‹ La jeunesse du roi HenriChapitre 5 sur 21 · XV1H · texte numérisé non relu

XV1H

Tandis que Henri de Navarre était introduit par Nancy che* madame Marguerite de France, N né grimpait après son échelle de soie fixée à la fenêtre de l*ar- Ttère-bontiqne du Florentin René.

Le pont était haut, l'échelle était longue, et l'ascension ne manquait point d'UD certain péril.

M i s Noé avait le pied leste et la bravoure dea amoureux.

Et puis la nuit était noire...

La lumière que, He la berge, il avait vue briller à la fenêtre de Paola s'était éteinte, et Noé, levant la tête a mesure qu’il m niait, n'apercevait qu'un trou noir d’oii sortait le bout de son flexible escalier.

Quand il fut tout en haut, au moment où il atteignit IVntahlermnl de la croisée et s’y cramponna, deux bras satinés et nus l’enlacèrent et lattirerent doucement à l'intérieur.

— Tiens ! pensa Nnô, c'est absolument comme Henri pénétrant chez Corisanare.

Celle réflexion laite, il posa les pieds sur l'entablement et sauta doucement dans la chambre, où régnait une ohî-curité complète. Mai» les deux bras charmants le tenaient toujours, une haleine parfumée effleurait >o«i Visage, et il lui sembla qu'il entendait les battements précipités du cœur de Paola.

La fille de René i ltira Noë doucement vers l’ottomane qui garnissait son oratoire, l'y fil asseoir, puis elle alla vers la croisée, ?ans prononcer un mot, tant elle était émue.

Alors elle retira l'échelle.

Pui* elle revint vers Nuë.

— Ah! mon Dieu ! dii elle enfin d’une voix qui tremblait bien Toit, mon Dieu 1 comme j’ai eu penr!

— Peur ! fit N*’5, et pourquoi ?

— J’ai eu peur quand je vous ai vu monter lés degrés de cette echelle. Je l'avais bien soliden ent attachée, et cejieiiilant je la h mis encore avec les mains...

— Chère Paola!...

— El quand je vous ai vu vous balancer dans le vide, un moment j’ai eu !e vertige, et il m’a semblé que ctlic échelle allait casser.

— Folle que vous êtes!

Comme ils étaient dans l’obscurité la plus profonde, Noé osa lui donner un baiser.

Mais Paola se dégagea lestement, puis elle se leva, alla tirer Soigneuserm ni l’epai-se draperie qui masquait la porte tilree de la boutique; puis t:lle battit le briquet, et une geibe d'étincelles s’en échappa.

— Que faites- vous? dit Noé.

— J'allume une lampe.

— Pourquoi?

— Mais... pour y voir...

— Clière belle, murmura No€, les paroles n'ont pas de couleur...

— Oui, mais...

— A quoi bon y voir? snpplia-t-il d'une voix et ressente.

— Eh bien ! dit Paola cessant de tirer des étinctüei du briquet, promettez-moi alors d’étre raisonnable*

— Je le suis.

— Et de ne pas... m'embrasser...

— * Mais. .. je vous aime.

— Cela ne fait rien.

— Dame! dit Noé, je crois au Contraire que cela y I dt

beaucoup.

— Alors je rallume ma bougie.

— N’en faites rien, je serai sage...

— A la bonne heure, dit Paola.

— Cependant je vous jute que je vous aitnè, dit le Jeune homme d’une voix câline et insinuante.

— Si je ne le croyais, seriez-vous ici ?

— Et... vous 7

Paola soupira, garda Un moment h» silence, pois, au lieu de répondre à la question de Noë :

— Savez-vous bien, dit-elle, que j’ai un peu plus de vingt ans?

— Mais... non... je ne crois pas, répondit Noë, qui savait »on code de galanterie; tous en portez sent* à peine : on vous aura trompée...

— Et ne pensez-tous pas, flatteur, que je suis Won malheureuse?...

— En quoi?

— En ce que mou père ne me vent point marier...

— Diable I pensa Nr ë. cette jolie fille est une femme sérieuse. On lui parle amour, elle répond mariage.

— Savez-vous, poursuivit Paola, que mon père est riche comme un juil?

— En vérité I

— Et que, s'il le voulait, il pourrait me donna* une dot prinrière?

— Quelle belle occasion, pensa Noé, de redorer un peu mon blason, si je n'avais pas certains préjugés sur la noblesse !...

Puis tout haut :

— Une dot! fi donc! chère enfant... vous êtes trop belle pour qu'il vous soit besoin d'écus afin de trouver un mari.

— Croyez- vous?

Et Paola fil cette question d’une voix si tremblante qu’elle toucha Noé.

— Je suis aimé... se dit-il.

Puis il lui prit un nouveau baiser :

— Si Je Je crois! dit-il, mais...

Il allait sans doute s’expliquer plus clairement, lorsqu'on entendit un bruit de voix dans la pièce voisine, c’est-à-dire dans la boutique. Paola se leva vivement et alla coller son oreille contre la draperie de la porte.

— *Ce n’est rien, dit-elle, c'est Godolphin qui rêve.

— Heinl II rôve tout haut?

— U rêve et se promène, dit Paola.

— Ah ! par eiemple, voilà ce que je ne comprends guère, chère Paola.

— Cela est cependant.

— Quand cm rêve, c’est une preuve qu’on dort, n’est-ce pas?

— Aussi dort-il.

— Et quand on dort, on peut quelquefois parler tout haut cl prononcer des mots sans suite... mais...

— Mais on ne se promène point, voulez-vous dire?

— Dame!

— Eh bien ! Godolphin dort et il parle, et il se promène... et parfois il essaye d'ouvrir cette porte...

— Plaît-il?

— Mais rassurez-vous, la porte est toujours fermée au verrou.

— Voilà un étrange sommeil ! dit Noë abasourdi.

— Godolphin est somnambule.

— Un singulier motl

— Ah! soupira Paola, s’il n'était ainsi, mon père ne le garderait pas et n’en aurait point fait mon geôlier.

Noë prit les deux mains de la belle Italienne et lui dit en les Dressant doucement :

— Voyons, chère Paola, expliquez-vous un peu plus clairement, de grâce...

— Vous ne savez pas ce que c'est qu'un somnambule?

— Ce doit être un mot latin, dit Noé, et dans ma famille on n’apprend point cette langue.

— Cela veut dire « marcher en dormant. »

— Boni très-bien 1...

— En Italie, il y en a beaucoup.

— Cela est donc bien agréable à votre père, un homme qui se promène en ronflant...

— Cela lui est utile.

— Ahl vraiment?

— Godolphin parle en dormant, et dans son sommeil fi voit et ait, prétend mon père, des choses extraordinaires.

— Votre père est fou...

— C’est possible, soupira l'Italienne ; mais il parait cependant que, il y a trois ans, Godolphin a révéleSin complot des huguenots contre la reine-mère.

— Voilà ce que je ne puis croire, murmura le sceptique Noé.

— Pourtant mon père a été tellement frappé de ses révélations, qu'il en a parlé à la reine-mère et que cette dernicre a fait arrêter et pendre les conspirateurs.

— Et le complot existait?

— Mais oui.

— C'est bizarre...

— fifc mon père a dit à la reine, non point que c'était '

Godolphin qui avait deviné le complot, mais qu’il avait lu dans les astres. Car, ajouta Paola, vous savez que mon père a la prétention de lire l’avenir daos les étoiles... — Je sais cela.

— Mais la vérité est que c’est Godolphin qui, dans son sommeil, lui fait des révélations. Souvent, grâce à lui, mon père a retrouvé des objets perdus.

— Bah!

— Et prédit des choses que l’événement a justifiées. — Et Godolphin ne se trompe jamais ?

— Ohl si, dit Paola, souvent même. Mais il devine quelquefois.

— Ah çàl demanda Noé, où donc votre père a-t-il découvert ce singulier personnage, ma chère belle?

Paola tressaillit à cette question.

Un moment elle hésita à répondre :

— Godolphin, dit-elle, ignore son origioe, et mon père lui a persuadé qu'U l'avait trouvé exposé sur les marches d’une église.

— Et cela est faux?

— Je le crois.

— Votre père l'a enlevé à sa famille, sans doute?..,

— Ah I je ne sais. J’étais enfant alors, et jamais ma mère, qui a su toute cette histoire, n’a voulu me rien révéler; mais je me souviens de ce que j’ai vu.

— Et... qu’avez-vous vu?

— Il y a dix-huit ou vingt ans de cela, nous n'étions pas riches alors, et mon pere n’avait point encore gagné la confiance du duc Laurent de Médxis.

Nous habitions Venise et nous demeurions dans une pauvre maison au bord des lagunes. Une nuit, mon père rentre pâle, les mains ensanglantées et portant dans ses bras un enfant.

C’était Godolphin.

A la vue de mon père et de l’enfant, ma mère jeta un cri d'épouvante :

— Tiens, lui dit mon père, j’ai eu pitié de cet enfant... Tu en prendras soin.

Ils se parlèrent longtemps à voix basse, à l’extrémité opposée de la pièce dans laquelle était mon berceau, et je ne pus entendre leurs paroles.

Le lendemain nous partîmes de Venise au milieu de la nuit et nous revînmes à Florence, où mon père était né.

Ma mère, qui avait perdu son dernier enfant, allaita Godolphin.

A Venise nous étions pauvres ; en arrivant à Florence, au lieu de descendre dans une maigre auberge, mon père acheta un bétel, de somptueux vêtements , il prit des laquais, et ma mère ne sortit plus qu’en litière. Là commença la fortune mystérieuse ae René le Florentin.

— Diable 1 pensa Noé, cette jeune fille ingénue, qui me proposait tout à l'heure sa main et sa dot. me raconte là une histoire qui pourrait bien être celle de ces trésors dont elle me voulait enrichir.

Mats, comme Noé ne fit point part à Paola de cette réflexion peu aimable, la fille du Florentin continua.

— Ma mère, qui était jeune et belle et qui riait et chantait du matin au soir avant notre départ de Venise, ma mère, qui souriait à la pauvreté comme l'indigent à un rayon de soleil, tomba tout à coup dans une tristesse mortelle. Sa beauté disparut en moins d'une année, ses cheveux blanchirent, son visage se rida, son regard devint morne et farouche... Elle mourut bientôt, et le prêtre qui reçut sa confession s'en alla pâle et frissonnant...

Deux ans après la mort de ma mère, nous vînmes à Paris, mon pere, Godolphin et moi.

Comme PaoLa terminait cet étrange récit, un bruit plus violent que celui des pas de Godolphin, qui se promenait dans la boutique au milieu des ténèbres, se fit entendre.

— C’est mon père qui rentre, fit Paola.

— Faudra-t-il encore que j’aille me cacher au fond de ce cabinet?

— Non, à cette heure mon père n’entre jamais cbes moi. Il est même fort rare qu’il vienne ici la nuit.

— U couche donc au Louvre?

Voit! je le

— Généralement. Quand il tient ici, c’est qu’il veut consulter Godolphin sur quelque événement qui l'intéresse.

Le bruit d’une clef tournant dans la serrure de la bouitque venait de retentir, et Paola, l'oreille collée à Ja draperie, entendit les pas de son père.

Elle étendit la main vers Noê :

— Venez écouter, dit-elle bien bas.

Noé s'approcha. Il y avait une fente imperceptible dans la cloison qui séparait l’oratoire de Paola de la boutique du parfumeur. Le Florentin ayant battu le briquet pour se procurer de la lumière, un rayon de clarté passa par la fente. Noê y colla son oeil.

René, enveloppé dans son manteau, ferma soigneusement la porte et poussa les verrous.

Puis il regarda Godolpliin. Godolphin, en chemise, se promenait gravement de long en large, les yeux fermés, mais parlant tout inut et avec une certaine animation.

Noê, qui connaissait le caractère brutal du Florentin, s’imagina d'abord que René allait éveiller d'un coup de pied le dormeur. Il n'en fut rien. Tout au contraire, le Florentin posa fort délicatement ses deux mains sur les épaules du jeune homme et le fit s'asseoir sur un escabeau placé auprès de son lit de sangles.

Godolphin obéit, mais il ne s’éveilla point.

Alors l’une des mains de René s'appuya tout ouverte sur le front de Godolphin : — Continue à dormir, lui dit René d’une voix impérieuse, je te l'ordonne t

— Je dors, répondit Godolphin avec soumission.

— Ah! par exemple! murmura Noê, ceci est fort •musant !... Si ce drôle n’avait une mine aussi sérieuse, je croirais qu'il se moque de moi. Mais comme il est loin de se douter que je suis là...

René tint sa main sur le front de Godolphin quelque temps encore, puis il lui dit : — J’aime une femme...

Noê tressaillit et fit celle réfiexion : — Il parait que les somnambules sont employés duos les affaires de cœur. Je consulterai Godolphin, si besoin est.

— J’aime une femme... répéta René.

Godolphin hésita un moment à répondre; puis, de sa voix grêle, que le sommeil et le fiévreux état où il était achevaient de rendre étrange : — Je le sais, dit-il.

— Ah! tu... le... sais?

— Oui, je la vois...

— La femme que j'aimaT

— Oui...

veux! (Page 54.)

— Où esb-ello?

— Mlle passe sur un ponl, dit le somnambule, qui, n’étant pas d'une lucidité p:irfuile, brouillait facilement le présent avec le passé el se reportait au moment où, en effet, mais il y avait déjà plus de quinze jours, la belle argentière avait, parlant pour la Touraine, traversé le pont Saint-Michel.

— ICst-elle à pied ? murmura René.

— Non, k cheval.

I.e Florentin était habitué sans doute à ces tâtonnements du somnambule, car il lui dit : — Suis-la...

Godolphin se rejeta en arrière, rftva longtemps el reprit : — Je la vois maintenant sur une roule. Il fait nuit, il pleut, la foudre gronde... Elle est à cheval ; un cavalier la poursuit...

— Quel est ce cavalier ?

— C’est vous.

— Après? après? fit René avec impatience; suis-la encore.

— Un homme galope auprèsd'elle... ils fuient toujours...

— Quel est cet homme? Est-ce moi?

— Non.

— Suis-la toujours.

Godolphin éleva ses deux mains jusqu’à son front et l’étreignit avec un geste de souffrance.

— Elle est près d'ici, dit-il enGn, dans une rue étroite, dans une maison sombre... elle pleure.

— Ah I dit René. Et cet homme qui fuyait avec elle... comment est-il...? Cherche-le...

— Il est gros... il est vieux...

— Où est-il î

— Je le vois qui marche dans la me et qui descend vers la rivière...

— C'est le mari ! murmura René.

— Oui, dit Godolphin, c'est le mari.

— Regarde encore, ordonna le Florentin ; cet homme descendait-il hier vers la rivière ?

— Ooi, maître.

— Et demain?

— Demain, il y descendra encore. Je le vois passer sur le pont...

— Lequel?

— Celui où nous sommes.

— Où va-t-il ?

— Je ne sais pas... je le vois disparaître de l’autre côté de la rivière.

LA jRUDtBftSft DÜ flOi MfcNIll.

— Bien... reviens vers la femme.

Godtdphin tourna In i^Us comme si, en elTet, il eût pu voir au travers îles murs et de l'espace.

— Ri garde dans trois jours.

Godnlj hin demeura longtemps silencieux.

— Que vois-tu? demanda imper ousemcnl le Florentin

— Des hommes armés... Ils ont pénétré de force dans la maison...

— Et... elle?

— Je ne la vois pas...

— Et... lui?

— Le mari?

— Oui, dit René.

Godnlphin eut un gi’ste de souffrance.

— Je t.e vois plus, dit-il épuisé, je... ne... vois... plus...

— Vois! je le veux !

La voix de René était vibrante, terrible. Noë, qui suivait du regard, au travers de In fente, cette séance é range. PI oB vit le somnambule s'agiter sur son siège, frissonner et tomber il terre en ni rmurant un dernier not, — un mot étouffé : — Du NU !

Alors le Florentin enleva Godolpliiu et le plaça sur son lit.

Fuis l'rril du Florentin jeta une lueur étrange, et René murmura : — Allons je le vois, je réussirai... j’aurai la belle nrgenlière... Godolpbin a deviné mon projet... mon plan réussira.

Et René s'enveloppa de son manteau, ouvrit la porte, éteignit la lampe et sortit de sa boutique en murmurant :

— Retournons au Louvre, la reine m'attend.

— Tout cela est étrange, n'est-ce pas ? dit alors Paola à Noë.

— Etrange est bien le mot, répéta le jeune homme tout pensif.

Les deux jeunes gens passèrent une heure encore à échanger les plus doux serments ; puis Noë replaça l’échelle de soie à la fenêtre, donna un dernier baiser à Paola et s’en alla par où il était venu, se disant :

— Je crois qu’il est temps que je revoie Henri, car sa nouvelle idole me parait courir un joli petit danger...

Un peu avant que le prince Henri de Navarre fût introduit chez madame Marguerite, la jeune princesse était seule avec Nancy en son oratoire.

Assise devant une labié, un livre sous les yeux, Marguerite avait appuyé von front dans ses belles mains et paraissait en proie à une mélancolie profonde.

Nancy, à quelque distance, rangeait divers objets de toilette dans l’oratoire , et jetait de temps à autre un regard plein de malice sur Marguerite.

— Pauvre princesse ! murmurait Nancy, elle a un si grand besoin d’aimer quelle inventerait un galaut si elle n’en trouvait pas...

Marguerite, les yeux fixés sur son livre, lisait machinalement, et le sens des mots paraissait lui échapper. Sa pensée était ailleurs. Tout à coup elle releva la tète.

— Nancv, dit-elle, sai<-tu bien que voici déjà longtemps qu’il est parti? Et depots je n'ai eu de lui la moindre nouvelle.

— Les hommes sont oublieux, dit Nancy.

Marguerite soupira.

— Et, à votre places poursuivit la soubrette, je les payerais de monnaie pareille... j’oublierais.

— Ah ! pauvre Nancy I murmura Marguerite, comme on voit bien que tu n'ts jamais aimé...

Nancy rougit légèrement. — Qui sait? dit-elle.

Marguerite lera les yeux sur sa jolie camérière, et se faisant un abat-jour de sa main, pour éviter les rayons de la lampe, elle regarda ;<Ueult veinent >a jeune fille.

— Tu es bien jeune, Nancy, dit madame Marguerite.

— J'ai dix-sept ans...

— Et tu aimes?

— Oh! je n'ai pas dit cela, mais... au premier jour... je pourrais bien...

— Comment! mademoiselle, fit la princesse d un ion moitié grondeur, moitié enjoué, voua avez des a pour moi. maintenant ?

— Ali I dame ! Votre Altesse m’excusera, réj, Nam y ; mais, hier encore, je ne croyais pas... l'amour vient on ne sait comment. D'abord on rit, on se moque, puis le rire s eteiiiC.. et on ne raille plus.

— Dis dune, mignonne, interrompit Marguerite, je gage que ie devine.

Nancy rougit plus forl.

— Il y a chex le roi un béau page aux cheveux bruns, à l’Œil noir, à la lèvre rouge, qui devient couleur de coquelicot quand il le rencontre... Est-ce qu’on ne le nomme pa< Raoul?

— Madame, dit Nancy, je sais bien que Raoul m’aime, mais jp ne sais pas au juste...

— Quoi ?

— Si j'en puis dire autant.

— Tu le peux, ina petite. Voilà que tu rougis aussi fort que lui.

— Ah I bien, en ce cas, dit Nancy d'un petit air mutin et délibéré, je puis vous promettre, madame, qu'il m’aimera longtemps...

— Coquette !

— J'ai un bon moyen pour cela. Et si Votre Altesse en avait Usé avec M. de Guise...

— Tais-toi !

— M. de Guise lui donnerait de ses nouvelles.

— Et quel est ce moyen, mignonne ?

— C’est d'aimer sans le dire et le montrer : plus un galant est malmené, plus il nous aime.

Marguerite soupira.— Tuas peut-être raison, dit-elle.

— Mais, hélas 1 quand le mal est fait, il est sans remède...

— Que veux-tu dire ?

— M. de Guise.

— Tais-toi l ne prononce pas ce nom ! .

— Alors je tourne la difficulté et je dis il. if vous a vue pleurer, il a entendu les battements de votre cmnr. Il se sait aimé! c’est lini... L’homme qui se sait aimé déviait cruel.

— Nancy, interrompit madame Marguerite, sais tu que, pour une fille de dix-sept ans, tu es fort expérimentée?...

— Non, madame, je devine.

— Et tu conclus en me disant que le mal dont tu parles est «ms remède t...

