer, au lieu de me parler du fond de ton lit, lu ferai bien de venir t'asseoir sur le pied du mien.
— Soit! dit Noé.
Et il s’assit sur le pied de Henri de Navarre.
— Et puis, ajouta le prince, il me vient une bonne idée. — Voyons !
— Il n’y a guère à Paris que nous et lea nôtres qui parlions béarnais.
— C’est probable.
— Or, les nôtres sont incapables de servir d’ espions à la reine Catherine.
— J’en réponds bien, Henri.
— Donc, parlons béarnais.
— Soit. Qu’avez- voua à me dire? continoa-t-fi en patois du pays.
— Mais, ait Henri, Je voudrais bien te parler on peu de Sar&h.
— Hé! hé! dit Noé, vous l'avez vue ce soir?
— Et, sans catte folle de Farinette qui nous a dérangés...
— Farinette vous a rendu un grand service, moo
prince.
— Ah bah ! .
— Et je suis vraiment désolé de vous voir chaque jour vous engouer de plus en plus de cette argentiêre de malheur.
— Noël
— Ahl dame! murmura le jeune homme, pardonnezmoi, mon prince, mais je songe un peu à l'avenir.
- Est-ce que tu lis dans les astres comme René le Florentin?
— Dieu m’en garde!
— Ou comme... le... sire... de... Coarasse?
Noé se prit à rire.
— Cela ne m'avancerait pas à grand’ebose, dit-il. Miis je n’en songe pas moins à l’avenir. %
— Et qu’y vois-tu?
— Oh! de vilaines perspectives.^
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L,\ JEUNKSSK ne ROI HENRI
Noô fil an lég«'r voubrrssut »ur ion «lég*. (P. 193.)
— Bah!
— Parole d’honneur! mon prince...
— Mais encore T
— Si je suis franc, toub tous fàchem.
— Moi T dit Henri ; allons donc 1 je ne me fâche jamais. — Une fois n'est pas coutume.
— Mais parle donc, bavard, fit le prince impatienté, au lieu de me répondre par des sentences de pédagogue.
— Eh bien, monseigneur, je rois dans l’avenir de fort vilaines chose concernant madame la reine de Navarre.
— Ma mère î
— Non, la jeune reine, madame Marguerite.
Henri fronça légèrement le sourcil et attendit que Noô complétât sa pensée.
Noô continua gravement.
— Madame Marguerite aime Votre Altesse, c'est incontestable.
— Heu! heu! fit le prince avec une pointe de fatuité. — El elle se fera pardonner le duc de Guise, si Votre
Altesse veut bien ne pas donner une héritière À madame !a comtesse de Gramont.
— Et puis? fit Henri.
— Mais comme il est probable que ectte héritière est déjà trouvée.
— Peuh! fit Henri.
— Et qu’elle se nomme Sarah l’argeotière.
— Lii bien?
— Eh bien! midame Marguerite, oui sait à merveille le grec et le latin, se souviendra d’une certaine loi romaine qu'on appelait...
Noê s’arrêta, espérant que son sourire achèverait sa phrase.
—Comment l’appelait-on ! demanda froidement Henri.
— 1.* loi du talion, prince.
— Hein ! fit Henri de Navarre en souriant ; tu deviens
audacieux, N«>ë, mon ami.
— lieu 1 heul
— Et puisque tu fais ainsi de fort belle morale, je te Tais, à tnon tour, poser tine 4 simple question.
— J’écoute Votre Altesse.
— Que penses-tu de Malican?
— Que c'est un fort brave homme de cabaretier.
— Et puis?...
— Et puis... mais, dame !... et puis... rien.
— Bon! et de sa nièce?
— Je pense que Myette est une fort belle fille..
— Après?
— Et que je l’aime... ajouta Noô qui se sentit rougir.
— Très-bien! Ne me disais-tu pas, l’autre jour que, si elle avait le moindre bout de parchemin, lu l’épouserais ?
— Ob! certes, oui.
— Même sans dot?
— B.iht la bfcnqoe du fire de Koé, mon honoré père, est petite, mais elfe a coutume de voir entrer sous son toit des femmes qui ont de liguée que d'écjs.
— Mai», hé a»! dit le prinre, a*- venu railleur à son tour, cjumne Myette n’a nu de parchemins...
— Je me ci -mente de l'amier pour se* tveanx yeux.
— Parfait! Crpt-ndaul lu es fils unique, mon miguon.
— Helaa 1
— Et comme le nom de Noé ne saurait s'éteindre, il faudra que tu prennes femme au premier jour.
— Je la prendrai.
— Ile 1 mais fit Henri, il me semble que, en ce cas, Myette ressemblera f ri & Sarah, et que madame la Comtesse de N«-é aura quelque analogie avec la jeune reine de Navat re.
— AUI raorblenl s’écria Noê, au diable les comparaisons! itnn-oir, Henri, je vais rne coucher.
— Tu feras sagement, mon bel ami, surtout il tu réfléchi* à on »»rut proverbe gascon.
— Quel e*t-n?
— Q »e pour mirui voir U paille qui éhorgvtlt voisin, U est utile de <•* debarrasser du «oliv.au qui noua aveugle.
N>*l se prit a rire et alla se coucher.
Mais, comme il te glissait entre les drapa, le prince
le rappela.
— Bon, dit-il, qu'est-ce encore T
— Je gage, lit Uenn, que tu dormiras fort mal celte ■uit.
— Mai» non.
— J'ai vu Sara h, to n'as pas vu Myette, c'est suffisant. Donc, tandis que je ronflerai fxnj.stn.- vmenl demain matin, tu te iêv. ras et feu iras voir Myette.
