‹ La jeunesse du roi HenriChapitre 16 sur 21 · LXXV · texte numérisé non relu

LXXV

La Covr iu ifirosles d’alors n'était déjà plus la Conr

des Miracles du bon temps, en vertu de celte loi terrestre qui veut que chaque chose dégénère à son heure.

Ce n'était plus otite réunion splendide et grotesque à la fois d'un peuple qui obéissait à un souverain unique, proftssait u«e religion à part, avait des lois pariiculièi rs.

Depuis le feu roi Louis II, les monarques ses successeur» -é aient attachés à diminuer l’importance de ce royaume de la bohème, enclavé dans Par a*

On avait élargi le» rue* voisine», sapé les vieilles maisons où pullulaient les truands; çà et là même oq avait établi un poste d’archers.

Cependant, comme les prêtres d'un culte qui s’éteint et dont ou a reuvetsé l'autel, quelques adeptes fervents so pressaient encore à l'entour des ruines du temple.

Le mi de Bohême régnait mal, mais il régnait.

11 avait même un premier ministre qui se nommait le duc d'Egypte, un connétable qu’on appelait le baron des C.i*lille», un ft*u qui, en mémoire d'un personnage célèbre, (« intitulait pom;ou»em* nt Trtboulel 11 .

L-^ roi de Bohême ne régnait que U nuit, et ses sujets épara he se groupaient point dans le jour autour de son trône ébranlé.

Le jour, le roi de Bohême s'appliquait un lib ère sur la jambe gauche, un bandeau noir sur l'œil droit, et il se traînait péniblement sur deuz béquille» jusqu'au porche de l’egli»e Ssint-Eustache, où il avait une place de mendiant, dont il payait la location un écu d’or.

Le dued'Egypt*' était bateleur de son eut diurne. On le voyait danser sur la corde à l'entrée du pont au Change, et, le dimanche, jouer à 1 a paume au jeu du Mail,

Le baron des Castille» était sourd-muet de profession, et parfois, les jour» de grande fêle, U ajoutait à ctâ fonctions celle d'aveugle de naissance.

On le voyait jouer de la flûte sur le seuil du couvent F lie.»- Dieu.

Mai*, quand la nuit venait, surtout quand elle était sombra, le roi de Bohème reprenait son sceptre, le duc d'Egypte son porie- feuille de ministre, le baron des CaMillcs son épée de Conoétable.

On allumait un grand feu au milieu de la Cour des Miracles, et les truands *e réunissaient à l'entour.

Les nbaudes dansaient et chantaient, les hommes buvaient, les enfants se roulaient dans la poussière ou d ms la boue fangeuse.

Des iiiiuui». l'orgie commençait.

Rarement le chevalier du guet osait pénétrer jusqu'en ce terrible sanctuaire de la debau< he et du crime. 11 fallait même un ca* extraordinaire, quelque chose comme un ordre formel du roi de France, pour que lea archers osassent en aj«prorher.

Or, ce soir-la, comme la nuit était noire, les truands étaient accouru.» de Inus les points cardinaux de Paris, et jamais assemblée u’avait été plus nombreuse.

Monté sur un tonneau vide qui lui servait de trône, le mendiant du porche de Saiut-Bustache était redevenu Ni, et hes sujets lui présentaient avec re-pect uu vaste hanap d'étain rempli d’un mauvais vin aigrelet.

Une jeune Allé dansait aux pieds du roi de Bohème, chantant un refrain grivois, et connue elle dan*ait il merveille et qu'elle était 1*1 e, presque aussi belle que Farintltc, tes tire-laine applaudissaient et disaient :

— Voilà un beau brin de fuie, et celui qui a cassé la cruche est un htMircux compagnon.

Tout à coup Farmetie se montra dans le eurcle de lumière décrit par le brasier,

Lt ri bande ces*a de danser en la voyant, et le roi de B dvt-me lui fit signe pe sc venir asseoir auprès de lut.

Farmctte monta sur le tonneau et dit au roi ;

— Veux-tu faire (aire silence?

— Pourquoi, ma fille ?

— Pour que je puisse parler.

Le rui se Venu et cria :

— Silexia., tout te monde! Farinettera parler.

A la voix de leur souverain, les truands se turent H les enfanta eux -mêmes s'arrêtèrent et suependireu t leurs yeux.

— Parle, ma fille, dit alors le roi se tournant vers Farinette.

Farinette se plaça debout sur le tonneau, mit un poing far la hanche et ait :

— Compagnons de la Cour des Miracles, vous savez

pje GAScarille est mort î

— Oui, oui, pauvre Gascarillel murmura-t-on à la ronde.

— Et que j’ai juré de le venger? ajouta t-elle.

— Nous aussi, répétèrent les sujets du roi de Bohème.

— Eh bien 1 l'heure est Tenue, reprit lentement Farinette.

Un long murmure de satisfaction s'éleva parmi les truands.

— Faut-il mettre le feu au Louvre ? demanda un jeune bohème qui ne doutait de rieri.

— Ou Dien assiéger le Châtelet T dit un vieillard qui se souvenait du bon terni*.

— Ni l’un ni l'autre.

— Ah l ab ! fit-on.

— * Parle, ma fille, répéta le roi de Bohême qui éleva la voix avec un accent d’autorité. Ce que lu diras sera bien dit, ce que tu feras sera bien fait, ce que lu ordonneras sera exécuté.

— Vive Farinette! cria la foule.

— Il me f tut trois hommes résolus, reprit la veuve de Gascarille.

