‹ La jeunesse du roi HenriChapitre 3 sur 21 · ROT · texte numérisé non relu

ROT

M. 4‘Pibrao.

Là, ili s'arrêtèrent un moment et parurent tenir con- -/fceil.

— Eh bienl dit Henri, allons-nous au Louwe?

— Cela me semble assez sage, répondit Noô, d'autant mieux que, ainsi que nous l’a dit noire hôtelier, U. de ■ Pibrac doit être de service aujourd'hui.

— Mais, observa le prince, il me semble que j’ai une certaine lettre de Corisaudre à porter.

- — Hue aux Ours, chez l'argentier Loriot, n'est-ce pas? , — Précisément.

Noé eut un fin sourire :

Uk — Je croyais, dit- il, que Corisandre était une perfide ■Sel que Votre Seigneurie avait quelque rëpugnauce à... Bp Noé s'arrêta.

/T — Tu te trompes, Noé, mon mignon, je n’aime plus Corisandre...

, — Bu h !

— Et je me vengerai même de sa perfidie.

—•Comment?

— En courtisant la belle argcnlière, son ainie.

: Noé se prit à siffler un air de chasse :

— Ce qui ne vous empêchera point, Henri, dit-il, à Votre retour en Béarn, d’aller faire une humble révérence à Corisandre.

y — Jamais!

** -4 Et de lui jurer que vous lui avez été fidèle.

— Hél mais, dit le prince, tu me fais de la morale, il me semble.

— Dieu m’en garde!

— Ec je pourrais bien, moi, te demander pourquoi tu conversais tout à l’heure si agréablement avec la tille de cet abominable Itcnê le Florentin?

— Elle est fort belle...

— Peohl

— Et je trouverais assez plaisant de m’e» faire aimer.

— Peut-être serait-ce dangereux...

— Bah 1 le danger est un charme de plus dans l'amour.

— Noé, Noé, dit le prince, est-ce que ta sagesse s’en va? Naguère lu me trouvais imprudent, voici que tu vas devenir téméraire.

— Je ne suis pas prince, moi, et je ne viens pas à Paris pour...

— Chut! fit Henri, il sera toujours temps de me faire songer aux choses de la politique. Voyons, que décidonsnous?

— Ce que vous voudrez.

— Allons-nous au Louvre?

— Non, allons rue aux Ours. Comme vous, Henri, je suis curieux de voir cette belle argentiùru dont les yeux fendus en amande doivent vous détourner, au profit de la comtesse, des belles daines de la cour.

Le prince prit le bras de Noé, et tous deux, s’étant renseignes sur leur chemin, traversèrent la place du Cbdtelel, gagnèrent la rue Saint-Denis et s'arrêtèrent à l'entrée de la rue aux Ours, une des plus érroiles du Paris d'alors.

XaOUliHB LIVRA ISO*.

LÀ IRTTNF.SSE PU ROI HRNRT.

Un J«oo<; gireon oevirigl ans, vêtu d’un pourpoint de pros drap marron, coiffé «Tua chaprau sans plume el portant une petite boite c ous son braSj débouchait par relie rue au moment où les deux gentilshommes y enflaient. Ce garçon avait l'apparence d'un commis de boutique, et Noé I arrêta.

— lié ! i'atr.i, lut d>t-il, est-ce pas ici la rue aux Ours?

— Oui, mon gentilhomme.

— Connaissez-vous dans cette rue ua orfèvre du nom de Loriot?

(Test mon propre patron, nosseigneurs , répondit le commis en gainant. Je me nomme Guillaume Vetconsin, natif de Chili Ibn-sur-Seine, et je suis commis orfèvre chez maître Loriot.

— Eh bien ! mon garçon, dit le prince, nous ne pouvons mieux tomber, je le vois.

— Vos Seigneuries connaissent maître Loriot?

— Nous sommes envoyés p ir une dame de qualité qui conitaii beaucoup lui et sa femme.

Guillaume Verconsin s'inclina.

— La comtesse Corisandre de Gramont, ajouta Henri.

— Ah! dit le CMKDlSy qui sans doute était avancé Hans les relations elle-» ailairesde ses maîtres. Vos Seigi curies viennent du Béarn, peut-être?...

— Vous l’avez dit.

— Mou patron n’est pas chez lui, poursuivit Guillaume, mais sa femme y est.

hjh bien! cunduisez-noui À la maison.

HAlHEumc eut un moment de légère bésilatinn.

Utèbf i crut en pénétrer le motif el il tira de sa poche lalet lie de Consat.dre.

— Tenez, dit-il au commis, vous voyez... nous ne sommes ni des escarpes, ni des tire* lame.

Guillaume Verconsin lougit jusqu’au Manc des yeux.

— Excusez-moi, messeigneurs , dit-il, mais on fait passer mon patron pour tre**riche, bien qu’il ne le soit pas...

— Hum! grommela Noé.

— Ei il n est de jour , acheva le commis, qu’on ne tente un coup contre sa boutique.

— B ml murmura Noé à part lui, tu es un bélilre. Ce n’es-l pas a la caisse de ton maître qu'on en veut... à sa femme, je ne dis pas.

Guillaume Verconsin avait rebroussé chemin, et H marchait devant les deux jeunes gens pour leur indiquer la route,

— Venez, messeigneurs, disait-il, la femme du patron esi pria i>i ment à la boutique, derrière »uii comptoir.

Vers le milieu de la rue, Gu llautne s’arrêta devant tint- maison qui n'avait qu'un étage.

Blais chaque fenêtre eu riait gai nie de solides Itarres de ter; les mur» avaient une profondeur r. K|iecubje, et ohe robuste p-rte de chêne, fériés de haut eu bas. était pourvue, à hauteur d'homme, U un gmeh-t qui »'uuvrait et se lek-r niait chaque fois qu’un viMteur se présentait.

— Ce n’est point la maison d'un bourgeois, pensa Nuè, c’est une lorti resse.

Guillaume souleva un énorme marteau de bronze qui, en retombant, éveilla de sonores écho» de l’mteneur.

Au*- 1 têt it guichet s'ouvrit-

— U' i est là? du une voix grondi use.

En même temps le» deux jeune» gens virent s’encadrer dans h* gni< het on visage osseux et parcheminé, accutnpagoe «l’une b.*rbe liLm* lie comme la neige.

— C’est moi, père Job, mui, Guillaume.

— Ah ! c’est bien, ait le vieillard... es lu seul?

— Non, ces gentil -homme* m •ictnmpiigueai.

Le vi. i bud j- U un n gard soupçonneux sur Henri de Navarre et son cmi|>a n nou.

— Les connais-tu ?

— Ils vieimeoi du Béarn.

— Les connai* tu ? repeta l’entêté vieillard.

— Il» sont munis d une lettre de la comtesse de Gratuont pour madame Loriot.

— Ab! dit In vieillard, c’est différent. Quoique...

— Allons ! cher monsieur iub, du Ucuri de Navarre de

sa voix la plus câline, rassurez- vous, nous ne vi.iiod emprunter ni sur gige, ni autrement.

Ces dernier» mots tranquillisèrent complètement le défiant premier commis de maiire Loriot.

La porie s ouvrit et laissa voir aux deux visiteurs, et tourn ml sur ses gonds, un vestibule obscur, à l’extré* mite duquel se trouvait un escalier en cohuiaç'>n.

A gauche était une porte ouverte. C’était la boulimie»

— Entre*, ruesseigneurs, dit le vieillard qui nfei ma la porte sur eux, poussa les trois verrous et ferma les deux serrures.

Maii-e lob résumait dans sa plus complète acception letvpe du juif du moyen âge :

Profil anguleux, liarbe blanche, front chauve, mains longues et crochues, longue houppelande serrée autour de si tmle. — rien n’y manquait.

Il s’inclina trois fois devant les deux jeunes gens et leur dit :

— Vos Seigneuries daigneront-elles me remettre la lettre de ma l une la comn-nse de Gramont?

— Mais, dit H-uri, ce l>*«! pas à vous que...

— V. lie Seigneurie m'excusera, .dit le vieux Job, qui salua une quatrième fois, madame Loriot ne reçoit v mais avant «te s ivmr...

Henri lui tendit la lettre.

Le vi ui juif s'eu coqtara el passa dans la bout nji laissant H nn et Hui dan* le vestibule.

— Ah ç.i î dit ce dernier en se tournant vers GuTS lautne Vercon-m, maiire Loriot a donc bien grand pour es trésors ?

Le comm>s se prit à sourire; puis il se pencha à nr raille de Noé :

— Ce n'est pas cela, dit- il.

— Ali! el qu’est-ce donc?

— M dire Loriot est jaloux.

— Hum ! pensa Noé; alors le vieux Job e#t un niais car si noua ne venons punit pour forcer la caisse de Son maître, nous avons peut être des vues sur sa femme.

Noé .ti bcvail celle réflexion lorsque le juif, qui venait de doparahre au fond d* U boutique el avau passé la lettre d - la Comtesse À une f* mine assise den ici e «lu comptoir grille qui ne permettait point de dis'inguer ses traits, — le juif, dUons-nuus, revint sur le seuil et dit :

— Entrez, messeigneurs, entrez.

Henri oe Navarre jwt-sa le premier et se trouva dans une vaste piece on peu soiubie, à l'ameublement sévère, dans laqurlic pi i*nur» o ivn-rs travaillaient a*si$ de ram de p U les utiles qui supportaient chacune une lampe à abat-jour.

Les regards du prince se portèrent vers le comptoir, mai* la femme qui »’y trouvait quelque» minutes auparavant avait dispiru.

— Par ici, me- seigneurs, par i :il dit le juif.

Et, de la main, il montrait une porte ouverte au fond de la imiiliqu.-. Henri cnirelia droit à celte p >rte et s’arrêta sur le seuil. d’une jo ie pi-iile pièce meublée à Ht ilie ne, ornée de lapis orientaux, tend ie d 'étoiles aux couleurs chatoyante», et qui avait bien plus Tair de l'oratoire d'u«.e pnnee-se que du salon d'une petilr bomgcuis de la rue aux Ours.

U. e lenmic était à d. mi courbée sur une ottomane venue de V. n >se.

Oite f aune lisait encore la lettre de Corisandre.

Au loua de» pa» du prince, elle leva U tète et Kprmee jeta un cri.

Celle h mine qu’il avait sous les yeux et qui se leva précipitamment à sa vue, c était celle qu’il avait sauvée de* inaiii» de René le Fioieutiu, sur la rouit! de Blois à OrJéan*.

Le juif, après avoir introduit Henri et Nuë, avau discrètement ferme la porte, ce qui lit que ni lui ni les ouvrier» qui travaillai* nt dans la liouiique n’eiiteiniireiil le double en d’etonf^ment qm fut échangé etilfe la jeune leiniiM et les dent gentil-homme».

— Vou», madame ! fit le prince, c’est vous qui êtes l’amie de madame de Gramont?

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EÜNRSSË DU KOI HENRI.

troue,

ewent

— T.Y»i ii*ui, fit l.i jeune femme on ruig et foui 1 Ki**t> f mu ssire...?

— Ctmi ! -in le firmce, comme vous le dit Curifaudre, je viril:* à Pari» incognito.

La Mie argentier* était pourpre et regardait toujours le prince .sans pouvoir trouver un mut.

— M ol.inie, reprit Henri de Navarre, j’étais loin de penser, il y a deux jours, que je me trouvais^ table avec Tanne de Cnrisandre.

— Et moi, monsieur, répondit la jeune femme, je nie limitais bien moins encore que j'&vais affaire à un prince de race royale...

— Chull répéta Henri. A Paris je me nomme le sire de Giarasi-e, tout simplement.

Ciur.icse est un château qui fait partie du dumaine royal de Navarre.

Ce? premiers compliment» échangés. Henri s’assit auprès de >ar.ih Loriot, taudis que Noê demeurait à un pas tn arrière.

Alors la belle arg'-nlière reprit :

— Il y a lien longtemps que je n’ai vu madame la comh.s e de Gramont. Tioi? ans au moins.. .

— Ah ! dit le prun e.

— Sun père, !e sire d'ândou’ns, a été mon bienfaiteur et mvtervi de père. 4 ai été éleve sous sou toit; Curisandre m’a donne le nom de sœur.

— • Vous dev» z l’aimer autant qu’elle vous aime en ce cas, oh- en a N> ê avec une intention maligne qui échappa à la jeune tnume, mais qui n 'échappa p int au prince.

Ce» paroles de suit jeune ami inudmtüitnl, au contraire, une vive iiuprestion s..r 11 uri de Navarre; elles It pour résultat de lui rentunurtr la perfide lettre comtesse à son amie,et de le remettre par ainsi sut tardes. »

1, ai geôlière continua :

— M-o mari, Samuel Loriot, était le fils d’un juir converti au catholicisme et qui était ne sur les terres du site d Andouin». Dans un niuiuu.i «iiflictle, au luOiDcnt des ptirm» d'Italie, Inessire d’Auduuitis avait trouve la ratae du bonhomme Jacob Loriot ouverte et à su di-piMiioii. 11 m'a mariée a sou fil».

— Mais, dit le prince, à qui la généalogie des Loriot importait peu, vou- paraissez la plus heureuse et la plu? aimée des femmes, madame.

Saiah contint à gr.md'peuie un gros soupir et se tut.-

— Bon ! put;* Noê, voici la première batterie Oiganisée. Coriandre produit son effet. La première chus» que fait nue femme qui vent se faire courtiser est de se poser en victime «Ton mari jaloux et brutal.

— Corisandre, poursuivit le prince, qui ne pouvait deviner la pensée de son sceptique ami, aune M. Loriot.

— En effet, répondit Sarah, mon mari a toujours inspire un giaude confiance à la comtesse.

En disant cela Sarah soupira une fois encore.

Puis elle jeta un regard qu’elle s’efforça de rendre distrait, et qui ne lui qu'inquet, *ur le sablier placé dansun coin Ut- >on joli réduit.

— Hum ! se dit Nuô, est-ce que notre visite serai;

intempestive?

Cou me si elle eût craint d’ètre devinée, Sarah reprit aussitôt :

— - Samuel Loriot sera bien désolé, monseigneur, de ne point s'ètre trouvé ici aujourd'hui. Mais il ne manquera punit de courir à Thôicüerie de Votre altesse.

— Il ne nous y trouvera pouit, aujourd’hui du moins, nous ai Ion-, au Louvre.

— Eh bien! demain... et si Votre Altesse... a besoin de lui...

— Aucunement, en ce moment du moins, madame.

— Ah ea * {«usait Noé, qu'a-l-ellc doue à regarder ainsi le sablier.

En elkt, tout en causant avec le prince, Sarah paraissait inquiète, préoccupée...

4f Au moindre bruit qui retentissait au dehors, elle très - Millau.

Décidément, se disait Noé, cette femme a ui.

rende*- vou?, et voici l’heure où le galant doit venir.

Le pr mw ne voyait rien rie toiil cela, et il cherchait au «oinraire, tout **n udiu rant et couvant du regard Tem hrfiileresse créature, à provoquer îles confidences touchant ce mystérieux voyage de Touraine qu'elle vouait de faire et cette rencontre de René le Florentin qui aurait eu de m fatales conséquences sans son intervention fortuite.

Mai» Sir.ih paraissait ne point comprendre ou du moins ne pas vouloir répondre, et elle continuait à regarder le sablier.

— Pauvre femme I pensa Noê, je te vais tirer de cette perplexité.

Et il dit à Henri, qui ne se lassait point d’admirer la belle argentiere, tout en la questionnant sans succès :

— Dites donc, Henri, il ne faut point oublier qu’à la nuit close, on nous en a avertis, il est fort difficile de pénétrer au Louvre.

— C’est juste, dit le prince. #

— Le jour baisse, Henri.

Et Ni« »e leva.

A son tour le i rince poussa un soupir et regarda Sarah.

Celle-ci se hâta de lui dire :

— Mon mari se présentera demain, monseigneur, à

v.-tre hôtellerie.

— Bm I lit le prince en riant, du moins me permettrez-

vous de it venir?

— Ah ! monseigneur, fit l’argenlière d’un ton de reproche nuancé d’un grain de raillerie, oubliez-vous donc que Consandre vous aime ?

— Non pas, dit le prince, qui rougit à son tour çtLbai.-.-a les yeux.

Salis duute il allait prendre la main de Sarah et (a peu ter à tes lèvres, mais la jeune femme ne lui eu laissa point le t* mps.

Sa main blanche et miguone s'allongea vers un guortdon voisin qui supportait uu timbre d’argent et une lu g ette -l’ebéne.

Elle prit la baguette et frappa sur le timbre.

Au bruit le vieux juif revint.

Sarah lui fit signe de recomUnre le» deux gentilshommes.

Puis elle s'inclina respectueusement devant b; pru.ee, Taccouqugua jusqu’au seuil du joli boudoir, baissa de nouveau les yeux sous le feu de son regard, et laissa retouil>er en saluant une dernière fois, la draperie qui séparait son réduit de l'atelier.

Le prim e »’*i. alla en soupirant et Noé le suivit.

Le juif leur fit traverser l’atelier, k: corridor, ouvrit lus trois serrures et jous.-a les deux verrous de la porte le cheoe, se courba jusqu'à terre pour saluer, et, quand ils lurent dehors, referma prudemment celle porte qui protégeait les richesse» et le» amours du vieux Samuel Loriot.

Henri de Navarre prit Noê par le bras an sortir de la rue Ours, marcha sans mol dire pendant quelque» instants et ne releva la tète que lorsqu’il eut tourne l’angle de la rue Saint-Denis.

La. les deux jeune» gens sc regardèrent.

— Eh bien! dit Noê en riant, il faut convenir, fleuri, que vous manquez de bonheur.

— Comment cela, BOB mignon?

— Eu ce que cette femme charmante quo nous avons rencontrée entre Blois et Orléans et dout vous étiez, convenez- en, passablement amoureux...

— Jeu conviens...

— N’est autre que madame Loriot, femme du bourgeoi» bain u cl Loriot.