— Ah! permettez. Si Votre Altesse me voulait laisser développer ma pensée en une métaphore, peut^tre..»

— Soit. Voyons la métaphore.

— Supposez donc, madame, que je vous apporte sur un plateau, demain, à l’heure do votre déjeuner, quelques-uns de ces coquillages qu’on pèche dans la mer des Pays-Bas, près de la ville d'Ostcnde.

— Où veux-tu donc en venir? demanda ht prinettfo un peu étonnée.

— Attendez, madame. Ces coquillages sont délicieux qnand on les détache convenablement et qu'on prend bien soin de ne point crever une petite poche qui est remplie d'une liqueur amère comme du fiel.

— Bien. Après?

— Supposez encore que, ayant pris votre couteau et ayant mal détaché le premier coquillage, vous le portiez à votre bouche et fassiez une grimace...

— Soit, supposons-le, dit la princesse fort intriguée de la métaphore de Nancy.

— Sera-ce une raton pour que voua repoussiez lo plateau et refusiez de goûter à un second coquillage?

— Assurément non, dit Marguerite.

— Eh bien ! reprit Nancy, je comparerai volontiers l’homme qui se sent aimé, et pour lequel il n’est plus de remède, à ce premier coquillage.

— T. est -à-dire, interrompit Marguerite en riant, que tu compares lc> hommes à des huîtres d’Ostende.

— Dame I lit Nancy, les hommes sont fats, mais ils

sont niais... *

Marguerite fut prise d’un fou rire. Nancy continua :

— Je poursuis ma métaphore. Votre Altesse fera donc

le renoncer au premier coquiUd^e cl Je nen plus elle fera bien aussi Je g.mtar à un second, ^^^pney. ma petite, murmura la jinuufsae avec plu: >?atî que d'irritation, vous êtes h mu impertinente! Ilun Dieu! répondit la cainéiièrv, je suis désolée l'a voir déplu par ma franchise à Votre Altesse, mais..

— Parle, «Jri Marquer ite radoucie.

— Ce gentilhomme héarnuia...

La princesse tressaillit cl une routeur fugitive moula à son front.

— Il est charmant et plein d’esprit! continua U oamérière.

— Tu es folle, Nancy...

— Votre Altesse n'oubliera pas que je le dois aller

a uerir à neuf heures, car Votre Altesse est curieuse 'avoir certains détails sur la cour de Navfirra...

— Eh bienl dit Marguerite, j’ai réfléchi; lu n’iras pas. — En vérité 1 s'écria Nancy.

— Je le trouve trop hardi, ce gentilhomme...

— Mais, madame, préféreriez-vous qu'il lût lourd et malappris, comme le priuce de Navarre?

— Certes, non.

— Et puis, je lui ai donné rendez- vous...

— EU bien ! vaa*y pour... ton compte...

— OU 1 nenni ! murmura la camérière ; et Raoul donc ! — Alors, n’y va point.

— Alt 1 madame, dit Nancy d'un tou piteux, ce pauvre jeune homme. . le mystifier ainsi .. le fjfcc attendre pour rien... Il fait froid... brrrl..* murmura la soubrette.

Le plaidoyer de Nancy en laveur de celui qu'elle était loin de croire le prince de Navarre touche Marguerite.

— Ëb bienl dit-elle, va le chercher... il est neuf heures, précisément. Je veux savoir au juste comment une li lie de France pourrait passer le temps dans ce trou de ville qu’on nomme Nérac...

— Mon histoire des coquillages a. je crois, avancé les affaires du cadet de Gascogne, pensa Naucy en s’en allant.

Tandis que la camérière descendait au rendez-vous qu'elle avait donné à Henri. Marguerite demeura seule.

Elle se leva du son grand fauteuil, poussa un dernier soupir et alla jeler un regard dans sou grand miroir d'acier. — Je suis laidj à faire pour! pensa-t-elle en soupirant. J'ai tant pleuré depuis quelque tômps...

Elle rajusta sa coiffure en un lourde main, dégageant sou beau et large Iront; puis, comme sus yeux étaient battus et ses joues un peu pâlies, elle couvrit sa lampe d’un abat-jour d'albâtre. Si Naucy avait surpris ce dernier détail, elle eût pemé, peut être, que le due de Guise laissait tomber quelques atouts de son jeu dans celui du jeune sire de Coaresse.

Ces petits préparatifs terminés, la princesse vint reprendre sa place auprès de la table : si bien que, lorsque la porto s'ouvrit et que Henri entra, elle parut tout entière à sa lecture. Le prince, comme tout homme qui passe brusquement de l'obscurité à la lumière, eut un moment d'éblouissement et s'arrêta.

Puis il Gt deux pas en avant, son chapeau à la main.

Alors Marguerite leva la tête,

— Ali! mille pardons, monsieur, dit-elle, je ne vous avais pas entendu entrer.

Henri s'inclina. Marguerite lui indiqua de la main un aiége auprès d'elle.

Bien que le prince lût loin d'ètre timide, il éprouvait cependant un léger embarras qui ravit Marguerite.

— Monsieur, lui dit-elle, j ai pris la liberté de vous mander auprès de moi parce que je voulais avoir de trèsamples renseignement* sur la cour de Navarre.

— Je suis aux ordres de Votre Altesse, répondit Henri.

— Et puis ausM, poursuivit Marguerite, parce que vous m'tiVi z semblé posséder inD minent d'esprit...

Henri s'inclina. — Al» ! £|*il, Ica gens d'esprit ne sont pas rare* à la cour de Franco.

— C'est ce qui vous trompe, monsieur... A part Pibrac et le vieux sire de Brantôme...

— Messire de Brantôme, l’auteur des Dames galantes?

— Précisément.

— S'utre Allu.'se le reçoit quelquefois?,.,

— Je l’ai reçu très-souvent et son commerce me plaisait fort. Mais...

Elle paru! embarrassée et regarda le prétendu sire de Codasse, qui se tenait fort humblement sur le bord de sa chaise et paraissait lever sur elle le regard, à la foi* timide et pieiu de finesse, d’un écolier.

— Mais acheva-t-elle, savez- vous qu'il est très-vieux ?

— Ah!

— Et laid? *

— Voire Altesse aurait-elle de la répugnance pour la luideur et la vieillesse?

— Non, quand clics s’apprécient elles- mêmes et savent se contenir dans leur rôle.

— M. de Brantôme voulait donc en sortir?

Marguerite eut un sourire de fine raillerie. — Figurez-vous, dit-elle, que le bonhomme vint uu soir ici, du temps qu’il composait son livre, et il m'eu lut un chapitre !

— l equel? demanda Henri.

— Celui où l'auteur prétend que les gentilshommes du

temps de mon uïeul François l* r avaient coutume d’en- 4 foyer une paire de lias de suie à la dame de leurs pensées.

— Ah ! très-bien, dit Henri, et quand la daine les avait portés « Quelque huit, dix jours , » Ils les envoyaient quérir et les portaient â leur tour.

— C’est cela même. ^

— F.h ! mais, reprit le prince, est-ce depuis ce temps là que... Votre Altesse?..*

— Précisément.

— Ce chapitre lui aurait déplu ?

— Le chapitre, non, mais la suite du chapitre, une suite qui n’est pas dans le livre, «jouta Marguerite en riant

Le prince la regardait tandis qu'elle [Priait, et murmurait à part lui : — Mon Dieu! quelle est belle! et comme il est fâcheux que ce M. de Guise... — Puis tout haut ; — Excusez ma curiosité, madame, la curiosité d’un provincial... mais je ne devine pas quelle peut être cette suite...

— Eh bien! figurez-vous, monsieur, acheva la princesse, que le bonhomme se grisa avec sa prose, au point qu’il tomba 5 mes genoux. — Et que, le lendemain, je reçus un petit coffret de bois du nouveau monde qui contenait... devinez quoi?

— Un exemplaire des Dames galantes ?

— Non, une paire de bas de sole.

— Ab t murmura Henri, qui feignit une très-vive indignation. M. de Brantôme était bien osé.

— Ou bien fou, dit Marguerite,

En ce inomeut, Henri attachait sur elle un regard beoucoup moins respectueux au’on n’aurait dû l'attendre d'un petit geuUltâlre gascon. La princesse rougit légèrement, mai* elle se laissa admirer.

— Madame, dit le prince après un silence, ce M. de Brantôme, en vérité, était bien Impertinent ; mais il u obéi à un moment de folie, et convenez que, si la beauté

de Votre Altesre tourne aind la tète à un homme d'ex- * périence et d'âge comme lui...

— Monsieur de Cuirasse, vous êtes un flatteur.

— Excusez-moi, madame, je suto un provincial plein do franchise.

— Et je suppose que vous n’allez pas, demain, m'envoyer, comme M. de Brantôme...

— Ahl madame, murmura Henri avec émotion, le bonheur de voir quelquefois Votre Altesse serait le comble de mon ambition.

Marguerite ne répondit pas, et, trouvant que M. de Gourasse allait un peu vite en besogne, elfe rompit les chiens, comme on dit.

— Savez-vous, monsieur de Coarasse, dit-elle, que le roi mon frère vous a déjà pris en grande amitié?...

— Le roi m’a comblé, madame.

— Vous êtes le cousin de M. de Pibrac?

— Oui, madame.

— P a * ü'iCuup dVrprit, Pibrac.

— Enormément, tumiaine. Mais, dit Henri, qui, tout à fait enhardi, trouvait quo Marguerite s’éloignait par trop

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du premier sujet de leur conversation, est-ce que messire de Brantôme ne vous a point fait présenter ses excuses?

— Non, il s'est retiré, pour se guérir, dans son abbaye.

— Pauvre homme! •

— Quoi, dit Marguerite en riant, vous le plaignez, monsieur?... Et pourquoi donc, mon Dieu!

— Parce que je comprends ce qu'U a dû souffrir.

Cette fois l’allusion était plus que transparente.

— Ah! monsieur de Coarasse, dit Marguerite, vous êtes d’une véritable hardiesse de Gascon.

— Excusez-moi, madame, mais... Je suis moi-même si troublé... que...

Et, en effet, Henri jouait si bien l’embarras, que Marguerite en fat touchée. — Quel Age avez-vous? dit-elle.

— Vingt ans...

— Alors, je vous pardonne...

Et elle lui tendit la main.

Henri prit cette main, osa la porter à ses lèvres, et sans doute il allait se laisser glisser de son siège aux genoux de Marguerite, quand on frappa à la porte.

Marguerite tressaillit. — Qui est là? dit-elle.

— Madame, fit une voix d’enfant, U reine-mère m'en* voie vous quérir.

Henri avait reconnu 1a voix du page Raoul.

— Mon mignon, répondit Marguerite, dis à madame Catherine que je m’allais mettre au lit. Je vais me rhabiller et l’aller trouver.

Elle n'ouvrit point à Raoul, et Raoul a'en alla. Mais elle courut à la petite porte dérobée par laquelle Henri était entré : — Nancy 1 appela-t-elle.

Deux secondes après, le frou-frou de la robe de Nancy se fil entendre dans le corridor et la camériste se montra.

Alors la princesse, regardant le Béarnais en souriant, lui dit : — Vous le voyez, je suis contrainte de vous congédier...

— Hélas! soupira Henri.

— Ah! mon Dieul s’écria Marguerite, et moi qui voulais avoir des renseignements sur la cour de Navarre...

— Je suis toujours aux ordres de Votre Altesse.

— Eh bien! revenez demain.. Je veux savoir au juste ce que peut être ce prince de Navarre qu'on veut absolument me bailler pour mari. — Elle lendit sa main à baiser, et dit au prince : — Suives Nancy.

— Venez, dit la soubrette, qui le prit par le bras et l’entraîna dans le corridor obscur et le mystérieux escalier par où il était venu .

Quelques minutes après, Henri quittait 1a jolie camérière au seuil de la poterne, où le même Suisse feignait de dormir, et il se dirigeait vers son hôtellerie, lorsque, malgré l’heure avancée, il vit le cabaret de Malican encore ouvert, et, mû par un instinct de curiosité vague, il entra. Un homme se chauffait fort tranquillement au coin du feu, tandis que Malican, assis dans son comptoir, commençait à se laisser gagner par le sommeil. C’était Noê.

En le voyant, Henri poussa une exclamation de surprise. — Ah ! lui dit Noê, je pensais bien que vous entreriez ici si vous aperceviez Ta porte ouverte.

— En effet, me voilà.

Henri regarda Noê. Noê avait un air mystérieux, mélangé d'un grain d’inquiétude.

— Diable! fit le prince en se penchant à son oreille, est-ce que, par hasard, tu aurais eu maille à partir du côté du pont Saint-Michel? Tu eu soucieux..!

— Pour vous, Henri. *

— Bah! et pourquoi?

— Vous avez passé toute la journée enfermé chez la belle Sarah Loriot.

— Ab! diantre! dit Henri, je commençais à l'oublier. C’est, du reste, assez curieux : chez Sarah, j'ai oublié quo madame Marguerite m’attendait à neuf heures...

— Et chez madame Marguerite?...

— Je ne me suis plus souvenu de Sarah.

— Bon ! dit Noê I on voit que vous avez 1a mémoire du cœur...

— Ah ! c’est que la princesse est bien belle, murmura Ueuri avec une pointe d’enthousiasme.

— Alors c’est elle que vous aimez?...

— Oh! non, pas encore...

— Donc, c est l’argenlière...

— Ab! je ne sais, mais elle est fort belle ai malheureuse! Ce Loriot, tu sais, cet honnête bourg*»» à qui nous aurions donné le bon Dieu saus confession?... — Eh bienl

— C'est un misérable, un bandit, un assassin ! dit Henri à mi-voix.

— Bon ! dit Noê, et moi qui m’étais promis tout à l’heure de le sauver d’un grand danger.

— Comment cela?

— Oh I je crois qu’il va être occis sous peu. Mais je ne m'en mêlerai pas. . . seulement. ..

— Explique-toi donc, dit le prince.

— Seulement, acheva Noê, nous ferons bien de sauver sa femme.

— Oh ! oh! s'écria le prince uu peu ému, quel dan-

R er courent-ils donc tous deux et que me chantes-tu là, oê, mon ami?

Tandis que Henri de Navar.e était encore chez la princesse Marguerite, maître Hené le Florentin, toujours sous l'empire des révélations somnambuliques de Godotpliin, se renibtt au Louvre et pénétrait chez madame Catherine de Môdicis.

René entrait à toute heure chez 1a reine-mère. Catherine n'aurait su passer un seul jour sans voir son parfumeur, et René savait plus de secrets d’Etat que le roi lui-même. Quand il entra, la reine lisait une volumineuse lettre de son fils, M . le duc d'Alençon, qui lui écrivait d'Angers, dont il était gouverneur, et lui donnait force détails sur les mouvements insurrectionnels des huguenots dans le centre de la France.

— Oh ! murmurait-elle avec colère, je finirai bien par arracher à la faiblesse du roi mon fils un bel et lion édit qui fera justice de tous ces partisans du prêche...

René parut.

— Ah ! te voilà, dit la reine, tu viens à propoj.

— Votre Majesté a besoin de moi?

— Oui, tu vas me servir de secrétaire.

— A qui dois-je écrire?

— A mon fils le duc d’Alençoa.

— Très-bien, dit René.

Il déposa son chapeau et son manteau et s’assit en face de la reine.

Catherine reprit : — 11 faudra j»ourtant que j’eo finisse avec les huguenots.

— Je suis de l’avis de Votre Majesté.

— D'Alençon m’écrit que ceux de l'Ouest deviennent intolérables.

— Et que veut répondre Votre Majesté?

— Mon Dieul je ne sais pas... conseille-moi, René... René prit un air grave ; — J’ai lu dans les astres, ditil, que les huguenots perdront la monarchie...

La reine pâlit.

— Si on n’y met ordre, poursuivit René... Les astres ne s'expliquent pas très-clairement. Seulement, à les en croire, une femme défendra cette monarchie.

— Et... cette femme?

— C’est vous, dit René.

— Triomphera-t-elle?

- Oui !

— A quel prix?

— Au prix de beaucoup de sang versé. Mais, ce sang, rosée salutaire, fécondera l’avenir.

Catherine, la femme superstitieuse, écoutait René, son oracle habituel. — Ah ! ait-elle enfin, toi seul peut-être auras le secret de ma politique, mais il y aura au moins un homme qui ne m’accusera pas injustement.

— Vous êtes une grande reine, dit le Florentin avec un accent d’enthousiasme.

Catherine se redressa hautaine et calme.

La reine-mère avait cinquante ans à yeine, elle était

Marguerite

fort belle encore et elle avait la majesté des grandes races.

— René, reprit-elle, je suis venue en France à l'Age de seize ans à peine. Enfant, j'arrivais au milieu d une cour corrompue et vieillie. François 1" s’éteignait; Henri U, mon epoux, Était un beau batailleur qui eût joue sa couronne sur un coup de dé; la France était ru*née.

Lorrains, Espagnols, Allemands, Italiens, se disputaient ce beau royaume. Je l’ai sauv«- par mes o -usais.

Veuve à tt en le ans, mère de six enfants, dont le dernier était au berceau, j'ai eu le poids de la couronne à supporter, et cette couronne était lourde, je te jure! Au dehors l’étranger, au dedans la guerre civile...

Reine, j'ai tout dominé!

On dit que je suis dissimulée et cruelle; on m'accable de pamphlets et d’injures, maison tremble devant moi... et la couronne de France, que mon fils eut laissée choir, reste ferme sur sa tète. Comprends-tu T

— Oh I oui. madame, dit Relie.

8»« livraison •

de Valois.

— El penses - tu, poursuivit Catherioe avec feu, que la fille des Médias, une princesse élevée à Florence, la patrie des arts et des idées larges et grandes, soit assez aveuglée par le fanatisme religieux pour jurer la perte des malheureux qui vont au prêche plutôt qu'à la messe, si à propos de religion ces gens-là ne conspiraient?

René regarda curieusement Cathelne

La reine continua :

— Les huguenots, vois-tu, ce sont les ennemis du trône et de la monarchie. Leurs prêtres, sous prétexte de prêcher la pauvreté, prêchent la ruine du roi, le partage des biens, le pillage des couvents et le renversement de tout ce vieil ordre de choses qui, à travers les siècles, a fait de la France la plus grande des nations.

— Vous avez raison, madame, murmura René, frappé de la justesse des paroles de Catherine de Médias.

— Et si, poursuivit Catherine, un jour, ne pouvant plus arrêter ce torrent révolutionnaire que par une dir

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gue sanglante, si je fais au Louvre un rempart de cadavres, si j'envoie à MonUauca.i l'amiral de ÇoJigny et en Grève Copdé et Navarre, l’histoire dira peut-être' «jue je fus une reine cruelle et sanguinaire, mai», que m importe? j’aurai sauve la monarchie t

Jamais Catherine n’avait exposé plu» clairement, en quelques mots, cette politique tortueuse et grande a la fois, qu'elle développa sous quatre règne» avec une énergie sauvage.

, — Madame, dit René, une seule chose m'étonne, cependant...

— Laquelle T

— C'est que sachant très-bien ce que les huguenots veulent taire...

— Je devine, dit la reine. Tu ne comprends pas que, sachant le hut des huguenots, je songe à donner ma fille au prince de Navarre, Henri de Bourbon, un des chefs de ce parti T

— En effet, dit René.

— Eh bien! écoule... Henri de Bourbon est huguenot parce que son royaume est as-ez étroit pour qu'il le puisse couvrir de son manteau; parce qu'il pleut à travers le toit de son château de Nérac, et qu’il s'habille de bure faute d’avoir de quoi se vêtir de soie et de velours...

— C’est bien possible, dit René.

— Ceux qui n ont rien ne craignent point de partager avec ceux qui ont. C’est pour cela que le prince de Navarre est huguenot. Mais si la fatalité voulait que le dernier de mes fils s'éteignit sans lignée, ah! tu le verrais, ce roi des montagne», ce monarque des vallées infertiles et des chaumières de bergers, abjurer son hérérie et s’cn aller à la messe pour revendiquer le trône de France.

— Vous dites vrai, madame ; mais vous avez trois fils encore, dont l’ainé, le roi, n’a pas vingt-quatre ans, et les Valois ont un long avenir.

Un nuage passa sur le front de Catherine.

• — Qui sait? dit-elle.

Puis elle demeura longtemps pensive, comme si no coin du voile qui couvre l’avenir se fût soulevé pour elle.

— Mais alors, dit René, puisque le prince Henri de Bourbon est plus proche du trône que le duc de Guise...

— Aht dit Catherine, si le duc de Guise, qui en est plus élo'gné d’un degré de par< nté, épousait ma fille Margot, il en serait plus près bientôt que le roi de France lui-même.