— Tu en auras cent.

— Non, ‘il ne m’en faut que trois.

— Moi ! moi 1 moi ! crièrent vingt tmsnds à la fois.

— Laissez-raoi choisir, dit Farinette.

Elle pnnneni son regard sur la foule et étendit sa main vers un garçon robuste et bien à ' 'ouplé qu’on appelait Geur-de-Loup.

Cœur-de-Loup était tin des plus hardis «le la Cour des Miracles. Il s’ëlait évadé vingt fois du Châtelet ; un jour que l«: bourreau l’avait pendu, il avait trouvé moyen de ?>• d- pendre et de retomber sam et *auf sur ses deux pieds.

Ue plus, Cœor-de-l-oup avait été l’ami de Gascarille. 11 pou? -.a un cri de joie en se voyant désigné le premier. — Vive Farinette l dit-il.

Puis, fendant la foule, il vint se placer au bas du tonneau qui si ivait de trône au roi de Bohème et de piédestal à Farinette.

La jeune fille, après avoir désigné Cœur-de-Loup, arrêta son deuxième choix sur un petit homme court et trapu, aux cheveux grisonnant*, qui le jou* était aveugle sur e pont Saint-Mu-hel.

On le nommait Courie-Haleine.

Coorie-Haleroe imita Cœur-de-Loup et vint s’asseoir auprès de lü.

Farinette cherchait du regard son troisième complice. Tout à coup elle avisa une sorte de colosse aux lèvre* é|*ai?ses, au regard bestial, dont la grosse voix faisait trembler les vitres d’un cabaret lorsqu’il était en tram de boire.

— Holà ! Bourdon, cria Farinette.

Bourdon, à qui sa voix de stentor avait sans doute valu ce sobriquet, poussa une exclamation sauvage et se joignit à ses deui compagnons.

Farinette sauta à pieds joints du tonneau sur le sol. — Venex î dit ellc^

— Mau» où vas-tu donc, petite T demanda le roi de Bohême.

— C’est mon secret.

— Tu as «les secrets pour moi ? fit le monarque de* gueux d’un ton de reproche.

— Je confie le* secret* qui m'appartiennent.

— Ahl ahî

— gi je garde ceux qui ne sont pas à moi.

Ayant ainsi parlé, Farinette fit un signe à ses trois complices.

— Place I cria- t-elle.

Le cercle des truands et des bohémiens s'écarta, la chaîne se rompit et Farinette s’éloigna, suivie de Cœuroc-Loop, de Courte- Ualeinc et de Bourdon.

Quand elle fut hors de la Cour de* Miracles, elle se retourna vers eux et leur dit :

— Maintenant, écoutez -moi.

— Parie, dit le colosse.

— Je vous ai choisis pour me suivre et exécuter me* ordres.

— Nous sommes prêts.

— Mais non pour les discuter. Ce que je voua ordonnerai, vous le ferex, n’est-ce pas?

— Nous le ferons, répondit Coorte-Haleine.

— Sans observation ?

— S ins aucune.

— Jurex-k-moi! car, dit Farinette, « la besogne q»* je vous ai commandée vous répugne, je vais retourner en chercher d’autres.

— Tii es tulle, murmura Coeur-de-Loup, tu sais bien que nous ferons tout ce que tu voudras. Veux-tu que j’incendie Paris?

— Non, je vais vous demander quelque chose de put* difficile

— Oh! oh ! fit Cœur-de-Loup.

Le colosse Bourdon regarda Farinette d'un air hébété et se contenta de hocher la tète de haut en bas.

Courte -Haleine chercha à deviner.

— Voyons! reprit Farinette, me jnrex-vous sur la corde de Gascarille de m’obéir aveuglément ?

Nous le juron*, répondirent ils tous trois.

Alors Far mette leur dit :

— N ous allons enlever une fille.

— E*t-elle jolie ? demanda Cœur-de-L/)tip.

— Elle est jeune et belle.

L'œil du colosse brilla d’une expression féroce, et «toi qu’on appelait Courte-Haleine fit entendre un grognement de satisfaction. .

— Nous allons l'enlever, po-rsuivit Farinette ; mais,

après l’avoir enlevée... . „

Les trois truands eurent un sourire qui les dispensait de tons commentaires; puis, après avoir souri, ils se regardèrent mutuellement avec défiance.

Elk ne sera pas la conquête, j’imagine, dit Ueur-

de-Lou p à Courte-Haleine, tu es trop vieux ..

C’est ce que nous verrons} je suis vieux, c est vrai,

mais il est encore plus d’un cabaret où l'on en a trouve bien tourné. . , , .

— Et moi, dit le colosse, comme je suif le plus grand et le plus fort, je trancherai la questioo.

— Bah! Gi Cœur-de-Loup.

— Je t'étranglerai, jeune coq.

Courte-Haleine ferma les p Jings.

— Moi, dit-il, je te sauterai A la gorge.

Le colosse leva les épaule». ..a »

— Eh bien! s'écria Farinette, qui voulut mettre nn a cette querelle, ce ne sera ni Cœur-de-Loup, ni Courte- Haleine, ni Bourdon, ni personne qui déposera de la prisonnière.

Ah bah! firent-ils tous trois. . . ,

— Nous allons enlever la jeune fille, poursuivit Fannette, mais nous la respecterons et ne lui ferons aucui mal.

— Pourquoi l’enlever alors ?

Avez-vous juré de m’obéir ? demanda eèchetnen

Farinette.

— Ou>, dit CœuT-de-Loup.