— Et tu appelles cela manquer de bonheur, Noé, mon «mil

— Parbleu t

— En quoi, s’il te plaît?

— Bon! avez- vous déjà oublié la lettre de Corisandre?

Le prince se mordit les lèvre».

Digitl

— Ah! diable! murmura-t-il.

— Oh ! continua Nue d'un ton moqueur, tous pouvez lui conter fleurette..,

— Tu crois ?

— ? Elle jouera de la piunclle... elle rougira, baissera les jeux... que sais-je? madame Corisandrc ne lui a pas fait en vain sa leçon.

— Et tu croirais à tant de perfidie T

Noê laissa bruire un rire impertinent sous sa moustache blonde.

— Mon cher seigneur, dit-il, les femmes se liguent, se défendent, se soutiennent, entreprennent une croisade terrible contre les hommes, et, loin de s'accuser de perfidie, elles trouvent, au contraire, cela très-naturel.

— Celle-là a le sourire d'un ange.

— Toutes les femmes ont un Bourire d’ange, c’est convenu. Consandre aussi. Qu*est-cc que cela prouve?

Et le sceptique Noé continua à rire.

— Morbleu 1 murmura le prince impatienté, tu ne crois donc pas aux femmes?

— Dieu m’en garde !

— El s'il en est de perfides comme madame Corisandre...

— Ma foi ! dit Noé, on n'est jamais perfide quand on défend son bien. Corisandre est dans son droit...

— Eh bien! moi, je serai dans le mien, s'écria le prince impatienté, en courtisant la belle argenticre.

— À votre aise, murmura Noê.

Et sifflant un air de chasse, Noé se remit en route.

Henri le suivit sans répliquer; mais au fond, il s’avoua que Noé pourrait bien avoir raison.

Les deux jeunes gens, remontant la rue Saint-Denis jusqu’à la Seine, prirent la rive droite et descendirent vers le Louvre.

— M. de Ihbrac m'a vu enfant, dit alors Henri, je gage qu’il me reconnaîtra ; qu’en dis-tu ?

— Je dis que c’eal possible, répondit Noé, mais qn’il faut l’éviter a tout prix.

— Pourquoi?

— Parce qu’un geste, un mot imprudent peuvent lui échapper et trahir votre incognito, monseigneur.

— Tu as raison.

— Et je suis d’avis qu’il vaudrait mieux que je me

f iréseniasse seul au Louvre. Je demanderai à le voir et e le préviendrai.

— Boni dit le prince. En ce cas, je vais t’attendre

Les bords de la Seine n'étaient point alors garnis de quais; le Louvre, cette royale demeure des souverains de France, baignait ses dernières assises dans le fleuve, et çà et là, alentour, fc dressaient de chétives maisons ! aux toits pointus, parmi lesquelles plusieurs cabarets 1 provoquaient par leur enseigne alléchante la soif démesurée des Suisses , des lansquenets et autres soldats commis à la garde du roi.

Un de ces établissements avait écrit sur sa porte, audessus d’une énorme branche de houx, ces mots :

Au rencUz-txMS des Béarnais.

— Parbleu! pensa Henri de Navarre, je dois avoir là un compatriote. Entrons et voyons.

Le cabaret était à peu près désert. Cependant deux lansquenets jouaient aux dés, sur une table graisseuse, dans le coin le plus noir de la salle.

Henri entra- Une jolie fille de vingt ans, portant la jupe rouge et mouchoir en guise de bonnet des Béarnaises, vint à lui :

Que faut-il vous servir, mon gentilhomme? dçmanda-l-elle.

Le jeune prince savait combien la langue maternelle est douce à l'oreille de ceux qui sont loin de la patrie.

* — Ce que vous voudrez, ma belle enfant, répondit-il «n langue béarnaise.

La jeune fille tressaillit, rougit de plaisir et s'écria :

— * Hél mon oncle, un payst

El, tandis quelle faisait la révérence au prince de Navarre, un petit homme accourut du fond de la salle.

Il pouvait bien avoir cinquante ans , et ses cheveux noirs grisonnaient sur les tempes. Mais ses yeux gris pétillaient, il était leste et bien pris dans sa taille exigué, et on devinait un enfant du pays basque.

Du reste, son visage ouvert annonçait la franchise, et c» fut la main tendue qu’il s'approcha du prince.

— Vous êtes Béarnais, dit-il;

— Oui, mon maître.

— Et de quel pays ?

— De Pau.

— Mordiou! touchez là, dit le caharetier, les pays sont des frères pour moi, à Paris. Eh I Myette, dit-il à la jolie fille en jupon rouge, en se servant toujours de * l’idiome du pays natal, va donc chercher une bonne bouteille de vin clairet, le vin de là-bas... tu sais?

— Oui, mon oncle, répliqua la fille en riant, celui qui n’est pas pour les lansquenets.

— Ni pour les Suisses, ni pour les Français, ajouta le caliareticr.

Et U s'attabla sans façon en face du jeune prince.

— Excusez moi, dit-il, je vois bien que vous êtes un gentilhomme, tandis que je ne suis quun cabaretier; mais dans notre pays, les gentilshommes né" sont pas lier?, n’est ce pas ?

— El tous les braves gens ont la même origine, ré pondit le prince. v

Et apres cette franche cl noble réponse, il prit la main du cabaretier et la secoua fortement.

— C'est singulier, dit ce dernier tandis que Myetle, la jolie Béarnaise, posait sur la table deux gobelets d'étain et une bouteille poudreuse à goulot allonge, c'est singulier, mon gentilhomme, mais plus je vous re- 2 " garde...

Et, parlant ainsi, il l'envisageait attentivement :

— Ah! c’est que, poursuivii-il, il faut vous dire que dans ma jeunesse j’étais berger dans les Pyrénées, aux environs de Coarasse...

Henri tressaillit...

— Et j’ai bien souvent rencontré un beau gentilhomme qui venait quelquefois même manger dans notre cabane un morceau de fromage de chèvre et boire un verre de piquette.

— Ah I dit le prince, et ce gentilhomme?

— Oh ! ma loi 1 dit le Béarnais, s'il n'y avait pas vingt ans de cela, je croirais volontiers que c'est vous...

Hepri se prit à nre.

— J’étais tout juste de ce monde il y a vingt ans, fit-il.

— Mais ça pourrait bien être votre père, tout de même.

— Bah!

— Ah! dame! murmura le cabaretier, il n*y avait pis trois figures comme la sienne en Navarre.

Le jeune prince souriait

— Et, dit-il, comment s’appelait ce gentilhomme, mon brave ami ?

— Üh ! c'était un grand seigneur.

En prononçant ces mots, le cabaretier jeta les yeux sur la main droite du prince et tressaillit

Puis il se leva brusquement et ôta son béret.

— Votre Seigneurie, dit-il, porte un pourpoint de gros drap et des boites comme un gentilhomme de peu de marque, mais ça ne fait rien...

Le prince jeta un regard inquiet sur les deux lansquenets.

Les lansquenets jouaient et ne songeaient qu’à leur partie.

Sans doute le cabaretier comprit cette inquiétude, car il remit son béret et se rassit.

Cependant il continua Jans ce patois inintelligible pour des oreilles allemandes.

— Figurez-vous, monseigneur, dit-il, que ce gentilhomme dont je vous parte avait une bague...

Le prince tressaillit de nouveau et laissa glisser sa main, de la table sur laquelle elle reposait, jusqu’à son

LA JEUNESSE DU ROI H B.m

Catherine de Nlédicifl.

Iitiui de changes, dans la poche duquel elle disparut.

— Et. . . cette bague?

— Il nous la montra un jour, à mon père et à moi, un jour qu'il pleuvait cl qu'il s’était réfugié dans notre caltane. « Mes amis, nous dit-il, vous voyez cette bague? Eh bien' je ne la quitterai qu'en mourant. Elle passera à mon fi U, et mon fil*, quand il sera homme, n'aura qu'à la montrer à tout gentilhomme du pays de Gascogne ou de Navarre pour se faire reconnaître. »

— Mais quel était donc ce gentilhomme? demanda le prince avec émotion.

— On le nommait Antoine de Rourbon, monseigneur... En disant cela, le caharetier se leva de nouveau et ajouta tout bas : — El c'était le père de Votre Altesse, car je viens de voir sa bague à votre doigt.

— Tais-toi, malheureux! murmura le prince do Navarre, tu m'as reconnu, c'est bien. . . mais tais-toi !

Le cabarelier se i assit. Et comme la jolie Béarnaise revenait, il versa un v**rre de vin à Henri, puis, pour lui prouver qu'il respectait son incognito : — Allons! pays, dit-il, encore un coup de vin clairet. A votre santé!

— A la tienne! répondit le prince, qui choqua sans façon son verre contre celui du caharetier.

— Ma parole d honneur! pensa le prince, je joue de malheur, et si cela continue, mon incognito ne durera pas vingt-quatre heures. Je nVntre pas au Louvre de peur d’y être reconnu, et le premier Béarnais que je rencontre. . .

Pendant l'aparté du prince, Myetle s’était éloignée.

— Monseigneur, dit tout bas le Béarnais, un grand prince comme vous ne porte pas un pourpoint de bure, rie grosses bottes, et il n'entre point dans un cabaret sans de bonnes raisons politiques. Mais soyez tranquille, aussi vrai que je me nomme Malican et que je me ferais bâcher pour ceux de voire race, personne au monde ne saura que je vous ai reconnu. . .

— Tu me le jures!

— Foi de montagnard !

Henri regarda le Béarnais, et trouva un tel cachet de franchise et de loyauté sur son visage, qu’il ne douta pa9 un instant de >a parole.

En ce moment, les lansquenets se levèrent. Us avaient terminé leur partie, et à voir le visage joyeux de l'un et la mine allongée de l’autre, il était facile de comprendre que le premier avait gagné le dernier denier do son camarado.

Le vainqueur jeta une pièce de monnaie sur la table : # — Voilà l'écot, dit-il. Et il sortit en lançant un regard assez dédaigneux sur le prince.

— Canaille! grommela le Béarnais.

— Cljut 1 dit le prince. Ils s‘en vont, et cela m’arrange. Nous pourrons causer.

— Myetle, rappela le cabarelier.

La jeune tille accourut.

— Monte donc dans ma chambre, lui dit son oncle, et fais mon lit.

Myelte allongea son joli minois en fille mutine et gâtée, puis elle jeta un dernier regard sur le beau paya.

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CA JEUNESSE Dll ROI HENRI.

comme elle l'avait appelé, et clic di-p«rnt par uu petit escalier qui grimpait ù l’unique étage supérieur. Letle lob lecahaietier voulut encore se lever et se découvrir.

— Reste dune a»sis, dit le prince. Le roi mon i*èr« ne le permettait-il *paa de t'a:seoir? Depuis combien de temps tiens -tu ce cabaret 1

— Depuis dix ans, monseigneur.

— Eh bien 1 Maliean, mon ami, dit le prince, j’ai le pre*teulinumt que si tu es demeuré Béarnais de cœur...

— Kl dévoué à votre maison, je m'en flatte!

— Tu pourras me servir.

— Oh ! pour cela, quand Votre Altesse aura besoin que je me fasse tuer pour elle...

Henri se prit à sourire.

— En attendant, donne-moi des renseignements.

— S> r quoi?

— Sur le Louvre. Vois-tu quelquefois passer le roi?

— Tous les jours.

— Lommeni est-il?

— Un drôle de p ince, monseigneur, disons-le bien lw. Toujours l'air farouche... toujours malade et inquiet.

Le cnberetier baissa la voix.

— On dit pourtant qu'il est bon, mais...

Mal eau h«>ila.

— Mai» ? fit le prince.

— C'est la reine-mère qui le rend ainsi méchant et cruel. Oh! qu-lle femme)...

Et Maliean prononça ces derniers mots en tremblant.

— Et .. sa sœur? demanda Henri.

— Madame Marguerite?

— Oui .

Avant de ré(»ondre, Maliean regarda attentivement le jeune prince: — Excuaez-moi, monseigneur, dit-il, mais le roi votre père m'a toujours laissé mon franc parler, et...

— Parle, mon ami...

— Eh bien ! tenez, monseigneur, je ne suis qu'un pan vie diable qui sait à peina signer son nom et réciter son Ptiter, mais j’ai quelquefois de drôles d’idées...

— * a h ! dit Henri, tuas des idées?...

— Je devine quelquefois.

— Eu vérité! -

— Et il me semble que je sais pourquoi Votre AUesae se promène aux alentours du Louvre en pourpoint de bure et comme un pauvre cadet.

— Voyons si tu devines!

— Votre A liesse voudrait voir madame Marguerite.. . pas vrai? D'autant mieux, poursuivit Maliean, que pas plus lard qu hier il y avait ici un gentilhomme de notre l .tys, un capitaine des gardes, le sire de Pibrac, et il j.»;«ii avec un autre gentilhomme.

— Et que disaient-iU?

— Qu’ou parlait au l.ouvre d’uu mariage entre madame Marguerite de Valois et le prince de Navarre.

— Alors tu as pensé tout i l’heure... que...

— J’ai pensé que Votre Altesse, suivant la mode de voire p;* vg, ne serait pas fâchée de voir madame Marguerite u 1 1 dérobée, sans être vu, avilit de lui faire la cour.

— Et tu pourrais bien avoir déviué, dit le prince en liant.

'4alic.ui (rouça le sourcil et garda un süeucc des plus

éloquents.

— Eli bien! fit Henri, ai-je mal fait?

— Non, momeigueur.

— Et si madame Marguerite est laide ?...

— Oh ! nenni point, dit MdJican.

— Elle est jolie ?

— Comme un ange.

— Hum ! fit le prince, alors la reine, ma mère, a eu une bleu Mie idée de me la vouloir duiiu r pour Iruinie. .

— CenYsl point ufcmavi<viii franchement le cabareuer.

— Et pouiquoi cela, hein?

M.dkau fut emluriassé un moment, mais il reprit :

— Tout ce qui luit itftlt pas or, tout ce qui est beau lie fl lit pas.

— Que dis tu? fit le prince.

Ma ican garda le silence.

— Voyons, l’ami, dit Henri, explique-toi donc un peu

— Eb bien ! voyez-vous, eu Béarn, uuus somme»

pauvres, mais nous sommes honuèlts : comme di-.ui fs feu roi voire père, il vaut inrêux être charbonnier et habiter sa cabane qu'dire vêtu de soie et de vol oui s et dormir sous le toit des autres.

— Mon père parlait d or, Maliean.

— I«e roi de Navarre, poursuivit le Béarnais, est roi d’un petit royaume, et le roi de France est uu gros seigneur iiupiès île lui, mais cejiendajil...

— Eli bien?

— Et je sais, continua Maliean, qui ne parut p.i» prendre garde à l'interrogation du prince qu’une fille cfo France cm bien séduisante pour un roi deNavarre, mai»..

— Explique-toi «loue, butor!

— Mais, dit Maliean les lillm de France sont quelque- % fois comme destines de bourgeois. Elle, font parler déliés. .

A sou tour, Henri de Navarre fronça légèrement le sourcil. — Oh! oh! maître, dit-il, tu parles peu, uia8w lu on dis long...

— Exçusez-moi, monseigneur, le feu roi votre père nous avait lai-sé noiie franc parler.

— Eh bien! poursuis...

— Madame Marguerite, voyez-vous, reprit Maliean, qui s’enhardissait peu à peu, est une belle princesse qui . se pâme quand on lui pu* le de sa beauté. Ht èi Votre Altère avait une occasion de faire un voyage à Nancy...

— ('liez mon cous u Henri de Guise?... Eli bien?

— Le duc lleuri pourrait tui en conter long sur madame Marguerite.

— Maliean, lu es un bon serviteur et je mettrai peutêtre les conseils à prolit... Mais, pour ie luoineiil, il faut que j obéisse à la reine mère, qui veut savoir mon opinion sur madame Marguerite. .. Nous verrons.

Au moment où Henri achevait, Roi entra. *•

— ümt,til le roi en regardant Maliean.

Maliean demeura impasibl«\, salua Noè comme il sa luait ses pratiques et se contenta «S'appeler sa nièce .

Myette redescendit.

— Ser> ce. gentilhomme, dit Maliean, qui n'irut pas l'air de s'apercevoir que N«*è venait chercher le prince.

Mais Hem i tendit la maiu à ce dernier. Alors Maliean, en homme discret, s'éloigua et alla ranger ses bouteille» et ses uo l*e lots.

— Qu’est -ce qu’il faut vous servir, mou beau seigneur? demanda Myette.

— Bien, ma belle enfant.

Myette fit une petite moue et s'en alla.

— • Pibrac vous atiend, Henri, «lit Nuë.

— Ah! il m'attend... Où l’as-tu trouvé?

— Dans le corps do garda des Suisse*. J’avais l'air d'entrer au Louvre comme chez moi. Un Suisse a croisé sa hallebarde et m'a dit : * Ou n'entre pas! — Bah! aije répondu, mémo quan i on counail M. du Pibrac? « Je n'avais pas plutôt prononcé ce nom, qu’un homme e»t sorti du corps de garde ou disant : v Qui donc parle de moi? «» Celait Pibrac. « Moi, ■ ai-je répondu. Il m’a regardé en riant et ina dit : u Je ne vous connais pas, mais votre accent me dit que vous êies quelque cadet, rie Gascogne ou de Béarn qui vient me demander ma protection. Et il m'a pris par io bras et ma conduit dans la grande cour du Louvre.

— Et alors? doman U Henri.

