I.e drap er mon Ci
C'était un pelit homme sec, grisonnant, au nez pointu» aux yeux ronds et gris. Il ouïrait Paris durant lé jour en portant de vieux babils sur son bras.
Le drapier vendait son vin aux truands. Il avait bu comme eux, mais il Détail pa> ivre.
— Tu vas nier au porche Saint* Eu»tache, lui dit Farinelte, et ui m'enverras le duc d'Egypte.
Le drapier partit tout d'un train et arriva en un clin d'œil à ht porte de i’égiise où, durant le jour, le premier dignitaire de la cour de Bohème tendait humblement la main.
Mais F*ri nette se trompait en s'imaginant que le duc d'Egypte allait quitter sou poste et accourir.
Il y avait ce jour-lâ grande al fluence de monde à Saint- Eu Vache, où l'on enterrait un chanoine de la ville de Paris.
Le duc d’Egypte dit au drapier :
— Je ne puis quitter ma place avant que l’enterrement soit terminé.
Lu iiiapier s'en retourna rue du Crand-llurleur, rendit complu de *a mission, et Pa> 1 1 ut lendit, plume «la terreur et d'anxiété, l’arrivée du duc d’Egypte.
Mais ie noble personnage se lit attendre jusqu’à la brune. On avait psalmodié, chanté, pleuré à l’inhumation du chanoine. Toutes les confréries de pénitents étaient venue* jeter de l'eau bénite >ur le cercueil, puis, ■près les confréries d'hommes, celle de femme»; après les pénitents, les bourgeois; après les bourgeois, le simple populaire.
De telle sorte que le duc d’Egypte, si grand cas' qu'il Ht de Fari nette, n’avait pu abandonner ses fonctions de mendiant patenté du porche âaint-Eu-dache.
— Mon cher duc, lui dit Fariueite, il faut que tu t’en ailles chez Malican le cabaretier.
— J’irai, me petite. ..
— El que tu lui dises de chercher le prince de Navarre et du l’amener ici, coûte que coûte, acheva Farinette.
Le duc d’Egypte partit.
Une heure s'écoula, tout d'un coup un pas régulier, quoique rapide, un pas assuré se lit entendre dans la rue.
— C’est un gentilhomme ou un soldat qui marche ainsi, dit Farinelte.
Déjà la nuit était venue, et la bohémienne, en se mettant à la fenêtre, ne put rien dislinguer, tant elle était obscure.
Mais les pas s’arrêtèrent & la porte et la voix de Malican se fit entendre. Paola eut un cri de joie.
— C’est le prince ! dit-elle.
C’était Henri, en effet, qui arrivait suivi de Malican.
Caur-de-Loup et Courte-Haleiue se rangèrent respectueusement sur son passage.
Bourdon dormait toujours.
Le prince escalada 1 escalier de bois qui conduisait au grenier de Furinette, et ne put se défendre d’un sentiment de pitié en voyant la belle Paolu accroupie sur le grabat de la bohémienne, les yeux humides de larmes.
En le voyant entrer, Paola courut k hù.
— Ali ! monseigneur, dit-elle, grâce, grice!
— Paola, répondit Henri avec gravité, vous nous avez trahis, Noé et uuu, et voire sort e*l mérité.
— Prince! au nom du « iel !...
— RaolO. continua Henri, vous At.'S en sûreté ici, au milb u «H* ces bandits, tant que les miens, dota les |.»urs sbul tm iMCé» par votre père, demeureront saine et >;»uls.
Paola IriSMMtna.
— Ah ! b-lbutia-t-dle, c’est parce que je crains mon père...
— boire père !...
— Oui, dit-elle vivement, mon père a de nouveau quoique slnislht projet en tête.
À «on tour Henri frissonna.
— Que voulez- vous dire? lit-il,
— Mou père veuf empoisonner quelqu’un.
— Et >avcx-voua «|uit
— Non.
— Alors... comment!..
— Hier, au matin, dit Paola, qui parlait ftVcé une S'Tle d«* piécipilation véhémente, hier au malin il a envoyé Godulpliin bu Louvre.