— Eli bien 1 venez...

Farinette les entraîna vers le pont au Change et, ao moment où ils le franchissaient, elle leur dit :

— C'est la fille de René que nous allons enlever.

— De René le Florentin ? interrogea le faux aveugle.

— Elle est belle... Je la voistous les jours... et il faudra...

La respecter comme vous me respecte! moi-même,

dit Farinette avec autorité.

Tandis que l’Artémise de l’infortuné Gascarille songea,! à exécuter les ordres du prince de Navarre, PfcoU ët Godolpbin causaient au fond de U bouüque du po«i Saint -Michel.

LA JEUNESSE DU ROI VfENRT.

Godolphin, vu l'heure avancée, avait fermé la porte.

Cependant René avait, en sortant le matin, annoncé qu’il rentn rail dans la soirée.

— Attendez-moil avait-il dit.

Tout à coup on frappa A la porte.

— Voici mon père, dit Paoia.

Godolphin, sans défiance, alla ouvrir. Mais tout aussitôt, et comme la porte s'entre- bAi liait, il fut repoussé violentent en arrière, et Farinette se précipita dans la boutique suivie des trois truands.

— A moil à moi! s’écria Paola épouvantée. A moi, mon père f

Mau René n’était pas là, René était an Louvre sans doute.

Parinelte s’élança sur l’Italienne, lui noua scs mains nerveuses autour du cou et lui dit :

— Tais-toi, ou je t’étrangle !

Pendant ce temps, Courle-Haleine et Cœur-de-Loup avaient terrassé G «dolphin et le bAillonnaicnt.

— Faut-il l'emporter aussi 1 dirent-ils.

— Non, laissei-le ici, répondit-elle.

Et la bohémienne ajouta :

— C’est à la fille seule que j’en veux, puisque mon bras a tremblé quand j’ai frappe le père.

Paola était évanouie. Le colosse la chargea sur ses épaules et l'emporta.

LXXVU

Nous avons laissé René le Florentin dans son laboratoire, en compagnie de Godolphin et de Paola, qui

tous deux avaient trempé dans la préparation mystérieuse de la paire de gants.

Lorsque l’opération fut achevée, le Florentin replaça les gants empoissonnés au-dessus et ferma le cofl>eL

— Maintenant, dit-il à sa fille, tu vas me panser de nouveau, et tu me serreras fortement une bande de toile autour de 1a taille,

— Est-ce que vous allet sortir? demanda Paola.

— Oui, je vais au Louvre.

— Prenez garde, mon père... ainsi blessé, penWétre commettez-vous une imprudence?

— Il faut que je voie la reine.

— Godolphin ne pourrait-il y aller?

— Impossible.

Paola savait que René avait une volonté inflexible.

Elle courba la tète et se tut.

Dix minutes après, René, encore un peu p&le, un peu chancelant, mais résolu, quittait sa boutique du pont Saint-Michel et s’en allait.

Mais ce ne fut pas vers le Louvre, tout d’abord, mie le parfumeur se dirigea. Arrivé à la place du Châtelet, il la traversa et gagna la rue Saint-Denis.

Vers le milieu de la rue Saint-Denis, à peu près en face l’église Saint-Leu-el-Saint-Gilles, on voyait une fort belle boutique au-dessus de laquelle oit lisait en grosses lettres de cuivre doré :

Au lion de Venue,

Pietro Doveri, gantier du roi.

L’Italien Pietro Doveri était un Vénitien que le Conseil les Dix avait condamné à mort et qui était parvenu à

►échapper en se jetant à la nage, au moment où la gondole du grand justicier le conduirait au supplice.

Pietro Doveri était Tenu s’établir à Paris un peu après René le Florentin, et il s’éiait rais à lui faire une concurrence acharnée.

Le roi Charles IX. en haine de René, avait donné sa pratique à Pietro Doveri cl lui avait permis de s’intituler gantier et parfumeur du roi, René avait conçu pour le Vénitien une bame violente, et on sait ce que valait la hame de René.

Cependant, ce jour-lè le Florentin s'en alla tont droit shez son rival et entra dans U boutique avec le calme d’un client oui vient faire emplette.

Un jeune nomme assis au comptoir se leva et vint à sa rencontre.

Ce jeune homme était un Flamand du nom dé Thibaut que Pietro Doveri avait pour commis.

A la façon dont il salua Rene, mi eût deviné qu'il avait avec lui de secrètes intelligences.

— Où est ton maître T demanda le Florentin.

Thibaud sourit.

— Votre seigneurie, dit-il, sait bien que mon maître éat absent de Paris depuis huit jours.

— Tu me l'as dit, en efleî, ?»ant-hier, lorsque je t’ai rencontré.

— C'est vrai, et 11 ne reviendra que demain.

— Tu ne m’as pas dit où il était.

— Il est a Orléans, où il y a un jardinier très-habile qui lui vend des Ucurs pour composer ses pommades.

— Tres-bieu !

— Que dois-je faire pour votre service T demanda Tbibaud.

Pour expliquer cette question du Flamand, il est nécessaire de dire qu'il était vendu corps et âme à René qu’il tenait au courant drs découvertes chimiques et des tnventiuns de Pietro Doveri.

René ouvrit sort manteau et en tira le coflret à gants,

— ü immtnl trouves-tu cela ? d t-il.

— Oh 1 le mervilleux travail! dit le FUmand.

— Eh bien) dit Rtnê, c’e»t un cadeau que je veux faire 4 Pietro Doveri.