— Alors je mu suis contenté do lui remettre la lettre de madame l.i reine de Navarre. A ia vue du cachet il a tressailli; puis il a tu, et j'ai compris qu'il éprouvait une grande émotion. Edüii il m’a dit :

* Où e»t lu prince? où est-il? — Chut! ai- je. répondu, je vais vous l'aller quérir. ■ M de Pibrac a alors avise un pag-* q i «i es-aii uu (aucun dan» le coin do h cour, et u hu a la i uu signe. Le page est accouru « Tu v«*ts monsieur? ■ lui a-t-il dit. lai page m u regardé. «Monsieur, a continue Pibrac, est un iun n cousin du pay» do Gu»cogne. Il rallier quenr uu gvuliiltoinire de ses ami», et tu uns les amèneras tou» «leux. — Oui, mesure, » a répondu ie page. Alors M. <1« Pibrac »’e»t probe à mon credle : u Aliez vite chercher le prince, m'a t-ii dit, car je eroi* pouvoir lui montrer »urde-cbamjv madame Margceitlo. »

LA JEUNESSE Olf ROI HENRI. X.

broiera mot* liront tressaillir Henri du Navarre, tt il sft lu va »ttsk><cJiini)>.

— bonsoir, mon pays cris»- l-ll A rnsilre Mallcan.

El il jeti un écu sur la Malican raina-

— liun-oir, la petite, ajouta le prince «pii pr 5 t familièrement le menton de |.i jolie |«earnnl-e. Au revoir ! nous reviendrons. El il sortit et prit !« bras de Noè.

t e Louvre était à deux pas. Le pane «'tendait Noé et son « mitpuguon Mir la |n«rte. Il loi.-» bien un pua lu pnorpuint de Imru et les grosses hutte* du prince; mais .•nfin. comme les deux jeunes gens étaient du pays de il. Jf P.brac. ofque M. de Pibrac était un gros seigneur au Louvre, Fr se montra courtois et empressé.

> — Venu* messieurs, dit-d.

Ce page était un charmant enfant de quinte ans, rose ,et blanc comme une jeune tille; il eiim à ravir dans son WfM-oi. orps cerise avec ses chausses Meuble- ciel, sa col leittlh» du line dentelle, ses gants du ho file jaune et le loquet à plume I» anche qu'il portail bêtement incliné soi l’oreille gauche.

— Comment vous nommez-vous, mon mignon? lui demanda le prince.

— Ituoul, pour vous servir, monsieur, répondit le page en saluant.

Il leur lit traverser 1a cour, monter le grand escalier et parcourir ensuile plusieurs salles qui étaient encombrée.' de gentilshommes et de soldats.

— Peil ! murmura le prince, la reine ma mère n'est ni m bien logée ni si bien gardée, et ce lie serait pa> trop do toute la ville de Nérac pour abriter cette cohue du gens d’epée qui tient en trois salles de Louvre.

Le page s'arrêta devant une poite et leur dit :

— f<i i psi lu logis particulier de messire de Pibrsc, capitaine de* .gardes.

— Ilurn! pensa le prince, le vieux sire de Pibrac, son k nère, Imbue une masure dont mesure son fils ne voudrait probablement pas pour écurie.

Et comme te page ouvrait la porte et soulevait devant lui une draperie, il entra.

M. de Pibrac élait un homme d'onviron qnarante-cinq ans. Grand, a», le Iront Inyant, le m-z busqué, l’œil petit et vif, il résumait admirablement le type «lu gentillùlr>- gascon qui d bût sa fortune à l'aide de sa jactance * > ut de mi valeur. Le sire de Pibrac était né >ous le toit . .vermoulu d'un vieux r&'trl qui tremblait à tous les vents et que quelques terre* pierreuse* entouraient.

A vingt ans, son père lui avait donné un vieux cheval, mie rapière roui liée. un sac de cuir renfermant cinquante ptstolea, et lui avait dit: • Quand un gentil homme est de mince nohtes.se, il doit devenir sou propre aïeul. » >1. de P.brac avait parfaitement compris ce conseil plein du sagesse, et comme il savait, en outre, qu'on ne devient jamais prophète en son pays, il avait piqué des deux vers Paris.

Le roi Henri II venait alors de mourir, laissart la couronne a François II, son fils.

* M. de Pihiac avait un oncle à Paris. Cet oncle était

employé u la vénerie du roi. M. de Pibruc était veneur, et du plus il g'utilendail merveilleusement 4 dresser les gerfauts. L'oncle était Gascon, comme le neveu. Il savait - iama,s p*T*oniie ne parle mieux de soi que soi-même, 4 -W % l ‘0*"iu* *1 était vieux et u'alteiidail plu* rien, ne pouvaut plu* pa ler du lui, il parla de sou neveu, vanLison adresse A relever un defaut, à dresser un limier, à èiei 1 ver un faucon. Le bruit en vint jusqu'au jeune roi.

PV jour que François H chassait à Saint-Germain et courait un lièvre, les chiens perdirent la voie. On « heriha a relever le défaut; les piqueurs y perdirent leur punie : le* chiens ne retrouvaient patf la voie. Le roi lui mên e voulut s'en mêler et n’y parvint pas.

— Qu 'on aille me quérir ce Gascon dont on me dit merveille ! ordonna François 11, qui ne savait plus à quel saint Me vouer.

M. de Pibrac arriva, examina l'endroit où les chiens

avaient perdu la vo ; e, tourna et retourna et finit par marcher droit A on chêntt que le temps avait creusé, ne lui faisant plus que l'écorce : — Tenez, dit-il, le lièvre e-t là.

Et, en effet, il fourni sa main dans un tro-i creusé dans le tionc et eu relira le lièvre pur In queue. L'animal avait fait un bond et s'élait blotti dan* le tronc de l’arbre.

— Foi de roi ! dit François II, voilà un garçon précieux. Je veux me rattacher.

Et il le prit dans ta* gardes.

A partir de ce jour, M. de Pibrac eut le pied sur l'échelle du la fortune cl il n’eut plus qn'ft mouler.

François II mourut. Eharles IX lui succéda. ('.hurles IX était encore plus pa.s-.mn né cln-veur que le feu roi,

L'oncle de M. du Pibrac avait si bien répété que sort neveu élait le veneur le plus expérimenté de France el de Navarre, que le nouveau roi ne dédaigna point de faire venir sou garde du corps pour deviser avec lui de volerie et de tténerfa. M. «le Pibrac, qui avait écouté les bon* avis de son oncle, parlait beaucoup de lui au mi, chaque fuis une lu roi le mandait, et, un |onr, Sa Hawaii s'avoua qu'elle pourrait bien, après tout, croire M. de Pibrac sur parole et laite quelque chose pour lui.

— Sim, lui dit un jour Pibrac, si l'étui» le capitaine des gardes «le Voire Majesté, conimej’eotrerais chez ellu à toute heure, je (tourrai* lui faire le ré« il du plus «l'une merveilleuse chasse A Cours et à l’isard, qui aont bête* communes un nos montagnes.

— Pu» te ! dit Ih toi. vos contes reviendraient un peu «*her

— Hah! répliqua Pibrac, un roi du France ne doit pas regarder à la depeose.

(Uiar'es IX se prit A rirent M. de Pihrnc fut capitaine aux gardes. Telle avait été la fortune rapide du ra ici de Uéarn, à qui m*«iAme Jeanne d'Albret. reine de Navarre, adressait le jeune prince hui 1:1*.

Le page Haoul, en soulevant une lourde draperie, montra aux deux leunes gens une tort be le salle richement orne*, dans laquelle M. de Pibrac était asris Tort nonchalamment dan» un vaste fauteuil A clou* d’or,

Tepcu.lant, au bruit, il se leva vivement, regarda le prince el réprima à grand’pein*, en présence du page, un mouvement de surjirise que lui arracha la res»einl dance de Henri avec le feu roi Antoine de Dourbon, son pèi*.

— Entrez, messieurs et chers compatriotes, entrez....

Et d'un geste il congédia Haoul. Le page kiIii* et

disparut Alors M. «lePihracchrngea «le tou «t d'sllttuileel s'inclina fort respectueusement tin vaut le j^uno prince.

— Votre Altesse, «lit-il, ne saurait arriver plu* à. propos.

Et si elle veut tue suivre, je vais lui montrer madame Marguerite.

— Sans qu'elle me voie ?

— San* qu’elle voie Votre Altesse.

— Venlre-'aint-gris ! murmura Henri de Navarre, U reine, ma mère, a, je le vois, montré un grand *en»*n m’adressant e vous, monsieur de Pihrae.

M. de Pibrac s'inclina. Puis il dit A Noë :

— Vous, mon jeune ami, vous allez nous attendre ici.

— Hé ! dit Nuô, j'ainu rai* mieux voir la princesse moi.

— C’est inijKMsihie : ou u grand'peiite à tenir deux dans le heu où je conduis Son Altewie.

— C’est différent, murmura Nué.

Alors M. de Pibrac conduisit lu prince vers le fond «le la »a!!rt, devant un va>t« bahut vitré qui enfermait une grande quantité de livres el de manuscrits parfaitement rangés sur leur* rayons :

— Ce sont mes livres de vénerie, dit-il. •

— Est ce que. Ut le prince «n riant, vous me voudriez montrer madame Marguerite en peinture?

— Oh! non certes, répondit Pibrac.

Il tourna la clefqui fermait te bahut, et le bahut s’ouvrit Puis il écarta «leux volumes, pim sa la main à travers, pressa un ressort habilement dissimulé, et les livres tournèrent sur leurs rayons, el le fond du bahut s'ouvrit et laissa voir un passage secret. ..

— Oh! oli! (il le prince, reculant de surprise.

— Monseigneur, répondit M. de Pibrac, ceci est un des moindre» mystères du Louvre. El comme le jeune prince paraissait de pim en plus étonné : — Si madame

At\

Catherine de Médicis, continua le capitaine aux gardes, savait que je connais ce passage, elle pourrait bien commander & Réné le Florentin, son parfumeur, de me fuire occire au coin d'une rue ou de laisser tomber dans les aliments de mon prochain repas quelques grains d'une poudre mystérieuse qui m'enverrait dans l'autre monde sous prétexte de coliques.

.—Hum! murmura Henri, elle a un bienioli caractère, madame Catherine, et si la fille ressemble a la mère...

— Je crois môme, poursuivit M. de Piurac, que madame Catherine, qui cvpendaut a fait crever presque tous les murs du Louvre, ne connaît point ce passage. J?- — Comment donc le connaissez- vous? demanda Noë.

— Je l'ai découvert par hasard. C'est madame Diane de Poitiers qui l'a fait établir. Le roi Henri U couchait en cette chambre, madame Diane habitait l'appartement de madame Marguerite ; la nuit elle venait voir le roi.

— Et madame Catherine ne le connaît pas?

— Non.

— Qu'en savez-vous ?

— Ah! voici, dit M. de Pibrac, qui alla pousser les verrous de la porte par laquelle les deux jeunes gens avaient été introduits. Un soir, je feuilletais les volume» qui se trouvent dans ce babul. Ma main effleura le ressort, le ressort joua , le bahut s'entrouvrit, et je vis, à ma grande satisfaction, apparaître le trou noir que vous voyez. La onzième heure de relevée sonnait à Saint- Germain l'Auxerrois, tout le monde paraissait dormir au Louvre, hormis les sentinelles. Je pris un flambeau et je me risquai dans le passage. Quand je fus au bout, je m'aperçus qu'il n'avait pas d'issue, ou plutôt je remarquai que la porte que j'avais devant moi était condamnée. Je prêtai l'oreille et j’enfeudis un bruit de voix. Un éclat de rire retentissait en ce moment, frais et sonore. Je reconnus le rire éclatant de madame Marguerite. Alors je rebroussai chemin sur la pointe du pied, fermai le bahut, soufflai mon flambeau et me mis au lit. Le lendemain, je pris un manuscrit latin qui traitait de vénerie et je m'en allai chez madame Marguerite. Madame Marguerite sait le latin aussi bien que roessire l’abbé de Brumôme. ■ Madame, lui dis-je, j’ai toujours été votre^rviteur, mais j( ■' sais que je deviendrais votre esclave, si vous daigniez me faire la lecture de ce livre qui est pour moi le grimoire de Satan, La princesse prit le livre, et tandis quelle lisait, j'inspectai la chambre du regard. J'aperçus dans un coin, au chevet du grand lit d'ébène à dossier écussonné, à demi perdu dans la pénombre des rideaux, un Christ d'ivoire. *

— Oh! le merveilleux travail ! m’écriai-je.

Je m’approchai du Christ, je l'examinai attentivement, et ayant passé le doigt sur la cheville figurant le clou qui traversait les pieds de Noire-Seigneur et les fixait tout sanglants sur la croix, je sentis cette cheville tour- V ner. Mme Marguerite lisait toujours et n'avait point levé la tète. Je tirai la cheville à moi, elle céda, et |e vis un petit trou noir par lequel il m'arriva une bouffée d'air.

Alors je mis la cheville dans ma poche. Buis, quand madame Marguerite eut terminé sa lecture, je m'en allai.

— Hé ! mais, dit Atnaury de Noë, vous êtes plein d’imagination, monsieur de Pibrac.

— Monsieur, répondit le capitaine gascon, c'est avec cette qualité -la que, dans notre pays, nous suppléons aux écus qui nous font défaut.

Henri de Navarre riait. M. de Pibrac poursuivit :

— Le soir, je rouvris mon bahut, je me glissai dans

• le conloir et je fus guidé presque aussitôt par un filet de lumière. Ce filet de lumière provenait de la chambre de madame Marguerite et passait par le trou des pieds de Noire-Seigneur. Je m'approchai, retenant mon haleine, étouffant le bruit de mes pas ; je collai mon mil à ce trou et vis la tille de France que scs caméristes étaient en train d'attifer et qui s’eu allait au bal. Alors, de peur qu’un jour ou l'autre madame Marguerite ne r-entit un léger courant d’air, je me procurai, un morceau de liège, je le taillai menu, et [je bouchai le trou. Seulement, ie«V6te quelquefois, quand j'ai besoin de voir...

— Et avet-vou» quelquefois ce besoin?

— Assez souvent... Quand madame Catherine rumi quelque* méchancetés, elle va consulter sx fille

— Et que dit sa fille ?

— La princesse est bonne, mais madame Catherine est entêtée. Un soir, je vis entrer la reine chez sa fille. Elle était de méchante humeur; elle me regarda de travers en passant. Je me glissai vers inon trou. Quoique chose me disait qu'il me serait utile d’écouter .

— Que se passa-t-il donc cbez la princesse?

—La reine entia et lui dit : « Margot, ma chôrie, le roi prend en amitié le prince Louis do Condé, ce méchant huguenot, et si nous n'y mettons ordre; avant qu'if soit trois mois, on ne dira plus la messe au Louvre, mais on ira au prêche. Et savez- vous, ajouta la reine, d’où vient lu grande amitié du roi ? — Non, dit la princesse. — Kilo vient de ce que le prince de Condé a donné au roi deufc chiens qui valent plus à eux deux que toute lu meule royale. — Eh bien ! qu’y fuire ! demanda madame Marguerite. — Hé! le sais-je? dit la reine avec humeur. C'est ce Gascon de Pibrac qui dirige les chenils du roi. Si Pibrac était un homme avec qui on pùl s entendre... mais c'est un niais qui est dévoué à Coudé presque autant qu'au roi... et, le premier, il a déclaré les deux chiens incomparables. Décidément, ajouta la reine, ce Pibrac me déplaît. Il faudra que René lui envoie quelque parfum, a Vous pensez bien, monseigneur, ajouta M. de Pibrac, que |e regagnai mon lit assez inquiet. Le lendemain, le roi chassait à Meudon. Je descendis au cheuil de grand malin, avant le lever des piqueurs, et je m'approchai des deux chiens du prince de Condé. L'un se nommait Cyrus et l'autre Xmès. J’avais ruminé toute lu nuit un moyen de convertir en abominables carnes ces deux vaillantes bêtes.

— Et vous trouvâtes ce moyen ?

— Je l'avais trouvé en descendant au chenil. J’avais dans ma poche une mècho soufrée, j’y rais le feu, et prenant Cyrus à la gorge, je lui en fis respirer fortement les exhalaisons et la fuinée. Puis je fis subir la même opération à Xerxès, et je remontai faire ma toilette de chasse. Quand on découpla, en dépit d’un temps admirable, les deux chiens n'eurent pas de nez et firent défaut sur défaut. Le roi Charles eut un accès de colère. Il tua Cyrus d'un coup d'arquebuse et dit brutalement au prince de Coudé : — • A l'avenir, mon cousin, vous pouvez vous dispenser de me faire de pareils cadeaux. » Le prince quitta la chasse et ne parut point du Louvre le soir. Le lendemain, acheva M. de Pibrac, la reine-mère me fit un salut charmant. Vous voyez, monseigneur, que la cheville du Christ m'a servi à quelque chose. Venez...

Le capitaine aux gardes prit Henri de Navarre par la main et l'entraîna dans le couloir mystérieux et sombre.

— Marchez doucement, lui dit-il à l'oreille. Au Louvre les murs sont sonores.

— Soyez tranquille !

M . de Pibrac ajouta :

— Madame Marguerite est à sa toilette en ce moment, ses caméristes l'ara stent, et vous l'allez voir dans tout le rayonnant éclat de sa beauté.

Malgré le souvenir de la belle argentière et le peu de sympathie qu’il éprouvait pour le grave sacrement du mariage, Henri de Navarre ne put se défendre d’un léger battement de cœur. La femme qu’on doit épouser produit toujours cet effet-là, fût -elle vieille et laide. Quand le . cœur ne bat point d'espérance, il bat de peur.

M. de Pibrac enleva délicatement le bouchon, et Henri vit poindre un rayon de tour.

— Regardez ! souffla le Gascon.

Il céda la place à Henri, qui colla son œil au trou pra • tiqué dans la muraille et demeura ébloui .

Marguerite de France était en ce moment assise devant un grand miroir d’acier, le visage tourné vers le Christ, de telle façon que le’prince put U voir tout à son aise.

Deux jolies caméristes la coiffaient.