— C'esi bien possible.
— ti|e v*t> tei h îrger d'une commission pourMalican.
— Mais, uit Né, ;’e»père bien me lent de bonne heure et trouver Myette *eule. Malican sera au lit meure.
— Cela ne fait rien. Tu donnerai celle bague à Myette.
El le prince lira de son doigt l'anneau de feu le roi
Antoine de Bourbon son père.
— Que (aiUs-vous donc là T eidama Noé étonné.
— Et. ajouta le priuce, tu la prieras de la porter à son oncle. C’est une petite convention entre Mahc-m et uiul.
— Du diable, murmura Nul, si je couipreuds quelque cho'f A tout cela I
— C'est inutile I... bonsoir!
Et le prince se tourna vers la ruelle et ramena un pan du drap Sur son visage.
Henri de Navarre ne s'était point trompé, Noé fut sur pied de très-bonne heure.
lundis que le prince dormait avec le calme et la sérénité d'un homme doublement aime et qui se flatte de se cuiller au premier jour d'une couronne, Amamy île Ni i sortit sans bruit de l hôtel Beausrjour, après avoir distribue quelques sourires protecteurs et, par-ci pardi, une poignee de main aux gentilshommes ffS«-oQ> qui veillaient ll-lelement sur le r* po* de la reine de .Navarre.
Naturellement le compagrioo de Henri de Bourbon s en alla tout droit au cabaret de Malican.
La place Saml-Gei main riait encore déserte, le cabaret éla>t veuf du plus modeste buveur.
Myette seule, vêtue de sa jupe rouge asseï courte pour montier le ha* de sa jdtube mignonne et sou petit pied cambre, de sa hasqume de velours qui retirait en les faisan, valoir tes richesses de sou huste, M y elle, en idée du mou*, hoir béarnais qui enveloppait a grand* peine sa luxuriante chevelure noue, Myette, duMis-uou», rangeait le* b*ria|M- et les pots d'CUin sur !e comptoir et mettAit tout en ordre.
— Ih ai Jour, |«etite, dit Noé en entrant et en prenaol asseï familièrement la taille de lu jolie Béarnaise.
Myette rougit, mais elle ne se lâcha pu.nl.
— Bonjour, monsieur de Nui, -lij-« Ile.
Enhardi, Noé lui prit un baiser ; Myette se dégagea lestement
— Que faut-il vous servir? demaada-t-eUa en faisant un peu la moue.
— Rien, dit Noi.
— C’est peu.
— Où est ton oncle?
— Il est encore couché.
Nué lira la Lague du [-rince que Myette reconnut sur UKhamp.
— IMrteJui «la, dit-il.
* Cela? fit-elle étounéa.
— San* doute.
— Pourquoi done faire?
— Je n’en sais rien, c'est de ta part du prince.
— C'est drôle ! murmura Myette.
Pula, légère comme une biche, alla s'élança vers l’escalier et monta à la chambre de Malican.
VA s’assit sur un banc, et, en attendant le retour de Myette, il se prit à réver.
Mye'te re ieaeendit au bout de quelque» instants :
— * Ah! dit-elle, tonn pauvre oucle a bien uial dormi.
— Bah ! fit la jeune homme.
— U se plaint d’une viuleute migraine, monsieur de
— U pauvre homme !
— K» tl me charge de vous faire ses excu-es, vu qu’il ne peut descendre iui-mé ne (tour vous servir à boire.
— Je les Ncceple v-oiUier», dit Nui d’un ton hypocrite, car il étui enchanté, au fond, de ce Ute-à-téte que Malican lui ménageait avec sa tué** par suite de sa migraine.
Puis il s'a-sit supièa d'elle.
— Ma petite Myette, dit-il, ton oncle est un brave homme.
— Ohl je le sais...
— Ci je l'aime de tout m m r«ur, a|ou'a Noé.
— Save» tranquille, dit ingénument Myette, il voua U rend bien.
— Ce malin Surtout...
— Pourquoi ce matin plutôt que les antres jours?...
-Mais, dame!... parce q»e... aa malin... il nous
laisse -t-h et que...
Myette se ri prit è mugir.
— El que, acheva N è, je tais pouvoir te répéter que
je faim*, du petite Myette -oh née ..
Eu i ariirii auiai, N<<è prit la jauua fille par la taille.
Myetie étoulla un en et chercha a se dégager.
M.u> N é avait le bras solide, et il avait si biea enlacé la jeune fille qu elle ne put se dégager.
— Je tauuef répeia-i-il avec passion.
— Amaury U. murmura Myette dont le coeur (data soudain
Noé la pressa sur son sœur et la jeune fille sa sentit friMH'imer dans ses bras.
Mai* en ce moment de suprême ivresse, une voix retentit derrière eus qui la» lit Ues*uUirel leur «irai. ha un cri de stupeur.
— Ué I lie I disait la voix, ne vous gèoex pas, monsieur de Nul l
Nul, livide et frémissant, se retourna alors.
Mancau, qui ne parafait piu» se repolir de sa migraine, t-e tenait unuiubUe sur la dtriiwre marche de "escalier.
— Ne vous géoet pas, monsieur de Nui, répéta- 1- tl eu
ricana- 1 .
Noë lâcha Myet'e, qui, tout# confuse, alla se blottir en un coin de la sale-, et recula lui-uiéuie d'un pas.
Cependant Alain an n était qu'un pauvie cabaretier, tandis que M. «Je Noé était un beau gentilhomme ; u»aU N' avait essaye de séduire sa nièce, et I œil de Mabcau étincelait. Il marcha dro>t au jeune homme et lui du :
— .Monsieur de Noé, je vous vaut «Jus uue stmpk h stoife. Preuex patience, «Ile est courte.
