LXXX1M
C’était un geste familier à tous les Oilion de porter la main à la coquille de leur rapière dans les moments solennels ; ce qui avait même fait dite au bon piuplii d’Avignon que, lorsqu’un Crilloo naissait, il venait au mon ie l'épée au côté et la main sur la garde de cette épee.
Le chevalier, ayant ou! les paroles mystérieuse» dt son écuyer, le regarda et lui dit :
— E— tu fou?
— Non, monseigneur.
—Que veux-tu dune dire?
— Que Marianne trompe Votre Seigneurie.
— Par mon écusson! s’écria le chevalier, si tu as m* nti, je te planterai ma d gue dans la gorge.
Fangas se prit à sourire.
— V-'iilex-vous que je vous conduise?
— Où?
— En un lieu «à vous verrez Marianne en tête à tête avec son complice.
— Marchons dit le chevalier.
Fangas conduisit le chevalier de Crillon dans le faubourg u Corps -Saint, « t lui montra une petite maison isolée aux fenêtres de laquelle brillait une lueur discrète.
— G'est là, dit-U.
Le chevalier se rua comme un ouragan sur la maison, enfonça la porte d'un coup d'épaule et trouva Marianne aux genoux de laquelle se tenait uu homme d'arme* du pape.
L'homme d’armes se leva et tira son épée, le chevalier en lit autant; le combat fut court.
— Oufl murmura Fangas en votant la rapière de son maître di-p »raiire dans ie ccrp? de l’homme d'armes, qui tomba ranie mort.
Alors le chevalier se tourna vers Marianne, ivre de terri ur, et lui dit :
— Ma belle, alin de me souvenir toujours d’une perfide telle que vous, je vais donner votre nom à la rapière avec laquelle j’ai t< é l’homme que voila!
Et le chevalier s’eu alla ius-i Mmpkm. nt que »’il fût soi ti heureux et aime du réduit de la belle Arleiique, et, ieptns b>rs, sa rapière poita le nom de Marianne.
Or, lorsque M. le duc de Grillon qui, po r lors, ne songeait plus guère aux choses de la galanterie, se fut habillé et eut ceint Marronne, il sortit de sa chambre et rencontra Fangas dans l'escalier.
— Eli bien? lui dit-il.
Fangas devina son maître :
— Le Florentin, dit-il, dort encore. Il cuve sou vin.
— Tant mieux 1 il .-era plus facile à garder...
— Oh ! Votre Seigneurie jieut »e rassurer, dit Fangas, le drôle ne nous échappera pas
— Je l’espère bien, acheva Grillon,
Le duc quitta sa maison de la rue Saint-André-des- Ares et s’en alla au Louvre.
Là il commença par faire son service de colonel général des Suisses et des lansquenets, vbiU les po* les, changea le mot d'ordre, releva les sentinelles, puis ü monta chez le roi.
Charles IX déjeunait avec trois personnes, le prince Henri de Bour bon, madame Marguerite et M. de Pibtac.
— Abl dit-il, voyant entrer Grillon, voici le duc.
— Serviteur, Sire!
— Bonjour, Crillon. Avez-vous déjeuné, duc?
— Pas encore.
— Vouiez-vou.H déjeuner avec moi?
— Volontiers, Sire.
— Gu brave Grillon, dit Charles IX, toujours prêt à tout, .< se mettre à Lubie Comme à se lallrel
— Votre Majesté parle d'or, dit Ciiiloo*
Et il prit place au couvert du roi*
Marguerite regarda le due d'une certaine façon.
Le duc rendit son regard à la princesse Marguerite.
Mais te roi le* surprit.
— Ab t ah ! dit-il, je crois qu'il y a des secrets entre Margot et Grillon.
— Peut-être ! fit la princesse en souriant.
— lieu 1 heu! murmura Crdlon.
— Mais comme je suis le roi, moi, et qu'on n'a pas de secrets pour le roi... dit Charles IX.
— Votre Majesté veut tout savoir?
— Sans doute.
Grillon regarda Marguerite.
— Bih! lit la princes**, en toute cette affaire le roi csl pour nous. Je vais lui tout narrer.
— Narre, ma fille, dit Charles IX.
— Figurei-vous donc, Sire, continua Marguerite, que tout le inonde ayant grand* peur de René à la cour de France, excepté M. le duc ae Crillon que voici...
— Comment! dit le roi, on s'occupe encore de René?
— Toujours, Sire, répliqua Heur» en riant.