Marguerite était bien la plus iolie femme du royaume, ft le* pm-t.:* qui l'ont < h uilée, W- du |ui l’oul

vantée, sont demeurés au-dessous delà réalité. Leprince la trouva si belle qu’il songea soudain à M. de Guise

>gle

Di

Von*, ma-lani.'î fit !•> primv ( Papi' H.)

ta Béarnais Malican, et fit aussitôt deux souhaits: le premier de se trouver face à face avec le duc, l’épée au poing et la dague aux dents; le second, de pouvoir a loisir tordre le cou a Malican qui s’était permis des paroles aussi irrévérencieuses contre une perle de beauté semblable.

Malheureusement la contemplation du prince fut de courte durée, car une porte s'ouvrit dans la chambre de madame Marguerite et un nouveau personnage entra.

Ce personnage était une femme... une femme Agée déjà et qui, cependant, conservait les traces d’une beauté souveraine, dont l'œil noir brillait du feu de la jeunesse, dont la taille majestueuse et la démarche altière annori- - çaient l’habitude de la domination.

Cette femme se nommait Catherine de Médicis, austère et sombre figure devant laquelle la France s'inclinait tremblante.

Cette apparition fit éprouver au jeune prince une sen* sa lion bizarre.

Un frisson parcourut ses veines, et en même temps, son regard fut attiré par celte femme comme si elle eût possédé un don de fascination étrange.

Il cessa de contempler la princesse et se prit à considérer Catherine.

— La reine l lui souffla Pibrac dans l’oreille.

*7- J’avais deviné que c’était elle, répondit-il.

4* e LIVRAISON.

Madame Catherine était de mauvaise humeur; elle avait la lèvre retroussée, les sourcils froncés, et elle aborda sa fille en lui disant :

— Il fait bon être jeune et belle comme vous, ma mie, et n’avoir pas d’autre souci que celui de s'attiffer du soir au matin, n'est-ce pas?

Marguerite salua sa mère d'un sourire charmant.

— Quand je serai reine, dit-elle, je me mêlerai des choses de la politique, madame.

— Vous serez reine bientôt, ma fille.

La jeuue princesse tressaillit et fit un mouvement sur son siège.

— An ! dit-elle, ce n'est point décidé encore, je suppose.

— C’e6t décidé, répliqua froidement Catherine, la politique le veut.

La princesse devint pâle et murmura tout émue :

— Ainsi il faut que j'épouse le prince de Navarre?

— Il le faut.

— Quelque ours mal léché, sans doute, poursuivit Marguerite d’un lui boudeur; un montagnard, uu prince qui sent l'ail et l'oignon.

— Péronnelle 1 murmura Henri de Navarre avec dépit.

— Et que je m’en aille vivre à Pau ou à Nérac, dans un vieux tulais vermoulu où le vent pleure sous les portes, où (a pluie passe au travers des toits...

— Ma mie, dit sèchement la reine, avec ies beaux écut

ÎO .

LA JEUNESSE DU illil Itl.Mll.

d'or «lue le roi Charlrs, voir* fière, v«w» baillera <*n dot, le prince, votre époux, rcl«àtira son château de Nciac.

Mai:-- Margcrite, pi u sensible à cette promesse, «ontiii lia : — VivicaNerac, au milieu de femme» et d'homme* qui vont au prêche 1

— On «on» |i ra bâtir une chapelle catholique.

Et la Mue .mompfgna œ * U' 0 *" d’un sourire qui donna lort à pciuer à Henri de Navarre.

— Oh! «>li ! m? dit-il, uni -ce que madame Catherine ne voudrait uie donner sa fille que pour meconveilir au eiihoiiciMDe?

Marguerite reprit :

— Les L'eu» de peu et le» gens de rien se marient à leur gré...

— Il n’en est pas de môme de» prince*, ma fille.

— Et je suis convaincue que ce prince de Navarre me déplaira affreusement.

— Je n'en crm» rien, ma fille. S’il ressemble à ton père...

— Eh bien?

— Vous le trouverez charmant.

— Venue- saint-gris! murmurait Henri de Navarre, je prouverai bien h madame Maguerite que j’en vaux un autre. Je ne dois pas être plus mal tourné que... M. le duc de Guise.

En songeant au dur. de G lise* le prince éprouva un véritable malaise, et il regarda U belle Marguerite.

— Corbleu! se dit-il, Ma beau e»t un Iklle menteur, en vcrnél

El, se retournant vers M. de Pibrac, il lui dit brusqueiii'-nt, quoique à «ois basse ;

— Avez-vous vu M. de Gui-e?

M. »b- Pibrac n’avait point eh» préparé à celte brtiuiuo interpellation, et « lie le fit UikMimr c<>muie le son d’un clairon fait tressaillir un vieux de- trier de bataille.

— Pourquoi Votre Altéré me demande-t-elle cela?

— Parce que... on dit...

— Cbctl monseigneur, fit le capitaine, nous en cause' ions un autiv jour...

Madame Cal hernie continuait ;

— Je viens de recevoir uue lettre de la reine de N tvarre

— Ah!

— La reine m’annonce qu’ello arrivera à Paris sous cinq ou six semâmes.

— - C’est Inen prompt...

— Et qu’elle sera accompagnée de son fils...

— Madame, dit Marguiril*-, je me pbrrai, puisqu’il le faui, aux exigences de la politique; mai»... d’ici là...

La princesse s’arrêta.

— A"li(;vez, ma fille, dit la reine.

— D'ici là, continua Marguerite, je vous serai bien , recoi naissante de ne plus me parler de la reine de N i- j varie ru de son fila en gros pourpoint de bure...

tfrdilï eut un mouvement d'impdtieuce :

— Je porterai de la soie, ma une, pensa- Irij, et... nous i Virriqis...

Margm rite allait sans doute continuer à gloser sur le P* ince de Navarre qu elle ne savait pas si près d’elle, lorsque la j«irte a'ûuvrtt d-î nouveau, lin pige entra. Ce pgo, Heurt le n connut. Celait ce joli Haoul qui l'avait mtioduit une heure auparavant.

— Que veux-tu. mon mignon I demanda la reine.

— Madame, répondit Itaoul, messire Reue le Florentin désire être iutiuduit auprès de Votre Majesté.

— René 1 s’écria la reine dont le visage rembruui se dérida.

— Oui, madame.

— Il e»t doncanivé?

— Il ariive.

— Fai» entrer, Haoul, fais entier 1

l.e page souleva la portière, et René le Florentin entra.

René était couvert de poussière; sa collerette état G ipée, son pourpoint sale, ses hottes crottées, la plume de son fœu Ire tordue.

il avait la mine allongea et l'air piteux d'un homme qui a été battu.

— Juste ciel 1 hV-cria la reine Catherine, comme te voilà fait, Ri-nel d’où sors-tu?

— Je sors de prison, madame.

— De unsrtn ! exclama la reine.

— Oui, madame, et c'e>l & ne pas croira qu'eu phone France, à quai ante lieue» do Paris, un homme que Votre i M.iin-té honore de sa protection, tombe aux mains «le deux gentil-hommes de province et d'un cabaretier, S4>it foule aux pied.-, garrotté et enfermé dan» une cave, où il a failli mourir <iu faim et de soif.

— Tu rêves, IL lie.

— Je lie rêve pas, madame.

— Mai» ce» gentilhomme» savaient-ils ton nom ?

— Je le leur ai dit, je le» ai même ntm-acé» de la colère de Votre \lajH»le.

— Ei il» ne sont pas tombe» à te» pieds?

— Il» m’ont roué de coup».

L is I de Catherine lança de» flamme».

— Eb bien! dit-elle, si celd e»t, René, lu peux être tranquille, tu sera» vengé!

— Hriu l fit le prince de Navarre dans sa cachette.

— El ces gentilshommes seront [tendus 1 ajouta Catherine.

Le pnnee était brave, et cependant il eut un léger frisson et se» cheveux se hérissèrent...

M. de Pibrac était loin de se douter que 1rs g«ntilshoimm-s que Voulait faite pendre la reine Catherine étaient en ce moment, l’un auprès de lui cl l’autre dans sa chambre.

Cependant la menace de la terrible souveraine lui **• éprouver un malaise identique u celui que resseDUn Henri >te Navarre.

— Venez, monseigneur, lui dit-il, nous causerons plu» à notre aise dans ma chambre.

Ma. lame Marier te avait changé de place, le prince ne la voyait plu-. Le fut peut- être à cause de cela qu’il se laissa entraîner.

Il» sortirent donc du conluir secret et rentrèrent «taule chani re du sire de Pibrac.

N è sYtail as»is au coin «lu feu, avait posé ses pie u ! sur le» chenet», et, un livre à 1a main, il attend » i • prince et son conducteur.

En le» voyant reparaître, il se leva.

— Est ce que, demanda-t-il, je ne pourrais pas a«»»st voir un peu madame Marguerite?

— A votre aise, répondit Pibrac.

Il lui montra le couloir et lui dit:

— Marchez sur la pointe du pied. Un rayon «le lumière vous guidera cl voua appliquerez votre œil ao trou. Seulement, prenez garde... Au moindre bruit, vous éveilleriez l'attention.

Henri se prit à rire :

— Et tu verras un personnage, dit-il, que tu t'attend, peu à trouver au Louvre, je crm».

Ni ê parut étonne, et M. de Pibrac fixa ses yeux sur I ;

1 prince comme pour avoir l'explication de ce» paroles.

— Tandi» que Noé regardera c< Ile qu'on me destine I pour femme , répliqua le prince, je vous coulerai une ! aventure qui nous est arrivée...

1 — Quand?

— il y a trois jours.

— Ou ci la?

— Entre Blois et Orléans.

Nué «engouffra dans le couloir et disparut aussitôt.

Alors Hem i vint s’^wooir dan» le fauteuil que sonaui avait quitté et regatda M. de Pibrac en riant.

— J'ai eu uiaiile a par tir avec René le Florentin, dit-il.

M. de Pibrac fil un lia* t-le-curps et hissa tomber le; pincettes avec lesquelles il attirait le Jeu.

Henri continua froidement:

— Ni é et moi nous sommes les gentilshommes dont i pat le Roue, et que madame Catherine veut faire pendre.

LA JKTTNF.SRE DU ROI HENRI.

Ce-Hift rniers mut» émurent si fort le digne gentilhomme qu’il oublia de ramasser ses pincettes.

— Comment! monseigneur, s’ecria-t-U, c’est tous!

— C'e#t nous.

— Ah! ciel! mais ▼nus éles perdost...

— Allons donc! fit le prince en riant.

— Monseigneur, dit gravement M. de Pibrac, permettez- moi ne vous dire franchement ma pensee: il validait beaucoup mieux avoir |iour ennemi- (électeur pa- I -tin, fenipereur d'Allemagne, le r«»i d'Angleterre et le roi d'Espagne réunis, que René le Florentin tout seul.

Et .'I. de Pibrac prononça ce* mots avec un accent si convaincu, que le prince en lut !ui-mèmeemu.

— Bah! dit-il, madame Catherine n’a point qualité pour f..ire |*eudre un piiuce de Navarre.

— C’est juste,..

— Et l'eut-elle, peut-être y regarderait-elle A deux f<> s avanid accrocher au gibet Je futur époux de sa file.

— Ce que vous dites là, monseigneur, est plein de Irns...

— N’est-ce pas T

— Seulement cela ne prouve absolument rien, monseigneur.

— Vous cmvez?

— Oh! j’ensuis certain.

N« ê r parut en ce m ment:

— Ah I dijble! dit-il, j'ai v» madame Marguerite, mais j’ai vu aussi une bien vilaine ligure...

— Renc?

— Et vous aviez raison, Henri, je ne m'attendais pas . à le trouver au Louvre.

— Eh bien ! dit M. de Pibrac, il y est et je suis plus nnl>;irra«térie votre présence ici que de la sienne.

— \h ! par exemple!. ..

— M Miseign. tir, reprit le capitaine, quand on a René pour m m in*, il faut s'attende à tout. Si Rem; vous rencontre, d vous fera arrêter. Alors vous serez bien fonte de trahir votre incognito pour sauver volie tête.

— - D aide' je n’avais point p*-nse à cela.

— Et quand il saura qu’il a eu affaire au roi de Navarre, sa hame croîtra au lieu de diminuer.

— Pourquoi doue?

— Parce que vous êtes huguenot et que la reine Catherine abhorre les huguenots. Or, René et la reine, rVst tout un. Pour plaire à la Itme, R. né mettrait le < .1 .m palais des papes, et pour plaire a Rene, Ja reine Vêlerait le Louvre.

Excusez-moi, monsieur, interrompit Noé, mais je uis un pauvre gentilhom me de campagne et je ne com- >r»nds p is i< s chose* subite* que vous nous déduisez.

M. de Ptluaceul un sourire énigmatique.

— La reine, dites-vous, hait les huguenots?

— Elle les exècre.

— Et cependant elle veut mariersafllleà notre prince |ui va au prêche.

— Monsieur, répliqua M. de Pibrac, permctlcx-moi l’ouvrir une parenthèse.

— Faites...

— Madame Jeanne d'Àlbret, reine de Navarre, a né- ; »cié le nia> mge du prince son fils avec uiadime Marîm ntr de France, et la reine Catherine, d iris -a pohünu tortueuse, a jiensé que re mariage pour il conduire . bonne fin ses plans ténébreux.

— Bon ! après ?

— Madame Jeanne d’Albret s’est souvenue de moi et elle a eu raison. Elle m'a adresse Monseigneur, me chargeant de lui ser vtr de guide a la cour de France. La i eioe de Navarre est la souveraine de mon pays; je suis R un-aïs au fond du cœur, et je ferai ce que la reine a voulu. Ma*...

A ce mais, Henri leva la tête.

— Mais, acheva M. de Pibrac, la reine ne m’a point fait l'honneur de me demander mon avis relativement A ce mariage.

— Eh bien! dit le prince, qui avait écouté attentivement, si je vous le demandais, moi?...

— Je répondrais franchement à Votre Altesse.

[ — Paries, en ce cas.

— M>>u«eignenr, dit M. de Pibrac, un pri ice de votre ; gang doit prendre chaussure à son pied. Pardonnez-moi ; la comparaison, je vous en prie.

— Oh! oh! monsieur de Pibrac...

| — Votre Altesse m’a demandé mon avis, le voilà.

Quand on doit être roi de Navarre...

— Hum ! fit le prince, qui s’approcha de la croisée et jeta un mélancolique regard sur la Seine, qui sait!

Et, comme si une lointaine révélation de l’avenir se fût faite en Mm esprit, il répéta :

— Qui sait?

Puis, regardant M. de Pibrac:

— Eh bien ! dit- U, que fait-on quand on doit être roi de Navarre?...

— Et qu’on est huguenot, ajouta Pibrac. on prend une femme de sa re igion, on restaure son château de Cn.irasM* et w*n palais de Nt-rac, et on ne S mge point à venir i loger au Louvre, qui est une habitation malsaine et où, à chaque pas, un homme peut glisser au fond d’une ouhliettc.

Ht-nn demeura pensif un moment et garda le silence.

— Monseigneur, reprit le capitaine gascon, je vous ai dit mou avis, voulex-vou* on bon conseil?

— Dites, monsieur de Pibrac.

— Enveloppez-vous dois votre manteau; il est nuit et la nuit tous tes chats s- mt gris, et tous les gens couverts de manteaux se ressemblent.

— Ces l assez vrai, cela.

— Gagnez l’hôtellerie où vous êtes descendu, faites , Filter vo< chevaux, et d’ici à demain, mettez trente lieue* entre Pari» et vous.

— Vous me corneilles donc de retourner en Navarre?

— Oui, monseigneur.

— Ma * .. la renie, ma mère?

— Vous lut direz que vous avez vu la princesse Marguerite et que vous lui avez trouve une verrue sur le nez, ce qui fait quMIe ne vous plaît pis.

— Ma foi! murmura Noé, qui était d'un assez grand lion sens à l’occasion, M. de Pibrac pourrait bien parler d’or...

Henri demeurait pensif et baissait la tête.

Tout & coup il ouvrit la croisée aux vitres de laquelle il avait appuyé son front, et il plongea sa lêle brûlante dan* l’air de la nuit.

Le Louvre étut enseveli dans les ténèbres, et la Srine roulait son flot bonrlietix; mai» çà et la. à l'entour, brillaient de» loin ères aux crois» * s dea maisons voisines et un murmure confus s’élevait au-dessus .le 1 a grande ville, sur laqnell • pesait un ciel orageux et noir.

Pendant quelques minutes, lu prince demeura penché vers la rivière, puis il releva la tête et regarda le ciel.

Une clore scintillait à travers les nuages, et sa clarté étincelante attira le regard du prtoce.

Soudain, il se retourna et du :

— Monsieur de Pibrac, vous êtes le second Béarnais 1 qui, aujourd'hui, m’ait tenu le même langage; et, selon 1 ordre ordinaire des choses, votre langage doit être la sagesse, mais...

A hid tour, Henri s'arrêta, et de nouveau il regarda

l’étoile.

— Mais, reprit-il après un silence, voyez celte étoile qui brille au ciel! je crois que c’est la mienne.

— Elle apparaît au sud-ouest, monseigneur, du côté ! de la Navarre.

— Elle va monter & l’horizon, répondit Henri, et elie plan* ra sur Pari-.

* Et comme ni M de Pibrac* ni Am&ury de Noë ne paraissaient comprendre, le prince ajouta :

— Une voix mystérieuse vient de s elever au fond de mon cœur, et j’ccoute celte voix qui tue dit : a II faut que tu épousé» la princesse Marguerite de France,, non i parce qu’elle est belle, non parce que tu l’aimeras ou qu’elle tannera, mais parce que les grandes destinées /accomplissent à travers les obstacles. »

j En parlant ainsi, Henri releva fièrement la tète, b j porta en amère, et il eut en ce moment une telle ex-

pression de majesté, que M. de Pibrac et Noë en furent pour ainsi dire éblouis.

Le silence régna une fois encore parmi ccs trois personnages.