— (todoluhin est allé citez la reine.
— Et... la reine? demanda Henri au front duquel perlaient déjà quelques aouttes do sueur.
— taieiiie. h remis à Üudolphin un coffret.
— Que reil • rmait-il? ’
— Do» gants.
Henri tressaillit.
— Alors, poursuivit Paola, mon père a empoisonné ces gants.
— Des gants! exclama Henri, des gin ls dans un coffret !
— Et, se souvenant que le roi Charles IX avait acheté, pour la reine de Na varie, un semblable cadeau chez Pietro Ouvert, il s'écria
— Mais comment élut ce coffret?
— En ébène sculpté avec des incrustation» d’ivoire et des serrures d’or et d'argent.
Henri jeta un cri.
— Les gants empoisonnés étaient jaunes , acheva Paola.
Ma s le prince n'en voulut point entendre davantage, et il s'élança fini de douleur hors du taudis.
Farioette était sur le -cnil:
— VoiM Ali«s*e, dit elle, n'a rien à m’ordonner?
— Si, répondit le prince qui eut uu accès de fureur sauvage, si!
Et, se retournant, il regarda Paola :
— Fille de Kené l'empoisonneur, dit-il, si j'arrive à temps pour empêcher ma mère de mourir, je te ferai grâce; mais s’il est trop tard... oh! alors, Kariiiutte et les truands feront de toi ce qu’ils voudront!...
Et, s'élançant dans l’escalier, il ajouta, en S'adressant à Farinetie ;
— Si dans deux heures tu n’as revu Malican, Paola
l’appartiendra.
Henri se prit à courir vers le Louvre, où, sans doute, la reine de Navarre était déjà.
Il courut à perdre haieme, lus cheveux hérissés* le Iront baigné de sueur, tandis que Malican, à qui il avait eu le temps de tout expliquer en quelques mots, volait à l'hôtel B-auséjour, pour le cas où la reine de Navarre ne l'aurait point quitté encore.
Le prince passa comme un éclair devant les corps «le garde, monta le gaand escalier et s’élança vers la grande salle, mais là il fut arrêté forcément par un flot de gentilshommes qui se pressaient en s’interrogeant.
En même temps il entendit des voix confuses, des chuchotements, il vit des visages consternés, et, saisi d’un horrible pressentiment, il fendit la foule et arriva jusqu’à un groupe au milieu duquel il aperçut la reine de Navarre, sa mère, évanouie, et que le roi Char lea IX et la princesse Marguerite soutenaient dan» leurs bras.
A quelque distance, la sombre et terrible Catherine de Médicis se tenait immobile et muette...
Henri jeta un cri terrible.
• U est trop tard! dit-il, ma mère columpouo.méc.
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Les Truands,
El, s'élançant vers elle, il lui arracha scs gants l'un
•près l'autre.
L.i main gauche de la reiue de Navarre était jaspée de quelques gouttes de sang...
La reine Jeanne était entrée, souriante et calme, un quart d’heure auparavant, dans la grande salle du f.onvre. Le roi Charlrs IX lui donnait la main, et la reine Catherine, appuyée sur le bras de madame Marguerite, la suivait.
Tout à coup, et comme elle s'apprêtait à danser, madame Jeanne d'Albret sélait arrêtée briisxinement :
— Qu'avez-vous 1 lui demanda Charles IX qui sentit sa main frémir suhitement dans la sienne.
— J'éprouve une sensation bizarre, répondit-elle.
Le roi la regarda avec étonnement.
La princesse et deux gentilshommes accoururent et prirent la reiue de Navarre dans leurs bras.
C’était au moment où on l'asseyait sur un fauteuil, tandis qu'un page courait en toute bêle chercher Miron, le médecin du roi, c'était en ce moment, disons-nous, que le prim e Henri arriva et s'écria eu arrachant les gants de la reine de Navarre :
— Ma mère est impoisonnée
Deux hommes accoururent au même instant, — Grillon et M. de Pibrac.Ces deux hommes prononcèrent un mol: René!
Quant au roi Charles IX, il regarda sa mère, la reine Catherine, et devina tout.