Et Catherine ht à René le tableau de cette hautaine et puissant** maison de Lorraine qui convoitait, des bords de la Meurthe et du fond de ton palais de Nancy, les rives de la Seine et les vieux lambris du Louvre.

— Comme ma race, dont trois rameaux restent debout, elle a trois r< jetons à qui Dieu a donné un bien qui manque à la mienne : la suite!

a Henri le Balafré, le cardinal, Mayenne!

« Ces trois hommes, vois-tu. H* né, si on les laissait faire un pas de plus vers le trône, ils le fera.ent si grand que. semblables au colosse de Rhodes, ils auraieul un pied au bord de l'Océan et l'autre au versan des Al-t prs?

René écoutait pensif.

— Comprends-tu, maintenant, acheva Catherine pourquoi je préféré encore pour gendre le prince de Naval re, huguenot, au duc de Guise, catholique?

« Mai*, dit la reine, j'ai bien d’autres projets encore sur ce prince qui va nous arriver au premier jour, escortant madame d'Albret, sa mère, et nous en recauserons une autre Ibis. Pour le moment, prends la plume. Tu vas eci irr sous ma dictée à mun fils d'Alençon.

René se plaça devant la table et attendit.

— Ecris, dit Catherine.

Et die dicta :

« Mon bien-aimé fils,

• Le roi se trouvant dans un état de santé vérita-

** bleqient déplorable, et hors dotât de s’occuper sérieu- « semeut des choses île la politique, je prends sur moi iff Me vous répondre relativement aux troubles que font « les huguenots par l’Anjou.

« Mon avis est qu’en vertu des pouvoirs illimités que « le roi vous a conférés, vous usiez de rigueur envers « les factieux et fassiez pendre et décapiter au besûin « leur» chefs et meneurs.

«Sur ce, monsieur et bien-aimé fils, je prie Dieu « qu’il vous ait en sa sainte et digne garde. »

— Madame, dit René en plaçant le parchemin devant la reine jiour qu’elle y appo-àt sa signature et son sceau, Votre Majesté donne des ordres salutaires touchant les huguinnis de province, mais... ceux de Paris.

— Plus tard, dit la reine.

— Ahl c’est que, insista René, j’en connais un qui est considérablement riche, et dont l’argent est d'un grand se- ours aux factieux. De plus, c’est un odieux coquin, un monstre d’hypocrisie, qui feint d’aller à la me^c, bien qu'il suit h guenot au fond de l’âme.

— Eh bien ! dit Catherine, le jour où je réglerai certain» comptes avec les huguenots de Paris, tu me rappelleras son nom.

Relie se mordit les lèvres i

— Il serait à souhaiter, dit-il, que l« drôle fut occis en quelque coin par un ri lire ou un lansquenet ivre...

— Allons! dit la reine, qui enveloppa René de son clair regard, si zélé que tu sois pour le bien de la monarchie, René, mon ami, tu hésiterais & demander la vie d'un indifférent...

— Ah! madame!...

— Cet h* >iu mu est Ion ennemi, ou il est riche, et tu le veux dépouiller.

René ne lépondit point.

— Ju t’ai déjà pardonné bien des peccadilles, continua Catherine, mai» enfin je ne puis pas te laisser empoisonner ou assassim-r tout le royaume...

— Madame, dit grav.vuenl René, l'ai lu dans 1* s astres que la mort de tel homme serait fort utile à la monarchie.

— René, René, dit la reine, il y a trop de secrets terrible» entre mm* p> ur que je le marchande la vie d’un homme. Fais ce que Lu Voudras, je ne viux meme point savoir le noiu decetn- nouvelle victime de ta cupidité. .. Mais (>rtnds garde! un jour le roi s’éveillera de iimuvjumj humeur, et comme tu me viens demander la vie . de quelqu’un, on lui demandera la tienne...

René frissonna.

— El il l'accordera, acheva Catherine.

Puis elle signa la lettre. la plia, y apposa son *cel de cire après l'avoir nouée d’un lil bleu et elle dit à René :

— Va-t'en et envoie-moi mes femmes.

René sortit a reculons, comme un tigre emportant sa 1 proie.

La reine lui avait accordé la vie de Samuel Loriot!

René, on le sait, avait un logis au Louvre, à l'étage supérieur, lequel étage était habué parles gentilshommes du roi et ses pages.

Au heu d’y monter, il descendit, au contraire, dausli cour du Louvre et entra dans le corps de garde des lansquenets. La plupart dormaient sur leurs lits de camp.

Lun d’eux, cependant, se cliauflait devant un brasier placé au milieu du corps de garde.

— Voilà Justement mon homme, pensa René.

Et il appela :

— lié! Tbéohald?

Le lansquenet su retourna, vit René, et, sans demau der aucune explication, il sortit.

— Tu es gros et tu te fais vieux, dit le Florentin. A ton âge, il faut craindre l’apoplexie, et tu as tort dé ta chauller ainsi. Viens donc avec moi faire un tour au bord de l'eau.

— I f .it bien froid, dit Théobald,qui Cligna de l'md.

— Le froid l’est salutaire. *

— L«* sera-t-il à ma bourse?

— Peut-être...

U>né prit le bras du lansquenet et l'entraîna sur la ifn, tout au bord de l’eau, de façon à l'isoler cumulé» lent des passants, si passants venaient à passer.

— Thoobald, mon ami, dit alors René, tu es un vieil i 11 moi, et nous avons fait plus d’un coup ensemble.

— Oui, répondit le lansquenet, mais il est toujours ■Wé que le coup de dague ou d'arbalète que vous avez acheté m’a rapporté fort peu, et à moins que us ne haussiez le pris...

— On le haussera.

— Cinquante pistoles pour tuer un gentilhomme! .irmura le lansquenet, c'est piteux l

— Les temps sont durs! dilRené; et puis ce n’est pa< un gentilhomme qu’il s'agit.

— Ahl et de quiT

— D’un bourgeois.

— Est- il riche?

— Peuh î on ne sait pas...

— Et puis, reprit Théobald, les édits sont sévères, le hevalier du guet fait honne garde...

— Oh! dit René, que cela ne t’inquiète pas, la reine le l’a donné.

— Qui? le chevalier du guet?...

— Non, le bourgeois.

— C’est different.

— C’est jouer sur le velours...

— Heul heu! murmura le lansquenet, un bourgeois \ue la reine permet d'occire doit avoir quelque valeur.

— Il a une femme...

— Jolie ?

— Oui, je l’aime...

— Bah! dit Théobald stupéfait, avez- vous jamais aimé personne?

— Nenni, c'est la première fois.

— Vous pouvez bien prendre la femme sans tuer le mari...

— Non. car je veux l’épouser.

— La femme?

— Oui.

— Ah! parbleu ! s’écria Théobald, vous me la baithz belle, monsieur René. Vrai? vous voulez épouser la femme d’uu bourgeois?...

— Je suis veuf depuis quinze ans.

— J'entends bien, mais ce que j’entends mieux encore, monsieur René, c’est que vous venez de trahir la valeur de la chose.

— De qudli. chose?

— Je veux dire du mari.

— Hein?

— Si le mari ne devait pas enrichir sa femme par sa mort, vous ne songeriez point & l’épouser...

René se mordit les lèvres.

— Eh bien! dit-il, je te baillerai cent pistoles.

— Boni ajoutez-en cinquante, et le marché est conclu.

- S>itl

— Où trou»e-t-on le pauvre homme?

— Oh! dit Ri-m», je t’aiderai dans la besogne... Rois kir le pont Saint-Michel, demain, A neuf heures.

— ry «rai. Bonsoir.

Le lansquenet s'en alla.

— Diable i puisa René, j’ai peut-ètrè tort de brusquer les choses. Godolphin. dans son sommeil, m’a dit que ce ternit dans trois jours... ma fol! je vais retourner le consulter pour savoir si je dois attendre trois jours. . .

Et Rrne, tournant le dos au Louvre, se dirigea de nouveau vers le pont Saint-Michel.

Au moment où il allait l’atteindre. Il entendit un bruit de pas derrière lui. non point le pas furtif du twufgeüls nturdé après le couvre-feu, mais le pas du geornhomak dont l'éperon sonne sur le pavé.

I» retourna.

bânuil, très-noire précédemment, s’était éclaircie $ la inne avait lins par percer le brouillard et elle isermit à Rtisé de 'l'*iii.giM*r li silhouette de deux gentilshommes pu le nrajgst à quelque distance.

l! s’arrêta, et lorsqu’ils ne furent plus qu'à quelques

pas :

' . grr Bai T.i là? dit-il.

Un éclat de rire lui réi»ondit.

*vi — He! dit une von railleuse, c’est notre ami, M. Rer* le Florentin!

Et, di>ant cela, les deux gentilshommes t'approchèrent, et le parfumeur reconnut Henri et NoS.

René tressaillit.

— Ma parole d’honneur! dit Henri, vous n'avez pas de chance, maître René; nous sommes deux et vous êtes «cul... nous nous trouvons dans un lieu solitaire... la Seine est grosse : elle coule un Ilot noir...

René porta la main à son épée.

— Et, dit N->3 à son tour, mon ami M. de Coansse a bien envie de tous tuer et de vous jeter à l'eau : qu’en pensez-vous?

— Arrière! A moil cria René qui mit l’épée à la main.

Mais Henri continua à rire.

— Bibî dit-il, au lieu de vous tuer, j'aime mieux vous dire la bonne aventure. Voua savi-z que je lis dans 'es astres, messire René.

— Ah! dit le parfumeur, pardonnez, messieurs, au premier mouvement de prudeucr... des gens comme vous n’assassinent point.

— Fi donc! dit N'-ê.

— D'ailleurs, ajouta Henri, je prétends vous rendre tant de services que vous m’aimerez... D’.ibord, vous vous souvenez de ma pré llcttvn tou tiant votre mort?

— Oui, dit René, qui tressaillit.

— Eh bien! reprit le jeune prince, voulez-vous une nouvelle p édicbon?

— Volontiers.

— Remettre donc votre épée au fourreau.

René obéit.

— Maintenant, donnez- moi votre main.

— La voilà.

— Ventre-saint-gris I dit Henri, il fait trop noir ici pour que je pui*se en étudier les lignes. Venez doue làr bas sous ce révorlière, à l’entrée du pont.

— Soit, dit René.

Et il suivit Henri et N» ô.

Les deux jeunes gens venaient d’éveiller chez le sup rstit eux Italien un monde de souvenirs.

R. né se rampait fort bien la prophétie de la bohémienne de Florence, prophétie que Henri lui avait rapportée mot pour mot.

— Ah f monsieur de Coarow, dit-il, vous m’avez fait une prédiction hier, et je serais curieux de savoir si aujourd'hui vous pénétrerez encore ma pensée.

— Je n‘en réponds pas, dit Henri, mais je tais essayer.

— l es astres ont donc des secrets pour vous ? ricana le parfumeur.

— Parbleu 1 répliqua le prince en riant, le temps est assez couvert aujourd'hui pour qu'on n’y voie pas clair dan-* les étoile*.

Parlant aimi, Henri attira le parfumeur sous la lanterne, et examina sa main avec une grave attention.

— Monsieur René, dit-il enfin, vous avez un projet en tôle...

René tressaillit.

— Un projet qui doit satisfaire à la fois votre patata pour une femme et votre amour dos richessos.

René étouffa un cri.

— Comment... savez-voutî... fit-il avec épouvante.

Dame ! puisque je lis dans les astres... Et, dit

Henri, si vous m'en croyez, vous attendrez pour le msi* Ire à exécution.

— Ab I dit René frappé de stupeur. Combien de

temps?

— Trois jours, répliqua Henri.

René, pàie «t frissonnant, regarda le prince :

— Mois vous êtes dune le duqle en personnel s’écria

— Peut-être... répondit Henri*

Et les deux jeunes terrible, qui se prit à t

s Tirent René le cruel et le ibler comme une femme.

Henri et Noë, on l'a deviné, sortaient de chez Malican. Noë avait raconté tout au long au jeune prince les choses extraordinaires qu'il avait vues et entendues chez René le Florentin.

Henri l'avait écouté la sueur au front.

— Ah ! dit-il , lorsque Noë eut terminé son récit, dossé-je tuer René, il n'enlèvera point Sarah.

— Il est probable, cependant, que le drôle ne fera pas

1e coup tout seul et que nous aurons affaire à une douzaine a’estaGers. ... .

— On les pourfendra ! s'écria le chevaleresque prince de Navarre.

Mais Noë secoua la tête en riant.

— Il y aurait quelque chose de beaucoup mieux a faire, diWl.

— Voyons, fit le prince.

— Vous ne tenez pas à sauver le bonhomme?

— Qui? Loriot?...

— Oui. Le mari.

— Certes, non; c’est un misérable qui n aura, s il tombe sous la dague de René, que le juste châtiment de ses crimes. „

— Boni dit Noë; alors enlevons la belle argenliôre.

— Tiens 1 dit Henri, ceci est une fort belle idée: mais... où la cacher I

— C’est plus difficile que de l’enlever : mais nous verrons...

Tandis que les deux jeunes gens causaient a mi-votx dans le cabaret désert, Malican dormait assis dans son comptoir. . ,

Le cabaretier ne s'était pas éveillé lorsque le prince était entré. . A .

Noë alla pousser la porte du cabaret et donna un tour de clef.

Puis il poussa Malican du coude. ......

Celui-ci aperçut le prince et se leva avec précipitation. — Chutl lui dit Henri, nous avons besoin de toi...

— Parlez, monseigneur.

— Tu dois être un homme de bon conseil.

— Heul heu! fit Malican avec un petit grain de fatuité. ,

— Voyons, poursuivit Henri, Noc, mon ami, conte le

fait â Malican.

— Soit, dit Noë.

Et regardant le cabaretier :

— Tu connais messire René le Florentin, n’est-ce pas? Malican eut un geste d’effroi.

Mon Dieu I fit-il, auriez-vous affaire à lui, monseigneur T

— Non, dit Henri, c’est lui qui aura affaire à nous.

— C’est la même chose, murmura Malican, et si j’avais à choisir de Jean Caboche, le bourreau de Paris, ou de messire René...

» Eh bien ! qui choisirais-tu?

— Jean Caboche. Avec le bourreau, on meurt par le fer, le feu ou la corde, des supplices connus. Avec René, on meurt...

— Par d’étranges et terribles poisons, veux-tu dire ? — Précisément, monseigneur; et, à votre place, je ne m’attaquerais pas à semblable bête venimeuse.

— Eh bien! cependant, mon pauvre Malican, dit le prince, la lutte est engagée et nous comptons sur toi.

Sur moi? fit Malican.

Il eut un dernier fnsson d'épouvante, puis son intelligente et loyale figure se rasséréna.

Après cela, dil-U, on ne meurt qu’une fois; et vous

savez, monseigneur, que ma vie est à vous cl que vous en pouvez disposer comme il vous plaira.

— Bien, mon ami, mais rassure-tot, ta vie n’a aucun danger à courir, je l’espère.

— ^llyTunë femme à laquelle Son Altesse et moi nous , aoos intéressons beaucoup, Malican.

I Malican eut un petit sourire chargé de médisance. r — Malheureusement René s’intéresse également à elle, et il veut tuer le mari...

— Ah! elle a un mari?...

— Justement. Le mari est un misérable, poursuivit Noë, une sorte de juif doublé d'assassin, qui rend la pauvre femme horriblement malheureuse.

— Ma foi ! dit Malican, à votre place, en ce cas, je laisserais faire messire René le Florentin.

— Oui, s’il n’en voulait qu’au mari; mais le mari mort, il enlèvera la femme. ...

— Eh bien , dit Malican, il faut le prévenir et 1 enlever avant lui.

— Nous y songeons;

— Mais où la cacher, ou la conduire ensuite? demanda

— Huml murmura Malican, ceci demande réflexion.

— C’est précisément pour cela que nous nous adressons à toi. .

Malican rêva quelques instants, puis il dit :

— Paris est vaste, et une femme peut bien s’y cacher ; mais le Florentin dispose de cent yeux et de cent oreilles comme les géants d’autrefois... S’il y avait moyen de l’envoyer en Navarre, la petite femme...

Mais Malican ne s'arrêta qu’un moment & cette idée.

— Voyons, reprit-il, comment est-elle ?

— La femme?

— Oui. Elle est jolie, naturellement, mais ce n’est pas ce que je demande. Est- elle brune ou blonde?

— Elle a les cheveux noirs.

— Grande?

— Comme ta nièce.

— Si même elle avait, ainsi que certaines femmes brunes, un léger duvet sur la lèvre supérieure...

— Justement, dit le prince.

— Alors, reprit Malican, il me vient une fameuse idée.

— Voyons 1

— J’ai au pays un neveu qui a quinze ans et qui doit nous arriver d’ici à un mois ou deux. Noua habillerons votre femme en Béarnais et Je la ferai passer pour mon neveu. Si René vient la chercher ici, je veux être pendu!

— Bravo ! dit Noë.

— Mais, fit Henri, maintenant que voilà une première difficulté vaincue, il s’en présente une seconde, et cellelà est plus grave, assurément.

En parlant ainsi, le prince regardait son ami Noê.

— Laquelle?

— Comment enlever la belle argentière?

— Hé! dit Noë, n'ètes-vous pas au mieux avec elle, mon cher seigneur ?

— Aussi, je ne mets point sa bonne volonté en doute. Mais je ne sais quand elle m’enverra Guillaume, et si nous pourrons la prévenir à temps. EUe est gardée par le Loriot comme dans une forteresse.

Alors Henri expliqua tout au long à Malican comment Sarah était surveillée à la fois et par son jaloux mari et par le vieux Job, l'àme damnée de Samuel. Puis, comme, en lui donnant certains détails, il prononçait le nom de la comtesse de Gramont, ce nom fut un trait de lumière pour Malican.

— Ah I dit-il, si vous ne voyez pas le messager ordinaire de madame Loriot demain, Myette, ma nièce, s’y présentera.

— Maiâ comment, sous quel prétexte?

— Elle ira avec sa jupe rouge et sa coiffure béarnais* et dira qu’elle vient de la part de la comtesse de Gramont. — Malican. dit le prince, tu es plein d'intelligence. Malican salua.

— Le drôle, murmura Noë, faisant allusion à 1 est capable de se hâter et de ne pas attendre lei jours. - ip

Henri eut le frisson, et son anxiété fut telle qu’elle se peignit sur son visage.

LA JEUNESSE Dü 1101 HENRI.

Dan* la cour, nn pagre qui le* «perçut vint à eux (Page 62 )

— Eli ! eh ! pensa Noë, je crois que mon prince est loqué tout de bon.

— Maliean, dit Henri, bonsoir... Nous allons nous coucher, mais lu nous enverras demain ta petite Myette, à l'hôtellerie où nous logeons, rue Saint-Jacques.

— Elle ira,’ monseigneur.

— Bonsoir, Maliean.

Les deux jeunes gens sortirent, et ce fut quelques minutes après qu'ils firent la rencontre de René le Flo- I rentin. Quand il eut entendu les dernières paroles du ' prince, le parfumeur de la reine attacha sur lui un regard plein d'épouvante et il se prit a trembler si fort que Henri lui dit rn riant :

— Vous voyez bien, cher monsieur René, que vous | auriez tort de me garder rancune pour notre plaisanterie de l'auberge et vos quelques heures de séjour dans une cave... Vous avez plus besoin de moi que je n’ai besoin i de vous.

René, toujours épouvanté, ne répondait pas.

— Cordieu! monsieur, poursuivit le prince, il faut avouer que, pour un homme uni s’est occupé d'astrologie autant que vous, la science des astres vous étonne par trop! Comment ! est-ce que vous ne savez pas votre métier, que les prédictions d'un confrère vous étonnent si Tort...

— Monsieur, balbutia René, je suis contraint d'avouer que vous ôtes très-clairvoyant...

— Ainsi, j’ai dit vrai touchant votre projet ?

— Peut-être...

— Et vous attendrez trois jours?

— J'attendrai.

— Voulez- vous savoir quelque chose de plus? poursuivit le prince.

René fit un geste d'effroi.

Mais Henri lui prit vivement la main.

— Àhl ma loi! dit-il, tant pis pour vous, cher monsieur René, mais vous entendrez quelque chose encore. Je veux que vous soyez bien convaincu que les sorciers béarnais pourraient, a la rigueur, rendre des points aux •Urologues de Florence et de Venise, ag* Henri, parlant ainsi, examina fort gravement la main ■ ïdu Florentin. — Mon Dieu! que vois-je ? lit-il d'un air - * d’une inquiétude subite.