Noé e. regardait avec stu|>eur.
— Mon jère, re[*rtl Maucan, était un pauvre bergsr des uioufagnes, et il s’ajtpdau Mancau comme moi... mais il avau une fille, une fille qui ctaii ma sœur «i dont un geutdhomms do voisinage scpnt ut jour.
Malican s arrèu un mmuisul, tomme s'U odt vuuAo peser moindres partit».
Digitize
— Ce g* niiih -inrne aimait ma sœur et mi sœur l’ai- I niait, poursuivit Malican. Un jour mon pere le surprit à ' je< p'i-ils ; alor»... savez von* ce qu il fit?
Malican regarda encore Nué, mai* Noé semblait pétrifie.
Le cabaret ier reprit ï
— Mon père sauta sur son fusil, ajusta le gentilhomme et lui dit : «
a Je te jure, sur le salut de mon âme, que je vais te tuer comme un chien si tu n'epouses ma Aile que tu as séduite... ■
A ces derniers roots de Malican, Noé bondit et sembla sVveiÜer d'un long sommeil.
— Ohl oh! dit il, esi-ce que tu aurais la prétention, bunhomm-, de m’arracher la même promesse?
J'ai I hunneurde vous eu (aire la proposition, répliqua M ihcan avec calme
Eu même teinp* le caharelier ouvrit son sarrau et prit deux pistolet* à sa ceinture.
Noé était brave, — il l'avait prouvé en mainte occurrence.
Cependant les pistolets de Malican étaient d'un aspect formidable et l'œil du cabaretier n'annonçait rien de bon.
— Mon ch«-r monsieur Malican, dit lu jeu ru- homme, je ne vent pas me sauver, et vous pouvez, si bon vous jetable, feimcr la porte. Mais je vous engage aussi à remettre ces pi-tolets a votie ceinture.
— C’est selon, dit Mihcan.
— Si voua d-’sirez causer avec moi, continua Noé, qui avait ret'ouve sou sang- froid, nous |.ourroiis peol-éire noos entendre.
— Je ne demande pas mieux, monsieur de Noé, dit Malican.
Et comme le lui avait permis Nié, le caharelier alla fermer la porte et se pinça devant une table qui le séparait du Jeune homme «l'une longueur de quelques lieds.
Puis il posa les pistolets sur cette table, 4 1a portée de sa main, s’assit et dit ;
— Je le veux bien, monsieur de Noé, causons.
Myette tremblante était toujours blottie en un coin de la Mlle.
N .« fit connue Mali» an et il s'attabla via-fr-vis de lui.
Aïo- » b* caharelier se tourna vers sa nièce :
— Ile 1 la liclle fille, dil-il, connue nous allons traiter,
M. de Nué et mut, une affaire a .*»■» unporUtnle, et que le* allure* ne se font bi n que lorsqu'on a le gusitir h h i mue, va- t'en me chercher une bmteilic de vieux muséal.
Myetie était ravie d’avoir un prétexte pour sortir, et «Ile ne mj lit point prier.
Elu di^ irut et revint deux minutes après avec le U »c»n poudreux demande p«r Malican.
Heunaut l'absence de Myetie, Noé et le cabaretier hh«mii g.rde le silence de deux adversaires qui s'observent avant d entrer eu lutte.
— Maintenant, dit Malican, lorsque la jeune Aile eut posé sur la u<bie la bo-teilie et doux verres, maintenant, -va-l’en la haut, ma fide. Ce qui va se dire ne tu regarde Ht.
Myetie était rouge comme une cerise, et elle avait le :œur bien gros.
Hi'e •« retira en baissant le» yeux et gravit lentement
»*i» lorsqu'elle fut sur la dernière marche, c'est-àdire, uor» «le U vue de son oncle, elle s'agit et prêta curieUMjnirni l'oreille, en vraie b le d’Eve quelle était.
— Ça! du Hors le cabaretier, causons, s'il vous plaît, mon gentilhomme.
— umauus. Ut Noé avec une indifférence plus affectée oue reeJle.
Mahcan mit tes doux coudes sur ta table, regarda son ti..«y|jcuieor tn fao a lui «lit:
— A nsi dune, monsieur de Noé, vous aimez mamece
— lie tout m«»n cœur, M ii-can.
— Et... elle... vou< aimet...
— Heuh! refondu Nuê avec une fatuité menreiileuse, peut-être.
— Mai* savez- vous bien, monsieur de Noé, que Myetie est une lill»- tout à fait vertueuse ?
— Héla»! soupira le jeune homme, à qui le di*-tu?
— Et quelle n'est point femme à s’en laisser conter consmH (ont vos grandes dames de 1a cour de France?
— I l'accord.
— Myetie veut un mari...
— H j ai l tu eu retiens toujours U, mon pauvre Malicin.
— Un mari... sérieux.
— Comment l’enteuds-tuT
— lie! mai», dit le cabaretier, je deux «lire un mari qui fépOUM«<
Noé bt un léger soubresaut sur son siège.
— Voyons, Malican, dit-il, parlons raison...
— Je parle raison, monsieur de Nr<è.
— El ta^sfisdecôle... ce mariage...
Mah i an allongea la main vers l’un des pistolets.
— Ecoute- mol bien, reprit Noé, tu es Béarnais comme moi.
— Comme vous, dit Malican.
— Tu connais ma famille?
— J’ai pasi-é vingt foi* devant votre château.
— Tu sais que le comte de N<é, mon jiere, a de certaines idées...