— Et ffiiii, reprit Marguerite, ayant une peur atroce que Ktnc ne mette quelques nouveaux bâtons dans les roues de mon mariage, j’ai chargé M. de Grillon de coullmuer René.
— Ht comment cela? demanda le roi. toujours heureux d’ apprendre qu'une mésaventure é»ait advenue au favori de sa mère.
— J'ai prié le duc de l’arrêter, de l’enlever de nuit ou du jour et de renfermer en un lieu d'où il ne puisse sortir iue le lendemain de mon mariage
— Et le duc l’a fait?
— Mais oui, Sire, dit Crillon, qui ve"vit d’avaler une aile de poulet tout entière.
— Contex-nous cela. Grillon.
— Voilà, Sire.
Et M. de Grillon conta ce qu'il avait fait de René et M’omit lucun détail, pas même l'iiisto '* de sa visite à la Cuir des M racles.
— Ahl diable! dit alors Henri de Ik'xrooD, voici que vous ailex sur m< s brisées, duc.
— Sans intention, monseigneur.
— Et vous vouliez délivrer Paola?
— Dame!...
Alors Crillon, pour se disculper vis-à-vis du prince, acheva sa narration, et le roi rit aux éclats lorsqu’il apprit que René devait à l'écuyer Fangas quelque ch. se comme soixante et dix haricots rouges, h-squels représentaient une somme de soixante et dix mille livres.
— Par la sambleul s'écria-t-il, je vous jure bien, mes-eigneurs, que lorsque René sortira de chez le duc, il paiera.
— Hum ! murmura Grillon, légèrement incrédule.
— Il paiera, dit le roi, ou je le ferai pendre I...
Tant de fois déjà Charles IX avait parlé de faire
pendre René, que Marguerite, Pihrac et le prince échangèrent un sourire.
Quant à Crillon, U avait un furieux appétit, et il venait d'aitiquer une hure de sanglier avec autant d'impéli.OMté que s'il eût commandé une charge de ses Suisses contre le»- troupes impériales.
— Mon brave duc, dit le roi tout à coup, savez-vous dan < r?
— Je l’ai su, Sire.
— Cela ne s’oublie pas...
— J’ai porté le harnais pendant trente ans. Sire, et rien re rtn-1 lourd comme l’usage de la selle et de l'éperon. M ostrai-je demander à Votre Majesté pourquoi elle su* fait une semblable question?
— C'est qu’on danse au Louvre ce soir.
— Ahl fit Crillon.
— Li j'ouvre le bal avec madame Jeanne d'Albret, re m de Navarre, ajouta le roi.
— Et moi, dit Marguerite, qui jeta un tendre regard à 11- un, je danserai avec mon futur époux.
— Ab! mon pauvre Pibracl dit Crillon, ne pensezvous | a* que nous ferions bien, nous les vieux, de (aire taie partie d'hombre?...
— Je suis de votre avis, monsieur le duc.
— Oui, répéta le roi, on danse au Louvre ce soir, et j’esjière bien que la reine de Navarre me fera la galanterie de mettre une des paires de ganta que j’ai été assez heureux pour lui faire accepter.
Quelques heures après, c’est-à-dire comme le couvi*feu Minnaii pour les bourgeois de la bonne ville de Paris, le prince Henri de Navarre entra dans l'oratoire de sa mère, la reine Jeanne, à 1‘ hôtel Beauséjour.
La reine, aidée de M jette et de Nancy, que lui avait envoyée la princesse Marguerite, la reine, aisona-nous, procédait à sa toilette de bal...
Myette routait en torsade* ses magnifiques cheveux noir», Nancy lui ajustait une robe qu’elle avait reçue du roi d'Espignc la veille de son départ pour la France.
Jeanne était fort belle encore, nous l'avons dit, et ce soir-là sa beauté semblait avoir acquis uu éclat inaccoutumé.
— Madame, lui dit le prince en entrant et lui baisant la main, vuu» êtes si jeune et si belle qu’ou vous prendrait pour ma sœur.
Jeanne sourit à son fils.
— Flatteur! dit-elle.
Puis comme le prince s'asseyait, elle dit encore ;
— Est- ce que vous venez du Louvre?
— Oui, madame.
— Avez- vous vu la reine Catherine.
— Je l'ai entrevue chez la princesse, qu'elle est venue consulter je ne sais trop pourquoi. La princesse, du reste, doit venir ici dans quelques minutes pour quérir Votre Majesté.
— Ah! fit Jeanne, tant mieux.