— BihtfltThibiud d’un air incrédule vous plaisantez?

— Non.

— Cependant votre seignenri»* n’aime point assez mon maître...

— ■ Je le hais de toute mon âme.

— Alors, dit Thibaud avec son flegme de Flamand, c’est la première fois que je vois faire un eadeau 4 un ennemi.

René sourit.

— Hier, dit-il, au souper du roi, madame la reine de Navarre a témoigné le désir d’acheter des gants et des parfum> chez moi. E té voulut, en cela, être agréable a la reir.e mère ma protectrice.

Je le crois bien, murmura Thibaud.

— Mais le roi, qui me hait presque autant que je hais Pietro Doveri, le roi »’e*i cmpre wc de lui dire : — Me faites punit o-la, madame, Ri-tié lient de* marchandises de rebut et des partum* evrntés. Allrz-vous-en plutôt chez mon gant tr, Pietro Doveri, et Ifrvous verrez qu on vous servir» royalement.

— Ah! ah! du Thibaud, le roi a dit cela?

— Oui, et la reine-mère se mordit le* lèvres jusqu’au sang.

— U y a de quoi. Mais pourquoi m apportez-vous ce :oflrrt.

— Tu ne comprends pas ?

— Non, messire.

René prit la Isàte 4 gants et la plaça sur le comptoir, dan* l’endroit le plus en évidence, ae telle sor te qu’il était imjivaslble de ne point la remarquer tout d'abord.

Et comme ce coflret était merveilleusement ouvragé, enrichi d'incrustations de nacre et d’ivoire, arme do fermoir* d’or ciselé, fl devait éblouir le* regards d’une femme.

— Ce coffret, dit Reoé, est mon œuvre. La reine de Navanv ne manquera point de l’acheter.

— Quel en e*t le prix ?

— Quinze écus.

— bon I jVn demanderai vingt.

— Comme tu voudras. Or, le coflret acheté, le. m’en irai voir la reine de Navarre et le lui dirai : «Vous le voyez, m «dame, le roi a agi méchamment 4 mon égard en prétendant que le» marchandise» de son gantier Pietro Doveri valent mieux que les miennes, car ce coflret, que vous avez acquis de lui, sort de chez moi. »

— Mai', objecta Thibaud. si la reine ne l'achetait pas?

— Eh bien! tu me le rendra* ce soir.

Renu mit une pièce d’or dan» la main de Thibaud et s’en alla au Louvre.

Madame Catherine se faisait justement babiller; en ce moment, l’une de set caraériêres roulait en torsada *<w abondante chevelure qui, en dépit du temps, était demeurée d'un noir d'ébéne.

René entra et jeta un regard dans la petite glace d» Venise que U reine tenait devant elle pour s'y anrer.

— Ah 1 te voila ? dit-elle.

— Oui, madame.

— Comme lu es pâle?...

— Je suis blessé, madame.

— Ulessél ndama la reine.

— Oui, cette nuit, comme je traversais le pont au Change, une mendiante que je n’ai Jamais vue, une folle sans doute, s’est jetée sur moi et m'a frappé d'un coup de poignard.

— C’est étrange I

— Heureusement, la blessure est légère, et, ajouta René d’un ton significatif, «la ne m’empêche point de longer au service de Votre M«je-té.

— Ahl Ht la reine qui parut comprendre.

Puis, après un silence, elle reprit :

— Et tu ne sais pas quelle e-t cette femme ?

— Je ne l'ai jamais vue,

— Eet-elle jeune?

— C’esi une mendiante aussi belle qu’une reine.

— Peste ! fil Catherine. El tu ne soupçonnée point le motif qui I’a poussée.

— J ai vu dans son regard, j’ai compris 4 l’accent de sa voix qu’elle ma haïssait mortellement.

La camérière ayant fini de la coi (Ter, madame Catherine la regarda et demeura seule avec René.

— Ne soupçonne* -tu personne? demanda-t el'e.

— Personne, répondit René,

— Et ne pen -es-tu pa» que le prince de Navarre? ..

— Oh! madame dit le Florentin, vous », vez si je le hais, mais je ne pui* pa* l 'accuser, cette fuis, car il c-t un uit bien certain pour moi.

— Lequel?

— C’est que la femme qui m'a frappé agissait pour son propre compte. J’ai fut mer quelqu'un quelle aimait... c’est probable.

— lié! mai*, dit la reine qui eut une im-p ration *<•<». daine, c’est peut-être bien cette femme U)t tiiQi fi Ju lire-lame Giscanlle, qu’on a pr-ntu m ton lieu cl uo e, Celle femme que le president Ut* nau«liu appelait r’arinette.

— Parbleu! s’écria René, von» avez raison, madame. Ce doit être elle. Mai», ajouta le Florentin, ce nYst point pour me plaindre et vous demander justice que je *içu*

— Parle, dit la reine,

— Il est un usage à la cour de France, madame.

— Voyons.

— C'est que, lorsque le roi reçoit la visite d'un personnage illustre, prince ou tète couronnée, il lui montre sa capitale en détail et conduit son hôte chez se» propres fournisseur* où il l'invite a accepter diffreni» cadeaux.

— Je connais cet usage, dit la reine.

— Et Votre Ma |e»té ferait bien de le rappeler au roi.

— Le roi n’a garde de l’oublier. Il vient uimne d’envoyer M. de Pibrac à l'hôtel Benuséjnur pour demander 4 la reine de Navarre à quelle heure il lui plaira sortir an libère.