^ — Que voyez-vous ?... demanda le parfumeur avec

un redoublement d'effroi.

Après avoir examiné la main, Henri regarda le ciel.

— Les astres sont entourés de brume, dit-il. Je ne -aurais vous répondre aujourd’hui, m ris je vois des choses bien fâcheuses pour tous dans l'avenir.

— Et... ces choses?

René tremblait et regardait Henri, qui avait su donner b son visage l'expres-rion solennelle d'un véritable sorcier.

— Ces choses menacent votre puissance, mon cher monsieur René.

Le Florentin devint livide. — Est-ce de mou pouvoir surnaturel que vous voulez parler? demanda-t-ii.

— Oui.

— - Et l'autre?

— Voire influence sur la reine ?

— Oui, balbutia René.

— Elle diminuera le jour où le pouvoir surnaturel s'affaiblira. Mais, ajouta Henri, regardant toujours les astres , si vous voulez que je puisse m’expliquer plus clairement, attendez à demain.

— * Soit, dit René.

— Je vous irai voir au Louvre.

— A quelle heure ?

— Vers midi.

— Je vous attendrai.

Et le parfumeur, jugeant inutile désormais d'aller consulter de nouveau le 'somnambule Godolpliin, salua les deux jeunes gens, tourna le dos au pont Saint-Michel et rentra au Louvre.

Lorsque Henri de Navarro et Noë eurent quitté le parfumeur, ils se regardèrent et se prirent à rire.

— Noë, mon ami, dit le prince, crois- tu que maître René songe maintenant à so venger?

— Maintenant, non, répondit Noë, mais plus tard... René ne pardonne pas.

— Soit, mais il nous craint.

— Eli bien l il patientera jusqu'au jour où il croira n'avoir pins à nous craindre... Ce jour-là, dit Noë avec l’accent de la conviction, il sera plus cruel qu'un tigre... Et ne croyez point, Henri, que sa haine date surtout du jour où nous l’avons garrotté et jeté dans une fosse. Cette haine qu’il nous a vouée a grandi et s'est développée étrangement hier au soir quand il nous a vus assis à la table de jeu du roi. Vous l'avez cfitayé avec ce qu'il prend pour des prophéties; mais s'il venait jamais à me surprendre dans la chainbte de Paola et à reconnaître

■raeÇ;

>mg.

sii

qu'il a été victime d’une mystification, il serait «ms pitié...

— Mni>, mon bon ami, dit le prince, tu as donc une bien grande peur de ce charlatan T 9

- Moi? point du tout : seulement, je le connais I fond.

et je le dla". Maintenant veuilles m'exnliquer, mon cher lorsqu

seigneur, quelle était votre pensée lorsque vous avez prétendu que ai puissance surnaturelle était menacée?

— Attends, répondit Henri; d’abord, crois-tu à cette puissance ?

— Ma foi, répliqua Noé, après ce que j’ai vu ce soir, je suis convaincu que Godolphin, dans son sommeil, dit des choses surprenantes, et que de ces choses, le parfumeur en tire bou parti auprès de la reine-mère.

— Mais tu ne crois point k ce qu’il lit dans lea astres?

— Assurément non.

— D’où il suit que si on se débarrassait de Godolphin...

— Eh 1 eh ! murmura Noè, ceci est une fort belle idée! Mais... Paola?...

— Au fait, dit Henri, pourquoi n’enlèverions-nous pas Paola?

— Diable I mais c’est qtie Is petite a de certaines idées.

— Sur quoi ?

— Sur le mariage.

- -Ventre-saint-gris! s'écria le prince en riant, ceci eAtotit I tait différent, Nui, mon ami. Il ne faut jamais enlever lea femmes qui veulent se faire épouser s c’est dangereux... Mais, reprit Henri après un silence, on pourrait bien se débarrasser de Godolphin.

— Bah! à quoi bon?

— Comment ! lit le prince ; mais, si ce garçon a le don merveilleux de seconde vue, quand nous aurons enlevé Sarth et que nous l'aurons bien cachée, il trouvera lu moyen de la faire retrouver h René.

— I*ar Dieul vous avez raison, Henri; mais alors... que faire?

— Le nuit porte conseil. Allons nous coucher, j'ai sommeil.

Henri prononça ces deux mots à la porte de leur hôtellerie. Les deux jeunes gens frappèrent et on vint leur ouvrir. Une heure après, ils dormaient de ce bon et lourd sommeil qu'on n’a qu’à vingt ans.

Le soleil entrait à flots dans U chambre occupée par le piince de Navarre et Noè que tous deux dormaient • ncore. Comme huit heures sonnaient à l’horloge de Sainte-Geneviève, on frappa.

— Qui est là ? demanda le prince s'éveillant en sursaut. Une jolie voix fmlche ot rieuse répondit à travers la

porte en langue béarnaise :

— Cesl la payse qui vient voir ta* payt.

— C’est Myetic, dit Noé.

Noè et lu prince se vêtirent k la liàle et allèrent ouvrir à la jolie nièce de âlalican. Myette s'était vêtue a la mode <1.- son pays et elle avait mis ses Itabils du dimanche. Une belle croix d or était attachée à son cou ; elle avait hasquine de velours, jupe rayée de rouge et de hleu, et un mouchoir, selon l'usage béarnais, enfermant à grand'peine sa luxuriante chevelure noire.

-Sais-tu, ma petite, lui dit Noc, que tu es réelle-

ment jolie à croquer?...

ugitW

MyeUe rougit bien fort, regarda Noé et poussa un gros "•oupir; puis elle répondit, en montrant au jeune homme X blonde moustache mjs dents blanches et pointues k .Hiver* scs lèvre» rouges : — Ce n'est pas à vous, monseigneur, qu'il convient de me dire cela.

— Et à qui donc, petite?

— A un homme de ni* condition, monseigneur.

— Myelt»* a raison, dit Henri d’un ton grave. Si tu étais bourgeois et que lu la pusses épouser, certes!...

— Monseigneur, dit Myette, qui avait hôte de détourner la conversation de celte pente dangereuse, mon oncle m’a mise au courant de ce que j'avais à faire.

— Ali ! »h! tu sais?.-.

— Oui da ! fit la fillette ; je vais me présenter chez madame Loriot, l’argentière, rue aux Ours, et je dirai que j’arrive du pays. Que la comtesse de Grainont, notre payse, m’a adressée à madame Loriot, et que,

.MÎWj

MM

%\ elle me voulait fMRre pour servante ou me loger pendant une coupla da jours...

— C*e-t parfait, mon enfant!

— Je dirai, an outre, que je suis descendue chez un oncle à moi, qui est cabaretier...

— Ce qui o-t la vérité, du roste.

— Mais que je n'y veux point rester, vu que c'est rempli de soudards...

— Tu es pélrle d’esprit, ma jolie Myette, dU le prince, ’ ? -, qui posa un baiser fraternel au front de la j**une fille. ,

— Mais, continua Myotte, quand je lui aurai lit tout . î

cela... que faudra-t-il que je lui dise encore?

A lit .>’ul iii.Ia

— Ali I c’eat juste, j oubliais.

Henri avait deux bagues k ion doigt : l’une était celle qui l’avait fait reconualtre de Malieau ; l'autre un petit anneau d'or avec le chiffre de Corisandro. U veille, Sarah avait remarqué cette dernière.

Le prince la retira de son doigt. — Tiens, dit-il, tu montreras en arrivant cette bague k madame Loriot, et

tu lui diras que la comtes* île Gramonl te Ta rumba . * pour preuve que tu venais bleu de sa part. De celte, fa- . *Â

çon, Sarah comprendra, si die n'est point seule eu ce '

moment, que c’est moi qui l'envoie.

— F.t quand je serai seule avec elle?

— Tu lui diras : «Madame, l’ami de Cor tondre, *4

l'homme qui veille sur vous, vous supplie de von» fier complètement à moi, et du faire ce que je vous demanderai. • Kl si elle hésite, lu ajouteras : « Vous courez un

S éril plus grand que h mort : on veut vous sauver de ■eoé. • Va, mon enfant.

— Mais, monseigneur, interrogea Myette, qui était une jeune fille pleine de sens et ue jouait point un riMe sans l'avoir bien appris, quand m idam.* S.ir.di l-»n i.*t aura consenti à tout, que devrai je lui fiire faire?

— Tu lui demanderas la permission d aller chercher les hardes et lu nous attendras vers midi chez tou oncle.

— C’est convenu, monseigneur.

— Va donc, mon enfant.

Myette prit la bague, lit la révérence aux deux jeunes gens, et disparut dans le noir escalier de l'hôtellerie.

Henri et Noé se mirent à la fenêtre et la regardèrent descendre la rue Saint ■ -Jacques d'un pas leste et délibéré.

— Jolie tille ! murmura Noé.

— Ah! mon mignon, dit le piince, ceci est du fruit défendu.

- — Vraiment!

— Fi! Noé, mon ami; une Réarnaise, une payse... la nièce d‘un homme qui se ferait lâcher pour moi...

— C'est égal, mm muni Noè, peu convaincu de l’austère morale allie liée par le jeune prince, c'est un beau brin de lille ! Elle est, ma foi, plus jolie que l’aola.

— C'est possible, mai* il est fort heureux, mon mignon, que Paola t’ait un peu tourné la tête.

— Pourquoi?

— Eli ! mais, parce que, *i tu n’étais entré chez elle/j* il y a biendes choses que tu ne saurai* pas... En attendant, allons déjeuner, et puis noua irons au Louvre.

Le prince et son compagm n s’habillèrent fort élégamment, descendirent à la Mille A manger de i'hôleli> rie, déjeunèrent d’exceUt-ul appétit, puis, vers dix heures, ils prirent le chemin du Louvre.

Dans la cour, un page qui les aperçut vint ôeux.

C’était Raoul, le joli petit brun qui avait su trouver le chemin du cuaur de la belle Nancy.

Raool salua Henri du sourire : — Je voua attendais, dit-il.

— Dali ' lit Henri.

— Parce que j’ai un petit billet à vous remettre, mon- »i< ur ‘lu Coarasse.

— Et... de quelle part?

— De la part do Nancy.

Raoul rougit en prononçant le nom de la jolie camériéfe.

— Donnez, monsieur Maotil, donnez... dit Henri.

— Nancy que j’ai rencontrée ce malin, poursuivit

'.ViV/

Raoul, m’a dit : « — Sais-lu en quellèîiMellerie loge M. tlo Coarasse? — Oui, ai-je répandu. — Beis-tu s'il doit venir voir M.dé Pibrac aujourd'hui?— C’est probable. Justement, M. de Pibrac lui a dit avant hier «u bd : Le roi cliasse demain et je l’aecom pagne ; mais venez, mon couain, me visiter aptès- demain dans la matinée. — Al» ! m'a dit Nancy, tu es tûr de cela, Raoul V — Oui , mademoiselle. — Eli bien ! voici un petit billet pour lui... — F.mt-ille porter k son hétdltfia? — Non. Attends qu’il vienne au Louvre; a’il n'y vient pas, tu ira» dans la journée.* — El, dit Raoul, j'ai pria le billet.

— Mon mignon, répondit le prince, vu»* avez une excellente mémoire, et 11 est trèi-vrai que mon cousin, M de Pibr.ic, nous «Rend...

Disant cela, Henri brisa le icel de cire bleue qui fermait le billet duquel s'échappait un parfum discret et charmant. Puis U lut :

a Monsieur de Gourasse, je ne pourrai mu trouver ce - a soir nu r*ndei-vous convenu, la peisoimu ii qui voua « aurez promis un conte un pouvant vou* recevoir ; mais « j’y serai demain è la même iieure. Vuu* ave* profité, ■ paraît-il de mou conseil... on parle de vuu* et j’ai aurai prb un soupir... Vous voyet que l’esprit rachète parfois «t la taille. »

. . Pendant que Henri (bail, Raoul étudiait »on visage, et comme l'œil du prince eut un échir de joie, le pauvre peiit page, en proie n la jalousie, devint tout pâle.

Mais Noé, qui vit celte pk eur, se pencha à son oreille et lui dit : — N'ayez crainte, Raoul. moQ ami, le uu?UT do Nancy n’est pour rien dans cette lettre, il y est question de politique...

Noé accompagna ces mots d'un tin sourire. Raoul devina cl fut r«*>uié. -

— Oui* peut donc avoir k faire ce soir madame Marguerite? pensait Henri en relisant le billet de Nancy. Elle ne peut me recevoir, mai» enfin il parait que je ne

— Heio ! lit Henri «

M. tle Pihrac étendit rilcncicu»emepl sa main vers le grand bahut rempli do livra» de whiusv-

— Eli bien! lit le prime.

— Votre Altesse a donc oublié comment elle 4 vu la principe pour la première fois?

— Al»! diable! s’écria lu prince; je lais une gyguurr !

— Laquelle, monseigneur?

— Vous avez regarda par le trou...

— Quand?

— Hier.

— A quelle heure?

— Entre lient et dis heures du soir..»

— Justement, monseigneur, et il m’a semblé vous apercevoir portant k vu* lèvres .,

— Cliutl— dit le prince, puis il ajouta Pibrac, mon «mi, si vous ne me promettez de respecter un peu mes heure», il faudra que vous me donniez la clef de ce bahut.

— Monseigneur, répondit le capitaine des garde», ri vous voulez bien me dire quelles sont ci» licurus, je m'y conformerai.

— Eli bien I demain... k partir de neuf heures... El, ajouta Henri, puisque vous êtes si bien au couraul de» choses de la cour et des «dlaire* de maiiani-.- Marguerite, vous me feriez plaisir «te me dire ce que U princesse compte faire ce soir.

— Rien que je *a« lie. monseigneur.

— C'est bizarre ! pensa Henri .

M. de Pibfjip reprit :

— Le roi, monseigneur, connaît si bien sa sœur qu'il me dit * « Sewz- vous, Pjbrac, que ce petit M. do Coarasse a déjà tourne le têtu à ilurgol?

« — En vérité! sire? «i-jc demandé naïvement.

« — iiali ! m a répondu le roi, j'aime u-nt foi» mieux ce garçon, qui me plaît beaucoup, que mun cousin de Guise, qui me dttylall fort. Tout pis pour mon autre cousin, le prince de Navarre ! »

— Merci! dit Henri en sourient-

— Mais, poursuivit M. de Pibrac, si le ruj vous aime déjà, mouseigneur, la r‘-iue mère vous haïra avant huit jours.

— El pourquoi cela?

— D’ëfruid pare»* qu elle Lait quiconque est aimé du roi.

— Bon ! et ensuite?

— Ensuite, parce quelle s’est mis en tète de conserver comme pain bénit madame Marguerite eu prince de Navarre, son futur époux, et que vous u'êies, et ne serez longtemps pour elle que le sire do Cuarassu, un petit cadet «le Gascogne.

— Ceci est fort juste, maie qu’y faire?

— Etre prudent, mon>eigncur.

— Je le serai .

t- Ah ! J'oubliais, dit Pibrac, le roi chasse demain à tir, dans le* taillis de Saint-Germain, et je suis autorisé

lui déplab point tout à fait... bien que je n'aie point la tailfo majestueuse de mon cousin de Guise.

Il plia le billet et le mit dans sa poche, puis il dit à Raoul : — Excuset-inoi, mou mignon, je suis un vrai geiitdluiuiine de province et fort capable de mu perdre dans le Louvre, si voua ne me servez de conducteur... — Où voulez-vous aller, monsieur?

Cbrt Pibrac.

— Bon! je vois vous faire passer par le petit escalier et la porte des petits appartemeuU.

— Viens-tu, Noé? dtlie prince.

— Bans doute, répondit Noé.

Raoul conduisit les prétendus cousins de M. du Pibrac par le petit escalier, ce qui n* fos empêcha point de rencontrer en chemin plusieurs gentilshommes qui leur Ürent les salut* le* plus courtois.

Depuis qu’on les avilit vus auprès du roi, Henri et Noé étaient devenus des pvrsonuagitsd’uiiportance, et, la veille, il n'avait été bruit au Louvre que de leur laveur.

Raoul les introduit-il chez M. de Pibrac ut se relira. loi gentilhomme gascon attendit que Raoul eût disparu pour aahi'T Henri av<

. — Eli I mon cou >m , dit le prince, je vous dispense des cérémonie». Je virus vou* faire une petite visite amicale, et voità tout! car, vrri Dieu! je n'ai ubaoluineiit rien a tous dire.

— Ab! lit kl. de Pibrac.

Elle spirituel gentilhomme regarda le jeune prince d'un air liueiuenl railleur.

— Mari, vou», monsieur de Pibrac, vous avez sans doute beaucoup k m'uppi cuire.

— Peut-ètie, iMGtucigueur.

— E>t-cc touchant le rui ?

— Vous lut plaisez fort.

— Il vous l’a dit l

I — Hier, k la chasse. Et il a même ajouté que vous plaisiez beaucoup k madame Marguerite.

- Lu vérité !

Henri prit un air si naïf, queil. de Pibrac ne put réprimer un sourire :

k vous emmener.

— Ti&bien. Nous y oerous.

— MrfiutfiiuiU, lai'sez-unii vou* dire que ia ne comprends absolument rien k l’alLibililt que jnaflre René & témoignée hier eu vous abordant.. .

— Ceci, répondit im>i< ncii.-eincnt IL un, un sccr» I que je ne puis vous divulguer aujourd'hui.. ” ma* d’ici k deux jours vous aurez le mol de l'énigme

— Prenez garde! monseigneur, René lue avec son sourire. . .

— Eli bien ! je le forai pleurer, répoudil Henri.

Les deux jeunes gens causèrent quelque* minutes encore avec M. de Pibrac, pui» ils le quittèrent couiino midi sonnait k la grosse tour du Louvre.

— J’ai reudcz->ous à midi avec René, dit le nrince; mais avant du monter cirez lui, je suis d’avis a entrer chez M.ilii au.

— Allons voir si Myette est de retour.

MyeUe étaU jugement sur la prie du cabaret et pa- Mi sait attendre. En voyant lu prince et Noé elle accourut vers eux. — Eli Lieu, petite? de uau-ia Henri.

—C’est fait, dit-elle. Elle a vu l’aunea'j.et elle a rougi, et j’ai bien vu quelle vou. urinait, du Myetle.

Votre Altesse a mauvaise mémoire, dit-il.

— Mais d'où savez-vous celât s’écria le Florentin, qui devint livide.

— Mon cher monsieur René, répondit Henri, vous savez aussi bien que moi que les astres révèlent bien des choses. Vous l'avez voulu, je les ai consultés sur vous. .

René courba la tète.

Plus que jamais il était convaincu du don que possédait le jeune Béarnais de sonder le passé et l’avenir.

— Il est venu un moment, acheva Henri, ob le ciel s'est couvert de nouveau et où le livre du lirmainent s’est fermé |»our moi. Mais je passerai la nuit procliaiue à ma fenêtre, et ]o vous promets de penser à vous.

— Ainsi, c’est là tout ce que vous avez pu sàvoirî. . .

— Tout! seulement, il m’a semblé, au moment où les étoiles disparaissaient dans le brouillard, ouo j’entendais comme une barcarolle dos lagunes de Venta.

— Ah!... fit René, et...?

— tin mime temps, mes yeux se sont fermés et je vous ai vu plus jeune de vingt ans; vous passiez au bord d’un canal et vous sortiez d'une maison... vos mains étaient couvertes do sang, ot vous aviez un enfant dans vos bras.

René jeta un cri et s’appuya défaillant oonlre un mur.

— Demain, |e vous en dirai plus long» ajouta Henri. Bonsoir, monsieur René, au revoir!

Le jeune prince sortit du Louvre, et René, saisi de ’ vertige, murmura : — Cest étrange! voilà six ans que» grâce aux révélations somnambuliques de Godolphin, jo me suis acquis une réputaliou de sorcier, ut la France entière croit que j’ai le don de lire dans les astres. Ce* pendant, jusqu’à co |our, jo nie suis moqué de cette foule Ignorante et crédule et de cette science que je croyais ne pas exister... tih bien! voici qu’un homme vient et me prouve que cette science est réelle... O mystère!

René rentra tout frissonnant chez lui.

Le soir de ce jour, vers neuf heures, le parfumeur de la reine-mère, maître René, le Florentin, se trouvait dans sa boutique du pont Saint-Michel.

Paola venait de tendre son front à son père, il y avait mis un baiser, et la jeune flllo s'était retirée, disant : *

— Bonsoir, mon père... j’ai do violentes douleurs de , tÇ* tête, et je vais essayer de dormir.