Comme elle parlait ainsi, ou gratta discrètement à la porte.
Myette courut ouvrir, et fut assez étonnée de voir entrer son oncle Malie un, le cabaretier.
Malican salua respectueusement la reine, puis il fit au prince un signe mystérieux.
Henri se leva et sortit, emmenant Malican hors de l'oratoire, en disant à la r> ine ;
«— Je reviens à l'instant.
Malican avait un air mystérieux qui intrigua fort Henri.
— Hél dit-il, que vas-tu donc m’apprendre?
— Monseigneur, répondit Malican, il faut que vous alliez vous-même rue du Grand-Uurleur.
— Chez Farinette?
— Oui.
— Pourquoi faire?
— La fille de René veut voua voir et prétend qu’elle a des révélations qui sont de la plus haute importance.
— Tu viens donc de chez Farinette?
— Non; c’est le mendiant du porche de l’égliie Saint- Eustache qui est entré dans mon cabaret, il y a cinq minutes, et m'a dit :
« — Je viens de la part de Farinette. La fille du parfumeur veut voir le prince; elle veut le voir sur-lechamp, para; qu’elle a des choses graves à lui révéler. *
Henri regarda Malican.
— Et tu penses que j'y dois aller? dit-il.
— Oui, monseigneur.
— Cependant...
— Tenez, dit Malican, j’ai des pressentiments. Paola est dans les secrets de son père. Comme elle sait que le jour où il arrivera malheur à quelqu’un des vôtres, il lui arrivera malheur à elle aussi, elle préfère trahir René.
— Tu as raison ; j’y vais.
Henri rentra dans l’oratoire.
— Madame, dit-il à la reine, je rejoindrai Votre Majesté au Louvre.
Et sans attendre que Jeanne d’Albret lui demandât aucune espèce d'explication, il sortit avec Maliran, apiès avoir toutefois échange un regard rapide avec Nain.y.
Hors de l'hôtel Bcausèjmir, Malican dit au prince:
— Votre Altesse désire- l-elle que je l’accompagne?
— Certainement, répondit Henri, je suis incapable de trouver tout seul la rue du Grand-Hurleur.
Au* genoux de Marianne ne tenait un homme d’arme» du pape, (Page 2t5.>
— Allons! dit Matican.
Et toa» deux se mirent en route.
Le prince de Navarre et Malican le cabarciier avaient à peine disparu par la rue du Jour, que la litière de madame Marguerite apparut à l’entrée de l’hôtel qu’habitait la reine de Navarre, l a jeune princesse venait, par ordre du roi, se mettre à la disposition de la reine de Navarre, à la seule fin de lui faire la conduite de l’hôtel Ueauséjour au Loutre.
Lorsqu’elle entra dans l’oratoire, Marguerite trouva la reine de Navarre tout à fait habillée.
Elle lui tendit son front avec une grâce toute fi)iale,et la reine hii mit on baiser sur le front en lui disant :
— Bonjour, chère princesse, ma bru.
— Votre servante, madame, répondit Marguerite.
— Ma mie. dit encore la reine, comment va aujourd’hui madame Catherine ?
— Fort bien, madame; elle attend Votre Majesté dans la grande salle du Louvre.
— Vous le voyez, je suis prête; Ü »e me reste plus qu’à me ganter.
Ce disant, la reine de Navarre alla ouvrir un bahut et en relira le mignon eu tiret acheté par le roi chez Pktro Doveri.
— Obi le merveilleux travail! dit Marguerite qui s'était déjà extasiée la veille sur la finesse des incrusta-
fions et la délicatesse des sculptures. Plus j’examine ce coflret et plus je le trouve charmant.
La reine ouvrit le coffret et y prit une paire de gants, la première, celle qui était d’un jaune clair.
— Permettez-vous que je vous gante, madame T demanda Marguerite.
— Volontiers, ma bru.
Et la reine tendit sa main gauche.
Marguerite retroussa le gant avec autant d’habileté «m’aurait pu le faire Nancy, dont c’était la besogne ordinaire, et en fit glisser chaque doigt l’un après l’autre sur les doigts de Jeanne d’Aibret.
Mais au moment où elle achevait de rabattre le gant tout entier sur la main, la reine fit un léger mouvement.
— Qu’avez-vous, madame? demanda Marguerite.
— Ce n’est rien, dit la reine, mais ce gant si souple m'a égratignée.
Marguerite étonnée voulut Ôter le gant, mais elle se prit à sourire tout aussitôt.