LA JRUNF.SSK Dt! noi HWîlil.

— C’est bien, dit René. Votre Majesté n'a plus à s'inquiéter de rien.

En effet, :cotn me t’avait dit madame Catherine, te sire de Pibrac venait de quitter le Louvre et de s'en aller, par ordre du roi, visiter madame Jeanne d'Albret, reine de Navarre

Le capitaine patron tomba, pour ainsi dire, au milieu d’une fielile senne de famille.

Au monumtoù il pénétra rhexlareine de Navarre, quatre personnes s’Ytronvaiem, et ce* quatre peraones étaient le prince Henri, Mahcan le cabaretier, Noê et la jolie Myette, qui savait depuis une heure seulement qii'rile était noble «t riche et pouvait aspirer au titre de comtesse de Noê.

— Ah! Pibrac, mon ami, dit la reine en le voyant entrer, vous ven* x à propos.

— En vérité ! madame.

Et le capitaine aux perdes regarda tour à tour Ma- Itean qui souriait en touillant son bonnet de laine rouge. Mué et Myette qui se tenaient par la main.

— Vous venez pour assister à des fiançailles...

— B ib ! fit P brac.

— M. de Noë se marie.

Malgré lui, M. de Pibrac, qui ne voyait toujours dans Myette que la nièce de Malican le cabaretier, allongea »a levre inférieure d’une façon quelque peu dédaigneuse et se tut.

Mais la reine de Navarre se bâta d'ajouter :

— M. de Noê épouse mademoiselle Myette de Lu«an, fille dn marquis de Lusvm, lequel, vous le savez, fut tué aux cotes du (eu roi Antoine de Bourbon, mon mari.

— Diantre! fil P.brac «tonné.

— Et, poursuivit Jeanne d’A’bret, Henri et moi nous venons de décider que le mariage aurait lieu le jour où uw>n fil* éptntserH la princesse Marguerite.

M. de PibruC s’inclina.

— A présent, Pibrac mon ami, dites- moi quel bon vent vous amené?

— C’est le rui de France qui m’envoie, madame.

— Et que nous veut outre comun ?

— Le roi désire montrer Pan» A Votre Majesté, et il vieiidr* la quérir dan» sa litière.

— Quand ?

— A l’heure que choisira Votre Majesté.

— Tout de suite, Pibrac, »i le rui le veut, répliqua Jeanne d’Albret.

M. de Pibrac s'inclina et sortit.

— Je sais, dit alois la reine à son fils, je sais que tel est l'usage, et que le lendemain de son arrivée le prince étranger appartient tout entier au roi de France.

— Vous accompagnerai -je? demanda le prince.

— Si le roi le désire, oui, mon fils.

El la reine, qui n'avait point encore de eamérière, pria Myette de lui en servir et de l'ajuster, lui disant :

— Ma belle eülanl. vous savez que je ferai la comtesse de Noê ma dame > l'honneur.

M jette Mugit et salua.

— Madame, dit a Son tour Mâlican, si Votre Majestc n’a plu» besoin de moi, je me retirerai.... j’ai laisse ma maison déserte.

— Tu peux t’en aller, Malican, répondit la reine; mai» j'imagine que tu vendra» bientôt ton cabaret Y

— Non, certes ! dit Malican.

— Et... pourquoi 1

— Mais parie qu’il faut que je travaille pour gagner ma vie.

— Bah ! Ût la reine, ta nièce est assez riche pour avoir soin de loi.

— C'est possible, répliqua le Béarnais avec fierté, mais je suie encore assex jeune pour travailler.

— Eh bien , dit la reine, je le baillerai des lettres de noblesse et tu occuperas une charge à la cour de Nérae.

— Non 1 non 1 dit Malican, je suis cabaretier et le veux ; demeurer. Je n'ai jamais va d'ambition. Je miîs votre très-humble sujet, madame.

El Malican s’en alla, drapé dans sa fierté montag narde. 1

Quelques minute* après, on entendit un grand tapage dans la cour de l’hôtel Itcauséjour.

Henri se mit à la fenêtre.

— Vodà le roi, dit-il.

En eflet, le nu Charles IX arrivait en litière, précédé et suivi par un piquet de se* gardes.

Une a ma zone maniait auprès de la litière un superbe gein t d‘E>pagne, tandis qu'A la portière opposée ne tenait, droit et raide sur «a selle, un austere cavalier qui n’était autre que Crdlon.

Le prince eut un battement de coeur à la vue de Pâmaient* : c’était madame Marguerite. t

Marguerite était charmante en son justaurorp de velours vert, avec son chapeau à plume blanche légèrement incliné.

Jumais le prince ne l’avait trouvée plus belle.

La princesse mit pied à terre et monta dans l’a parlement de la reine de Navarre, qui venait de terminer sa toilette.

Jeanne d'Albret embrassa Marguerite avec effusion’; pui» elle descendit appuyée sur elle et alla saluer le roi qui était demeure dans la litière.

— Madame et cousine, dit Charte* IX, qui lui baisa galamment la main, montez là, pre» de moi; nous allons vous faire les honneurs de notre capitale.

Le prince Henri était déjà à cheval auprès de Marguerite.

Sur un signe du roi, le cortège se mit en marche et Charles IX dit à la reine :

— Vous n 'ignorez fias, madame, que la plus belle rue de Pans est la rue Saint-Denis f

— Je l’ai ouï dire, Sire.

— C'est la plus longue et la plu» riche en belles boutiques.

— Ah! lit Jeanne d’Albret.