— Bonsoir, avait répondu le Florentin, trop absorbé

S ar des choses étrangères pour s'occuper buaucoup des/ ouleurs de tète de sa llUe.

Godolphin, assis dans le comptoir, jeta un regard de convoitise et d'amour à la jeune tille, qui le toisa dédaigneusement et rentra chez elle.

| — Godolphin! dit alors René.

— Mailre, répondit le jeune homme, qui se leva et vint su placer respectueux et tremblant devant son terrible magnétiseur.

— Tu vas aller te promener au bord de l’eau pendant une heure.

Godolphin regarda son maître avec étonnement.

— Il va venir ici des gens que tu ne dois pas voir. Godolphin prit son chapeau.

— Ferme la boutique, emporte ta ciel : j’ai la mienne. Quand dix heures sonneront i» Saint-Germain-rAwxcrrois, tu reviendras te coucher.

— Oui. maître.

Godolphin mit les volets à la boutique, emporta une des deux clefs de la grosse serrure à secret qui fermait In porte, une serrure forgée à Milan et qui était un chefd’œuvre, en ce sens qu’elle était impossible à forcer et qu’elle mouvait trois énormes verrous transversaux.

Quand ce fut fait, il prit son manteau et s’en alla.

Quelques minutes après, on frappa à la porte.

René, qui, la tête dans ses mains, méditait profondément, se leva et alla ouvrir. C'éUit le lansquenet Théobald. René ne le reconnut qu'à sa tournure, car il avait un masque sur le visage.

— Es-tu prêt? demanda le parfumeur à voix basse.

— Oui, certes.

— Allons, en ce cas.

— Pardon ! lit le lansquenet, mais je voudrais bien faire nus comptes.

Henri eut uu battement de cœur.

— Puis, continua la jeune fille, attendu qu’il y avait U un gros homme à l'air méchant, qui est M. Loriot, elle m’a dit: « Puisque vous venez de la part de Corisandre, soyez la bienvenue, mon entant; je vous prends & mon service. »

— Et qu'a dit M. Loriot?

— Il est rentré dans sa boutique en grommelant.

La jeune fille raconta ensuite que, lorsqu’elle s’était trouvée seule avec Sarah, cette dernière lui avait dit :

— Je ferai tout ce que l'ami de Corisandre voudra.

— Et maintenant, demanda Myette, que dois-je faire?

— Attends-moi, dit Henri, tu le sauras tout à l'heure. El il laissa ISoê dans le cabaret, en compagnie de Ma-

lican et de la jolie Béarnaise ; puis il rentra au Louvre, et il allait su faire indiquer par uii suisse ou un lans-

nait du pays latin, où il était ailé pour on ne sait qu’elle besogne. Il rentrait au Louvre tout exprès pour y recevoir le sire de Coarasse, dont les prédictions l’avaient si vivement lrappe la veille, qu'il en était encore tout ému.

— Par Dieu ! messire, lui cria Henri, courant après lui, je suis aise de vous trouver.

Le Florentin salua Henri et essaya un sourire affable.

— je rentrais pour vous attendre, dit-il.

— Et moi je m'informais de votre logis.

— Eli bien, si vous voulez monter...

— Non, répliqua Henri, c'est inutile. La cour est déserte, et nous pouvons causer ici.

Kuné regardait le prince avec inquiétude.

— Monsieur René, dit Henri, nous nous sommes quittés cette nuit par un vilain temps... U pleuvait et le ciel était couvert...

— El vous avez prétendu que les astres étaient trop enveloppés de brouillard.

— C'était vrai. Mais, vers trois heures du matin, la pluie a cessé... tit le ciel s'est dégagé complètement : ce qui fait, dit Henri avec uu sang-fruid imperturbable, que j'ai pu lire dans les astres comme dans un livre. Et je les ai consultés sur vous.

René essaya de sourire :

w — Que vous ont-ils dit? demanda-t-il en ricanant.

— Oh! d’étranges choses !

— Mais... encore? , .

— D’abord, il paraît qu'hier je m’étais trompé . C était la faute .lu brouillard.

— Comment cela?

— Les astres m’avaient semblé prétendre tju’il était necessaire que vous attendissiez au moins trois jours pour mettre à exécution ce projet qui doit satisfaire votre passion pour une femme et votre amour pour l’argent.

— Les astres se trompaient donc?

La voix de René accusa un léger tremblement.

— Pas tout à fait. C’était moi qui avais mal compris...

— Ali ! EU bion, que dois-je faire?

— Sous peiue du voir échouer votre projet, les astres disent que vous devez voua hâter... aujourd hui plutôt que demain...

— Je me hâterai, dit René.

— Un jour impair et un nombre cabalistique ne peuvent que vous servir ; c'est justement aujourd hui le 3 du mois et un samedi, jour de sabbat.

— Eli bien! ce soir, murmura le Florentin. Mais ce danger dont vous nie parliez... qui menaçait ma puissance?. •«

— Ah ! voilà, dit Henri ; ce danger, disent les astres, ie rattache à un événement mystérieux et sombre de votre destinée.

René eut un tressaillement.

Henri continua : — Vous avez Jubilé Venise autrefois...

René pâlit.

— Avec votre femme...

— Oui, balbutia le Florentin.

— Et votre ÛUe, qui avait alors quatre ou cinq ans. . .

L'horo»oop«.

— Lesquels?

— Vous m’avex promis cent cinquante pistoles, n'est* te pas T

— Oui, tu les auras.

— Eh bien! j'ai réfléchi. U m’en faut 4e ux cents.

— Juifl

— Sinon, bonsoir.

— Soit, dit René. Va pour deux cents.

— Dont la moitié tout de suite.

Le Florentin n’avait sans doute pas de temps à perdre en pourparlers. Il tira sa bourse de sa poche et la donna à Théobald.

Celui-ci la prit et la glissa dans son pourpoint.

— A présent, dit-il, ie suis à vos ordres, messire. René se dirigea vers la porte, l’entrelidilla et jeta un

regard furtif sur le pont.

&>mme la veille, Paris était enseveli Sans le brouillard.

H tombait une pluie fine et glacée; les passants étaient rares.

A peine entendait-on, dans le lointain, au bord de l’eau, le bruit d’une barque attardée ou la chanson grivoise d’un écolier de la Sorbonne rentrant au paya latin.

Le pont était désert.

. — Viens, dit tout bas René & Théobald.

Le parfumeur mit un masque sur son visage tout comme le lansquenet ; et puis, celui-ci étant sovit le premier, René ferma soigneusement celte boutique où dormait sa chère Paola.

Enfin, il prit le bras de l’estafler et tous deux, longeant le pont, se dirigèrent vers 1a rive gauche de la Seine.

Tandis que René et le lansquenet s'éloignaient pour quelque lugubre besogne sans doute, Godolphin, le somnambule, en ce moment fort bien éveillé, se promenai^ en grelottant sur la rive droite. Le malingre Jeune homme,' cet être étrange aue Paola accablait de son dédain, songeait à 1a jeune fille et murmurait : •

— Bn vsin elle ms repousse, Je l'aime toujours... et

Digi

« je m'éloigne d’elle une h**ure, il me semble que je | MHiflrv mille morts...

Kt (iodolphm arpentait la berge, recevant la pluie qui lui fom-itaii le visage, soufll tnt, pour le* réch tuller,dan» «es doigts maigres, crochus, et comptant les minutes ivre impatience...

E'ilin l'horloge de Saint-Germain-rAuxerroia sonna dit heures.

God ilphin respira, et, esclave de sa consigne, il reprit ;t grands pas le chtmin du pont et de la boutique, disant :

— Ahl je ne la verrai pas, mais au moins je serai

près d’elle.

Go lolphin continuait son chemin, caressant son rêve d’amour, lorsqu'une brutale réalité le forç» à s’arrêter.

Deux hommes venaient de se dres-er devant lui.

L’un lui jetait un mouchoir sur U figure et le saisissait A la gorge...

L'autre lui appuyait une dague nue sur la poitrine et lui disait :

— Si lu crics, si tu dis un mot, tu es mort!...

Godotphin voulut se d< battre, mais on lui pouaaa le

mouchoir dans la bouche et on en (H un bâillon.

En même temps un de» deux homme*, l’enlevant de terre, le rejeta sur son épaule, tan in que l'autre disait :

— Vite! dépéchops! nous n’avons pas de temps à perdre!

Celui qui emportait sur se* épaules Go lolphin, ivre de terreur, ajouta en ricanant :

— Je voudrais bien savoir comment, à prêtent, maître René fera pour lire l'avenir dans les astres 1

Ohm maître Samuel Loriot, on soupait à huit heure* lu soir dans une va>te salle d aspect iri-te et sombre, nuée au ri’Z-de-rh uissêe de la maison et & laquelle 1rs nôtre* garnies d'enorme* barreaux donnaient la smisiv* apparence d’une prison.

Il y avait un haut bout de la table, ni plus ni moins j 1 e chez un gentilhomme de province.

Au bas bout s« trouvaient les ouvriers et les serviur* de la maison, présidé* par le vieux Job.

Le haut bout étau occupé par le maître et «a femme, t Itelle Su ali, q n huilait, eu Ce funèbre lieu où la trii- .<-s$e pénétrait par tous les pores, comme une étoile qui e serait détachée de Ja voûte céleste et serait tombée i i fond d'un puits, dont l’obscurité aurait èle impulsante A éteindre ses rayons. Ce soir-la, niaitre Samuel ivait un rendez-vous d’affaires avec un marchand de perles fines, Polonais d’origine, qui demeurait au carrel Hir Buri, de l'autre coté de la Seine.

Aussi s etait-on nns à table de meilleure heure qu’à I ordinaire.

A huit heures précises, le repas était terminé.

Samuel fil un signe, et les ouvriers quittèrent la table, allièrent et sortirent suivis «le deux serviteurs.

L’argentier, par mesure du prudence sans doute, n'almeltait à coucher dans sa maison qu’une vieille servante t Job, ce premier commis, cet homme de cmilianee qui emplissait auprès de Sarah le double rôle d'espion oi.de gardien.

Cependant, ce soir-là, la domesticité de la maison a’était augmentée d’un nouvel hôte.

C’était Myette, la jolie Béarnaise.

Sarah, qui, en échange de sa capUvité éternelle, avait lu moins ubtenu d'éire nuiireie-e absolue de sa volonté tu fond de wi prison, avait nettement déclaré à Loriot pj’elle enlemlait garder la jeune fille et la faire coucher auprès d'elle.

Le» serviteurs partis avec les ouvriers, Samuel dit A la vieille servante qui occupait, la nuit, une chanihrulte dans le* comble* de la maison t — Va le oe icber, Marthe, tu dors sur ta chaise. Sarah n’aUeiidil point un ordre semblable; elle se leva

sans adresser A celui oui était son maître, et non plus on époux, d’autre adieu qu’un froid salut, et, faisant un signe a Mvelte, elle se retira dans son appartement, où Samuel ne pénétrait plus depuis que l’aven de son crime lui était échappé.

Aussdô’. que la porte de l'appartement de Sarah se fut refermée, Samuel tira un verrou qui s'assujettissait at dehon.

Ce n’était point assex nue le vieil argentier eût fait dè sa ruai «on une véritable forteresse, il fallait encore que Sarah lût prisonnière chez elle.

Cela fait, Samuel, aidé du vieux Job et de Guillaume Verconsîn, ouvrit la porte secrète qui conduisait A ces raves dans lesquelles étaient enfouies les richesses de l'argentier, et qui communiquaient avec la hmiliquo du drapier; et tous trois y transportèrent les écrins, le* bijoux, étalé* dans la boutique, le travail ina h:vé de* ouvrier* et le» monnaies d’or cl d'argent provenant de* vente* de J» journée.

Quand ce fut fini, Guillaume alla se coucher dans la boutique du drapier; la porte Recrèle se referma, et, tandis que Job dressait son lit dans le corridor de la maison, à deux pa* de ta porte, Samuel Loriot sortit.

L’argentier avait fait faire, pour sa maison, une serrure qui ne le cédaR pas en complications et en solidité A celle de mesure le parfumeur.

Cette serrure élait fort large, ravis la clef en était trè.«- petite et maître Loriot la niellait dans sa poche. Job avait pareillement une clef.

— Je rentrerai tard, dit l'argentier au vieux Juif. Je veux terminer ce »oir un achat de perles. C’est une belle affaire.

Kt il sortit.

Job ferma soigneusement la porte, acheva de dresser son lit de camp dan* le corridor, se coucha et ne tarda point A s’endormir.

bientôt, au fond de l'atelier, on aurait pu entendre ses ronflement* sonore*.

Alors la porte mystérieuse des cave» s’ouvrit et Guillaume Verconsio parut.

Il fM- dirigea sur la pointe du pied vers le corridor, pou* *a «en» bruit la porte de l’atelier, puis frappa deux coups discrets A celle de l'appartement de Sarah, dont il lit fflwser le verrou extérieur.

Presque aussitôt cette porte s'ouvrit.

Guillaume vit d'aliord apparaître Mvette, puis, derrière « Ile, un jeune garçon portant sur se* cheveux bouclés le bonnet de laine des paysan» b-arnais.

— Ahl murmura Guillaume ébahi, maître Samuel lui-mème ne vous reconnaîtrait pas, madame.

— Tu crois T dit la belle argeniière en souriant.

— Oh! certes!

— Venez, madame, dit Myelte. M. Loriot peut rentrer d’un moment A I autre.

Guillaume les prit par la main; tous trois disparurent dans le souterrain et la porte des caves se referma sans bruit.

Sarah élait sauvée !

Cependant maître Samuel Loriot avait déjà traverse le pont Saint-Michel et il gagnait la Cité.

Mai*, au moment où il mettait le pied sur la place do la Sainte- Chapelle, deux hommes, uni R elaient ten s immobile* adttssés au vieil édifice, s'en détachèrent et vinrent A sa rencontre.

La nuit était noire, la place déserte.

— Qui va la 7 demanda Loriot, un |>eu ému en voyant deux inconnus venir à lui.

— Ami*! répondit une voix.

Cette votf était inconnue à l’argentier.

— Je ne vous connais pss,dil-il,pas>ex votre chemin I

Il prit un pi>t»letà sa ceinture si l’arma.

M ns ce geste et le bruit sec de lu iMtterie de l’arma A feu n’intuiiiitèrent point les inconnus.

— Mou-p ur Loriot... dit l’un d'eux.

Sumuel recula de surprise.

— Ah! dit-il, vous me connaissez?

LA JEüMtbSK DU Hül HENRI.

— ('«ria'nrment, maître Samuel, et vous devra z bien voir à n»>ire tournure que nous niuun» des gentikbornon*» t i Mut de» tin-lame» et des escarpes.

— Eicuici uioi, tiie>wigneurs,dit largentur un peu riasure, tuais... à qui -en avez-vous, s'il vous plaît T

— A vous, maître Loriot, et nous venons en amis.

— Mail 1 ... qui étes-vuu»?... murmura l'argentier, que ses terreurs repreeut quand d s'aperçut que les deux éiiaogers étaient masques.

— Iles ami» imonnus que vous envoie la Providence.

— Aw je donc besoin d'ami» Y

— Vous courez uu danger cent fois pire que la mort.

— Que diWs-vous? s'écria l'argentier qui soudain songea à Sara h.

— On veut vous ravir votre femme...

— Vous... plaisantez?...

— Réunit* z donc votre pisU iel à la ceinture, dit l’inconnu, et écoutf z-iioos...

Suuuel,qui, drpuis les dernière» p -rôles de son interlocuteur. ne songeait plus à défi mire sa vie, Sam ml désarma son pisloltt.

— Bien! dit l'homme masqué. Kl ma in tenant, comme il e$t des ùojn» horribles, des noms qui purleiil malheur quand on !• s promu ce «ibe rs qu’en plein air, loin de loul* maison, v* nez jusqu'au bord de U riviete.

L'hon m • masque, en parlant ainsi, piil Samuel par le bras et lui dit a l'oreille :

— Non»' somme» des gens de la cour, el cependant l'hoiiiii e qui veut vous tnlev«r votre femme est si puissant que nous avons ans de» masque* et que jamais vous ne sautez à qui vous avtz eu affaire et de qui von» aur* z tenu uu bon conseil.

Ces parole» impressionnèrent si vivement l'argentier, qu’il oublia complètement S> n mai chaud de per.e» (i.ies et qu'il »e laissa eut rainer au butd de la rivière. L-, celui des homme» masque» qui avait toujours pris la parole le lit asseoir sur une pnrre et lut dit tout bas :

— Ecoutez !... nVtiez-vou* pas À Tour», dernièrement Y

— Oui, certes, dit Samuel.

— En sortant de Tour?, vous avez été rejoint par un prétendu valet de («vèque de Saumur?

— l'rccisément. Mais... comment... ^avez-vous?

— Attendez; quand vou» avez rejoint vutie femme à Blois, elle vous a raconté sans doute qu'un cavalier l avait poursuivie et qu'elle n'avait pu lui échapper...

— Qu'en lui tirant un coup île pistolet qui l'avait jeté bas, dit Samuel.

— La balle a lue ht cheval cl non le cavalier, dit i h' in me masqué. Le cavalier est pleut de vie el il a juré...

— liais... Sun nom? demanda Samuel.

— Ali' votre le mine m vous l'a dune pas dit?

— Elle rie le savait pas...

— Elle le savait... uu » elle auia craiut de vous épouvanter.

— Cet homme est donc bien puissant?...

Tandis que Samuel Loriot faisait celte question en tremblant, le second per.-umiage masque fit deux pis en arriére vite plaça dtrneie i'orgculur, qui uy prit garde.

Samuel, les cheveux bcris»ês, attendait ce rium l« rlibie...

— Cet homme qui veut vous prendre votre femme, acheva l'interlocuteur de Loriot, »e nomme lieue le Florentin

Samuel tressaillit de la télé aux pieds el se leva brusquement.

liai», à ce moment, il reçul un coi p de dague dans le do*, entre les deux épaulés, et tomba ui jelaul ua ci i etouffr.

— Voilà un maître coup de dague I TbcobaM, dil alors Rene avec uu rire sinistre... le butor a été tué ruide...

Rene avait raisoo : l'argentier Samuel Loriot état mon!...

— Fouille- le, dit encore le parfumeur. Il élail tu*p

prudent pour avoir Ixaucoup d’argent dans sa bour-*, mai» »‘d a quelques pi»lol«*s, elles >*mi à toi. S uleui'-nt. tu vas me donner une petite clef qu’il doit avoir sur lui.

— Vui'à la clef, répond l le lansquenet, qui mit liait» sa poche la bourse du Ixtiugeois défunt.

— A présent, acheva René, pousso-moi cette tnarogne à l'eau et suis-moi.

Le lansquenet prit le cadavre à bras-le-corps el le j i. dans la Se»». Puis il suivit Rene qui le fitremonler to le pont.

Mai» le Florentin n'entra point dan» sa boutique et ne s'inquiita p-.int de savoir si Godolphiu avait été relev» de -a faction en plein air par la dmeuie heure suintant à Saint Germaio-l'Auxerrms.

Il Inversa le nont, la place du Châtelet, et, par la rue Samt-Deni», i-e dirigea vers la rue aux Ours.

Arrive devant la porte de la maison de l'argentier, Koné prit la clef et l'enfonça dans la serrure.

La clef tourna...

Hene avait tué Lot iot, et par cuntéqtM Ut il ne le redoutait plu» : mai- d n'en eut pas moins uu batlemetu de coeur eu ouvrant la porte de cette maison, qui passait dans Pai is pour une forteres-e.

Qui sait quels mystérieux il terribles noytlU de *léfeiise ce vu* il a 'ai», q*.i possédait à la fois UQift jeune femme rl d'immense» r citerne*, avait accumules à l'inter sur de ■ e te nnbun 1

Quand il sentit la p*>ite céder, René, obéis- an t à uu Sentiment de peur, s'tff ça et dit au lansquenet :

— Enl'e le premier.

— Soit, répondit celui -ci, mais ce sera cinquante ptstoles de plus.

La p' or dominait IL ne, il céda encore.

— Va, dit-il.

Le lansquenet cuira

Le Corridor était plotvgé dans le» ténèbres, et le soudard avança, les mains eu avant et sa dogue au pomg.

R* ne, I enn ndaut marcher, entra à sou tour et poussa la poite sur lui.

M iis presque au même instant ou enten ht une voix cassée par ."âge qui dus ut :

— E*t-ce vous, maître?

Le lansquenet ne répondit point.

Aussitôt une lueur passagère sc fil et on enten lit battre lu biiuotl.