Enfin M. de Pibrac prit la parole :

— Monseigneur, dit-il, les paroles de Votre Altesse m’ont clos la bouche. Je ne sais quelle sera votre destinée, mais je viens de lire dans vos veux que vous serez un grand roi. Cette étoile nui brille au ciel est la vôtre, dites-vous? Eh bien 1 regardez-la... suivez-la... n’écoutez d’autres conseils que les siens... les hommes qui croient en leur étoile sont des hommes forts I

— Vous avez raison, Pibrac, répondit le prince. Il y a une heure j'étais un enfant et je ne songeais qu'au plaisir, maintenant la sombre divinité qui préside à ta politique vient de m’apparattre et le livre de l’avenir s'est entr’ouvert pour moi. La colère de René, la rage de madame Catherine, rien de tout cela ne m'atteindra. La dague oui doit me tuer n’est point forgée encore...

Et quand il eut ainsi parlé, le prince vint se rasseoir, et comme M. de Pibrac paraissait soucieux :

mm A quoi pensez-vous donc? lui dit-il.

— Je cherche en ma cervelle, monseigneur, un moyen «l’apaiser la colère de René. Si la morsure dm vipère n’est pas toujours mortelle, du moins elle produit une enflure douloureuse. Vousètes à Paris incognito. Si vous ne voulez vous trahir, il faut calmer le ressentiment de René.

— Est-ce avec de l’or?

— Non.

Le prince regarda son jeune compagnon :

— Faut-il que Noë lui fasse des excuses?

— Encore moins...

— Eh bien! alors?...

— La peur éteint la colère des lâches, dit M. de IV hrac. René est le favori de madame Catherine, mais si vous étiez sous la protection du roi...

— Dame! murmura Noë, ceci serait assez ingénieux Seulement, comment le roi prendra-t-il tout à coup sous sa protection des gens qu’il ne connaît pas?

— Monseigneur, vous savez qu’en notre pays les idées sont plus communes que les écus.

— C’est bien vrai, monsieur de Pibrac.

— j'ai une idée.

— Est-elle bonne ?

— Je le crois.

— Et... cette idée?

— Vous allez sortir du Louvre et vous regagnerez votre hôtellerie..

— Très-bien.

— Dans une heure vous recevrez la visite du page Raoul, qui est mon ami.

— A merveille 1

— Raoul sera suivi d’un valet aui vous apportera des habits de cour. Vous souperez et ferez votre toilette de gala.

Henri regarda curieusement le capitaine des gardes.

— Il y a bal au Louvre ce soir. Le roi traite et festoie M. l’ambassadeur d’Espagne. On dansera toute b nuit. Votre Altesse connait-elle un jeu du pays de Touraine qu'on appelle l'hombre?

— Parfaitement.

— Et le prince y est de première force, ajouta Noë.

— Alors tout est pour le mieux. Je vous en dirai plus long ce soir. Maintenant regagnez votre logis, attendez Raoul et suivez-le aveuglement.

Le prince et Noë s enveloppèrent dans leurs manteaux, et M. de Pibrac les fit descendre par un petit escalier qui conduisait à une poterne donnant sur la rivière.

— A ce soir, leur dit-il.

Henri et Noë s’en allèrent le long de la rivière, et quand ils furent À une certaine distance du Louvre, le premier dit tout ba» : — Il parait que décidément Maliean était bien renseigné louchant madame Marguerite.

— Pourquoi donc alors, demanda Noé. voulez- vous l’épouser, Henri?

— Parce que les princes ne se marient pas comme les gens de peu, afin d'avoir des enfants... Je te l’ai dit tout à l'heure, je commence à mordre à la politique.

— C’est un fruit vert, Henri. La pomme de l’amour esf plus douce.

— Je ne renonce point à celle-là.

— Ah! vous songez toujours à la belle argentière?

— Tonjours.

—Et par conséquent vous oubliez la lettre de Corisandre.

— Noë, mon mignon, 1a belle argentière m'aimera en dépit de Corisandre.

— Bah! vous croyez?

— Et il m’est passé une drôle d’idée en tête tout à l’heure.

— Laquelle?

— C’est de me faire aimer de madame Marguerite, qui prétend que je suis un ours mal léché.

— Noë éclata de rire et prononça un seul mot :

— Iieyain !

— Noë, mon ami, dit le prince, quand je serai roi, je te ferai pendre,

— Pourquoi, monseigneur?

— Parce que tu médis de la reine de Navarre.

Noë se tut, mais il continua de rire sous sa moustache blonde, et les deux jeunes gens arrivèrent sur le pont Saint-Michel.

— Ah ! parbleu! dit Noë, la nuit est noire, et puis ce bandit de René doit être encore au Louvre.

— Qü'est-ce que cela te fait?

— Je vais coller mon œil aux vitres de sa boutique.

— Pourquoi faire?

— Pour revoir la belle Paola.

— Mais, Noë, mon m<gnon, dit le prince, tu veux donc que nous soyons pendus? Après avoir mis ce damné Florentin dans une cave, tu veux lut séduire sa fille?

— C’est précisément pour n’ètre point pendu, répliqua Noë.

Et, sans attendre une uouvelle question du prince, >1 s’approcha de la boutique.

L’obscurité régnait sur le pont. La boutique était

écairée.

La belle Paola était assise au comptoir; devant elle se tenait Godolphin, cet être chétif au regard indécis que maître René avait commis à la garde de sa fille.

Godolphin avait un manteau sur le bras et son chapeau à la main ; il causait avec Paola, qui paraissait l'écouler avec une grande indifléreoce.

Noë se recula vivement.

— Retirons-nous, dit-il, il va sortir.

Et, en eflet, à peine les deux jeunes cens s’étaient-ils écartes de quelque pas que la porte de la boutique s’ouvrit. C’était Godolphin qui sortait.

— Vous allez fermer la boutique, Paola? dit-il.

— Oui, répondit la jeune fille.

— Je vais chez le drapier qui m’a promis le justaucorps de votre père pour ce soir.

— Mon père ne viendra pas ce soir, dit Paola. Il n’est point arme, i ne viendra que demain.

— Très-bien! murmura Noë qui entendit ces mots.

— Au reste, ajouta Godolphin, je ne serai pas longtemps.

— Prenez votre temps, fit la jeune fille d’un ton moqueur. Je ne soupire point après vous, beau Godolphin.

Le jeune homme soupira et s’en alla d’un pas brusque et saccadé.

— Voilà, dit Noë tout bas, un rival qui ne me fait pas grand honneur.

Il suivit des yeux Godolphin, qui disparut h l’extrémité du pont, et, serrant le bras du prince:

— Henri, lui dit-il, faisons alliance.

— C'est fait.

— Je vous servirai pour la belle argentière.

— J y compte bien.

— Et vous m'allez laisser en téie-à-téte arec la jolie parfumeuse. Rentrez à l'hôtellerie, je vous y rejoindrai.

— Mais, malheureux, dit Henri de N-tvarre. René va »enir.

Le roi s'ennuyait aveo la reine, qu'il trouvait trop triste. (P. 34.)

— Bah!

— Et nous ne sommes plus dans une hôtellerie de province. La Seine coule sous le pont, et l'on se noie dans la Seine.

Et Noë, abandonnant le prince, s'approcha de la boutique. Paola en entr ouvrait précisément la porte pour respirer l'air, peu soucieuse de mettre à profit les recommandations du jaloux Godolpliin.

A la vue d’un homme qui s’avançait vers elle, la jeune fille fit un mouvement de retraite. Noë en profila et entra résolûment en ouvrant son manteau.

Paola reconnut le beau gentilhomme qui prétendait connaître son père, et elle se prit à tougir.

— Excusez-moi, mademoiselle, dit-il, je viens un peu lard, mais je suis un gentilhomme de province et j'ignore les usages... Brrr! ne trouvez-vous pas qu'il lait froid?

Et Noë poussa doucement la porte de la boutique.

— Mais, monsieur... dit la jeune fille.

— Excusez-moi, j’ai oublié quelque chose ici, tantôt.'

— Vous avez... oublié... et quoi donc, messire?

— Oh l dit Noë en lui jetant un regard, une choee que vous pouvez me rendre... Et il poussa le verrou de la porte que la jeune fille avait déjà fermée.

— J'ai oublié mon coeur, acheva-t-il.

— Monsieur ! fit Paola qui essaya de prendre un ton aévère et rougit plus fort.

— Mademoiselle, dit rapidement le jeune homme, je ne vous retrouverai peut-être jamais seule, et il laut

absolument que je profile de ces quelques instants... Je suis gentilhomme... ne craignez rien...

— Enfin, monsieur, lout gentilhomme que vous êtes...

— Et je vous aime, «jouta-t-il.

La jeune fille jeta un regard inquiet sur les vitres de la boutique qui n’élaient point encore pourvues de leurs* voleis : — On ! mais partez, dit-elle, si Godolphin revenait.... mon père...

Au lieu de partir, Noê tomba à genoux et la regarda :

— Vous êtes belle ! murmura-t-il.

— Mon Dieu I mon Dieu ! dit la pauvre fille d'une voix tremblante, si mon père... Et relevant le jeune homme:

— Au moins, dit-elle, ne restez pas là, on vous voit en passant sur le pont, venez ici...

Elle ouvrit la porte de cette arrière-bon tique où elle se tenait d’ordinaire, et qui était un joli petit réduit aussi luxueusement meublé que l'oratoire de madame Marguerite de France. Puis, prenant la main de Noë, elle l'y attira doucement et laissa retomber une draperie entre eux et la boutique. Noë se remit à genoux. Paola tremblait bien un peu, mais son cœur battait d’une douce ivresse, et en voyant un gentilhomme à ses pieds, l'ambitieuse tille avait fini par oublier ses terreurs.

Cependant comme elle était femme et que dans la défaite les femmes veulent toujours paraître victorieuses, elle lui dit, essayant de rendre son intonation plus sévère* encore : — Savez-vous bien, monsieur, que vulre audace est inqualifiable T

Digit

— Je tons airn*... rtp^la Nné.

« lui prit la main et la po(t» à sr* livres.

— .Mai- luy. i donc ’ diMdle emore, tandis qu’elle Iflis'air sa main dans la main de Noê, luyet...

Mais No* «l'eut pat le temps de répondre. On frappa rud. tm-ril a la porte de la boutique.

— Mon Dieu ! lit Paola p!Ui*sant.

— Paola? Codolphin? disait une voix au dehors.

— Mou p*r«! exclame Piola éperdue. S’il vous trouve ici, il von* tuera! — El du regard, elle cherchait un endroit où cacher le beau gentilhomme. — 1-è... I*— ditelle tout à coup, mettez-vous là...

Elle indiquait la porte d’une petite pièce qui lui servait de cabinet de toilette. Et comme Noê n’allait pas a»sct vite, ellf l'y pnuvut ut ferma la porte eu lui disant :

— Ne bougez pas! mon père vou> tuerait.

Puis elle a-M ouvrir au terrible favori de In reine-mère.

Paola, loute tremblante encore, lira le verrou fermé par Noê. Elle était fort |4le, et si René avait joui de son calme mbnuel, peut-être eût-il remarqué en elle tin trouble inusité. Mais René était de méchante humeur, «i il se contenta de «lires a*»ej brutalement A aa fille : — Vous do. niiez donc, que vous vous preatiei si peu de me venir ouvrir ?

— Je «i r * donnai* pas, répondit Paola, qui remarqua la toiL-tte fripée de Min pire.

— Alois pourquoi voua enfermez-vous?

— Parce que (jodolphiu est sorti.

— El ou e>l-il ailé, ce coureur, ce vagabond, ce mendiant? exclama le .lorenlin.

— Chez le drapier, chercher votre jushucurpsde gala.

Rene SH débarrassa de son manteau, jeta soit feutre fur un si'ge et entra dans le joli léduiidu «a fille.

Paola eut on allfu» baiteumtit de cœur, m.ds hleniftt elle parvint à *e undlnser, et, comme son père s’étaii jele sur un dé|r, elle s’hsmI en fit«i de lui et ro-.la r tnégarde son :anteuil devant la perte du cabinet où . iô Mllt blotti. René voiuit deux ou trois puons, grom- IMIU quelque* mots sans suite, puis regarda ** fille.

-- Peste! dit-il, vous êtes toujoura vèiuc comme une pniu-esso. ma fille. Est-il besoin, pour vendre des odeur* vt du- parfums, d’être ain-i allifee?

— Mon peu*, répondit Paola, préféreriez-vous que je fusse vêtue comme une mendiante?

— i ouirne une nj-ntia-ne, non ; mais suivant votre rnndit<on... J»* suis un parfumeur, moi , voilà tout.

— Tiun Par** sait que vous êtes lelavori de la reine.

H ué h au «sa Ica épaule*.

— QoW-ce que cela prouve? fit-il.

— Qn- vous l'énêirez chez elle à toute heure, continua Paola.

. — J eiure citez ia reine comnm son parfumeur.

— El son confident, mon père. Voudria z-vous dr<nc que |. bourg*- ni* •!*» Paris et les gentitsbomm»* qui pas* ni?..

O I4»*t» île gentilhomme lit bondir le Klorenii'i.

— Que p.trlez-vous donc «b* genti 'homtries? lit-il; les gqilildioinm»-» n'ont rien à dénuder avec voua.

— i^ pm ianl voua prenez cette qualité, observa Pao n d’un Ion 1er me.

— Eli ! qu'importe!

— El. vou* *av«* bien que vous Aléa riche, mon père, très-riche. pie»qu» autant que le roi.

— Tai'-tni, malheureuse 1

— Au ben d« p«î**»ler à tenir boutique, comme des gnns qui ont besoin de travailler pour «ivre, iniyiquif n’achrlon»*iioii* point un hôb-l, n'avoiis-uoiu point di> laqiMλ? Pourquoi ne nie mariez-vous point à un »*!gneur*...

— miU! lu Christ! exclama René, mai» tu veux donc tili-r Ion père, malheureuse enfant ?

Ces mot' et- happé» à René jetèrunt la jeune fille e» aii|K stupéfaction profonde. Elle regarda le Florentin, e* sa ya île rom prendre et n’y put parvenir. Sans doute qu* René s’aperçut qu'il avait été trop loin et que ce* la*

绫n« de brutaliser sa fille ne triompheraient point de son obstination II changea de ton tout k coup.

— Pardonne-moi, dit-il en lui prenait la main. J’ai l’air d’un père barbare qui sacrifie son enfant... El cependant...

Cet homme, qui avait un cœur de tigre, éprouva un moment d’émotioii ; il regarda Paola, et de» larme* roulèrent dan* ses yeux.

—El cependant, reprit-il. Dieu m’est témoin que je te voudrais voir au lir-s d'un seigneur qui l'appoiletad un vieux nom bien noble en échange de l'or que je b donnerais; qu’en place de te voir assise derrière ce misérable comptoir... je te voudrai* en un somptueux logis, au milieu aane légion de valets, vêtue de soie et cminsfe de fines d-nfcles... Car lu es belle, ma Paola, je suis riche, et je n aune que loi en ce monde... Mai»...

— Eh bien ! dit Paola, pourquoi ne le vouiez-vous point, mou père?

— Parce que le jour où cela arrivera, reprit lleué d’un air sombre, j« mourrai.

— Ciel I que dues vous ?

Le Florentin piit sa fi le sur se* genoux et ajouta :

— Ecoute- moi, Paola, tu ne crois peut-être pas à J'influence des astres, toi?

— Oh ! non. r* pondit-elle.

— Aux prediciious de» bohémiens?

— Encore moins. Je su»* chrétienne, dit Paola.

— Moi aussi, dit René, mai» j’y crois parce que cela est. Il y avilit un b I accent do conviction dans ce que disait le Fioicntin, que lu jeune fl lu soupira, mais n’osa plus le contredire. René continua ;

— Dans ma jeunesse, j'étais un enfant du peuple, un petit mendiant qui fai>ab de» commission! et parlait lea paquet* et h-s valise» dns voyageurs dan* Florence pour deux ptioli. llu jour, une vieille glana, qui dis ut In bonne aventure au coin d'une rue et à qui je ti'flùi- I r main, eu examina les ligne*, et je la vi» ircaaaiMir >oul H coup, puis elle examina le ciel, qui était en ce moment couvert de nuau- », e , du ciel, se* regards »e reporlèreni sur mon vidage, a One vn»-tu me prédire, vieille sorcière? » lui demandai-je en riant, cnr alors j’étais comme toi, Incrédule, ma tille. Elle m>titr<dni à l'écart et inédit j ■ Tu fera* mie grande fin lune, lu auras plus d’or qu'un prince, tu seras noble et tu deviejf dras le favori d’une des souveraine* le» plus puta»«uU-* du monde. On tremblera devant toi, cai tu sur i*, nu pouvoir immense. — Et... serai -je hem eux? *» lui demandai-je. Elle ferma lo yeux diurne si elle «Tit voulu tire au dedans d'elle -môti.e. ■ Je le vois dans bien .lus

nuées d’ici, dan* une grande vide, vers le nord, t.’est ' q< e tu scia* puissant, me du . Ih ; tu e* a la lois Mutiilund et grand «eigoeur. — Kt je *ui* heureux ? — Josque-U, oui. — Qui doit être eau*** de mou malheur? — line femme. Celte femme sera la fille, el elle causera la mort le jour où lu ce»*eras d'être marchand et où ni u épouaem un g' ntilhmnm*- » Tu lu vois, acheva René •l'un «ù Mimbre, c’est p»rce que je ne veux pas mou»ir que je garde celte boutique que... tu n'épou*eras point un geniilhoinme.

— Mais, mon père, dit Paola, la bohémienne s’est I rongée péotètn.

— Non, car tout ce qu'elle m’avait prédit s’est réalisé. Paola bai".< la lôte, et une larme gli*»a de >e» long» cil» sur sa main.

— Comprends-tu, maintenant, poursuivit le parfumeur, pourquoi je veux que tu reste» ici, pourquoi j’ai ■ nmrniN liodoiphm i ta garde ?...

— Oli ! GoOolphin, dit Puola, je le hais.

— Moi aumu. murmura lU ri*», uni* j’di lu dan* le* astres que ai (mdolphin meure j»i pt’itir.n ma puisoaiire.