— Je l'ignore, dit Malican.
— H fait moins bon marché que moi de... la .. noblesse...
— Ah! fit Malican d’un air sérieux.
— Et j’aurai beau lui dire que Myette est une perte de hile... un bjou...
— h y a peu de femme* à la cour de Nérac, monsieur de Noé, qui soient ausM belles.
— D’accord, mai*...
— Et je vous garantis que lorsqu’elle sera comtesse de N.é...
N^é lit un deuxième soubresaut.
— Vous pourri-? être »ûr de sa sagesse, ajouta gravement ie cabaretier.
— Ohl pour cela, je suis ton avis, Malican.
— San» compter quelle vous do mera une kyrielle de petit» Noé qui seront taillés en hercules et beaux comme «le* amour*...
— Je ne «il* pas non, mais...
— Tenez, poursuivit Malican, si vous voulez, U noce se fera dimanche prochain... C’est aujourd’hui lundi... vou» voyct que nous u'aurons pas longtemps à attendre.
— M i>, mon pauvre Miiican...
— Et j’irai trouver madame Jeanne de Navarre, notre reine à nuu», et je lui demanderai d'assister au mariage,
Noé voulut mcllie fin au programme matriioumal de Malican.
— Un juaiaot, dit-il avec gravité, je n'ai qu'un mot 4 dire.
— Voyons 1 fil Malican.
— Je refuse positivement, et bien qu'à mon grand regret.
— Vous refuses... quoi ?
— J«: refuse d'épouser Myette, bien que je l’aime...
— Ah 1 dit Malican. Et pourquoi?
— Mai» parce qu'elle se nomme mam’zeile Malican et que je m’appelle le comte de Noé. Comprends-tu ?
Malican partit d’un grand éclat de nre,
— Ah! monsieur de No£, dit-il, vous eliez si troublé tout à 1 heure que Vous u'uves pas entendu mon histoire.
— Quelle histoire? .
— - Cène d»- ma sœur... qui fut séduite... et épousée... par un gcolilbouiuie.
— En hieii?
— En bieu t ce gentilhomme n’était pas de mince noble***. .. sroyca-k...
— El tu me le donnes pour modèle, ricana Noê.
— Non, ce n'est pas ce que je veux dire.
— J écouté alors.
— O gentilhomme « nommait le marquis de Lussan.
— Hein! lit Noê, vraiment î
— C'est comme j’ai l'honneur de vous le dire. El il a été tué uii jour de bataille, à côté du feu roi Antoine de Bourbon.
— Je sais cela.
Et Noê qui ne •lésinait pas encore où Malican en soûlait venir, Noê ajouta :
— Les Lu s.-au sont de bonne roche ; ils étaient cousins des d’Albret, les ancêtres maternels du prince Henri.
— Vous soyez donc bien, ajouta Malican, qu’à tout prendre celui qui épousera mademoiselle de Lussan...
— Hein Y fil Noê qui Iretsaiihi.
— Ne se mésalliera pas complètement, acheva le cabareti. r.
— Comment! s’écria Noê, il a laissé une fille?...
— Une fille qui a de beaux yeux et que vous aimez...
— Myette!
— H«! oui...
Noê eut un terrible battement de cœur.
— Ab ! balbutia t il, serait ce possible, mon Dieu!
— C'est srai, monsieur de Noê
— Myelle est la hile du marquis ?
— Sa propre fille.
— Ainsi... eiie est... noble?
— El du meilleur rang «lu Béarn.
Noê poussa un cri de joie.
— Mais alors, dit-ij, tu peux remettre tes pistolets dans ta poche, Malican.
— Ah ! «h 1
— Tu n’en aa plus que faire..*
— Viaumnl?
— JYpOuse, te dis- je.
MaliCdti te prit à rire et appela:
— Myelle ! Myette !
Malt Myelle ne ie|K>ndil pas.
— Oh! oh! murmura le cabaretier, bouderait-elle par hasard ?
Il a dui.ça vers l’escalier par où Myctte avait disparu et tout à coup Noê, qui le suivait, entendit une exclamation de surprime « t presque d'effroi.
Myelle qui, du haut de Icscalier, avait écouté la conversation «le Noê et de son oncle, «tait en proie à une émotion telle qu’il lui était impossible de parler ni de faire un pas.
— Bon ! exclama le cabaretierqui courut à elle, vas-tu pas, maintenant, t’évanouir 9 ...
Myetie se jeta au cou de son oncle et fondit en larmes.
En ce moment Noê survint et lui dit gravement :
— Madame la comtesse de Nuê, calmez- vous...
My* Ue jeta un cri et faillit se trouve^ mal.
N< é la prit dans ses bias et rederc. rflitavec Malican.
Mais déjà un quatrième personnage s’introduisait dans •e cabaret et seuibUit s'étonner de le trouver disert.
Ce personnage h 'était autre que le prmee Henri’ de Bourbon, futur roi de Navarre, lequel ronflait cependant comme le bourdon d’une «aih-drale lorsque N è était Sorü sur la pumin du pied de l'hôtel Beausejour.
En voyant réparait» e Malican qui marchait plus fier qu un bedeau de cathédrale, et Noê qui emportait Myette éperdue dans ses bras, Henri devina ce qui venait de se passer.
— Allons! dit-il en riant, je le vols, ma bague a produit son effet. r
— Ah! lit Noê qui tressaillit et se prit à regarder cuneu.se n u. nt le prince.