C'était le vieux Job qu*, éveillé eu sursaut par un bruit de pas ne reconnaissait point la uiaube de son maître. Le juif arracha de sou briquet une gerbe d’étincditS,apeiçul, à celte clarté de qoclquos seconde», de ui boimms au lieu d'un, et jeta un cri :

— A moi! maître 1 à moi l cria-t-il.

Mai» si les eimceile» du briquet lui avaient p* ri us d 'entrevoir les deux inconnu», ceux-ci avaient pu également apercevoir le vieillard à d< mi dressé sur aou lu de camp.

Job avait des pistolets auprès de lui, sou; son oreiller, tuais il n’eut pas letciup» ai» faire usage.

Le lansquenet bond t jusqu’à lui, leulaÇa d'un bras vigoureux et de l'autre le frappa.

Le corridor eta.t rciombé u n» l'ubscuiité.

Rene perçut uu en étouffe, nui» la rhqte d’un Corps. .

Mais il n'osa faite < il pa» avant qu'il >(H enten lu le lansquenet qui lui dit :

— Vous pouvez venir... j'ai le coup de dague >ùr. Ls vieux est bien mort.

Et, chéri haut a tâtons le briquet, le lansquenet se mil à le battre * 1 alluma une chandelle qui »e trouvait p aeêe auprès du lit de sangles.

Aloia, Rene y vit clair.

Lu corridor était long et percé de portes à droite et à

gauche.

Au pied du lit de sangle» gi?a-t, dan» les convulsions lie l'aeooic, le viens Joî* frappe à mûri,

— Mesure René, dit IVsUilier, u«>u» ferous un compte à part pour ce deuxième coup de d igue, j'iiuagiue?

— Avance toujui r», uriouna René ..

El, le lamqueuet marchant te pr< tmer, iis montèrent

à l’étage supérieur et en parcoururent les diverses pièces. Toutes étaient désertes.

— Allons ! se dit René, ce n’est point ici qu'elle est... Redescendons.

Ils redescendirent, en effet, et pissant sur le corps de Job qui avait rendu l'àme , ils entrèrent dans l'atelier, et, au fond de l’atelier, ils virent une porte entr’ou verte.

René entra le premier, cette fois, car un secret instinct lui disait que c’était la chambre de Sarah.

Cette chambre, comme les auties, était desertc. René vit bien cependant à l’ameublement, qui était élégant et coquet, et a mille chiffons jetés çà et là, qu’il ne s'était point trompé.

Dans une seconde pièce se trouvait le lit de la belle argentière.

Le Florentin eut un battement de cœur, alla droit à ce lit, en écarla les rideaux et resta stupéfait...

Le lit n'avait pas été foulé...

Alors le Florentin fut pris d’un accès de rage; il se mit à parcourir la maison en tous sens et mouta jusqu'aux combles...

Le bruit de ses pis et de ceux du lansquenet finit par éveiller Marthe, l'unique servante qui couchât dau» U maison. •

Marthe se leva, accourut en chemise, rencontra ces deux hommes masqués et jeta un cri d’épouvante.

Ce cri fut son arrêt de mort. Le lansqueuet la saisit à la gorge, et, dédaignant de Taire usage de sa dague, il étrangla la pauvre vieille femme...

René, ivre de rage de ne |>oiiit trouver la belle argentière, allait et venait par la maison... Il en visita tous les recoins; il en sonda tous les mystères.

Sarah n'y était pas!

Mais, si amoureux que fût René, il était homme à ne point oublier que le meurtre de Samuel avait un double

Si la première partie était manquée, restait la seconde.

— Au moins, murmura-t-il, j’aurai l'or et les diamants du vieil avare.

L’atelier avait si bien l’aspect d’une forteresse, avec ses crc sees grillées en dedans et en dehors, qu'alors rué me qu'on n'eût point aperçu un énorme coffre de bronze placé au milieu, on eût juré que c'était là que se trouvait la caisse de maître Samuel Loriot.

Seulement, cette caisse n’avait pas de clef, et à moins que la clef qui ouvrait la porte d’eulrée cl qui était la seule que le lansquenet eût trouvée sur le cadavre de l’argentier, n’ouvrit également le coffre de bionze, il fallait chercher ailleurs...

René prit le flambeau et retourna auprès du cadavre de Job.

Job était en chemise, niais il portait une clef pendue au cou, une petite clef iréllee dont René devina sur-lechamp l’usage et dont il s’empara.

C'était la clef de la caisse.

Mais au moment de la mettre dans la serrure, un nuage passa sur le front de René.

— U va donc falloir partager! pensa-t-il en voyant le lansquenet dont le regard brillait déjà de convoitise...

Une inspiration infernale traversa le cerveau du Florentin, qui, enfonçant la clef, parut faire un violent effort pour la tourner.

— Ah l dit-il, je n’ai pas le poignet assez robuste. Essaie...

Et il s’effaça.

Le lansquenet, sans aucune défiance, mit la main sur la clef, et René passa derrière lui.

Mais soudain, et rapide comme l’éclair, le Florentin tira son poignard, et, de même que le lansquenet avait frappé Sarouel Loriot, il | c irappa entre les deux épaules,

- — Ouf 1 cria le lansquenet.

Ut il tomba la face contre terre.

— Moi aussi, ricana le Florentin, j’ai le coup de dajue tùr » et ,1 e de faire une économie de plus de irois cents pisloles... r

j>uis, repoussant le cadavre du pied, il tourna la clef et ouvrit le coure.,, mais à peine la porte de bronze eut-

elle tourné sur ses gonds que le Florentin jeta un grand cri et recula frémissant... Le coffre était vide lit

René demeura longtemps bouche béante, l’œil morne devant ce coflre fort qui ne renfermait d’autres richesses qu’une sébile pleine de monnaies de cuivre et d’argent.

— Si Loriot ne met point son or et ses bijoux dans ce coffre, murmura-t-il, où les met-il donc?

Une sueur glacée perlait au front du Florentin.

Ce n'était pas a>sex que la belle argentière eut disparu, il fallait encore que le coffre-fort fut vide.

Un moment, René eut un soupçon bizarre.

— Qui sait, pensa-t-il, si elle n’a point volé son mari en prenaut la fuite...

Mais, en y réfléchissant, René repoussa bien vite celte idée.

D’abord, il lui paraissait peu probable que Sarah eut pris la fuite, attendu que, lorsqu’il avait pénétré dans la maison, Joli était couché dans le corridor, et que, pour admettre l’évasion de la jeune femme, il était nécessaire de supposer h complicité du vaux serviteur. En second heu, c’était à son cou que la clef du coffre avait été trouvée, et si Job avait pu faciliter le vol, bien certainement il ne fût point demeuré dans la maison et il aurait fui avec Sarah.

— Nonl non! pensa René, qui oubliait déjà la belle argenlière pour ne songer qu’au trésor de sa victime. Loriot avait peur des voleurs, sans doute, et il cachait son or ailleurs... Le coffre-fort était un appât... vo la tout.

Alors le parfumeur se mil à visiter 1a maison en tous sens, pièce par pièce, enfonçant les placards, brisant le* meubles, et tellement domine par sa soif de l’or, qu’il ne songeait ni au chevalier du guet, qui pouvait entendre le bruit et s’inquiéter de ce qu'on faisait chez l'argentier Loriot, ni aux voisins qui pouvaient accourir.

Les perquisitions de René durèrent plusieurs heures; il passa et repassa sur les cadavres de Job, du lansquenet Tbéobaid et de la servante, sans môme prendre garde de les heurter du pied ; il ne laissa pas un seul recoin qu’il n’cùt v site. .

Mais il ne trouva point le ressort mystérieux qui faisait tourner un pan de mur de l’atelier.

Tout à coup, la bougie qu’il tenait à la main s’éteigmt,et René effxré aperçut un rayon de jour qui passait à travers les solides barreaux de fer des croisées.

Alors seulement, la peur le prit.

Il fallait, à tout prix, sortir, et sortir au plus vile.

Si René ne craignait que médiocrement le chevalier du guet, il craignait beaucoup les ouvriers de l’argentier, lesquel» l'eussent tué sur place en arrivant, sans vouloir entendre ses explications.

D'ailleurs, si la reine lui avait accordé la vie d’un homme, elle n’avait point garanti l'impunité pour les trois autres, et sans compter le corps du malheureux argentier qui s’en allait à la dérive, il y avait trois cadavres dans la maison.

René eut donc peur de ce premier rayon de l’aube. 11 reprit son manteau, se cacha soigneusement le visage, alla ouvrir la porte et jeta un regard furtif dans la rue.

La rue était déserte.

Alors le Florentin s'élança hors de la maison sans même songer à refermer la porte, et d’un pas rapide il se dirigea vers la rue Saint-Denis. Sur la place du Châtelet, il se prit à courir, traversa le pont au Change et la Cité et gagna le pont Saint-Michel.

Arrivé devant sa boutique, il chercha dans sa poche la clef et ne la trouva point.

Soudain il se souvint qu’il avait posé cette clef, ainsi que son poignard, sur un siège dans la chambre de Sarah, tandis qu’il faisait ses perquisitions.

La clef et le poignard étaient restés dans U maison dq

l'argentier.

René, la sueur au front, songea un moment à retourner rue aux Ours, car ces deux objets trouvés dans la maison où s*était commis un triple meurtre pouvaient gravement le compromettre; mais le jour avait granli; déjà quelques boutiques s’ouvraient, et oser rentrer dans h maison de l'argentier, c’était avouer hautement son crime.

— Allons! pensa René, Godolphin va m’ouvrir.

Et il frappa.

Godolphin avait pourtant le sommeil assez léger vers le uiatm, mais, au grand étonnement de René, rien ne bougea dans la boutique.

René frappa de nouveau.

Le môme silence co itmua de régner À l’intérieur.

Alors René, étonné cl furieux, ébranla la porte, criant :

— Holàl Godolphin!... holà ! Paola!

A ce dernier nom, une fenêtre s’ouvrit au premier étage, et la belle Paola se montra en toilette de nuit.

— Est-ce vous, mon pcrc? demanda- t-elle.

— C’est moi, dit René. Celte brute de Godolphio dort donc bien fort T

— Vous n’avez donc pas votre clef?

— Je l’ai laissée au Louvre.

— Attendez... ie vais vous ouvrir.

Paola se vêtit à la hile et descendit. Mais quand elle fut dans la boutique, René, qui était au dehors, leiitendit jeter un cri d'étonnement.

Puis, la jeune Hile ouvrit la porte.

— Qu'esl-ce que lu as donc à crier? demanda René.

— Mon père... Godolphin n’y est pas...

Et Paola s’effaça et «laissa pénétrer son père dans la boutique, où déjà le jour venait à flots.

En effet, Godolphin n’y était pas!

Bien plus, le lit de sangles qu'il tirait ordinairement de dessous le comptoir n’cuut pas développé et se trouvait toujours à sa place.

Evidemment, Godolphin n’était pas rentré depuis que René l'avait envoyé se promener au hord de l'eau, au moment où il attendait le lansquenet Theohald.

Alors René jeta un cri et se laissa tomber anéanti sur un escabeau, murmurant :

— Ab ! si je ne retrouvais pas Godolphin, que deviendrait donc ma puissance?

Et René se souvint de la nébuleuse prédiction du gentilhomme béarnais.

Ce jour-là, le roi Charles IX avait chassé à Saiut- Germain.

Le roi avait couru un louvard, et Sa Majesté, qui était réellement passionnée pour la vénerie, s'était donné le plaisir d'arracher la malheureuse bôte aux al ois du supplice qui l'attendait en lui campant une balle en plein travers juste au moment où la uieute la coillait et se disposait à la mettre en pièces toute vivante.

Le loup forcé et tué, le roi s’était aperçu qu’il n'était guère que midi.

— Messieurs, avait-il dit à sa suite, il me semble que nous aurions bien le terni s de chasser un chevreuil. Qu’en pensez-vous, Pibrac?

— Je suis de l’avis de Votre Majesté, aire.

— El vous, monsieur de Coarasse ?

Henri et Nuë étaient de la suite du roi, qui les avait conviés, on s'en souvient, par l'iniermédiaire de M. de Pibrac.

— Mais, sire, répondit le prince, si Votre Majesté veut chasser un chevreuil avec ces jolis chiens bassets que j’ai vus ce matin dans la cour du château de Saint-Germain, nous aurons un plaisir sans pareil.

— Voua croyez?

— J’ën suis sûr.

— Eh bien, dit Charles IX, Pibrac, mon ami, envoyez sbercher ks bassets...

Et, tandis que M. de Pibrac piquait des deux pour ramener l'équipage de basaeU au plus vile, la roi ajouta :

— Eri vérité, ma.sœur Margot, qui cependant aime beaucoup la chaise, a eu bien tort de n’étre pas des nôtres aujourd’hui. Qu’en pensez-vous, monsieur de Coarasse ? Le temps est superbe.

— En effet, sire.

— Et Margot se fût beaucoup amusée, acheva le roi qui jeta un regard malin au jeune prince.

Henri soutint ce regard et demeura impassible.

— Est-ce que Son Altesse aurait été indisposée ce malin ? demanda-t- il.

— Margot avait la migraine.

— Un vilain mal, sire.

— Vous croyez, monsieur de Coarasse?

— Je l’ai ouï dire, du moins.

Le roi haussa les épaules :

— Les femmes ont toujours la migraine lorsqu'elles ne veulent pas faire b lie ou telle chose. Je gage que si ma sœur Margot avait su que vous chassiez avec moi...

Celte fuis Henri ne put s’empêcher de rougir.

— Elle serait venue...

— Ah! sire, quelle plaisanterie 1

Le roi comprit qu'il était allé un peu loin et mettait le jeune homme dans un bien grand embarras.

— M m Dieul dit-il, je ne plaisante pas du tout. Depuis que Marguerite san quelle doit épouser le prince de Navarre, elle court après tous les Bramais qu’elle rencontre, espérant toujours qu’il ata trouvera un qui lui pourra faire le portrait de son futur époux.

M. de Pibrac revint avec les bassets et on attaqua le chevreuil.

Le chevreuil fut pris en moins de trois heures, et le roi, ravi de sa journée, s’écria :

— Je crois, ma foi, que je vais souper d’excellent appétit, ce soir.

— Tant mieux , sire, dit Pibrac. Quand le roi mange, ses sujets ont faim.

Le roi sourit : — Eh bien , je vous in vite à souper, Pibrac.

— G’cst un grand honneur pour moi, sire.

— Ainsi que vos deux cousins.

Henri et N»e s'inclinèrent, et le roi Charles IX donna le signal du départ et revint À Paris avec sa suite.

8a Majesté, en franchissant la poterne du Louvre,avail dit à M. de Pibrac :

— Voyez donc ma sœur Margot. Pibrac, et sachez si elle a toujours la migraine. Vous r inviteriez à souper de ma part.

— Sire, était revenu dire le capitaine des gardes,

S. A. madame Marguerite souffre toujours beaucoup et s’est mise au lit.

— Diable 1 pensa Henri, et le rendez-vous qu’elle m’a donné?

Le roi se mit h table avec M. de Pibrac, les deux jeunes gens qui passaient pour ses cousins , M. de Grillon, colonel des gardes, et deux autres gentilshommes qui avaient chassé.

— J'ai une faim de loup, dit-il. Si mon futur beaufrère, le prince de Navarre, a un pareil appétit quand il revient de la chasse, ma sœur Margot ne sera point trop à plaindre... et, ajouta Charles IX en riant, les Bourbons ne s'éteindront pas.

Mais le roi avait compté sans le hasard, qui se plaît parfois à paralyser l’appétit le plus robuste par quelque malencontreuse nouvelle.

Charles avait à peine englouti sa fameuse soupe au lard et sucé une aile de faisan qu’un de ses pages, celui qu’on nommait Gauthier, entra et vint lui dire :

— Sire, le prévôt des marchands supplie , à doux genoux. Votre Majesté de lui donner audience sur [meure.

— Au diable le prévôt I dit le roi, que peut-il me vouloir? l)i§-lui qu'il revienne demain.

— Sire, il prétend qu’il vient dévoiler à Votre Majesté un crime abominable.

— Eh bien I murmura Pibrac, cela regarde le chevalier du guet.

Mais le roi avait dressé l’oreille à co mot de crime abominable.

LA JEUNESSE DU KOI fl EN Kl.

— Hé! hé! qu'est cela? Pais entrer. Gauthier, mon mignon.

La page sortit; puis, deux minutes après, il souleva U. portière, ouvrit un battant de la porte, et l’on vit entrer M. le prévôt des marchands.

L'était un majestueux vieillard, por-ant la si marre avec dignité, et qui avait bien plu* les allures d’un gentilhomme que celles d’un bourgeois*.

On le nommait Joseph Miron, et il était le frère du médecin du roi.

— Mun.-ieur le prévôt, dit Charles IX, qui lui tendit, selon l’usage, sa main à baiser, le feu est- il aux quatre coins de Paris?

— Non, sire.

— Les ponts ont-ils été emportés par une crue subite de la Seine ?

— Pas davantage, sire.

— Alors, que nous arrive- l-il d me de si terrible, que vous soyez sans pitié pour un pauvre roi qui se meurt de failli par extraordiuaire, que vous le veniez ainsi troubler?

— Sire I répondit le prévôt, que cette brusque réception ne déconcerta point, je viens demander justice à Votre Majesté.

— Justice! fit le roi.

— Un crime abominable a été commis la nuit dernière dans la maison d’un bourgeois de Paris, et la tumeur publique...

— Est-ce qu’on l’a assassiné? interrompit le monarque.

— Assasiné et volé.

— Et que dit la rumeur publique?

— Elle accuse des gens au service de Votre Majesté.

— Gordien ! monsieur le prévôt, dit vivement le roi en laissant retomber sur la table le couteau qu’il avait à la main, je n'ai à mon service que de» gentilshommes et des gens de bien.

— Sife, ré|h>n*Jit le prévôt avec fermeté. Je n’affirme rien. Mais on a trouvé un lansquenet mort...

— Ah ça! voyous, dit le roi, expliquez-vous, monsieur le prévôt.

fleuri et Ni.ê avaient déjà échangé un rapide coup d'œil d’intelligence.

— Eh bien, sire, reprit Joseph Miron, je dois vous dire qu'il y avait dans la rue aux Ours un marchand bijoutier-orfevre, du nom de Samuel Loriot.

— Un juif!

— Un juif converti.

— Converti oo non, dit le roi, peu importe ! il était bt urgeois de Paris?

— Oui, sire*

— C'est bien... continuez.

— Samuel Loriot avait la réputation d’un très-hoiméte homme, mais il était riche, très-riche même... et, quelque soin qu’il pill de le dissimuler, un le savait fort bien. Ue plus, Samuel Loriot avait uue fort jeune et fort jmte femme...

- Ah ! ab ! fit le roi, qui, prêt à bâiller d'ennui, se r* issu et prêta l’oreille.

Cette femme a disparu.

— Seule?

— On ne sait pas.

•i-a Et le mari?

— Ce matin, les premier» habitants qui se sont levés dans la rue, poursuivit le prévôt, ont éU! fort étonnes de voir la porte Ue la nuiison de Loriot cnlr 'ouverte, attendu qu’il s'y enfermait toujours comme en une citadelle. Ils ont poussé cette pot te et Soûl eutics, mais des les premier* pas qu'ils ont faits dans le corridor, ils ont rencontre uu cadavre.

Celui du mari?

— Non, sire.

Et de qui donc ?

— li’uri vieux serviteur nommé Job.

“ Bon! Après? fit le roi.

— Dans la première pièce à droite du corridor, ai; près ducotlre-furtoUTi rict vide, ou a trouvé un «ecoud cadavre.

— Le mari, c<Ue lu»?

— Non, sire. C'était le cadavre d’un laosqoenet, et un bourgeois l’a reconnu pour l’avoir vu, il y a trois Jours eu facinm & la porte du Louvre.

— Diable! Ht le roi fronçant le sourcil.

— Enfin, au premier etage, on a trouvé un cadavre, celui de la servante.

— Mais... le mari?

— Le mari a été retrouvé noyé et frappé d’tin coup de poignard dans le dos.

— En quel endroit?

— Au bac de Nesle.

— Cordieul monsieur le prévôt, s'écria le roi, mais savez -vous que cela fait quatre homicides?

— Quatre, sire.

— Et que vient faire ce lansquenet mort ao milieu de tout cela ?

— Sire, répondit le prévôt, je me suis livré à une enquête qui a donné des ré-ultats bizarres.

Le roi regarda le prfvôt avec Curiosité.