— Mon Dieu ! mon Dieu ! lit Paola avec d<»*u»poir, car Ile « niiiprciiail que la superstition de son père était un •■bslacle inlram hi»*able.

— Allons I dit le parfumeur qui redevint brutal et grondeur, au lieu de pleurer, pente miIIi-, va lajre les neres et le coucher. Mo», je vais endos*, r mou babil m g*la et me remua au LuüVie.

Hune *n leva «l moula gu premier ctagr pour s'habiller.

Prompt comme l’éclair, Puoh courut à la porte du | cabinet de toilette Elle allait «mis doute Couvrir pour délivrer No6 et le f:»ire sortir précipitamment. Mai- au ; même instant, on frappa à la porte de la boutique et la voix de Gndolplmi cria au dehors : — C'e-t moi, Paola 1

— Mon Dieu! murmura ta jeune tille, je suis perdue ! Elle ouvrit à Godulpliiii.

Le bizarre commis de luai're Hem* apportait l’hohit.

— Mou père est lt<lnnt,(|il l'aolu; monte-foi ton habit. Mais, comme si tout eût conspiré pour retenir N> ô prisOliobT, Mené redescendit — Dnime-le-moi, dit-il. .Mets tes voleta a la boutique et couche loi.

Dix heures sonnaient à S oin tieriii.iin-l'Aiixerrois. Mené endo»a son pourpoint h<’»f, ap -la moi épée, prit son friiire et son muuu .m, et sortit après avoir >a tille un, front. Gudoipliiu exécuta h soi dre» de mjii maître, ferme soli lem- ut la boulopieet poussa tous les verrous.

— O ciel ! pensait l'uob, ce gentilhomme va-t-il donc pa>s**r l i mut in T

Godoiph h retira de dessous le comptoir un matelas et les couverture* qu’il étendu sur le sol.

— Bonsoir, Punie, dit-il, jetant un long regard à la jeune bile.

— ÜOii»oir... dit-elle d'un ton sec.

Elle rentra dans le joli réduit, ferma la porte au verrou, iais»a retomber la lourde drapene et courut ouvrir k Nue.

— Oui! murmura tout bus le jeune homme, j'étoiillu * à-dedans t...

— Ab! monsieur! lui dit Paola, comment sortir d'ici?

— Diable! dit Noë, cela mu pin ail dit toile.

— Et demain mon père viendra... peut-être min e rentrera i -il celte nuit...

— H.di! dit Noë, ue vous inquiètes pas, je vais sauter p. r la feneiie.

— La funètre donne sur la Seine.

— Je sais nager... Avez- vous une corde? demanda lu urdi coiiipignoii du prince du Navarre.

i'.io'.a poussa un léger cri de joie que faillit entendre . idolphin — Oui ! dit elle, là-haut, dans le laboratoire. El, légère comme une biche effarouchée, «ri'.c g impa -scrflii r et en redescendit quelques minutes «piè* avec ne b> Ile corde neuve du la grosseur du pouce.

— fc.Hu est naine**, dit Noë, mais je la crois solide, l’rtola ouvrit la croisée ut le jeune homme ti*a forte-

>i« nt le bout de la corde k l'un dus goii.l» du volet.

— Maintenant, que tout est prêt pour mon évasion, il <i «erublo que nous avons liieii le temps de cau»er.

— Non ! uont lit-elle effrayée, fuyex j'ai peu?

wz-vous pas entendu mon père ?

— Gaitainamaot.

Vous le voyez, il a des idées à lui. U est superstitieux.

- Et VOU*» ?

— Moi, je ne crois point à ces sottes prophéties.

— Eli bien ! dit Nom qui osa prendre un baiser à la •me tille, aimons-nous daus l’ombre et le mystère. Vous irez que votre père continuera à bien se porter...

— Mai', monsieur...

— Ab ! dit No6 du ton d'un enfant boudeur, si vous i* me promettez pas que nous nous reverrons, j. «jante à .m*l» joints sur l'en Utilement de U croisée et de la dm* a Seine sans toucher à la corde, et je vais uie briser la tète contre une des pib s du pont.

— Mai» cVst du iléliie !... H je ne îtBI pas...

— Perniut lux-moi de revenir demain.

— Ici. .? Y pensez-vous? Mais Godolpliin ne sortira pas. — Gela m’est égal... Vous allez voir. Demain soir, quand Godolptiin sera couché ou endormi, je descends au hurd du l'eau, je détache une barque. Avec la barque, je passe sous le pont. Au niometii où je passe, vous me tendez la corde. Je ni' y cramponne et je lixe mon bateau sous le pont.

— Mats on ne grimpe point après une corde aussi faci leinent qu’on se laisse ghs»er.

— J’ai prévu le cas.

Tout en parlant, Noë portait les mains de Paola & «*» êtres et le» couvrait de baisers.

— ■ Voyous 1 achevez, étourdi ! lit-elle avec un sourire.

— J amai une échelle «h «mf*, j* r.MlacIsmrui au bout delà corde; VOUS Mucic/. la corde cl vous fixerai fé>

' à ht croisé**. Ahir- je moulu lui « liez vous aussi foci- Icmunl que si l’aval» k jravir le «nmd escalier du Louvre.

Paola paraissait hésiter encor»*.

— Voyons, est-ce convenu? (il Noë. Un, doux... Si vous in«; lais»* i compt. r jusqu’* trois, j exécute ma menace.

— Arrét-z ! dit-elle pleine d’effroi... A dciuaiu.

Il la prit dans h,*» lues et lui ih.iiua uu long baiser.

— A demain, répéta-t-il.

El, »aisi»umt la corde à deux mains et tVntourant de *fs deux jaodies croisées, il se lui sa h .rdiim ni glisser •'ans lu vide Paola eut un h irrthle hutiement de cœur pendant quelques secondes EUu vit Nue ghsvr rapidement l« long *le la cor.l**, tou li r l'eau et di- paraît te.* Altos «II** «ut peur. — S’il allait se noyer! penaa-t-êlle . Mais sa terreur fut de courte durée.

Apres avoir plongé, Nuê reparut à dix brasses plus loin et su net a nager tranquilluiin ut v**rs la berge, sur loquebe il eut pris pied au bout de eiuu minutes. Et, remontant jusqu'à la rue Saint Jacquc-, tl se prit à courir jusqu'à l'hôtellerie, où 1'a'tun .but Henri de Navarre.

• e prince se demandai; avec inquiétude si Noë u’avail P»* été surpris par lletié aux pied» de sa fille cl tue sur l'I.icu. Km le voir» lit appaiabr**, ii jeta un cri de joie qui lut bientôt suivi dun cii dVtoiii'uiiient et d’un éclat de rire. Noë, trempe jusqu'aux o», couvert de ‘ang-, »*Um dans un uiat depiombh*; mais t oui me il liait lie»-fuii, le prince crut pouvoir rire aussi.

— D’où sora-tu? et que tVt-il doue arrivé ?

— J'ai plis un bain dans la Seine. L'eau est froide..,

— H t'a jeté à l'eau?

— Qui ?

— Huué.

— Morbleu I non. C’eut moi qui m’y suis jeté tout seul, ou pmiAt j’y suis descendu avec une corde.

— Comment ceia?

— Ab! dame! moiiM'igiietir, lids;ez-itmi changer de vêlements d’ebord. Je von» u rr-rsi muu histoire après.

toî> quoique* nu*’» étaient échangé* cure lue deux jeuin s gens dans la cliaoihiequ ils occupaient à l'InWIletie,— dans laquelle, du reste, pei*pnue n’avait remarqué, ax luoinc.nl vù il traversut la cuidoe, q*.u Y ë «4«n mouillé. Il» étaii'iit seuls al pouvaient causer hbrunient.

llunri, en atUmlaui son ami, y était lait servir à dîner.

Noë su '(épouilla de su» habit* trempe*, prit une couverture, se roula dedans et viut se mobie à table dans ce costume pittoresque. Alors il coûta son aventure au piinçu eb.rlii de tant d'audace, mais plus ébahi encore des id-es &upur*’itieu»e* du maître Kené le Eioremin.

— Parbleu ! dii Henri qui se frappa le front soudain, je nu sais quel moyen M. de Pibiac a trouve pour nou» préserver d<* 1* mor»ure vemmeum de ce vilain parluuicur, mai» moi j’en ai trouvé u<>, maintenant. J'ai uu projet.

— l'eut-on le connaître?

— Non. Elus tard, d il' est point sufHsauiuieul mûri. Tu dis que Hune va au bal du Louvre?

— Il est parti.

On frappa discrètement à h porte.

— C'est e pagu H mul, *au» doute, dit h» jaune prince.

— Entrez! cria Nue, la clef est sur la porte.

Uii homme entra. Ce n élaii point Haoul. C’était une sorte de courtaud de boutique vêtu de gri», à la mine inintelligente et candide, que les deux jeum-s gnu» reconnurent sur-le-champ pour celui qui les avau introduits dans la journée chez la bulle argenture. A sa vue, Henri du Navarre tressaillit et eut uu l'UUMUientdecumr.

Le commis salua, ouvrit son pourpoint et eu retira uurt lut lie qu'il tendit silencieusement mu prince.

Huis il »alua de nouveau, cl .-e retira uv.ml que le* d* ux juuues gens Mup.*f.nta eussent songé à le retenir.

— - Peste ! ht Noë, e»t-ce que les amour» de Votre Al- U-sse ii aient aussi bon iraiu que ids udciiue*.

Henri ouvrit la lehre et lui ;

Monseigneur,

« L homme qui vous remettra celte lettre m’est dévoué

Dig

« jusqu’* la mort. Je compte sur votre loyauté pour « limier ce papier sur-le-champ.

« Il faut un bien puissant motif pour que i'ose écrire « à Votre Altesse comme je le fais, à l’insu de mou mari « qui peut rentrer d’un moment à l’autre.

« Monseigneur, madame la comtesse de Gramont, en « voua conliant une lettre pour moi, ne savait point « quelle misérable existence je mène. J’ai un mari jaloux,

« injuste à cause de cela, ombrageux et farouche. Pri- « sonnière en ma maison, entourée d’espions plutôt que « de serviteurs, je ne puis même recevoir mes amies a d’ enfance. Vous nous avez sauvés d’un danger pire que

■ la mort il y a trois jours. Eh bien! quand nous nous « sommes séparés, mon mari m’a accablée de reproches,

« d’odieux soupçons. Il était déjà jaloux de vous.

« I.e ciel a été pour moi en permettant qu’il fût ab- « sent lorsque vous vous ôtez présenté. Le vieux Job a vous a dépeint de son mieux, vous et votre ami, mais a il ne vous a point reconnus à ce portrait

a Je considère cet événement, monseigneur, comme r très-heureux, et ie viens vous supplier de ne point

■ revenir rue aux Ours.

r Je vous le demande au nom de mon repos.

r Cependant, j’ai nn secret à vous confier. Ou et com* « ment le pourrai-je? Voilà ce que je ne puis vous dire « encore, mais laissez-moi espérer que si je parviens à • vous indiquer un rendez-vous, soit de jour, soit de r nuit, vous y viendrez.

r Celle qui se dit,

u De Votre Altesse,

« La très-humble servante, r Sara 11. r

Henri lut cette lettre à haute voix et regarda ensuite soq compagnon.

— Qu'en penses-tu? lui demanda-t-il.

je pense, répondit Noê, que la lettre de Corisandre

produit son premier effet.

— Bail ! üt Henri ; crois-tu ?

— Tenez, Henri, j’ai toujours eu mon franc parler avec voua...

— Tu peux continuer.

— Si vous voulez mon opinion, je vais vous la dire...

— Je Tattcnds.

— Samuel Loriot n’est pas jaloux. Et sa femme est une fine araignée qui commence à tramer une jolie toile dans laqdelle vous serez pris.

— C’est impossible!!

— Corisandre est l’amie de Sarah. Sarah est dévouée à Corisandre.

— Mais cependant...

— Ma foi! dites tout ce que vous voudrez. Je suis comme Caton d’Ulique : c enseo delendam esse Carthaginem; ce qui veut dire, traduit librement : Je pense que fa belle Argenticre se gausse du prince de Navarre.

Henri allait se récrier sans doute: ma» il n’en eut pas le temps. On frappa de nouveau à la porte.

— Entrez! dit Noë,

Cette lois, c’était le page Raoul. Il salua les deux jeunes gens et entra. Derrière lui marchait un valet qui portait un gros paquet très-soigneusement enveloppé.

Le valet déposa le paquet sur un meuble et, sur un signe du page, il s’en alla.

Alors le page s’assit et dit : — Habillez- vous promptement, messieurs; M. de Pibrac nous attend.

Henri et Noê étaient de la môme taille, et tous deux étaient de celle du page. Ce dernier ouvrit le paquet et étala sur l’un des lits deux habits de cour complets qu’il avait pris dans sa propre garde-robe. Henri et Noê slia billèrent en nn clin d’œil, et Raoul vit bien, à la façon leste et dégagée dont ils s'en acquittaient, qu’ils avaient coutume de porter des pourpoints de soie et de velours et des collerettes de fine guipure.

Quand ils furent prêts, Raoul leur dit :

— Venez, messeigneurs, j'ai une litière à la porte.

Ils descendirent, prirent place dans la litière, et le page cria aux porteurs : — Au Louvre!

U litière descendit la rue Saint- Jacques, traversa la Cité et le pont Saint-Michel et, un quart d’heure après, elle s’arrêta à la porte du palais des rois de France.

Alors, en mettant pied à terre pour suivre le page, Henri se pencha à l’oreille d’Amaury de Noê :

— Le roi de France, dit-il, ne se doute guère qu’il va jouer à l'ôomôre avec son cousin de Navarre.

— Et René le Florentin se doute moins encore, murmura Noê, qu’il va refaire connaissance uoc noos, et que j’ai assisté ce soir à sa toilette de gala.

— Venez, messieurs, répéta Raoul en écartant lo soldat suisse qui faisait sentinelle au Louvre.

En quittant le prince de Navarre et Noê, qui s’en retournaient rue Saint-Jacques, où le page Raoul leur devait porter des habits de gala, M. de Pibrac, qui les avait accompagnés jusqu’à Ta poterne du Louvre, remonta et s’en alla chez le roi.

Le roi Charles IX était seul, assis en son grand fauteuil à dais fleurdelisé, les jambes croisées, les coudes appuyés sur une table, le menton soutenu dans ses deux mains et l’œil fixé sur un traité manuscrit de la coterie.

La salle où se trouvait le monarque se nommait le Cabiiict du roi. C'était une assez vaste pièce dont la disposition, l’ameublement et les objets divers qu’elle renfermait, disaient à merveille les goûts, les habitudes et le caractère du souverain, qui l’habitait presque continuellement et n’en sortait que pour aller à la chasse ou se promener en litière. De longues et hautes étagères en bois noirci supportaient des livres et des manuscrits» Charles IX était poète; il aimait les écrivains, H se vantail dei’amitié de Ronsard. Au fond de la salle on voyait une forge en miniature et des outils de serrurerie. Le roi était forgeron à ses heures, et nul mieux que lui ne trempait une dague on ne ciselait un heaume et une oui-

Aux murs pendaient, çà et là, des arquebuses, un pieu, un cor de chasse et des armes de tontes sortes que supportaient des bois de cerf et d’élan. Charles IX était veneur passionné. Deux grands lévriers qui ne le quittaient jamais. Ni sus et Actéon, dormaient sur une peau de loup, sur laquelle le roi lui-même avait ses pieds. Le roi lisait un très-curieux traité de volerie que fe roi de Pologne, son frère, avait fait traduire du slave et lui venait d'envoyer, il y avait trois jours, par l’occasion d'un gentilhomme ae sa maison qui s’en retournait de Varsovie en Tooraine, d’où il était.

Une lampe surmontée d’un abat jour en cuivre poli, placée devant lui, projetait sa clarté sur le manuscrit, dont la lecture paraissait l’intéresser fort.

M. de Pibrac entra sur la pointe du pied; mais si légor qu’il fut, le bruit de ses pas üt retourner la tête à Charles IX.

— Ah t c’est vous Pibrac? dit-il.

— C’est moi, sire, répondit Pibrac en s'inclinant*

— Il faudra que vous lisiez cela, Pibrac, mon ami,

continua le roi» Ce manuscrit renferme de fort belles appréciations sur la façon d’éduquer les faucons, gerfauts, tiercelets et autres oiseaux de volerie, dans le nord de l’Europe et notamment en Hongrie et sur les frontières de la Moscovie. , ,

— Je le lirai. Sire, aussitôt que Votre Majesté me fera l’honneur de me le prêter. Mais je vois quelle trouve un grand plaisir à cette lecture, et je me retire. ..

— Restez donc, Pibrac, au contraire, fit le roi.

Il corna le manuscrit à la page ou il s’arrêtait, se redressa et se renversa en arrière dans son fauteuil :

— Avez-vous quelque chose de nouveau à me conter ? demanda-t-il.

Chartes IX était nn des princes les plus ennuyés de sa race, et il passait son temps à chercher inutilement dedistractions. Jamais un courtisan, jamais un de ses gens lilshommes, un de ses pages ne l’abordait que le inonar-

3 ue ne lui adressât cette question : « Avez -vous aujourbui quelque chose de nouveau à me conter ? »

La partie du roi Chariot IX*

En adressant ces paroles à M. de Pibrac, le roi le regarda.

— Peut-être, Sire, répondit le Gascon.

Le visage du roi se denda soudain, et son œil morne eut un éclair de joie.

— Ah! ah! dit-il, se frottant les mains.

Et il indiqua un escabeau à son capitaine des gardes :

— Scyez-vous là, Pibrac mon ami, et me contei ça...

Pibrac s'assit et laissa glisser sur ses lèvres un sourire

préparatoire qui allécha sensiblement la curiosité du monarque.

— Votre Majesté, dit le Gascon à mi-voix, aime-t-elle beaucoup Rene ?

— Ce gueux de Florentin, le parfumeur de ma mère ?