Et il se souvint qu’en lui remettant celte bague, Henri lui avait dit ; a Cest un signal entre Malican et moi. »
Henri tonnait toujour- ; mais au lieu de donner aucune exuicaüuu directe a Ni é, il se tourna vers Malicau :
— As-tu été bien féroce 7 dil-Ü.
— Mais... pas mal... répondit le cabaretier en souriant.
— Tu t'es servi de les pistolets?
— Dîme! je les ai montrés...
— Ah! m«n paavre Noê, dit Henri, en quel guêpier t’es- tu («mrré !
M iis Né ne prenait point garde aux paroles du prince. 11 était agenouillé devant Myette et lui baisait les deux mains avec transport.
Cependant l'hi-toire de 1% bague l’avait assez intrigué pour qu’il finit pir en demander l’explication.
— Noê, mon bel ami, dit ahirs le prince, il était convenu entre Malican et moi que je lui enverrais ma bague aussitôt que tu aurais avoué ton intention d'épouser Myette, si Myette était de noblesse. J’ai tenu ma promesse, en raison de notre conversation d’hier au soir
— Très-bien, lit Noê.
— La petite scène violente que Malican l’a jouée était également convenue.
— A merveille I
— Et ma mère, U reine Jeanne, va se charger de ch «pilonner Myelle désormais, attendu qu’il o’e*l pas convenable que la fille d'un gentilhomme, l'epouse future d'un comte df Nuê, vive dans un cahtrei.
— Hé ! dit Noê, qui avait peu à peu reconquis sa présence d'esprit, ellé y a vécu assez longtemps, ce me semble.
— Ah ! ceci, répliqua Malican, tient à des raisons toutes particulières.
— C’est vrai, dit Henri.
— Peut-on les connaître? demanda Noê.
— Certainement*
— Voyons.
Et Nuê, tenant toujours les deux mains de Myette dans les siennes, s’assit à la même place où il parlementait tout à l’heure avec Malican, à deux longueurs de pistolet.
Malican prit la parole ;
— Myelle est la fille du marquis de Lussan et de Rose Malican ma sœur. Le marquis a épouse ibi-e en pleine cathédrale de Pau, attendu qu’il était catholique, et Myelle est une fille très légitimé.
— B >n t dit N ê.
— Mais Itose, ma pauvre sœur, est morte.
— Ah!
— Et trois ans après, le marquis s'est fait tuer.
— Je sais cela.
— Ce qui fait que Myette était orpheline, poursuivit Malican, et qu’elle n’avait d'autre protecteur que le comte de Lu*sao, fière de son père, et le pauvre cabaretier Malican, frère de sa mère.
— Cela ne m'explique pas encore, dit Noê, pourquoi...
— Chut ! fit Henri.
Malican reprit :
— Le comte de Lussan est de bonne maison, c’est connu, mais il est avéré aussi par tout le Béarn que c'est un gentilhomme peu scrupuleux...
— Je l'ai oui dire, murmura Nuê.
— li rançonne ses vassaux, il fait pendre les juifs et les lombards qui lui ont prêté de l’argent; il lorgnait d’un œil d'envie les belles seigneuries de feu son trere le marquis de Lussan.
— Ahl diable I..#
— Alors, voyez-vous, continua Malican, je ne suis qu’un cabaretier, mais j'ai toujours passé pour un garç«jii «ici voit les choses de loin. Et j'ai pensé...
Malican s'arrêta, essayant de compléter ta phrase par un tin sourire.
— Va toujours, dit le prince. Je connais le Lussan, on peut en parler.
— Je me disais donc quelquefois, reprit Malican, que J je laissais ma jolie Myette aux soins de son oncle, il pourrait bien, un jour ou l'autre... à cause des belles seigneuries... Vous comprenez? un enfant... ça meurt facilement*
— Comment! interrompit Noê, Myette a des seigneuries?
— Sans doute.
— Etie est riche?
— Très-riche, «lit Henri.
— Je rè«e ! .. balbutia le jeune homme, et tout cela me parait impossible.
— Monsieur le comte de Nofi, dit alors Malican, tous le voyez, My«-tle a des parchemins, des écus, et elle est bel'e... Il est vrai qu'elle a au-si un brave homme «ronde qui est catwreticr; ma» s soy«z tranquille, une lois le ni iriage accompli, je m'en irai vivre dans un coin... j'ai des économies... et puis, si jamais j'-tllais vous voir... eh bien J tous m'enverriez dîner à l'office.
— Ali ! M iliean, s’écria le prince, lu radies, mon ami, attendu que lu es un honnête homme, que de plus tu es montagnard, et qu'ea notre pays c'est presque un premicr 'kfgrè de noblesse.
Noê ne dit rien, mais il embrassa cordialement Mali an.
Myette pleurait de joie.
E i ce moment une ombre se dessina sur le seuil inondé de lumière • t une femme parut.
C’était Nancy, N uicy la jolie soubrette, la fine mouche, l'amie de madime Ma,'utx.ie, l'idole du page Raoul.
Nancy, qui souriait d'onljnaire et dont l'œil pétillait toujours de malice, Nancy fronçait le sourcil ; elle avait un air soucieux qui sembla de mauvais augure au prince de Navarre.
— Quelle nouvelle fâcheuse m’apportes-tu, Nancy, ma mignonne, lui demanda-t-il, et qu'est-il donc arrivé ?
Nancy jeta un regard sur N -ô et Myette qui se tenaient toujours par la main en présence de Milican.
— Iluni ! «lit-elle en clignant l’œil, est-ce que M de Noê...*Mî... mésallie?
— Ma petite, répondit Noê, j’épouse Myette.
— Ah ha h !
— Laquelle est de fort bonne noblesse.