De celte enquête, continua Jo*«ph Miron, il résolu que le bouig> ois Samuel a été assassiné hors de chez lui, au bord de la Seme, et quelques gouttes de sang ont été trouvées sur une pierre, sous le pont Saint- Michel.

Ch irlcs IX tressaillit et il eût comme un vague nf«s- Mntunent qu'il y avait dans toute celte affaire du hernie Florentin.

Le prévôt continua :

— Le bourgeois Samuel à été frappé par derrière entre les deux épaulés d’un coup de poignard. Un barbierchirurgien, que j’ai requis, a déclaré que la mort avait dû être instantanée. Le cadavre a été jete à l’eau ensuite. Mai-, chose bizarre, la blessure parait aVoir été faite avec le même poignard qui a frappé le vieux Job èl la servante...

— Et le lansquenet? dit le roi.

— Üh! non, sire.

— B.ili I lit Charles IX tout à fait intéressé pif Ce récit.

— Le vieux Jot>, le bourgeois Samuel et la servante ont clé frap(iés avec uue dague triangulaire et de fabiique française.

— Tundi» que le lansqueuctt...

— Le lansquenet l’a été avec un stylet italien, de forme carrée et qui n’a fait qu’un trou i ni perceptible. Cependant, ajouta le prévôt, c’est également entre L» «Lui épaules, comme le bourgeois, qu'il a été atteint, et la blessure a dû dclerunner la mort sur-le-champ.

— Voilà, murmura le roi, qui devient tout à fait incompréhensible.

— Or, reprit Joseph Mirou, la dague qui était pendue au flâne du lansquenet était en tout semblable comme forme à celle qui a dû frapper le bourgeois cl ses deux sei viteürs.

— E>t-ce qu’il faut en conclure, par hasard, que l’assassin aurait changé d’arme ?

— Non pas, site! Il ‘j avait deux assassins, c'est ph s que certain. Tou» deux ont tué le bourgeois sous le pont Saint-Michel.

— Bien.

-«■ Et, avant de le Jeter à l’eau. Us l’ont dévalué, sc* sont anoures de la clef de sa maison qu’il avait dans sa poche, et c’est à l’aide de cette cltf qirdi se sont introduits chfrZ lui un peu plus tard.

— Ah! je commence à comprendre, dît le roi. Mais... h; lansquenet?

— Le lansquenet était en des assassins. Son complice l'aura tué pour u’avoir point à partager le contenu du cofl re-tort.

Sivtz-vous, monsieur lé prévôt, observa ChaTles IX, que c’est chose grave que porter ainsi Une accusation contre un lansquenet! .

— Sue. dit le prévôt, j’ai une accusation bien plus grave à loi tuilier. ».

I — Hem I lit ie roi.

— Si grave, que je supplie Votre Majesté de m’écotitea »eal i real.

te roi «« leva. un peu ému. fit un signe c» entraîna Joseph Mirnn à l’autre extrémité de la salie.

— Voyons ! dit-il, je tous écoute...

Et il murmura avec humeur :

C'est un fait exprès! J'ai faim une fait l’an, et c’est juste ce jour-là qu’on me tient empêcher de dîner.

Les révélations de Joseph Miron, prévôt des marchands, ataient produit une certaine sensation parmi les oontites du roi Charlfs IX; sensation fort désagréable, du reste, car déjà, à cette epoque, on pressentait les idées indépendantes et les turbulences futures, des bourgeois de Paris.

Le règne de Charles IX laissait detiner les désordres du règne suitanl, — et il ne se passait, pour ainsi dire, pas un jour que la bourgeoisie de Paris, les confréries, les congrégations, n’eussent maille à partir atec la noblesse...

Il y avait déjà du ligueur dans ce grand et majestueux pré*ôt des marchands, qui atait l'audace d'interrompre le souper du roi et de tenir porter une accusation contre les gens d’épée.

Le roi atait entraîné maître Joseph Miron assez loin pour que, de la table, on n’entendit point ce qu'il disait; mais les convives de Sa Majesté ne la quittaient pointdu regard.

t — Messieurs, dit tout bas M. de Pihrac, il y a de l’orage dans l'air : le roi fronce le sourcil et il nie semble que ses lètres pâlissent : c’est un signe de tempête.

— Gare à Rene! murmura Noê à l'oreille du prince.

— Ces marchands deviennent d’une insolence extraordinaire! grommela Grillon. Pour un bourgeois tué, si on les écoulait, on assemblerait les parlements.

Tandis que les convive* do roi causaient à toi* basse, Joseph Miron, le hautain prévôt, disait h Charles IX :

— SiTe, il est temps que Votre Maie té, par quelque sévère éuit, fasse bonne justice de certains étrangers...

— Que voulez-vous dire, monsieur le prévôt?

— Un a trouvé, chez le malheureux argentier, un poignard de forme italienne, ce stylet avec lequel on a tué le lansquenet...

— Ah! dit le roi, vous l’avez, ce poignard?

— Oui, sire, le voilà.

El le prévôt tira le stylet du Florentin de dessous sa sinistre.

A la vue de cette arme, le roi, qui se souvenait de l’avoir vue au flanc de René et d’en avoir meme admiré Je travail, car la poignée en était merveilleusement cisel*e, le roi eut un tressaillement et ses narines se gonflèrent.

— Donnez-moi cela, dit-il, et achevez votre déposition, monsieur le prévôt.

— Avec le poignard, continua Joseph Miron, il y avait une clef... l’assassin a oublie le tout sur un siège. Or, sire, cette clef est d’un mervellleui travail et on n'eu forge point, assurément, de pareilles dans le royaume. Un Italien seul...

— Donnez-moi cette clef, interrompt brusquement Charles IX.

Et ii pnt la clef que le prévôt lui tendit.

— Maître Joseph Miron, lui dit-il alors, il est inutile que vous prononciez certains noms. Rentrez chez vous. Je vous engage ma parole qoe justice sera faite.

— J'y compte, sire, répondit le prévôt avec fermeté.

Il salua profondément et se retira.

Alors le roi revint se mettre a table, et il ne dit pas un mot de ce que le prévôt lui Avait révélé ; mais après avoir gardé le silence pendant quelques minutes :

— Messieurs, dil* 1 !. je tout serai trés-obligé de ne point répéter ce qui vient de se dire ici. Je veux éclaircir cette Affaire avant qu'on la divulgue.

Fui* il ajouta, s'adietsant à M. de Pibrac :

— Vous ferez prévenir la reine-mèr* qtM f irai la visiter ce soir,

Ij* roi prononça ces dernier* mots avec un accent de colère concentrée qui fut remarque par se* rnnvjve*.

A partir de ce moment, le roi ne mangea plus que du bout des dents et II demeura sombre et pensif

Les convives se regirdaient d'un air consterné. Seul*, Henri et Noê échangeaient parfois on regard.

Enfin, lé roi se leva de table.

— Prévenez la reine-mère, dit-il à Pibrac.

Le capitaine des gardes se leva et sortit sans mot dire.

— Messieurs, je vous salue! dit le roi, congédiant ainsi les gentilshommes à qui il avait fait l'honneur de les admettre à sa table.

— Harmbieu! murmura M. de Grillon, si le lansquenet de malheur qui nous a ainsi changé l’humeur du rot n’était pas mort, je lui tordrais le cou moi-méme.

Renn et Noê sortirent le* derniers.

Mais au moment où H nri passait le seuil de la porte, il aperçut Raoul dans l'antichambre qui lui faisait un petit signe mystérieux.

Le prince sapprocha du page :

— Monsieur de Coarasse, lui dit Raoul, j’ai une commission pour vous.

— Ah ! dit Henri, de qui donc 1

— De Nancy...

— Vraiment, mon mignon?

— Oui, monsieur.

— Et que me veut-ell«, Nancy?

— EHe m’a chargé de vous dire qu’il y avait mrgraini (t migraine.

— Bon !

— Et qu’il en était une qui se calmerait peut-être, si vous alhes vous promener au bord de l'eau.

— A quelle heure?

— A dix heures, dit le page.

— Est-ce tout, ami Raoul?

— Tout, monsieur.

— Eh bien 1 merci... au revoir!

— Monsieur de Coarasse, dit Raoul, pardon... j’oubliais...

— Ah!

— J'oubliais de vous rappeler que... vous m’avez fait une promesse...

— Oui, certes, de parier pour vous à Nancy, n’est- ce pas?

Au lieu de répondre affirmativement, Raoul ae contenta de rougir.

— Eh bien, soyez tranquille, dit le prince, je m'occuperai de vous.

En parlant ainsi, Henri regardait le sablier qui se trouvait dans l’antichambre.

Le sablier ne marquait que neuf heures. •

— Que vais-je donc faire d’irt à dix fleuras î pensait-il.

Mai* M. de Pibrac, qui s'elait acquitté de la mission que lui avait donnée le roi, revint et lui dit en passant :

— Atlendez-moi, monseigneur...

Henri et Noê demeurèrent dans l’antichambre et entendirent le capitaine des gardes disant au roi t

— 9. M. la reine-mère est en ce moment chez madanT Margumu*.

Le roi répondit :

— Eh binn ! je vais l’aller trouver chez Margot.

M. de Pibrac sortit de chez le roi et dit aux dei jeunes gens :

— Venez avec moi...

— Hutnl pensa le prinoe, je gage que M. de Pibrac .nous veut questionner et qu’il ah doute que noua ea savons plus long que lui sur l'histoire de la nuit dernière.

Le prince se trompait. M. de Pibrac n'avait pas soupçonné un seul instant ni quel fût le véritable assassin de S muel Loriot, m que Henri et Noé sa trouvaient ut .cillent mêlés à celte unwbreuse affaire.

Le capitaine des gardes emmena les deuz jeunes gens chez lui et ferma là porte au verrou. Aussitôt qu'il» furent entres i

— Monseigneur, dit-il en souriant, le roi ta aller voir

madame Catherine, qui se trouve en ce moment chez la princesse. Je gage que, comme moi, Votre Altesse est curieuse de savoir ce qui va se passer. Bien certainement, ajouta Pibrac, il s’agit de quelque estaüer de la reine-mère. Le prévôt des marchands en a dit très-long au roi, dans l’embrasure de la croisée. j

Henri se prit à sourire :

— Est-ce que vous ne devinez pas? dit-il.

— Deviner quoi?

— Quel est l’assassin de Loriot?

— Ah! mon Dieu! dit Pibrac, où avais-je donc la tète? ce nom de Loriot qu’on prononce devant moi depuis une heure ne m’avait pas encore frappé. Mais, c'est ce bourgeois dont vous avez arraché la femme aui griffes de René.

— Oui, fil le prince d’un signe de tôle.

— Mais alors?...

— Alors René a été plus heureux la seconde fois que la première.

— 11 a enlevé la femme ?

— Oh ! non, dit le prince, mais il a tué le mari. Quant à la femme, elle est en sûreté.

Alors, IL nri raconta au capitaine des gardes ébahi tout. ce qui s’éLait passé depuis deux jours.

— Ah! monseigneur, dit enfin Pibrac, savez-vous que vous jouez un terrible jeu?... •

— Bah t je ne crains point René.

— Craiguez-le, au contraire, monseigneur. René sera d’autant plus dangereux, qu’il sera terrassé. La partie est engagée,’ ne reculez pas... mais soyex aussi prudent que courageux, car, sans cela, voua êtes perdu.

M. de Pibrac ouvrit alors le bahut aux livres de chasse et démasqua le passage secret.

— Certes, dit-il , ce n’est plus la curiosité qui me pousse, c’est l’instinct du danger. Il faut se faire des armes de tout et savoir à tout prix ce qui va se passer entre la reine-mère et le roi.

— Allons! dit Henri.

Neé demeura dans la chambre de M. de Pibrac, et ce dernier, ainsi que Henri, sc glissa à pas lurlifa dans le couloir mystérieux.

Ce fut Henri qui colla son œil au trou ménagé dans les pieds du Christ.

Marguerite et la reine étaient seules.

Marguerite disait ;

— Que peut vouloir le roi à cette heure? On dit qu'il est d'une humeur charmante depuis ce matin.

— C’est que je ne lui ai point parlé des affaires de l'Etat, répondit la reine mère avec aigreur; le roi ne s’ennuie que lorsqu’on le veut occuper du bien de son royaume.

— C’est qu'aussi c’est bien ennuyeux, la politique, murmura la jeune princesse.

La reine meut pas le temps de répondre, car des pas retentirent et un chambellan ouvrant la porte à deux battants annonça :

— Le roi !

Charles IX entra.

Marguerite et la reine-mère s'attendaient à le voir sourire; mais elles demeuièrent interdites en le voyant pâle, sombre, le sourcil froncé, marchant d'un pas l rusque et inégal.

— Bonjour, Margot, dit-il en baisant la main de sa sœur.

Puis il s'inclina fort sèchement devant sa mère :

— Bonsoir, madame, dit-il.

Et il s’assit. La reine-mère le regardait avec plus de curiosité que de frayeur.

— Madame, dit le roi après un moment de silence farouche, je vous viens prévenir qu’il y aura demain assemblée du parlement.

La reine fit un geste de surprise.

— Et je vous viens prier d’y assister, continua le roi, car il y sera jugé un grand coupable.

Catherine ne comprenait point et continuait à lever sur le roi un regard étonné.

— Le coupable, continua Charles IX, sera condamné au supplice de la roue, et la sentence sera exécutée avant trois jours.

— Mais de quel coupable parlez -vous, sire ? demanda la reine.

— D’un voleur, d’un lâche assassin.

La reine tressaillit.

— Mais, dit-elle sans se départir un seul moment de son câline, les voleurs et les assassins regardent votre grand- prévôt, sire, et non moi.

— Vous vous (rompez, madame.

— Et j’ai cru que Votre Majesté m’allait parler de quelque prince ou seigneur qui avait conspiré contre le bien de l’Etat ou celui de la couronne...

— Les conspirateurs, madame,sont ceux qui désaffectionmnl les peuples en s’abritant sons la protection royale pour egorger de paisibles bourgeois et les dé pou i lier...

Catherine de Médicis comprit tout; elle se souvint que René lui avait, la veille, demande la vie d’un homme.

— Vous aviez donc protégé quelque misérable, sire? dit-elle.

— Moi, madame? non. Mais vous!

— Moil

Le roi ne se laissa point dominer par l’air majestueux de sa mère.

— Ecoutez-moi donc , madame , dit-il froidement , écoutez-moi.

— Je vous écoute, sire.

— On a assassine, dans la rue aux Ours, la iviit dernière, dans le double but de lui enlever sa femme et de le voler, un argentier du nom de Loriot.

— Un huguenot, je crois, hasarda la reine.

— Un Un reçois de Paris, madame.

— Eh bien? fil la reine.

— L'assassin a oublié, dans la maison de sa victime, un poignard et une clef.

— Oli! pensa Catherine, l’imprudent*

— Ce poignard et cette clef, les voilà, dit le roi.

Et il montra les deux objets à la reine, qui ne put réprimer un geste de surprise.

— Est-ce que vous ne reconnaissez point cette arme? demanda le roi.

— Non, sire... Comment voulez-vous?...

— Allons donc! madame, regardez bien... il y a un chiffre sur la lame, et ce chiffre... c'est celui de votrô favori, de René le Florentin 1

A son tour la reine était pâle et sombre.

— Si René a commis le aime, je le châtierai, dit-

elle.

— Oh! pardon, répliqua le roi, ceci ne vous regarde point, madame. C’est l’affaire du parlement, et eusuite du bourreau.

— Sire, dit-elle, René est un serviteur dévoué... il a rendu de grands services... il a sauvé la couronne en dévoilant un complot.

— C’est un assassin, madame.

— Mais sire, pour un bourgeois...

La reine n’eut pas plutôt prononcé ce mot avec un dédain suprême quelle se mordit les lèvres et comprit quelle venait de perdre René en voulant le sauver.

— Un bourgeois I s'écria Char es IX, dont la colère éclata comme un coup de Umnerie, un bourgeois I mais ce sont les bourgeois, madame, - qui renverseront mon trône un jour, si ie n’y prends garde! Avant huit jours, René sera roué vit en place de Grève !

Et le roi se leva avec emportement il sortit, sans que la reine-mère songeâi à le retenir.

Le roi parti, Catherine et Marguerite se regardèrent.

— Ce Hene, dit enfin la reine, est un misérable qui finira par me brouiller tout à lait avec le roi.

Marguerite se tut.

— Mais, ajouta Catherine, il m’est utile, je ie sauverai.

Et la reine sortit à son tour, sans doute pour rejoindre le roi.

Alors Henri se pencha à l’oreille de M. de Pibrac :

— Allons-nous-tnl dit-il.

oy vjUO

LA JEUNESSE DU IIÜI HENIll.

Le [Hissage fccrci.

— Venc»! dit le capitaine aux gardes.

Ile quittèrent le couloir mystérieux, et lorsque le bahut fut refermé. Nom les regarda tous deux.

Les éclats de voix du roi avaient traversé le • m loir et * étaient parvenus jusqu'à lui.

— Eli bien I mais, reprit Henri, cela sent mauvais pour René.

— Penh! fit M. do Pibrac.

— Et, ajouta le prince, il pourrait bien être roué vif.

Pibrac haussa les épaules : — Le roi est le roi, dit-il, niais la reine seule est maîtresse.

— (lue voulez-vous dire?

— Une le puilemenl acquittera René.

— L'osera-t-il donc?

— Si toutefois on en arrive là, dit le capitaine des gardes. Mais on «'arrêtera même pas le parfumeur.

M. de Pibrac se trompait, car en ce moment ou gratta à la porto : — Qui est là ?

— Moi, dit la voix de Raoul.

— Que nous veux-tu?

— I.0 roi vous mamie !

— Diable! — murmura le capitaine gascon, qui ne put &o défendre d'un mouvement d'effroi. Puis il dit au prince : — AlU ndez-tnoi ici... je reue/is.

Henri, qui «'oubliait point son rendez-vous, regarda le sablier. — Impossible, dit-il, ilestdix heures... Monsieur de pibrac, je vous serai rtcounaissaul de ne point rouvrir votie bahut ro soir.

Et tandis que M. de Pibrac s’en allait chez le roi, qui sans doute lui voulait commander d'arrêter René le Florentin, — mission que M. de Pibrac redoutait fort, — Henri et Noë .sortit en l du Louvre.

M. de Pibrac entra chez le roi. — Votre Majesté m'a fait demander ? dit-il, prenant un air étouué.

— Oui.

— Je suis aux ordres du roi.

— Pibrac, mon ami, dit Charles IX, qui se promenait à grands pas dans son cabinet, vous allez prendre avec vous quatre de mes gardes, et vous me chercher' z dans le Louvre ou dans Paris, jusqu'à ce que vous Payez trouvé, maître Reué le Florentin.

10“« UTBAISOV.

— Esl-ce que Votre Majesté, demanda Pibrac, désire consulter les astres?

— Je veux punir un assassin, dit le mi.

Pibrac jugea bon de manifester une grande stupeur.

Mais le roi continua : — C'est Reué qui a assassiné le bourgeois Samuel Loriot.

— Esi-ce qud V'otro Majesté mu connu iode de l'arrêter ?

— Certainement.

— Uù le conduirai-ju 7

— Au Châtelet, et vous le ferez mettre aux fers; puis vous direz au gouverneur de la prison quil répond de lui sur sa tête. . .

Pibrac s'inclina, fit un pas vers la porte, puis reviu*.

— Qu'est-ce? demanda le roi.

— Sire, répondit Pibrac, je suis un pauvre gentilhomme que la reine-mère munit dëji Tort peu, et qui sera un lioumie perdu, demain, lorsqu'il aura anèlé le favori de madame Catherine.

— Pluh-il? lit la roi avec hauteur.

— Ali ! soupira Pibrac, si Votre Majesté me voulait envoyer à lu gucirc, j’irais do meilleur cœur m'exposer à une urquehusude...

— E-l-ce que vous auriez peur, Pibrac?

— Sire, répondit le capitaine les gardes, >i M. le due. de Grillon était chargé du ma besogne, il 5’cu tirerait mieux que moi...

Charles IX regarda Sou favori, puis il songea que sa mère était la plus vindicative dis lemiuus :

’ — Tu as raison, mon pauvre Pibrac, dit-il; ma mère n’osera pas toucher à Caillou, tandis que toi...

— Oh ! moi, dit Pibrac, je suis un homme perdu, si Votre Maj >-té exige que j'uriôle cet empoisonneur.

— Va me chercher Grillon, dit le loi.

Quelques minutes après, lu duc de Grillon arriva.

— Duc, lui dit lo roi, vous allez me faire arrêter René le Florentin, le pat fumeur de la reine.