— C’est là quese trouve mon parfumeur dont je vous parlais hier.

— Pietro Doveri ? fit la reine qui avait de la ttié-

noirs.

— Précisément. El si vous voolex, nous passerons chez lui «t vous poum z y faire un chou de parfums, de gants et d’objet* de toilette de toute sorte.

— Je sui*a vos ordres. Sire.

— Allons ! ajouta le roi qui se pencha à la portière auprès de laquelle Marguerite chevauchait. — Magot, dii-il à la princesse, di» à nos porteur» que nous allons chez PieUv Doven; je ne suis pas fâche d humilier René le Florentin.

Marguerite transmit l’ordre du roi à M. de Criüon qui avait pris la tête du cortège, et quelques minutes apres la litière royale s’arrêtait à la p.-rle du Vénitien Pielro Doveri.

Pictro,on le sait, était absent, tuais le Flamand Thibiud, son commis, accourut avec empressement et s’inclina humblement devant ses royale» pratiques.

— Al-iitre, dit Charles iX uni enira le premier, donnant la mam à la r< me de N«va<ru, il faut nous montrer tes plu» belles marchandise* aujourd'hui.

— Oh ! le joli coffret ! murmura la reine de Navarre, qui venait u’apcrrevoir la boite à gants.

— Il e.-len effet d'un merveilleux travail, dit le roi.

El, le prenant, il le tendit A Jeanne d’Aliiret.

— Veuillez l’accepter eu souvenir de moi, madame, dit-il.

La reine s'inclina.

— Je le garderai précieusement, Sire, dit-elle.

Henri et Marguerite causaient comme de vrais amoureux qu’il* étaient, et ni l’un ni l’autre ne prit gardé au coücet qui renfermait les gants empoisonnes.

LXXVin

Une heure avant le départ du roi Charles IX qui s'en allait faire à 1a reine de Navarre les honneurs de sa capitale, Nancy ajustait madame Marguerite et babdUut

am alla.

— Mignonne, disait la princesse, comment trouves-tu la reine de Navarre?

— Fort belle encore, hélas I

— Pourquoi cet hélas?

— A cause de madame Catherine.

— Peuh! fit la princesse, que veux-tu que cela fasse à madame Catherine?

— Madame Catherine est jalouse.

— Après?

— Madame, dit gravement Nancy, depuis deux jours «e remplis le rôle de la princesse Cusan Ire : je pré- 41s... et...

— Et on ne croit pas & tes prédictions, n'est-ce pas?

Nancy soupira.

— Comment donc aussi veux-tu qu’on puisse supposer que la reine-mère, qui est tout occupée de la politique, ait le temps de jalouser la beauté de la relue de Navarre?

— Ce n’est pas moi qui le veux.

— Eh bien ! alors?

— Mais je le constate, acheva Nancy.

— Tu es folle!

— Madame, dit Nancy après un moment de silence, j’ai surpris un regard de haine, à l’adresse de la reine de Navarre, dans 1 œil de madame Catherine.

— C'est de la haine politique.

— Soit!

— Et puis, d’ailleurs, si ma mère doit en vouloir à quelqu'un, c’est moins à la reine qu’à son fils.

— Mais comme elle a jure de ne point toucher au fils... et que madame Catherine, qui est Italienne, est trop superstitieuse pour manquer a son serment, si le prince peut dormir tranquille...

— Il n'en est pas de même de sa mère?

— Justement.

— Mais que veux-tu donc que fasse madame Catherine?

— Rico; elle laissera faire.

— Je ne comprends pas très-bien, dit la princesse.

— René veut se venger de Henri, c’est clair, reprit Nancy; mais comme il ne peut plus s'en prendre à lui, eh bien 1 il s’en prendra à la reine de Navarre.

— Tu oublies que la reine de Navarre a autour d'elle trente Gascons d'une fidélité absolue?

— Le poison fiasse partout, dit lentement la camérière.

La princesse tressaillit et se leva du siège où elle était assise.

— Tais-loi! dit-elle. C’tst impossible...

— René le tentera, du moins.

— Non , dit Marguerite, car madame Catherine ne le permettrait fias.

Nancy eut un sourire de doute sur les lèvres.

— Elle s’y opposerait, reprit Marguerite, et cela par une raison bien simple.

Nancy regarda la princesse et parut attendre qu’elle fit valoir celle raison dont elle lui parlait.

— Madame Catherine, continua Marguerite, veut que j'épouse le prince de Navarre au plus vite. Et tu comprends...

— E'Ie le voulait, du moins.

Marguerite étoufla une exclamation d’étonnement.

— Onu ment! dit-elle, lu crois qu’elle ne le veutpluB?

— Dame ! répliqua Nancy, je gagerais volontiers une couronne contre une épingle qu’à cette heure madame Catherine est désolée d’avoir songé à ce mariage.

El Nancy développa à madame Marguerite cette théorie dont le page Raoul avait eu la primeur La veille au soir

Marguerite l’écouta attentivement ; puis elle demeura longtemps soucieuse; enfin elle murmura à mi-voix :

— Tu as peut-être raison... mais alors...

— Le uiaridge de Votre Altesse est trop avancé pour que la reine songe à le rompre autrement que par une catastrophe.

— Eh bien ! dit Marguerite avec résolution , si cette catastrophe advenait, elle ne le romprait pas davantage. Je veux être reine de Navarre.

Nancy était parvenue à faire pénétrer le m>u|>Ç 4H> dam l'Ame de la princesse.