— PUlt-il 7
— C’est vrai, dit Malican avec la gravité d'un grand parent.
Ma s Nancy, au lieu de demander d«*s explications sur la noblesse de Myette, noblesse qu'elle n'a va 1 1 point sou^onnee jusque-là, Nancy, disons-nous, fronça le sourcil «le plus en plus.
— Tant pi-* ! dit elle.
— H'-in? fit Noê.
— Pourquoi re tant pii? demanda Henri de Navarre.
Nin- y retourna jusqu'au seuil de la porte et s'assura
que pei Sonne ne rddait dans les environ*.
— Tu peux parer ici, Nancy ma mignonne, dit le prince; Malican «i sa nièce sontuos amis.
— Hé 1 as ! du Nancy.
— Oh I oh! fit MalicaD, vous n'ètes pas aimable pour nous, mumz eile Nancy.
— C'est parce que je vous aime...
Et N mey, de plus en plus sérieuse, s'assit et regarda fixement le' prince :
— Votre Altesse a-t-elle donc perdu la mémoire ? dit-elle.
— A propos de quoi parles-tu ainsi, mignonne?
— Elle a exigé de madame Catherine, en échange de la vie de René, un serment...
— Parbleu ! répondit le prince.
— Un serment qui sauvegarde Votre Altesse, M. de N ô, U belle argenlière et M. de Pibrac.
— Et depuis lor-, ajouta Uoui, nous vivons fort tranquille' et nous dormons stic les deux oreilles.
— C'est un tort, dit Nancy.
Le prince fit un geste de surprise.
— Ah çà! dit-il, madame Catherine oserait-elle donc manquer a sa parole?
— Non.
— Eh bien ! alors?. .
— Mais le serment airelle a fait ne sauvegarde point la future comtesse de &&.. et le jour où elle saura que... Myette...
N«ê tressaillit et pâlit.
— Heumwmt nt, dit Henri, que Myette va entrer aujourd'hui même à l'hAtel Beauséjour, où elle sera sons la protection de la reine ma mère.
Nancy secoua la tèle.
— La rein* Jeanne, dit-elle, n'est pas non plus sauvegardée par le scrmen*.
— Oh ! oh ! exclama Henri se redressant avec fierté, lu me la bailles belle, ma mignonne! on ne touche pas à ma mère...
— Monseigneur, dit Nancy, vous vous trompez... la reine Citherine hait la reine de Navarre...
— C’est possible, mais...
— Et je vous jure, continua la ramérière, qu'à votre place je me hâterais d'épouser madame Marguerite.
— Nanry, mon enfant, dit le prince, je suis tout à fait de l’avis de madame Marguerite.
— Comment cela, monseigneur ?
— Elle prétend que tu vois tout en noir.
— Comme Cassandre, prince.
— Bah ! tu es toile.
— D abord, reprit Nancy sans se déconcerter, je vais vous taire une confidence.
— Parle...
— Je ne sais où madame Catherine a fiasse la soirée, mais je puis vous affirmer que lorsqu’elle est rentrée au Louvre, Il était plus de minuit.
— Bah ! fit le prince étonné. Comment sais- tu cela?
— Ah ! répliqua Nancy, vous savez que je suis un peu noctambule...
— Peste ! dit le prince, tu le sers d'un mot que je ne comprends guère.
Nancy se prit à sourire î
— Madame Marguerite, qui sait le latin, dll-elle , m'a expliqué qne cela voulait dire hnvchtr pendant la nuit
— Très-bien. Ainsi, tu es noctambule?...
C'est-à-dire que j’aime assez me promener par les
corridors sans lumière, écouter aux portes par-ci par-là, saisir un mot à droite et à gauche.
— El tu as vu rentrer madame Catherine?
— Précisément.
— Seule?
— Toute seule, enveloppée dans son manteau.
— Ceci est bizarre...
— Et vêtue en cavalier.
— Tu railles.
— C'est la vérité pure, monseigneur.
— Tu te seras trompée... la reine-mère n'oserait point se travestir ainsi.
— Je suis sûre de mon fait. J'étais accoudée à une fenêtre qui donne sur la rivière et j’«i cru entendre un bruit de voix tout au bord de l’eau. J’ai l’oreille line et, à un certain moment, il m’a semblé que c’éiait la voix de René que j’entendais. Alors je suis descendue et j’ai trouvé à la poterne un Suisse de ma connaissance.
— Est-ce celui qui dort quand on tousse ?
— Justement.
— Et c’est de lui que tu tiens?...
— Non, c’est moi-même. Ecoutez.»
— Voyons? dit Henri curieux.
— Le Suisse, reprit Nancy, avait un grand manteau ; moi. je suis petite et mignonne, comme vous voyez, et je me suis mise dessous.
— Ahl ah!
— De sorte que j’ai vu, sans qo'il me vit, et grâce à la lanterne suspendue au-dessus de la porte, entrer no cavalier.
• — Et ce cavalier?...
— Celait madame Catherine.
A^on tour Henri fronça le sourcil.
— D’où venait-elle donc? murmura- t-H.
— Je ne sais pas. Miis je puis vous allirmer que lorsque madame Catherine prend la peine de sortir du Louvre sans escorle et qu’elle y rentre si tard, c’est qu’elle a quelque sinistre et hardi projet en tête.
— Mais enfin, devines-lu quelque chose?
— Je sais qu'elle abhorre la reine de Navarre.
— Comment le tais-tu?
— J’ai surpris un regard de haine qu'elle jetait sur elle.
Henri eut un fier sourire.
— Ma mere est bien gardée à i’bôtd Bcauxéjour, Mit- il.
— Peut-être, fit Nancy.