Alors lo monarque devint d’une pâleur livide, ses yeux lancèrent un fauve éclair et il s’écria d'une voix retentissante:
— Que tout le monde sorte!
Les moLs de trahison et d’pmpoisonnement couraient déjà de salle en salle, cl les gentilshommes béarnais avaient tous porté la main à la garde de leur épée, prêts à dégainer au premier eignal.
Tandis que les gentilshommes et les dames de la cour de France sortaient, les Béarnais demeuraient et avaient formé un rempart menaçant autour de la reine.
— Sortez, messieurs, leur dit Henri.
Il /allait l’ordre de leur souverain pour ou’ils obéissent.
Crillon, Pibrac, Marguerite, madame Catherine ellemême, entouraient la reine de Navarre.
Charles IX la soutenait toujours : Henri tenait dans sa main celle main gauche sur laquelle on voyait quelques gouttelettes de sang.
Miron arriva. prit la main, examina les petites écordîmes par où le sang avait jailli.
Puis il fiouça le sourcil et se lut pendant un moment-
Henri arriva ot s’écria, en arrachant les ganta de la reine de Navarre : Ma mère esl empoisonnée! (P. 220.)
Enfin U avisa le gant que Henri avait jeté loin de lui, il le ramassa et le retourna à moitié.
Alors, le montrant au roi.
— Tenez, Sire, dit-il, voyez-vous ces parceles de verre adhérentes à la peau du gant T
— Oui, dit Charles IX.
— C’est le verre qui a écorché la main. Et tenez, Sire, continua Miron, essuyant avec le mouchoir que lui tendit Marguerite U main de la reine évanouie, voyez ces taches marbrées t
— Je les vois, dit le roi.
— C’est le poison... acheva le médecin.
Henri, à genoux devant sa mère, se tordait les mains de désespoir.
— Parle! Miron, dis le roi, parle... dis la vérité tout entière.
El le roi iela un regard terrible à la reine Catherine.
La fille de Médicia soutint ce regard avec un calme parfait.
— Ce poison est violent, poursuivit Miron. Il vient d'Italie, et je ne sais en Franco qu'un seul homme qui puisse s’en servir.
— Et... cet homme T
La voix du roi tremblait de fureur.
— C’est René, dit lentement Miron, René le Florentin.
A ces mots, madame Catherine poussa une exclamation
indignée :
2 ; Alt 1 dit-elle, en vérité. Sire, ou accuse par trop
René de tous ses méfaits et de tous les crimes qui se commettent.
— Madame, répliqua sévèrement le roi, celte fois jo saurai la vérité...
Miron continua :
— Le poison est violent, presque sans remède. Un seul contre-poison existe, et René seul le possède.
Henri bondit et se leva précipitamment :
— René I où est René T s’écria-t-il, oubliant que M. de Crillon l’avait séquestré.
Mais déjà le bon duc s’élançait au dehors, se précipitait vers l’escalier qu’il descendait en courant, sautant sur le cheval d’un Suisse et le poussait à fond de train vers sa maison de la rue Saint- André- des- Arcs.
Pendant ce temps, on avait transporté la reine dans la chambre de .Marguerite où on l’avait mise au lit.
— Eh bien ! madame, murmura Nancy à l’oreille de la princesse, avais-je tort?...
Marguerite regardait avec stupeur la reine de Navarre.
Jeanne d’Albret n’avait point recouvré connaissance, malgré les soins de Miron.
Sa respiration était saccadée; elle tournait ses yeux d'une façon effrayante; tout son vi:>age commençait à sc jasper de taches livides semblables à celles qu ou avait d’abord vues sur ses mains.
Un quart d'heure s’écoula, pendant lequel tous les fronts m; baignèrent de sueur, tous les cœurs battirent, toutes les poitrines furent oppressées.
La jeunesse du roî iienrI.
Madame Catherine elle-même wrnhlrit avoir été pa.née par la stupeur générale. Peut-être même ?e ie- ; «.■niait-elle, a celle ln*ure soh-iinfeUts et terrible, du iiiul quelle « v, iil laissé faire à René...