— J'irai voir le roi, dit la princesse, je lui parlera

— Il y aurait mieux A iaire encore, madame.

— Uuoi donc î

— Il faudrait faire disparaître le maudit Florentin.

— C’est grave ce que tu me demandes là.

— Boni est-ce que Votre A Messe le craint aussi?

— Non, mais je crains ma mère.

Comme la princesse achevait, on gratta discrètenum à la porte.

— Entrez 1 dit Marguerite.

Ce lut M. le duc de Grillon qui entra.

— Votre Altesse me pardonnera, dit-il, quand elle saura que c’est le roi qui me dépêche auprès d'elle.

— Bonjour, monsieur de Crillon, dit Marguerite d’un air affable, asseyez-vous et m’apprenez ce que le ro« veut de moi.

— Sa Majesté, répondit Crillon, m’envoie demander J Votre Altesse si elle veut accompagner la reine de Navarre dans sa promenade à travers Paris.

— Certainement.

— En litière, ou à cheval ?

— Cela dépend, monsieur de Crillon, de la reine de Navarre.

— Pardon ! madame , le roi compte offrir une place dans sa litière à 1a reine.

— Alors , c’est tout décidé , j 'accompagnerai la reine à cheval, surtout, ajouta Marguerite en rougissant un peu, si le prince mon futur époux est de la parue.

— C’est probable.

— Uuana le roi part-il?

— Dans une heure , madame.

— C’est bien ; je vais faire ma toilette d'amazone.

Crillon se leva, s’inclina et fit un pas ver* la porte.

Mais Marguerite le retint.

— Attendez, duc, dit-elle.

— Votre Altesse a besoin de moi?

— Oui.

— Je suis à vos ordres.

El Crillon se planta devant la princesse comme un soldat qui reçoit les instructions de son chef.

Dites , monsieur de Cnll-m, reprit Marguerite, Ml pi étend que vous êtes le seul homme véritablement ?ar« peur de la cour du France.

— C’c*t possible, répondit Crillon avec sa nain té méridionale.

— Et si je vous confiais une mission dont personne ne voudrait se charger?

— Oh 1 moi, dit Crillon, je m’en charge d’avance, madame.

— 11 est question de Rrné...

— De ce mauvais Florentin qui a fait quelque parle avec le diable?

— Précisément.

— Faut-il que je le tue? c'est une vilaine et répugnante besogne, madame, mais il n’est rien que je ne tasse pour vous plaire.

— Attendez, duc.

— J’écoule, madame.

— Le prince de Navarre, mon futur époux, a pardonné au Florentin en votre présence, il y a huit jours, et la ruine-mère a fait un serment.

— Hum I fit le duc d’uu air sceptique.

— Mais ce sermeut ne me rassure guère, reprit Marguerite.

— Ni moi non plus, dit hardiment M. de Crilkm.

— Et je crains tout pour mou cher Henri. Je crains René... ja crains madame Catherine.

— Ah! madame, dit le duc, j'avoue qu’à moins que le roi ue me le commandât, je u'uscrais toucher à madame Catherine. Mais quanta René..

— Eh bien ?

— Je ferai de lui ce que vous voudrez.

— Je voudrais que vous puissiez le confisquer pour quelque temps.

— Pourquoi pas por toujours? Je l'enverrait à avi-

WJ

Cnüoa loi prit 1« rneuUm «l iai a»; ; — Tu c» uae bvliu iiilo, uiguounel (P. 2114

gnon, où j’ai un château solidement bâti et dont les tours sont garnies d'excellentes barres de fer.

— Non, dit Marguerite. Mais si tous pouviez seulement me l'enfermer jusqu'au lendemain du jour où i'aurai épouse le prince de Navarre, je tous en serais bien reconnaissante.

— A merveille, dit Crillon, la chose sera taule comme tous le désirez, madame.

— Quand T

— Ce soir même.

— La reine n'en saura rien?

— Je vous le jure.

— Et le roi?

— Pas davantage.

— Ah l dit encore Marguerite, Je désirerais fort que le prince Henri n'ea fût point instruit.

— U suffit. Adieu, madame.

El Crillon prit congé de la princesse.

Alors Marguerite regarda Nancy.

— Eh bien 1 dit-elle, que pense»- tu de cela?

— Je pense que le moyen est bon. Seulement que dira la reine-mère?

— Puisqu'elle ne le saura pas.

— Bah! lit Nancy, elle s'apercevra toujours bien que Réenesl adisparu.

— Qu'importe I pourvu qu’elle ne le retrouve point.

— Hum! hum ! murmura Nancy, je ne suis pas de cet avis... et je crois que mieux vaudrait laisser René en liberté.

— Mais que faire, alors ?

— Je ne sais, dit Nancy, et j’obéis à un pressentiment. Il est logique, dans la situation où nous sommes, de se débarrasser de René. Mais je ne sais quelle voix intérieure me dit que cela nous portera malheur.

Marguerite haussa les épaules.

— Cassandre voulut trop prédire, dit-elle, etc’est pour que personne, à Troie, ne la crut.

Nancy se mordit les lèvres et ne répondit pas.

Madame Marguerite revêtit une amazone en drap vert, se ganta, prit une cravache à poignée d'ivoire ciselée et sonna un page auquel elle dit :

— Fais seller Roland, mon cheval blanc.

Madame Catherine avait laissé partir René* sans* loi

La jeunesse nü roi hf-nri.

ène

demander aucune explication. Accoudée à U fenêtre de son oratoire, elle vit le roi sortir du Louvre, dans sa Vùère que madame Marguerite escortait à cheval.