— bile a autour d’elle trente gentilshommes dévoués et braves., dont Tepée est plu» longue et mieui trempée que les poignards des es i a fier» de madame Catherine.
Nancy haussa le* épaules.
— Fi l monseigneur, dit-elle, madame Catherine est une princesse trop courtoise pour faire assa-ftiner une reine qu elle exccre, mai* que, apres tout, elle «aboie.
— Al»rs q u ai* je à craindre?
— liai*, ajouta Nancy, il pourrait se faire que René te Floiennu...
A ce nof», Mvetie et Nuê pa ireul de nouveau et M tlicau se gratta loreiHe d'un air emlurras^é.
Seul, le prince d» nie i ira mjpaa»ib<e.
— Il |iourrait se taire, commua Nancy, que René le Florentin, qui ne peut plu» tour h r à Votre Aitetae, songeât à être agié.dile à madame Catherine.
— Et comment?
— R«*ne est un liabîle chimiste, monseigneur.
Henri tiewwillit.
— Il confectiunnedes (toisons merveilleux et subtils...
— Ahl lais- U i !...
— lies posons qui se glissent dan» Pair qu’on respire, dans l’eau et le vin dont on s'abreuve, dans le feu auquel on se reehai-fle, dans le pain qu'on rompt, dans les aliments qu’un a, par défiance, préparé* (Niur soi.
— Nancy, dit le prince, dusse- je pr* parer de nia main les repas de ma mere...
— Il y aurait mieux que cela, monseigneur.
— Quoi donc?
— O »«i ail d’avoir un otage qui répondit de René.
— Je ne comprends pas, Ui N>*é.
— Ni moi, murmura Malicun.
— Mais tuoi, dit Henri, j'ai compris etNincya raison.
Put- il «e (h iitha à l’oreille de U camciiere.
— Tu veux parler de Paola? diuil.
— Justement.
— Nancy, ma mignonne, tu pourras t’eu retourner au Louvre et y demeuier tranquille. Avant demain la vie de Paola me répondra de celle de ma mère.
— C*e>t bteu! dit Nancy, Bonsoir, monseigneur, vous êtes prévenu.
bt N o.cy »’en alla.
I — Pourquoi donc?
— Ec»uve, icpiiqua le prince, si je te dis qui je suis croira»- tu ensuite à mes parles?
— Peut-être... car vous avex l'air d’un loyal gentilhomme.
11 nri m i penrha ter» el’a.
— Je bai- René, dit-il, parce que |e suis huguenot et qu’il est l'ennemi acharne de luuéceux de ta religioo.
— Ahl coutmcul vous noramfz-vous ?
— Je te le dirai, si tu me fai» le serment de ne le point révéler.
— Je vous le jure sur tes .cendres de Gascarille.
— Ce serment me sufGt, dit le prince.
El il ajouta :
— Je (lie nomme Henri de Bourbon et je dois être roi de N varre.
Farmeite étouffa un en et s’inclina pleine d« respect. — Maintenant, reprit Henri, »t je te dis que je bai» René autant et plu» que toi, me croiras- lu?
— Certes, oui.
— Je le hais plus que toi, vois-lu, parce que sa mort ne sultirait point à ma vengeance. Je veux le frapper dan» son orgueil, dans moi pouvoir, dans l'affection qu’d a pour sa tille. Comprends-tu?
— Oui, je comprends.
— bt je te vais associer à ma vengeance.
— Ordonnez, je suis prête.
Un feu sombre brillait dan* les yeux de Parinette.
Le prince l’eut raina sous ta lanterne du pont et lui pre»ei>ta sa main gau he.
— R-'ptrde bien celle bague, dit-il.
Il lui montrait l 'anneau du leu roi Antoine de Bourbon. — Je la recounaiirai* au bout de dix an», répondit la veuve du supplicie.
— Lh b en 1 le jour où un homme se présenter* à toi norleur de celle bague...
— Il vendra de votre part, n’est-ce pas?
— Oui, t-i tu fixas cc qu'il ta dira, car j’ordoonerai par sa bouche.
— J ol>eir*i, monseigneur.
Le pnnee sembla r« fléchir :
— Tu es aimer, n‘e»t-ce pas, à la Cour des MiraHee? — L* s un» m'aiment d’amour, et il» ope ici il Ue< h r mon lu; u' , dit Far mette avec ironie, Cumuui m un ta:ur qu'un mort coiput pouvait jamais retourner aux vivant». — Et... les nulle-?...
— Le» autre* aimaient Gascarille. et ils m’aiment. D'autre» eiiti.i me craignent... parce que le duc d'Egypte m a prise »ous -a protection.
— Ce-i -à-din*, observa llemi, que les truands et le» tin» laine Cubé '» -eut comme a uue renie?
— A peu piè».
— bt que tu peux compter sur eux?
— A toute heurt de u«ii et de jour, surtout de nuit. — Eh bien! retourne parmi eux, oublie René et ta fille, et attends patiemment que je l'envoie un messager porteur de ibn bague. Atlitu! Permette.
Le pruce serra la main de la bohémienne et il reprit le bra» de N é.
— Ahl un moment, dit-il avant de s’éloigner de Farnette, ou le trouvera- t on?
— Rue du Gmutf- Hurleur, dans la ma s-*n d'un drapé r. Un n’aura qu'a demander Fannette. Uooauir, uic>aeigueura.
bt, à son tour, Far nette salua les deux jeunes g en- et S*en alla d'un pa» lapide vers l'autre côte de l'eau, Faruiette traver»a de nouveau la C<té et lu pont au Change, lais-am bien loin dernere elle Henri et Mué qu>
sVn te venaient à pas h ni* ; elle vor» l« rue
Siint-HiMUM-e et gagna «elle du Grand Hur-eor, iue étroit*-, inauMiue, ou ni la lune ui le soleil ne peut trait qu’a de long* intervalles.