— Oui, Sire.

— Non, de par Dieu! fit le roi. C'est un fiefié coquin que j’eusse fait pendre depuis longtemps, si la protection de madame Catherine ne le couvrait. Mais la rememcrc tient à lui plus qu'à moi, qui suis le roi, et si je le faisais occire, elle mettrait le feu au Louvre.

5■ ,, livraison*

M de Pibrac garda un silence diplomatique à Pendrolt de la reine-inere, car il savait combien le roi la craignait et subissait sa terrible influence.

— Est-ce de lui que vous me voulex parler, Pibrac?

— Oui, Sire.

— Pardieu ! fit le roi qui devint en belle humeur, si vous m'appreniez qu'il est mort, vous me feriez grand plaisir, mon ami. Je n’y serais pour rien et m’eo lav$* rais les mains.

— Il n'est pas mort. Sire.

— Tant pis!

— Mais il a éprouvé une mésaventure.

— Bah! que lui est-il arrivé!

— Il a été roué de coups.

— La nuit, sans doute, dans une ruelle, par des truands?

— Non, Sire, en province et par des gentilshommes.

— Voilà qui est mieux, dit le roi.

-—Dans une hôtellerie où sc trouvait couchée une famniq que le drôle voulait enlever.

» — Ah ! je comprends, c’est le mari.

— Nullement. Sire. Le mari est un gros bourgeois que René voulait faire occire.

— Qu ‘est-ce donc alors?

— Deux gentilshommes de mon pays, Sire, qui ont protégé la b« !!e bourgeoise, ont roué nioii René de coups et l’ont enfermé dans une cave. Comment en est-il sorti? fe ne sais, mais il est arrivé *ce soir de bien méchante humeur.

Le roi sc prit à rire bruyamment :

— Certes, dit-il, ces gentilshommes sont hardis, en vérité.

— Il» sont Gascon», Sire.

— Eh! continua Uttries IX, qui semblait aller au devant des secrets désirs de M. de Pibrac, je les voudrais bien voir...

— Ma loi! Sire, je venais demandera Votre Majesté la permission de les lui présenter. L’un se nomme M. de Noê, et l’autre le sire de Coarasse. Ce dernier est un joli garçon qui pourrait bien être un péché miguon de feu le nu Antoine de Bourbon.

— Bâti ! fit le roi.

— C'est un secret que. je confie à Votre Majesté, Sire.

— Je le garderai, Pibrac.

— Le sire de Coarasse, poursuivit le capitaine aux gardes, est un beau joueur, Sire.

— Ahl

— Il joue merveilleusement à Yhomfjre, et si Votre Maje.-le le voulait admettre ù son jeu, eu soir...

— Parbleu! oui! dit le roi. Tous mes gentilshommes sont des mazettes à ce Jeu. Il n'y a que vous et tuoi qui sachions le jouer. Le prince de Condé lui-méme n’y entend goutte.

Et comme Pibrac gardait un respectueux silence sur le prince, < harles IX ajouta :

— Amenez-moi donc vos Gascons, ce soir. Je m’ennuie prodigieusement, rien qu’à songer que j‘hél»erge et festoie l'ambassadeur d'Espagne. Le bal, le» bougies, U musique, tout cela me fatigue, Pibrae mon ami.

— Eh bien! Sire, Je vous promet» une belle partie d’bombre... El puis ensuite. Sire, ajouta le Gascon avec un sourire moqueur, Votre Majesté peut faire passer un bien mauvais quart d’heure à lleué.

— Comment cela?

— En jouant avec deux gentilshommes qu’il doit avoir en grande haine.

— Hé! hé! murmura Charles en se frottant les mains, j’ai bien le droit après tout de proléger des gens qui font ma partie... Ma mère protège bien oe maudit parfumeur!...

M. de Pibrac réfléchissait.

— A quoi songez- vous, donc, Pibrac? fit le roi tout à fait de bonne humeur, depuis qu'il savait que René avait été rossé.

— Je voudrais combiner la soirée d’aujourd’hui comme un rnyntire, Sire. Gauthier Garguille, qui est mon ami, ne ferait pas mieux.

— Voyons! dit le roi.

— Votre Majesté a coutume de se montrer tard aux dames de la cour.

— Très-lard, Pibrac.

— Et souvent même, je m’en souviens, c’eal ici qu’on dresse la table de jeu de Votre Majesté.

— On la dressera ici ce soir.

; — Alors, vers minuit, on ouvre les portes du fond, et Ica courtisans et les dames peuvent voir Voire Majesté en train de jouer.

— Voulez- vous que ce soit ainsi ce soir ?

— Oui, Sire, j’ai mon idée.

— O la sera» Pibrac mon ami.

Le roi frappa sur un timbre; un chambellan parut : M«>n sou (ier demanda le roi.

lût il dit à M. de Pibrac :

— Voulez vous souper avec moi?

— Votre Majesté me comble. Sire.

— Ah ! c’est que, Pibrac mon ami» je m'ennuie quand je soupe seul.

— Votre Majesté pourrait souper, si elle le voul avec la reine.

— Ma femme est triste.

— Avec madame Catherine...

— Ma mère me fatigue avec sa politique. Elle me casse la tète à coups de huguenots et de catholiques. Elle s'occupe de religion plus que le pape, et de politique plia que moi, qui suis le roi.

— Avec la princesse Marguerite et M. le duc d’Alençon...

— Passe encore pour Margot, fit le roi. Elle a quelque esprit à ses heures, surtout quand mon cousin de Guise est ici. .. mais il est à Nancy en ce moment» et Margot es! devenue insupportable.

— Mais .. le duc d’Alençon?

— Ah! pour lui, non, par exemple I murmura le roi avec humeur. Vous ne savez donc pas, Pibrac m»»n ami, que depuis que mon frere d’Anjou est devenu roi de Pologne , d’Alençon s’est mis en tète qu’il était mon successeur...

— Heureusement que Votre Majesté se porte bien...

— Peuh ! on ne sait ni qui vit ni qui meurt. Pibrac, et mon frère d'Alençon espère toujours nie voir tomber malade. Chaque fois qu'il me salue, il me semble lire dans son regard ccs mot» : « Le roi -e porte trop bien... • Si je l’invitais à souper, il serait homme à me souhaiter une indigestion. Sou pez donc avec moi, Pibrac, tous ces genslà m ennuient...

— Votre Majesté m’accorde-t-elle deux minutes ?

— Allez, dit :e roi.

M. de Pibrac courut trouver Raoul le page et lui donna des ordres concernant le nrinoe de Navarre et Noê.

Puis il revint auprès du roi devant lequel on venait de placer une petite table à deux couverts, chargée d’une soupe an lard et aux choux, —-mets favori du prince,— d uu perdreau froid, d une hure de s mglter et d’un plat d’épinards aux œufs durs. Un vieux vin de Guyenne étincelait dans un grand flacon de cristal.

M. de Pibrac était un Gascon du bon crû, c’est à-dire qu’il avait cet esprit fin, pénétrant, railleur sans méchanceté, gai sans bouffonnerie, qui charme les froide* imaginations du Nord et a lait U fortune de tous ce* hommes remarquables que le soleil du Midi a vus naître. U avait vu, chose rare! Charles IX de bonne humeur; U résolut de le maintenir en ces bonnes dispositions et il se mit lui-mème en Irais de verve, d'historiettes, d'anecdotes, de mots étincelants.

M. de Pibrac contait à ravir; il savait une foule d'histo res de chasse, de pèche, de guerre et de ruelle»

Malgré scs quarante-cinq ans, il était galant comme un jeune coq et se trouvait au courant de tous les petits scandales de la cour et de la ville. Il avuit reçu le» confidences de madame Marguerite.

Bref, il développa si bien tout son répertoire, que plus d'une fois le roi rit aux larmes, qu'il mangea et but comme un simple lansquenet et finit par dire au gentilhomme gascon:

— Ah ! foi de rot, Pibrac mon ami, vous êtes un charmant convive.

— Votre Majesté est trop bonne...

— Et vous n’engendrez certes point mélancolie.

Pibrac s’inclina. Le roi regarda le sablier.

— Tiens! dit-il» déjà dix heures! J’entends un grand vacarme dans le Louvre.

— C’est M. l’ambassadeur d’Espagne qui arrive. Sire*

— Ma sœur Margot doit être couverte de dentelles, et toutes les dames de sa cour sont déjà venues en litière, je gage.

— Il me semble, Sire, dit Pibrac, que j’entends la musique.

— .Moi aussi, dit le roi, c'est le bal qui commence. Parole de roi! mon pauvre Pibrac, ma tafere agit au Louvre comme si je n y étais pas Sans vous, je souperais seul. . Eh bien! écoulez, nous allons faire bande a part; envoyez quérir vos deux gentilshommes.

— Je les attends, Sire.

— Et nous allons faire une hotnbre entre nous, à

quaire, sans nous mêler de ce que tout el discnl Inus ces /’Spns-là ..

* * — Mais, Sire, dit Pibr&c, Votre Majesté ne peut se dis-

penser de paraître au bal.

— J'y paraîtrai. On ouvrira les portes. Je ne me dérangerai jus, le bal viendra à mot. N'esl-ce pas convenu ?

— En effet, Sire.

— Et si M. l'ambassadeur d'Espagne me veut saluer, il s'approchera de mon jeu.

M. de Pibrac se leva.

— Envojez-moi mes pages, lui dit Charles IX, je vais me faire habiller. Et puis revenez et m'amenez vos deux Gascons.

H — Je vole et reviens, Sire.

Et M. de Pibrac, qui avait donné des instructions détaillées à Raoul, regagna son appartement et attendit.

Il était près de onze heures lorsque le page et les deux jeunes gens arrivèrent au Louvre.

Déjà la cour du royal édifice était encombrée de litières, de pages, de varlets, de chevaux richement caparaçonnés. On y voyait même quel nies carrosses, moyen do transport tout nouveau inventé par la reine Catherine.

Les invités du roi an riaient en foule. Les escaliers étaient couverts d'un flot de satin, de velours cl de guipures.

On attendait M. l'ambassadeur d'Espagne, qui avait été loge au Châtelet et ne pouvait larder d'apparailrc avec sa suite.

Raoul fit passer Us deux jeunes gens au travers de cette foule; puis, au lieu de les conduire par le grand escalier, il leur fit prendre l'escalier tournant nui nu naît aux petits appartements et par lequel M. de Pibrac les avait conduits à la porte du Louvre, deux heures auparavant.

Henri et Noê entrèrent ainsi chez le capitaine gascon.

— Raoul, mon mignon, dit M. de Pibrac qui sc leva et vint & eux, tu devrais bien me rendre un service.

— Lequel, monsieur?

— Tu le faufileras dans le bal tout à l’heure, et tu verras si René le Florentin s’y trouve.

— Boni

— S’il y est, tu viendras me le dire.

— Je ny manquerai pas.

— Tu me trouveras chez le roi.

— Très-bien I

Raoul s'en alla. Alors M.de Pibrac regarda le prince :

— En vérité! monseigneur, dit-il, vou* êtes charmant ainsi, el ce justaucorps bleu de ciel vous va à ravir. Si madame .Marguerite était appelée à en juger, et quelle sût votre vrai nom, cil reviendrait bien certainement sur l'opinion qu elle s'est (aite de cet ours mai léché quelle appelle le prince de Navarre.

Henri eut un fin sourire.

— Est- ce que je ne pourrai pas danser avec elle, cette nuit?

— Monseigneur, je crois que Votre Altesse pourra faire tout ce qui lui plaira, car elle sera en grande laveur auprès du roi.

— Vraiment?

— Sa Majesté a ri aux larmes en apprenant l'histoire de Relie.

— Comment: fit Noë, vous avez osé lui conter...

— Tout, monseigneur.

— Et le roi n'u pas froncé le sourcil?

— Il a été nivi: il a René eu exécration.

— C'est à merveille, dit Henri de Navarre, mais j'ai trouvé, je crois, mol aussi, un moyen pour l'apaiser.

— Qui, le roi?

— Non, Rnne. J’ai une idée que je vous développerai, monsieur de Pibrac.

— Venez, monseigneur, le roi vous attend

— Déjà?

— Avec impatience. Je vous ai donné comme de première force à l'Aomère.

— Vous avez dit vrai, fit Noê.

M. de Pibrac ouvrit oue petite porte qui dounail sur

Ce couloir conduisait au cabinet du roi. Un simple sui-se était à la porte de Sa Maiesté.

I e suisse frappa deux coups avec la crosse de sa hallebarde. Au bruit, nu chambellan arriva :

— Annoncez M. de Pibrac et ses deux cousins, dit le

Garçon.

Le chambellan ouvrit un battant de la porte el jeta h nom de M. de Pibrac.

Le roi s'était remis à feuilleter le manuscrit traduit du slave.

Mais il le repoussa vivement et tourna la tète avec un très-vif sentiment de curiosité.

M. de Pibrac entra donnant la main à Henri ; Noê 1< s suivait.

— Asseyez-vous, messieurs, dit Charles IX, ici je ne suis pas roi. Pibrac et moi nous sommes de vieux amis, et les amis de Pibrac sont le» miens.

II regarda de nouveau Henri.

— Comment vous nommez vous, monsieur? lui demanda-t-il.

— Henri de Coarasse, Sire.

Le roi cligna légèrement Je l'oeil et regarda M. de Pibrac d’un air qui signifiait :

— Hé ! mais», vous avez raison, il ressemble au fou roi de Navarre... et pourrait bien être sou fils.

Puis il dit tout haut :

— Est-ce que vous venez chercher fortune à Paris, monsieur?

— Sire, répondit le prince. Votre Majesté sait que nos montagnes produisent beaucoup de cailloux et peu d’écu». Quand ou est cadet de Ga»< <gne, il faut voir du nays.

— Les cens sont rares paitout, monsieur, fit le roi. Madame Catherine, ma digne mère, prétend que je suis le plus pauvre gentilhomme de France.

— Si Votre Majesté voulait partager sa pauvreté avec moi? murmura Henri avec un fin sourire.

— Os Gascons sont pleins d'esprit, dit le roi.

— El légers d’argent, ajouta Pibrac

— Cependant, continua Charles IX, vous avez bien une vingtaine de pisloles dans voire escarcelle, j'imagine, Pibrac mou ami. Je vous préviens que je joue gros jeu ce soir.

— Si besoin est, j’engagerai à Votre Majesté une moitié de ma solde. Sire.

— Holà ! dit le roi appelant un de ses j âges. Gauthier mon ami, dresse-nous une table et apporte tes caries.

Le page obéit. Le roi s'assit, lira sa bourse et la posa sur la table. Puis il battit les cartes.

— Monsieur de Coarasse, je vous prends pour mou associe.

— Votre Majesté, rcpnndiflh nri, me comble d’honneur.

Et il s'assit a la droite du toi.

M. de Pibrac su plaça en face do Charles IX et invita Noê à se placer à m gauche.

Puis, se penchant a son oreille :

— Ayons soin de nous laisser battre, lui dit-il. Si le roi gagne, il sera de bonne humeur toute la nuil,elR«-ué le Florentin s’en ressentira.

— Coupez, Pibrac, dit le roi, tout entier déjà au plai»ir de jouer à son jeu favori.

En ce moment, dans les grands appartements du Louvre, le bal commençait, et kr roi, auquel le bruit en arrivait, dit eu donnant le» cartes :

— Pendant que tous ce» gens- là dansent, le roi de France va tâcher de s'amuser comme un lansquenet qui joue aux dès ou aux osselets sur une table de cabaret. J’étais né pour être lansquenet, messieurs.

— Sire, répliqu i M. de Pibrac, Votre Majesté trouvera quand elle le voudra à troquer sa condition.

— Mais il parait que Dieu ne le veut pas, fil Clwrles IX en retournant un roi I et il posa un doigt sur la retourne.

Un peu avant que ic roi commençât à jouer et UndW que déjà on dansait la oreuiière valse, d uise nouvelle

récemment importée d'Allemagne à la cour de France, madame Marguerite de Valois procédait & sa toilette de bal. . .

Une seule camérièrc l’ajustait. Cette camérière était une cliarmante entant de dix-huit ans, blonde comme une madone, jolie à croquer et spirituelle comme un démon. Elle se nommait Nancy.

Nancy jasait et babillait à tort et à travers, tandis qu’elle coiffait sa maîtresse; elle devisait des courtisans et des gentilshommes, des pages et des dames de la cour, paraissait fort au courant des intrigues du Louvre et mettait tout en œuvre pour distraire la princesse.

Mais la princesse avait un voile de mélancolie profonde sur son frais et beau visage.

Scs grands yeux d’un bleu sombre étaient abattus, ses lèvres rouges pbssées dédaigneusement, et dans toute sa personne régnait un aspcet de morne tristesse.

Pourtant madame Marguerite était en apparence la plus heureuse des princesses : le roi son frère la traitait en enlant gâtée; U*s courtisans l’adoraient* la bonne ville de Paris l’admirait quand elle passait à cheval dans les rues. Et puis madame Marguerite ne devait pas, il le semblait du moins, être attaquée de ce terrible niai d’ennui nui minait lentement ceux de sa race. Elle était artiste, elle peignait, elle faisait de la sculpture, elle cultivait les belles-lettres cl avait souvent des conférences poétiques avec messine Pierre de Ronsard et l’abbé de

Bourdeille, sire de Branlôme, lequel la consultait fréquemment tandis qu’il écrivait sa Fie des dames galantes.

Madame Marguerite se trouvait dans le plus charmant réduit qu’eût jamais eu une princesse de France, petitefille des Médicis.

Les étoffes d’Oricnt, les richesses sans prix des musées Italiens, l’art sévère de la Renaissance, l’école espagnole avec ses tableaux sombres, l’école florentine avec sa peinture aux couleurs éclatantes, tout y était représenté par de merveilleux échantillons.

Au milieu de la salle une statue ébauchée, et, près de la statue, un maillet et un ciseau.