Puis, rèvf use, elle se n plaça devant *1 table de tra vail et s'occupa des a flaire.* du royaume.

Elle avait plu-icurs leitiea à écrire: Tune à M. !c jouverneur de Normandie, j'suire k M. de Par «taillant, qui coinman lait à Orléans; une troisième à Mgr le duc d'Alençon qui tenait, on s’en souvient, la province d’Anjou.

Mais la reine-mère ne se livra à cette texogne que pour tromper son impatience, et plus d'une lois elU leva les yeux vers le sablier pour juger du touipe écoule depuis le départ du roi.

Quatre heures se passèrent ainsi. Puis le piétinement de plusieurs chevaux le fit entendre dans la cour du Louvre, et madame Catherine, se remettant & la fenêtre, vit entrer la litière royale.

On avait laiiaé madame Jeanne de Navarre à l’hùlel Beau* jour, c» Ile princesse ayant désire ae reposer un Bornent avant qu’elle vint au Louvre pour le souper, :ar le roi l'avait conviée.

Madame Marguerite était demeurée auprès d'elle.

La reine-mère, voyant Charles IX descendre seul dt sa litière, s’en alla au devant de lui.

— Eh bien! Sire, lui Jit-ellc, comment la reine de

varre trouve-t-elle votre bonne ville de Paris?

— Elle est ravie, dit le roi.

— Lui avez-vous montré les églises?

— Toutes.

— Et le palais des Tournellcs?

— Pareillement.

L’avex-vous conduite dans les boutiques du bel air?

Cette expression du bel air dont se servait madame Catherine était à celte époque celle qu’on employait pour parb r de gens et de choses à la mode.

— Mais, répondit le roi. je me suis ruiné pour elle.

— Vraiment! fit la reine avec un sourire.

— Cette promenade à travers Paris me coûte trois cents pi -tôles.

— Bah! fit la reine étonnée.

— Parole de roi, madame.

— Qu’avex-vous donc acheté?

— Nous sommes entrés chez maître Roussel, qui est mon drapier, et nous y avons acquis dea étoffes.

— Et puis?

— Après cela, maître Danican, 1 orfèvre, noua a vendu des pierreries.

— Oh 1 ob ! fit la reine.

— Il faut vous dire, ohgerva Charles IX, que chaque Tnis la reine de Navarre tirait sou escarcelle pour payer, mais je i'en empêchais.

— C'est fort galant.

— Et, acheva le roi avec un malin sourire, elle est rusée comme une vraie montagnarde; et je csot- bien qu’elle ne pensait pas du tout à vider sa bourse, et qu’au fond elle était ravie de nos libéralités.

— Je gage, fit la renie, que vous u’arvea rien acheté chez ce pauvre René...

Oh! certes 1 non, dit le roi, nous ne sommes parsème entre* dans sa boutique ; et cela eat tout simple, madame : à part mon antipathie pour ect Uorniue que vous aimez tant, n’ai-je pas mon gantier, moi?

— C est juste, Sire, je l’avais oublié.

— Et certes, reprit le roi, ce n’est paa chez René que nous aurions trouve le délicieux coffret que uuus av.macheté chez Pietro Duveri.

La reine tn-ssaüÜL mais le roi n’y prit pas garde.

— Que contient ce coilret? demanda-t-elle.

— Des gants parfumes.

— Ah! ... ...

Et je vous jure, madame, qu'il est d un merveilleux

travail.

— Et moi, dit la reine, je crois qu on eu trouverait, sinon un pareil, du moins un tout aussi joli chez Renc-

— J'en duute, fit le roi d’un ton sceptique.

Puis il baisa la main de U reine et la quitta.

Comme elle rentrait chez elle, madame Catherine rencontra René.

Ahl mon pauvre ami, lui dit-elle, ^changeant avec

lui un regard significatif, il paraît que lu n’a> jamais eu dans ta boutique une mervrille semblable à celle que le roi a trouvée chez ton rival Pietro Duveri.

— Hé! oit René, qui sait?

— Un Coffret merveilleux., rempli de gants...

— Je le connais.

Le Florentin sa pencha à l’oreiUe de la reine et murmura :

— Et Votre Majesté aussi.

— Silence! dit-elle tout bas.

Mais René lui dit encore ;

— Votre Majesté fera bien de remarquer la couleur des gants que 1a reine de Navarre portera ce soir au Louvre. -, , , .

— Sois tranquille, dit Catherine redevenue sombre et pensive. Reviens à dix heures, ce soir, tu le sauras.

Le soir," eu effet , 1a reine trouva René dans *on oratoire.

Le parfumeur la regarda avec anxiété.

— Les g«nU étaient bruns, dit la reine.

Alors ce ne sont point ceui-U. Elle n’aura point ouvert le coffret.

— Tu crois? , .

— Oh! mon D ! eu! non, dit René, la première du coffret est ct’un jaune clair.

— Attendons! murmura la reine.

René s’eu alla, sortit du Louvre par la grande porte et prit le chemin du pont Saint-Michel , sans remarquer un gentilhomme bien enveloppé dans son manteau qui, sorti comme lui du Louvre, se mit à le suivre en grommelant :

— Je u'ai besoin de personne que de mon vieil ecuyer Fangas pour accomplir la besogne que m’a commander madame Marguerite. ...

Ce gentilhomme, on le devine, était le duc deLnlloo, le seul qui, à la cour de France, ne tremblât point devant René le Flureulio.

Page 1