Ce que raruitUc avait appelé la tii:usi»n du drapier u'eUnl, a vrai dire, qt/une sorte de bu* que bâtie ea argic, en vieilles «olives, construction lufonue «4m abritait le commerce borgne d’un revendeur d’habit», aifibé d'assez loin avec las compagnon» de la Cour de» ulracic*.
Or, pour M*oir au juste sur quoi comptait le prince de Henri de Navnrre relativement a Paola, il est necessaire de non» reporter à la nuit pretcdmle et de jvtuiirner au pont Saint-M iin l où noos avons laisse la b- heimenne Fai mette, le prince H un et N*<ê assistant, à travers les feule» île la devanture, au premier pansenu ni d*- Rene le Florent n.
Fannette, un s'en souvient, apprenant l'origine de Paola, avait murmuré à Tortille du prince : « Le n'est pas ltiiie que je frapperai maintenant, cYsl sa fille. »
Hem 1 lui prit le bras, le serra avec furce et lui dit :
— Tais* in i
Pu*» il Tumaina loin de la hootiqu?, à Texlrémilé du pont, et lit signe à Nuê de le* suivre.
— Ma tille, dit-il alors à FarmeUe, tu n’as plu» nul besoin île dt-uieurer ici.
— Pourquoi?
— L'heure u’e»t point sonnée pour toi de te venger le Rene.
— Ah! ah ! ricana Fannette. Je suis prtske, pourtant.
— Moi au.-ei.
— Vous !
— Mm, dit Henri avec calme, je bais René plus que
toi.
— Eh Lient laissez -moi faire alors... je vous vengerai en me vengeant moi -même.
— Pa» sueur».. .
Digit
gle
LiOd
Cet homme, qui se nommait la Grive, logeait Fannette en un grenier qui formait le couronnement de sa mat-ton.
La bohé mienne tira de ta poche un long clou et le mit, en guise de clef, dan* le iruu perce dans lu porte d’eutree, à la place de la serrure.
A Tank de ce cJou, elle souleva un loquet intérieur et la porie s'onvril.
— Q *i est Ut demanda une voix enrouée,
— C’est mot, Farineiie.
— Eh bien 1 demanda la vois qui parlait du fond de l'unique pièce qui formait le rex-’Ue-cbauââoe de la maison, as-tu trouvé ton homme T
i— Non, répondit Formelle, qui jugea inutile de raconter au revendeur 900 aventure.
Une rebelle étau le seul escalier qui conduisit au grenier de Farmetie.
La buhéuinnne grimpa a (très cette échelle, poussa une porte, pénétra à làton» dans un réduit de quelques pieds de large, et, dédaignant de se pn curer de U lumière, eik >c je 1* toute vêtue sur un cuuuceau de guenilles enta» .ne» en k im: de liL
Farmetie avait en lui é l'air froid de la nuit, elle avait ourdi*, elle avait cornu, elle avait eu U lièvre...
C'en était ass-z pour lut faire éprouver une grande latsuudr, et hitniùl elle s'endormit profondément.
Elle dormait depi.is plusieurs heure*, lorsque la voix du revendeur la Crue la réveilla brusquement.
— Ile ! FariueiteT criait le marchand de tiens habits.
— yue vouiei-vous? répondit-elle en bâillant et se (rolLmt le- y uz.
— C e»t un homme qui veut ta parler.
Far meiie eut comme uu pressenti ment. Elle se leva et descendit.
L' huuuiie qui voulait parler à Fannelle était un Imurgtoü fuit pn-preineii' vêtu, ma s dont le lu rret rouge, au mamèie de chapeau, attestait l'origine méridionale.
C1j.1t Maticau.
— Tiens, du la bohémienne qui rassembla sps souvenirs, tsi-cp que vou» n’etea pa» uu cabaretarî
— Oui, mon entant.
— De la place Saim-Germain-i'AuxerroU T
— Justement.
— Le cabaretiir Malicau?
— Four vous servir, dit le Béarnais, qui trouvait Farinetie fort à son g«.ut.
— Une me voulez-vous?
— Vous parler.
— l>e lu pai l de qui?
Ilancau tua des» poche un petit objet qu’U mil sous les yeux de la prune lide.
— CoiiuaiàMTZ vous cela î dit*il.
— Oui, c'esi la bague du prince.
Et l'usn de Fsrmetn; éuncea.
— U prince m a charge de vous dire qu'il (allait, la nuit piocnaiiMi, enlever la tille que vous savez.
«p> Et <a tuer, u est ce pas T
— Non, mats la garder prisonnière, sans ui fair.; aucun ui il, tant que je vous viendrai vuir tous le» joui a.
— Et si,., un jour... vou» ne vtmex plus?
— Ali I dame 1 lit MUiican, le priuce vous le dira. Tout ce que je sais, c'est qu’il vous enjoint de ne lui faire aucun mai.
— Ctsi bien.
Maiicao r» mit la bague dans ca poche et s'en alla.
Le soir, Farinait* prit le chemin de la Cour des Miracles et pénétra dau* le Cercle <le Juu»ià re décrit par le feu que léa truands allumaient chaque nuit et autour duquel les paralytiques dansaient, tandis que les aveugle* gravement a*m» mterrogeaieut les astres.
— Vive Farmetie 1 cna-i-uo en voyant apparaître la belle et robuste créature.