Dans un coin, une table supportant une magnifique édition d Homère dans le texte grec, des plumés et du parchemin; un peu plus loin des fleurets et un masque jetés à terre; un peu plus loin encore, un chevalet avec unpaysage commencé.

Tout cela disait éloquemment que la fée de ce logis était à la fois peintre, sculpteur, poète, savante dans les langues anciennes, habile à manier l’épée comme son premier maître d’escrime, le duc Henri d’Anjou, roi de Pologne.

Puis, si l’on avisait une grande glace de Venise ajustée par morceaux et que, dans l’un des compartiments, on aperçut une tète adorable, brune et blanche, avec un large front où la pensée s’ébattait à l’aise, un grand œil d’un bleu sombre où brillait le génie, des lèvres d’un rouge ardent où la passion semblait vivre, on s’avouait que la fcc de ce logis était la plus ravissante, la plus merveilleuse des créatures, et au’ il était bien impertinent celui qui osait creuser un pli dans ce front d’artiste, jeter un voile de mélancolie sur ce regard qui fascinait, poser un sourire amer sur celle bouche d’où la poésie et rameur devaient découler à flots.

Qu’avait donc madame Marguerite? Quel caprice inassouvi, quel ennui pouvait donc ainsi a*?ombrir son visage? N'était-elle point la belle des belles, l’idole qu’un cavalier, fùl-cc l’impie don Juan, eût-choisie entre les idoles? Nancy s’escrimait inutilement et babillait comme un page revenant de bonne fortune, sans pouvoir amener un sourire sur les lèvres de Marguerite.

Enfin, à bout d’expédients, d’anecdotes et de jolis cancans, la mutine camériste prononça hardiment un nom qui eut le pouvoir de faire tressaillir madame Marguerite des pieds à la tête.

— Si monseigneur de Guise était ici, dit-elle, il trouverait Son Altesse plus belle que jamais...

— Tais-toi, Nancy! murmura Marguerite tout bas, tais-toi !

— Bail! fit Nancy, est-il donc défendu de parlcrdu duc?

Marguerite jeta autour d’elle un regard plein d’effroi, f.

— Tais-toi! répéta-t-cllc, ne prononce pas ce nom les murs ont des oreilles au Louvre.

— La reine-mère est au bal...

— Déjà?

— Sans doute. N 1 est-elle point obligée de recevoir l’ambassadeur ?

— C’est juste.

— Et si la reine est au bal, on peut bien parler du duc.

Un profond soupir souleva le sein de fa jeune princesse :

— Le duc est parti... dit-elle. *

— 11 est à Nancy, une ville qui porte mon nom, fit U

soubrette en riant. .AL

— Nancy est bien loin, soupira Marguerite.

— On en revient en trois jours.

— Hélas! le duc ne reviendra pas.

— Ah! par exemple!

— Ne sais-tu donc pas, murmura la princesse, que la vie du duc n’était plus en sûreté au Louvre?...

— Bah! fit Nancy d’un air incrédule.

— Un soir, reprit la princesse, le duc sortait d’ici et g’en allait par le corridor secret et le petit escalier.

— Eh bien? fit Nancy.

— Quand il eut franchi la poterne et se trouva sur la berge de la rivière, un homme masqué l’aborda.

— Et... que lui dit cet homme, madame?

— Ceci : « Monseigneur, vous aimez la princesse Marguerite et elle vous aime. »

* Et comme il tressaillit, l’homme ajouta :

« — Je suis un ami k et je viens vous donner un bon conseil.

« — Parlez, dit le duc.

* — Si vous tenez à vivre vieux, monseigneur, mon tez à cheval demain plutôt qu’après, ce soir plutôt que demain.

« — Et où faut-il que j’aille? *.

* — A Nancy.

« — Pourquoi faire?

« — Pour y attendre que la princesse Marguerite ait épousé le prince de Navarre.

« — Comment ! fit le duc, mon cousin Henri de Navarre serait homme à me faire assassiner?

« — Pas lui, monseigneur.

■ — Qui donc, alors?

« — Il y a des noms qui portent malheur quand on les prononce, répondit l’homme masqué.

« Et il disparut dans les ténèbres. a

— Et c’est pour cela que le duc est parti?

— Oui, répondit Marguerite. Le lendemain soir je le revis et il me conta sa singulière rencontre :

a — Je ne partirai pas, me dit-il, je vous aime et ne crains rien.

« Mais j’ai insisté, j’ai prié, j’ai pleuré, et il est parti... »

Une larme perla au bout des longs cils de la princesse.

Puis, après un pénible silence :

— El il faut que j’aille au bal, cependant, murmurat-elle... il faut que j’aie l’air souriant, que je danse et paraisse heureuse, quand j'ai la mort dans le cœur.

— Oh 1 l’affreux prince de Navarre ! fit Nancy en frappant le parquet de sou petit pied.

— Je le hais avant de le counahre, dit Marguerite.

— Mais, reprit Nancy, le duc de Guise n’est-il pas un prince plus riche et plus puissant que ce roitelet de Navarre?

— Certes, oui, mon enfant.

— Eh bien! pourquoi donc madame Catherine ne vous fait-elle pas épouser le duc de Guise ?

— Pauvre Nancy, murmura Marguerite, tu ne comprends rien à la politique !

— C’est possib'e.

— On veut que j’épouse le prince de Navarre, précisément parce que j'aime le duc de Guise.

— Je ne comprends toujours pas.

— Le duc de Guise est plus loin du trône de Franc*

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d’un degré, île par.nlé que le prince «le Navarre, continua Murguerit'-, mais il en est plus pi ès par >n v.j cik, ►a Mlualïun politique, wn influence cl s i popuj.uité. Xts siii'-iii donc pas nue le roi frissonne à la pensée que les Valois peuvent s'eleiudre et que le duc leur succédera, si on lui fait faire un pas de plus vers le trône.

— Soit, dit Nancy Mai*, I tout prendre, ne vaut-il pas mieux avoir pour succès eur le duc de Guise, catholique et populaire en France, que le roi de Navarre huguenot.

— Non, car mon frere a peur de Henri de Guise et ne craint pas le roi de Navarre. Si le premier m’épousait, Charles s’imaginerait qu'il mourra empoisonné ou assassiné.

— Mais, madame Catherine?...

— Ah! dit Marguerite, ma mère pense comme le roi. Ou plutôt, c’est le roi qui pense comme elle.

Marguerite en était là de ses explications lorsqu’on gratta à 'a porte. Nancy courut ouvrir. Un homme entra : c'était Reué, non plus Kené poudreux, crotté, en habits de voyage, mais Mené vêtu comme un grand seigneur, portant haut la tète avec l'insolenco d'un favori.

— Madame, dit-il, S. M. la reine-mère fait prier Voire Altesse de se rendre au bal, où sa présence est attendue avec une vive impatience.

— Ali!... dit Marguerite avec indifférence.

— Votre Altesse li a point oublié qu'elie devait danser avec M. l’ambassadeur d'Espagne.

— C’est juste.

— Il est plus de onze heures, madame.

— Hâ'e-toi, Nancy, dit la princesse.

— Voilà qui est lai', répondit N.incy en piquant une dernière épingle d’or dans la luxuriante chevelure de Marguerite de Valois.

— Eli bien, René, dit la princesse tandis que Nancy lui mettait ses gants, votre colère est-elle calmée?

— Un peu, madame.

— Et ces deux gentilshommes?

— Oh! je les trouverai, madame.

— El que leur ferez-vous?

— La reine m’a promis qu’ils seraient pendus, madame.

— Ma mère est femme à tenir parole, René.

— Je suis son fidèle serviteur, madame, et j’étais précisément en voyage pour sou service quand celte mésaventure m’est advenue.

— Tiens, au fuit, d’oii veniez- vous 7

— De Tours. La reine m’y avait envoyé.

— Dans quel but?

— C’est le secret de Sa Majesté, madame.

— Rnn, fit Marguerite, je ne II ns pas à le savoir. — Mon mouchoir, Nancy. — Vous êtes vêtu comine un prince, René.

— Votre Alte-se me Halte...

— Vous avez l'air d’un vrai gentilhomme, bien quo la noblesse que mes ontle> les Médicis octroient soit de mauvais aloi.

— Votre Altesse est cruelle...

— Et puisque vous avez si bon air, acheva Marguerite avec un sourire railleur, je vais vous faire un honneur, maître René. Je vais prendre votre poing pour entrer au bal.

René s'inclina profondément. Nancy apporta un mouchoir brodé et armorié. La princesse le prit, jeta les yeux sur les armes el tressaillit.

— Madame, dit tout bas René, je crois que Votre Altesse ferait bien de ne pas prendre ce mouchoir. Il est aux arm» s de la maison de Lorraine, que la reine-mère ne peut plus souffrir depuis que M. le duc du Guise est

arti sans lui aller faire sa tevéreuce. La reine est outrage use ..

Mats Marguerite toisa René des pieds à la tête.

— M. le duc de (iui>c m’a donné ce mouchoir el j’y liens beaucoup, dit elle sèchement.

René se tut.

Marguerite posa sa main ouverte fur le poignet do René, et le Florentin lit son entrée dans les salles d'apparat du Louvre, conduisant une fille de France.

Le favori de la reiue-inère se croyait tout permis.

L'ambassadeur d’Espagne, un homme d’un âge mûr, mais fort beau cavalier, el qui avait l'air d’un roi, vint s’incliner devant Marguerite, regarda assez dédaigneusement René et offrit sa main à lu princesse.

René chercha la reine-mère dans le bal et alla la rejoindre. La reine l'entraîna dans la vaste embrasure d’une croisée et s'entretint avec lui à voix basse. En ce moment, le page Raoul passa, lui jeta un coup d’œil furtif et disparut. Les courli-ans attendaient avec uno vive impatience que le rc. parut. Mais le roi se faisait attendre. Plusieurs fois déjà la reine-mère avait dit :

— Pourquoi le loi ne vient-il point?

Un gentilhomme bien informé avait répondu à la reine:

— I.e roi a soupé avec M . de Pibrdc et il a joué à riiom6rt avec lui.

— Ün ne joue pas à Yhombre à deux, dit la reine ; quels sont les deux autres partenaires?

— Deux gentilshommes que M. de Pibrac a amenés.

— Leur uum?

LA JEUNK88K DU KOI HENRI.

— Je Pignoro.

— * e Gast on, ivait murmuré la reine avec humeur, jouil de bien grandes privautés auprès du roi. Ihureusom* ni il n'est pas dangereux; il ne se mêle pas des choses de la politique.

Et elle avait continué à causer avec son parfumeur.

Tout à coup on eutendil retentir trois coups de hallebarde sur le parquet. C’étdit le signal d'usage pour annoncer la présence du roi. Tous les regards se tournèrent vers la porte qui sa trouvait au fond de la grande salle où deux raille per>onnes tenaient k l’aise. Celte P"rte s’ouvrit à deux battants et les choses cure ni lieu comme l’avait souhaité M. de Pibrac- Ce cabinet du roi apparut. Au milieu se trouvait une table. Autour de cette table, le roi jouait avec sou capitaine des gardes et deux jeunes gentilshommes fort galamment vêtus, ayant fort belle mine, mais que personne k la cour ne connaissait.

— Va donc voir, Huné, dit la reine, quels sont ces gentil-hommes.

René s’approcha de la table de jeu, regarda le parlonaire du roi et recula stupé'ait. Il avait reconnu Henri.

En ce moment le roi dismit : — Nous avons gMDi Mes- ire de Coaravse, vous jouez à ravir et je vous retiens pour faire une partie tous les soirs.

Henri leva la tète et vit la ligure pâle et menaçante de René. H le salua d'un sourire.

En même temps le roi aperçut René.

— Tiens dit-il d’un ton railleur, tu connais ces gentilshommes, René T

René salua et balbutia quelques mots que le roi n’entendit pas. Mais le parfumeur avait compris, au sourire de Charles IX, qu'il savait son histoire et s'en réjouissait.

M. de Pibruc comptait ses jetons et partirait lie s’èlre aperçu de rien. Il avait même un air si béat cl si naïf, que le parfumeur se dit :

— Cet imbécile ne sait rien. — Puis le vindicatif Italien ajouta in petto : — - Ah! mes gentilshommes, vous vous êtes réfugiés sous la protection du roi et vous croyez m’échapper ?... non, non, j’attendrai.. . je serai patient... mais je vous perdrai !...

— Mais certainement, sire, je connais messire René, dit Henri de Navarre, qui continua à sourire gracieusemunt.

— Ah! lit le roi.

— Nous nous «nmmes rencontrés en provineo, » jouta Henri, et \ u . suis môme i hargé d’un mes-age pour lui.

Leroi sa ie v a, fit trois pas en avant et reçut la révérence de l'ambassadeur espagnol qui venait de faire valser Marguerite.

— Bonjour. Margot, dit le roi, comment vas-tu?

— Je remercie Votre Majesté, je vais bien...

— Aimes-tu toujours la danse, Margot?

— Oui. s're.

— Eh bien! messire Henri de Coijra-se, un gentilhomme gascon que j’aime fort et que je le présente, va te faire danser.. . Approchez, monsieur de GunsNe.

Henri s’avança et salua Marguerite. Marguerite le regarda et éprouva sur-le-champ une sensation bizarre, inexplicable, tant il est vrai que l’esprit humain a quelque'ois d'étrange* révélations. Marguciite eut sur-lechamp comme un près.- entraient que cet inconnu jouerait un rôle quelconque dans la suite de son existence.

— Mon-icur, lui dit-elle, je vais danser avec M. de Pardaillan, poi-, après, je vous agrée pour cavalier. Vous viendrez m’offrir voire main.

René s'était éloigné et avait rejoint la ie;ne.

— En bien ! lui demanda Catherine de MéJicis, quels sont-ils, ces gentil-ho mines?

— Deux petits Gascons, cousins de Pibrac, dit-on.

— Il pleut dos gascons, lit U reine avec dédain. Saistu leurs noms?

— Oui, ma laine. Le premier, celui qui a un pourpoint bleu et qui était à fa droite du roi, >e nomme Coarasre.

— Coarasse? un singulier nom... El l’aulic?

— L'autre >e nomme Noê.

-- Ah! je connais ce nom-là, dit la reine; c’est une bonne nobles e de Béarn. Va donc causer avec eux : tu •auras en qu’ils viennent faire à Paria.

René s’approcha cl trouva Henri qui s'était adossé à un pilier et regardait Marguerite qui dansait iv r le vieux baron dû Pardaillan, lequel avait une jeune femme dont il étaii fort jaloux et avec qui le roi s’était pris à causer en ce moment.

Henri, voyant que René venait à lui, fit les deux tiers du chemin et marcha à sa rencontre.

Le Florentin le salua avec un sourire hypocrite.

— Vous ne vous attendit»! point, sans doute, à mo voir ici, monsieur de Coara-se? lui dit-il.

— Je l'avoue, je vous croyais au fond d'une cave.

— J'ai pu eu ,-ortir.

— Ah! ma foi ! fit le prince, je ne serais pas fiché de savoir comment.

— Eli bien ! dit René, je Tais vous le conter. Ce pauvre diable d'bôlelier qui m’avait garrot lé bien malgré lui et in’ntaii porté dans sa cave, • attendu que voua fussiez partit.

— Et H est venu vous délivrer?

Précisément. Il s’est jeté à mes genoux et m’a demandé pardon de la conduite qu’il avait été contraint de tenir vis-à-vis du moi.

— Je gage que vous lui avez pardonné, dit le prince d’un ton railleur.

— Sans doute.

— Et moi, dit Henri toujours moqnenr, me pardonnez-vous?

— Un homme aussi bien avec le roi n’a nul besoin du pardon d’un pauvre parfumeur comme moi, répondit le Florentin.

— Ah ! dit le prince, j’avoue que l’amitié du roi est chose précieuse pour moi, mais...

Il s’arrêta et regarda finement René.

— Mais, continua-t-il, quand on a pour ennemi ta homme tel que vous, monsieur René, le plus sûr mt de chercher en soi-même un moven de défense.

— Ah! ali!...

— Et ce moven, je l’ai trouvé.

— En vérité !...

— (Test comme j’ai l’honneur de vous le dire.

— Ma foi!... mon cher monsieur de Coarasw, fit le parfumeur avec ironie, je serais curieux de le connaître.

— Vou- y tenez?

— Enormément.

Henri piit le Florentin par le bras e! lui dit :

— Allons là-bas, dans cette embrasure de croisée, nous y pourrons causer à l’aise.

— Soit! dit René. Et il le suivit.

Alurs Hem i regarda le Florentin allenlivement et lui dit : — Cousu liez- voua toujours les astres?

— Pourquoi cette question ?

— Parce que, lorsque ce malheureux hasard que vous savez nous a mis en présence et nous a faits ennemis, je venais à Paris expiés pour causer avec vous de nécromancie. Je me suis beaucoup occupé de sciences occultes.

— Vous plaisantez? dit le Florentin.

— Nullement. Je suis piêt k vous donner une preuve de ce que j’avance Vous n êtes point Punique sorcier du royaume, inessire René. Je sms né au pied dos monts pyrénéens et j'ai été élevé par un vieux berger espagnol qui m’a initié à cette science mystérieuse de l’avenir,

IKmi parlait si sérieusement, avec un accent si convaincu, que malgré lui, le Florentin en fut impressionné.

— Tenez, poursuivit-il, donnez-moi votre main, je vais y lire comme dans un !ivrc.

— Voilà, dit René en tendant sa main droite.

Henri la prit gravement, l'examina avec soin, réfléchit longtemps et finit par dire Vous avez peur de inuur'r.

Le Florentin (rejaillit.

— Soyez franc, monsieur René.

— Tout le monde, plus ou moins, a cette peur-là.

— Oui, mais elle vous dévore et vous ronge, vous...

— Àprê», monsieur?

— Une femme vous a prédit que vous mourriez par le fait d’une autre letnme.

Kenô recula d’un pas et regarda le jeune prince avec stupeur. — Comment savez- vous cela? dit-il.

■ * • ■ • jf - . ■

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