— Regardez, madame, dit-elle.
Elle montrait à U reine une bague dont le chaton renfermait un gros diamant. Le chaton de cette bague quelle avait au doigt était légèrement éraillé.
— Voilà, dit-elle, le vrai coupable : c’est cette légère aspérité qui vous a blessée.
— Peut-être, répondit Jeanne, D’ailleurs je n'éprouve
rn
aucun» douleur, et vou* ave* en trop de peine h mettre m<ro gant pour que je le retire.
— Alors s** re tournant vers Myette :
— Fais prévenir mes g»-nlil>homine*, ma mignonne, dit-eISc.
Puis Jeanne d'Alhret tendit à Marguerite cette main que recouvrait le gant empoisonné.
— Vt-ne», ma liru, dit-elle: je veux danser, cette nuit, comme si j'avais encore mes vingt ans.
LXXJQV
La nuit et la journée qui venaient de s'écouler avaient été terribles pour la fille d* Itené le Florentin.
Pifla avait eu , on s'eu souvient, un moment d'espoir en voyant apparaître f.riUou dans le Uudwne Kariu U*. Mais cet espoir sVtait évanoui Ineulél jour faire place à une morne et douloureuse stupeur.
— .Ma lolle demoiselle, avait dit Malican le cabaret» r en i s’en .‘Il *nt comme s'était en allé Grillon f je voua viendrai visiter chaque soir; et tant que je viendrai il i e vous arrivera pas malheur. I.e jour où je ne viendrai pins, Farinette et ces homme* feront de vous ce qu iis voudront
Os paroles avaient frappé Paola du terreur.
EL avait songe aux gants empoisonné*.
— Hé 1 hé ! lues enfants, dit Farinette lorsque Malican fut parti, je crois que vous n'attendiex pa* hmgtompa. . . René n'est pas homme à demeurer tranquille... Le cabaret! er Ma‘ic.m pourrait bien ne i «•* revei.i demain.
Les trois truand» ae ngardèn nt d'un mil féroce.
Paola trembLii et fixait un ail stupide sur ces trois homme* en haillons*
— Tu es bien heureuse, continua Farinette, car je
suis une femme, moi, qui n’aimais qu’un bururoe au monde... 9
Ella eut un ricanement de tigresse.
— F.t c*t homme, aoltevs-t ulle, ton père l'a faii pendre...
— Farinette, ml mignonne, dit le vieux Court**-!! .driiie en prenant un» voix insinuante , tu devrais engager ma do moi -ri le à choisir un époux parmi nous UoU,
Cceur-de-Loup haussa les épaules :
— Je ne veux rien préjuger, dit-il, du goût de cette belle tille, mais il me parait peu probable qu’elle te choisisse.
— Qui sait! lit Courte- Haleine ; i'ai bien quelques cheveux gris, mais je suis un aimable compagnon, et j’entonne d’une voix claire un joyeux refrain a l'occasion.
— Moi, je suis le plus fort , dit le colosse Bourdon , cl comme je saurai la défendre, ce sera moi... qui...
— Tais- toi, brute ! dit Cœur-de-Loup. je >ui» le plus jeune et le j4us brave, moi, et si cette jeune fille est maîtresse de *.es volontés,. .
|.u querelle allait continuer sans doute, mais FatineUe y mit un terme :
— Taisez- vous donc, niais que vous êtes, dit elle. L’heure de vous quereller u’est point sonnée encore... Prenez patience.
— L’est juste, dit GonrtoHaleint, et si vous m'en eroyex, nous descendrons chez le drapier et nous y joue* rons aux osselets.
— Vous avez raison, dit Farinette, il faut rne laisser dormtr i sortez 1...
Les trois bandits sortirent, et Farinette demeura seule avec Paola.
Alors celle-ci se mit à genoux, joignit les mains devant la bohémienne, et lui -lit :
— Au Boni du dsl t madame, prenez pitié de moi...
Farinette répondit par un éclat de rire strident :
— Cascarille ei-t mort, dit-elle.
— Mais :e ne voua ai jamais lait de mal, moi ..
— Ton père m’en a fait.
— Par pitié! supplia l'Italienne, garda?- moi, si vous voulez , ret* nex-moi prisonnière, mais ne oie livrez pas A ce* misérables.
— Silène** ! dit iinjiérieosement Farinette ; laisse-moi dormir !
E»U* alla fermer In porte du taudis, passe la clef ô son cou ii l aide d’une petite corde, et se omclia sur la paille qui lui servait de lit, taisant Paola accroupie dans un coin.
Paola pleurait à chaudes larmes.
La nuit s'écoula, le jour vint; l’Italienne, brisée de faliuue, avait fini par se hisser choir sur le giahat de Farinette, et elle s'était endormie auprès de sa cruelle ennemie.
Mais bientôt elle fut réveillée par un bruit de voix «t do pas.
C’étrit Bourdon le colosse qui remontait de chez le drapier, suivi de Courte-H.il ine et de Cœur-de-Loup.
Tou* trois étalent ivres; tous trois avaient pj-sé la nuit a jouer. Seulement Bourdon était radieux, Undi* que Courte -Haleine et C«ur-de-Loup avaient la mine Cunvl terné*.
— Hé ! mes drôles, dit Farinette éveillée en sursaut comme Paola, que voulez vous?
— Farinette, répondit Bourdon, est-ce que tu ne pen-ex pas qu il est bien asat» de toi et de met pour garder la belle demoiselle f
— Si, répondit Farinette.
— Alors, i. ou rte- Haleine et Cœur-de-Loup peuvent aller »•• coucher.
— Non .
— Pourquoi? fit le colosse, riant toujours de son rire stupide.
— Parce que Czrur-de Loup et Courte-Hateine, répondit Farinette, ont, comme toi, des prétentions sur la cœur de leur prisonnière.
— Il» n'en oui plus...
— H*in ? fit la bohémienne.
— J’ai gagné, dit Bourdon.
— Qu'a»- lu gagne?
— Nous avons loué à qui serait le mari de cette genls fille, et j'ai gagne ! répéta le colosse qui pirouetta lentement sur le talon et envoya du bout de* dulgts un hideux baiser à Pauls.
Ccurte-Haleine et Cœur-de-Loup inclinèrent tristement la tète. ,
— Eb bien ! dit Farinette, voua avez eu tort de jouer.
— Oui, sou pira t.ourt«- Haleine.
— Hélas ! murmura Cœur-d* -Loup.
— Ils ont bien lait, au contraire I s’écria Bourdon avec une joie insolente.
— Non, du Farinette d’un ton sévère, parce que vous avez joué tous trois ce qui n 'était point à vous.
— C’est vrai ! exclamèrent les deux perdants.
— C'est faux 1 s’écria Bourdon d'une voix de stentor.
— Sortez ! dit Farinette qui exerçait sur eux une sorte d'autorité prestigieuse, sortez, et retournez eu bas chez le drapier...
— Ah t ali I ma petite, dit alors la bohémienne lorsqu» ses trois acolytes eurent de nouveau quitté le taudis, ali ! ah ! tu le vois, lus soupirants ne le manqueront pas...
— Obi je voua en supplie, murmura Paola qui, depuis quelques minutes , croyait avoir trouvé un moyen de salut, je vous en supplie, accordex-moi une grâce. . .
— Hé ! hé! rl ana Farinette, est-co que tu proférerais lo beau Cœur-de-Loup à cette ignoble Bourdon ?
— Je veux voir le prince. . .
— Quel prince ?
— L** prince de Navarre.
— Ah ! h|i ! tu te flatte» qu'il te fera U grâce, lui ?
— Ce n’ed pas cela . ..
— Qu’est-ce donc?
— Je veux lui révéler des chose* terribles et prévenu un malheur épouvantable.
L'accent de conviction avec lequel Paola prononça ces roots émut fort emenl Farinette.
— Vrai 1 dit-elle.
— Je vous en supplie, je vous le demanda au nom de Dieu, de la Vierge et des saints, envoyez un messager au prince sur l'heure..
Et Pa h* t«*Vk.»it aux genoux de Furinet e se t«. r dant les in <km avec déwfepoir et veraunt d'u boudante» larmes*
Far nette ouvrit U (note «le son grenier et appela :
— He ! Cœnr-de-Lnup ?
Cœur*d«4.oun sortit de chez le drapier et ihontj le» degré» de l'escalier en chancelant.
— Tu ce trop ivre l «lit Faritielte, envoie-moi Courte* Haleine.
Courte- Haleine vint k son tour et parut encore plus ivre a ta veuve de Ciscnille.
Quant au colore IJourdon, il s’était endormi en buvant son dentier «erre du vm d'Argenteuil à la tenté de au lutine compagne.
— Knvoyez-moi le drapier, en ce cas, dit Far mette avec colère.