— Ilarnihleul sire, s'écria Grillon, l'homme sans peur, jamais Votre Majesté ne m’a commandé plus agréable besogne.

— Je penserais comme vous, monsieur le duc, dit M. de Pibrac, si je m’appelais Grillon.

— Allez! dit le roi, toujours sombic clfaioucue.

Tandis que le roi donnait l'ordre d’Brréter René le Florenaii, Henri et Noô sortaient du Luavre et rencontraient à vingt pas de la poterne un bomme qui, enveloppé de son manteau, marchait à grands pas. Connue il faisa t clair de lune, 1‘huitune lus reconnut ai ils le reconnurent.

— René ! exclama Henri.

Le Florentin, car c'était lui, s'arrêta et regarda les deux |eunee gens.

— Où allez-vous donc ainsi, messire î demanda Henri.

René était plie, et son visage abattu, ses veux mûmes,

témoignaient chez lui de quelque catastrophe.

— Messieurs, dit René, excusez-moi, je vais au Couvre et je suis pressé ; il faut que je voie la reine sur l'heure.

— Mon Dieu ! comme vous êtes pâle, monsieur R-né.

— Vous trouvez? balbutia le parfumeur.

— Ma foi ! measire, dit Henri d’un air candide et sans la moindre pointe d’amertume ni de raillerie, vous marchez d’un air effaré, vous avez la mine assombrie. Estce que vous n'auriez pas réussi dans ce grand projet qui devait assurer votre* fortune et votre aniuurî

— Non. me»; ire.

— Ali ! diable I SI vous m'aviez laissé consulter plus longtemps les astres, avant-hier au soir, j’aurais peulélie fim par voir clair dans cotte influenco nefaste'qui livrait bataille à votre chance heureuse. -

Henri parlait sans raiderie, du ton d'un homme convaincu de ha .science et qui ne tient que des moyens surnaturels les choses étranges qu'il a découvertes.

Il jouait si bien son rôle que René s’y Ijimu prendre.

— Monsieur de Coara>se, lui dit-il, un grand malin ur m’est arrivé... mais je vous consulterai Jà-de&us plus tard... peut-être viendrez-vous à mon aide... Maintenant. il faut que j’aille au Louvre.

— Mais, que vous est-il donc armé? Parler...

— Ou m’a volé ou assassiné, — je ne sais pas au juste, — mon enfant.

— Votre Fille T

— Obi non, dit René, mais un jeune homme que j'élevais comme mon Bis et que j'aimais...

— Est-cé possible ? fit Henri d'un air si naïf que désormais le Florentin aurait pu soupçonner la terre entière de l'enlèvement de Godolphin avant de songer à lui. — Ma parole d’honneur! monsieur René, continua- t-il d’un ton presque affectueux, c’est peut-être folie à moi, car vous avez la réputation d’un méchant homme, et je sais que vous êtes mon ennemi acharné...

— Moi ? non, dit René

— Vous l'étiez, du moins.

— Je vous ai pardonné.

— Vrai?

— Mon Dieu 1 fit le Florentin avec une certaine franchise, je me suis promis de devenir meilleur. La fatalité semble m’accabler et je commence à me repentir.

' — Eh bien ! reprit Henri, folie ou non, je vous vois si triste, si abattu, que vous m’inspirez quelque intérêt.

René regarda Henri.

Le prince avril su donner à sa physionomie un tel aspect de franchise que l’astucieux Italien en fut dupe.

— Et si, Noô et moi, nous vous pouvions être utilpa...

René parut hésiter : — Tenez, dit-il, vous m'avez déjà

prédit tant de choses extraordinaires, qui se .sont réalisées à moitié, que je huis par croire à votre puissance de divination. •

— Vous devez d'autant mieux y croire que...

— Oh ! moi, fit René, je croîs que j ai perdu mon pouvoir... les astres ne me révèlent plus rien depuis hier... mais si vous pouvez me retrouver mon enfant. .

— Je lécherai.

Henri regarda le ciel tout constellé d'étoiles *n ce moment : — Voilà, une belle nuit, dit-il. Donnez-moi votre main !

René tendit sa main.

Ueuri la prit et continua k regarder lie étoiles.

Tout à coup, il étoufin un cri :

— Monsieur René, lui dit-il, vous allez au Louvre?

— Oui, monsieur.

— N’y allez pas !

— Pourquoi ?

— Je ne sais, mais il vous y arrivera malheur...

— Mais la reine m’attend...

— N'avez- vous rien peidu la nuit dernière?

René tressaillit.

— Je ne sais ce que c'est, mais je vois deux objets dont je ne puis préciser la forme eiacte...

René pâtit et songea à sa dague et à sa clef.

— N’allez pas au Louvre, répéta Henri, car ces deux objets uue je ne puis définir...

— En bien ?

— Eh bien ! ils vous porteront malheur. N’y aHezpas...

Henri pariait d’un ton convaincu qui impressionna

vi venu ni le Florentin.

L’n moment René hésita et faillit rebrousser chemin.

Mais c’était l'heure où chaque soir la reine-mère l'attendait, et si René faisait trembler la France entière, un froncement de sourcils de Catherine le faisait trembler à son tour. — Il le faut ! dit-il. Si mun éloile s’éclipse, que les deslins aient leur coura, ajouta-t-il avec tristesse. Bonsoir, messieurs.

Et cet homme, si hautain la veille, s’en alla la tête basse et la mort au cœur. Lu disparition de Godolphin, cet être qui était pour lui le livre mystérieux où il puisait son influence sur la reine-mère, avait jeté l'épouvante et le découragement dans son &me.

Tandis que Henri et Noê paraissaient s’éloigner, René entra au (.ouvre, non point par lu grande porte, mais par cetie petite poterne gardée par un Suisse et par laquelle Nancy avait fait entier Henri l’avant-veille, lorsqu’elle l’avait conduit chez Marguerite.

René monta le même petit escalier noir. Seulement, au lieu de prendre le couloir à gauche. Il tourna à droite et se dirigea vers les appartements de la reinemère. René avait l’habitude d'entrer par une porte qui communiquait Le ce couloir dans un cabinet de toilette attenant à la chambre à coucher de la reine.

Celte porte n’était jamais fermée qu’au loquet. René l’ouvrit, la referma sur lui et pénétra dans le cabinet.

Puis, guidé par un rayon de clarté, il entra dans la chambre. La chambre était vide. Mais U y avait une lampe et des papiers épar» sur une table, et devant celle table un grand fauteuil.

— La reine ne peut être loin, pensa Réné.

Et, en effet, à peine .se fut-il adossé à la cheminée au manteau fleurdelisé, que le pas de la reine -mère se fit entendre dans la pièce voisine.

Catherine, en hurtnnt de chez sa fille, avait couru après le roi. Mais déjà le roi s'était enfermé dans son cabinet, et le hallebardier on faction à sa porte croisa sa pique en travers :

— Le roi ne reçoit pas, dit-il.

— Pas même moi !

— C’est pour Votre Majesté que la consigne est donnée, dit le soldat.

Catherine rentrait donc chez elle la rage au cœur, lorsqu’elle aperçut René. La colère qu’elle éprouvait était si violente que tout d’abord Catherine regarda le Florentin et la proie expira sur ses lèvres.

— Madame, s'écria René, qui ne prévit pas Forage qui allait éclater, madame. . je viens vous demander justice.

— Justice! Fit la reine en reculant d’un pas.

— Oui, madame...

— ■ Kl que l’a-t-on fait, maître René? cria la reine, dont René ne devinait point encore la terrible irritation.

— On m'a assassiné ou enlevé un enfant que j’avais chez moil

— Ah l — dit, Catherine, qui, avec ce merveilleux sangfroid que les femmes savent reconquérir si vite, regai da sou parfumeur. Puis elle ajouta : — C'est bizarre, mon pauvre René, et il se commet d’ét ranges choses dans Paris. Ainsi, tandis qu’on le volait ton enfant...

— Eh bien I lit René curieux et s’apercevant enfin

qui» la reine émit pâle et que son o*il l»r'. Hall île courroux.

— Pendant ce temps |K>ureuivit Gailn.rim». on assassinait un bourgeois «le U rue aux Ours, un vieillard, une femme et un lansquenet.

— Vraiment? fit René. dont la voix trembla tout à coup.

— Et te meurtrier laissait une clef et une dague dans la ma’.son...

René devint livide.

— Et celte dague, exclama Catherine dont U colère éclata enfin, c'était la tienne, misérable!

Catherine, en parlant ainsi, foudroya le Florentin d’un regard—

— Madame... balbutia-t-il. .. vous m’aviez permis... voua...

— Tais-loî, infâme!

René courba le Iront et se prit à trembler.

Catherine continua : — Nais, pour celle fois, je te relire ma protection qui m'a fait abhorrer de la cour tout entière ..

— N «dame...

— Le prévôt des marchands est allé demander justice au roi, la clameur publique l’accuse, et le roi a perims que la justice eût son cours.

Hoheit frissonna.

— Tu vas être arrêté, jugé par le parlement, condamné et roué vif.

En prononçant ces derniers mots, la reine regarda René. Itené avait la mine pileuse d'un patient qui attend l'heure de son supplice. Mais, Catheme l'avait dit ella-méine deux jours auparavant, il y avait tant de .\ecrets entre elle et Henéqut la pitié s'empara de son âme.

— Tiens, dit-elle, je ne puis rien que te donner le con<eii de tuir.

René, éperdu, la regarda :

— Fuis, dit-elle, fuis au plus vite!

Et elle lui montrait la porte, et il y avait une telle anxiété sur son visage que le Florentin comprit qu'il n’y avait pas à hésiter. René reprit mm manteau et voulut ItaUer la main de la reine. Mais elle le repoussa :

— Arrière ! assassin! dit-elle.

René courba la tête et sortit.

Alors le Florentin regagna le couloir, et, la tête perdue, courut à la po|, rue par Juq«it-I|e il était entré.

Comme il l’allait franchir, le buissecroisa sa hallebarde.

— Imbécile! dit II nié qui retrouva un reste d’assurance, est-ce que tu ne me reconnais pas?

— Vous êtes messire René, dit le Suisse.

— Alors, laisse -moi pa-ser.

— Non, dit le soldat. C’est ma consigne, monsieur René.

— Mais tu jn’a* bien laissé entrer. . .

— J’en avais l'ordre.

— Et de qui donc?

— Du roi.

René, épouvanté, s’enfuit; il remonta l’escalier noir et rentra chez la reine :

— Madame, dd-il tout effaré, h poterne est gardée.

— Eh bien! dit la reine, ouvrant la porte dosa chambre qui donnait sur les grand* appariements, tiens, passe par là ! peut-être n’a-l-o» point donné de consigna aux sentinelles du grand escalier.

René traversa les grands appartement* et arriva à l'escalier. Deux *ent;nelles étaient placées sur la première marche. — Place ! cria René.

Les sentinelles s’effacèrent. Au bas de l 'escalier se trouvaient deux autres sentinelles.

— Place t répéta René.

Les deux autres sentinelles s’effacèrent.

— Je suis sauvé! pensa-t-il.

Il traversa la cour du Louvre et arriva sous la voûte.

A celte heure, la granité porto du royal éd lice était toujours fermée, mais il suffisait do frapper à l’miis du corps de garde pour qu’elle s'ouvrit.

René irappa. — Ouvrez ! dit-il.

Un Suisse parut.

— Qui va la 7 demanda-t-il.

— Moi...

— Uui, vous ?

— René.

Le pat fumeur avût espéré que son nom lui ouvrirait la porte. Mus à peine l'eul-il prononcé qu'un homme sortit du corptde garde. CeL homme, c'était Jean, duc de Grillon. — Holà ! cria-t-il, à moi!

A celte voix retentissante, tout le poste «ortie

— Monsieur, dit René d'une voix insinuante, vous no me reconnaissez peut-être pas?

— Plaît-il? fit Grillon avec hauteur.

— suis René...

— Arrètez-moi ce drôle î ordonna le duc, qui no daigna point lui répondre, et dernandez-lui son epée.

Le Klorentin compritque Grillon avait reçu dus ordres.

Un Suisse lui prit son épée, et il ne sougea pas même à la tirer pour le défendre.

Alors Cri lion pnt celte épée, l’arracha du fourreau, jeta h gaine loin de lui, et la tenant d une nui u par la poignée et de l'autre par la pointe, il la brisa sur son genou.

— Voilà, dit-il, comment on traite ces aventuriers qui singent lis gentnli mimes et font accuser les guu» du roi... ÇA! encliainez-moi cet assassin, ordonna-i il.

Il n’y avait pas de chaînes dan* le corps de garde, mais il y avait des cordes. Sur un signe ds Grillon, on lia le* maint du parfumeur derrière son dos.

— Maintenant, continua Cntluji, ouvres la porte...

La porte l’ouvrit.

Deux Suisse* se p acèrent à côté de René.

Grillon le poussa devant lui.

— Marche! drôle! lui dit-il.

C'était la première foi* qu'un seigneur de la cour traitait aussi cavalièrement le ‘parfumeur, cet homme dont h faveur avait été si grande jusque-là que chacun tremblait de lui déplaire, li est vrai que c-lm qui lui parlait ainsi se nommait le brave Grillon et que la reinemère elle-même comptait avec lui.

— Foi de Grillon I murmura le duc, c’est une vilaine bisogne que le roi m’a donnée là ; mais, puisque personne ne s’en voulait charger, je m’en suis cinrg*, moi.

Et il lit marcher Relié, et le conduisit jusqu au Cliâlelet, dont les portes ferrée* s’ouvrirent devant lui.

Rar malheur pour René, le gouverneur du Châtelet était une sorte de Grillon au petit pied, un gentilhomme incorruptible et sans peur, un vieux soldat qui se nommait le >ire de Fouronne et qui haïssait tous ces courtisan* indien* venu* . en France à la suite de la-reine-mère.

— * Monsieur, lui dit Grillon, vous voyez oet homme?

— Ou*, certes, c'est René Je Florentin, dit le sire de Fouronne.

— Eh bien ! c’est un assassin qui sera roué sous peu de par le roi !

Le sire de Fouronne toisa René.

— Il y a longtemps, dit-il, que ce devrait être fait...

— Je vous le confie, ajouta Grillon, et vuu* m’eu répondez sur votre tête...

— J‘«n répond*, dit simplement le vieux gouverneur.

Mené comprit, en entrant dan* son cachot, où on lui

tnil le* 1er* aux pied*, qu’il n avait ni merci ni pitié à attendre. — Ali ! mut mura-t-il, si j’avais écoute ce sire de Goa rasse, cet endiablé Béarnais qui lit l'avenir dans te* astres. ..

Tandi* que le* porte* massives du Chàlelet sa reformaient sur R) né le Florentin, Henri et Nue cau-mml au clair de lune, assis au bord de la rivière, en attendant qu* «nx heure* vinssent à sonner à l'église de Saiul-Gerinain l’Auxerroix.

— NnC, mou ami, disait Henri, commment trouves-tu que je m’acquitte de mon rôle d'aslrolegne ?

— A merveille !

— Sais-tu que j’ai accompli un tour de force, mon mignon T

— Certes, oui I

— Persuader a un homme qtii jouit de la réputation de sorcier que l’on est plu* sorcier que lui, c'e»l joli 1

— M iis dangereux...

— U.ib ! j’ai eu un moment de pitié pour lui. Inut à l’heure, tant il avait l'air épouvanté; nui* tua pitié

n'y a rien fait, il est allé tomber dans la .souricière.

— Je suis tle l'avis de Pibrac, moi.

— Et que dit Pibrac ?

— Uu'il sortira du Châtelet, et que, s'il n en sort pas, le parlement l’acquillera.

» — Oli ! lit Henri.

— Bah ! vous venez. Et comme, têt ou tard, il apprendia que nous l’avons mystifié...

Mais Henri interrompit son compagnon :

— Noê, mon ami, dit-il, il me vient une idée, une idée merveilleuse !

— Voyons !

— Et qui nous mettra pour loujonrs à Jl'abri de» colons et des représailles de ce maudit florentin.

— Ah ! pur exemple ! dit Noë ; mais voyons-la donc, celte idée.

— Paola t'aime, n’est-ce pas?

— A la folie !

— Eh bien ! enlèvc-la . . .

— Di an Ire ! c’est grave.

— Ce sera un otage.

— Soit î Mais où la mettrons-nous?

— Avec Codotphiii. Cmlolphui aime Paola. S» Paola consent à demeurer U prisonnière, il ne sera plus besoin d’enfermer Jiodolpliin. ,

— Ab ! par exemple I dit Noë, l’idée est bonne, et j’y réfléchirai.

— Je te le conseille.

— Et dès ce soir je sonderai le terrain.

— Tu y vas donc ?

— Parbleu!

En ce moment dix heures sonnèrent.

—Et moi, dit Henri en riant, je vais médire du prince de Navarre.

tes deux jeunes gens remontèrent sous les murs du Louvre, se donnèrent une poignée de main et se séparèrent. Noë prit le chemin du pont Saint-Michel. Henri se mil â se promener de long en large, trouvant la lune indiscrète et attendant Nancy.

Nancy ne tarda point à paraître sur le seuil Je la poterne. Elle toussa, Henri s'approcha

la: Suisse qui avait tout à l’heure si gaillardement croisé sa hallebarde devant Hené le Elorcniin paraissait inainlcuanl dormir tout debout, t'amendant, ce u'ëiail pas lu inè.me que celui de l'avaril-wdle.

— H paraît, pensa Henri, que c'est la consigne ordinaire. El il se laissa prendre fa main par Nancy, qui 'entraîna vers l'escalier noir.

Le prince monta, cou luit par Nancy.

l 'escalier était plus sombre que jamais, et il sembla au prince qu’il s’Hail allongé.

— Mui-, rlit-it, Minime il continuait à monter, il tnc semble que ce n rjii pas si haut.

— C'est vrai.

— Comment ! le (.ouvre a grandi T

— Non, certes, dit la eamérière.

— Alors, madame Marguerite...

— - Cliutî

— Elle est donc montée d’un étage ?

— Nullement.

— Mais. . . alors...

— Alors, lui souffla Nancy à l’oreille, avez-vous ouï dire que les princes se mariaient quelquefois par procuration ?

— Sans doute.

— Eh bien ! ce soir, elle fait comme eux...

— Hein ? lit Henri.

— C'est moi que vous trouverez au rendez-vous.

Et ce disant, Nancy ouviil une porte et lit entrer le jeune prince dans une jolie petite chambre bien coquette et toute parfumée.

— C’est mon logis», dit Nancy. Vous pouvez vous jeter h mes pied-, tout ce que vous me direz sera lidèlemeiil rapporté... Et Nancy se prit à rire comme une folle, ferma sa porte et lira !e verrou : — Allons! dit-elle, voyous!... Mais lumbez donc à mes genoux !

Henri lu regai da. .. Nancy était jolie à croquer 1

XXVHI

I e prince avait vingt ans, Nancy pouvait en avoir seize.

Si la camérière étau moqueuse. Henri élait hardi.

Le? cheveux blonds et les yeux bleus de Nancy lui tournèrent la lête pendant cinq minutes et lui firent oublier madame Marguerite aussi bien que la belle argenlière.

— Ventre-saint-gris ! murinura-t-il ; parbleu I oui, je vais me mettre à genoux.

Et il fléchit, en effet, un genou devant Nancy; prit sa main rosée et baisa cette main fort galamment.

— Bon 1 très-bien !... dit Nancy ; c’est parfait, mon beau chevalier. . . maintenant asseyez- voui...

Et elle lui relira sa main.

Henri essaya de la retenir dans la sienne, mais la main de Nancy était fluette et satinée, et elle glissa entre ses doigts comme une anguille.

— Vous êtes charmante, dit Henri, jolie comme un cœur.

— Vous trouvez ?

— El je vais vous le prouver.

Le prince prit Nancy par h taille, mais Nancy se détagea et (il entendre un petit rire moqueur:

— Ah! dit-elle, la procuration de madame Marguerite ne va pas jusque là . . .

Ces mots étourdirent quelque pçu le jeune prince.

— raunmeiil ?... dit-il en regardant Nancy, qui riait toujours de son lire mutin.

— lié du! fit-elle, vous savez bien que je représente ici madame Marguerite.

— liait ! dit Henri, je ne songe qu’à vous ; vous êtes charmante.. .

— On me l'a dît souvent.

— El si vous vouliez m’aimer !...

— Nenni ! mon beau chevalier. . . je ne puis pas.

— El pourquoi ?

I.m prince avait tout à fait la tète tournée ; il avait Imi par reprendre la main de Nancy et par s'asseoir à télé d’elle.

— Pourquoi? fit-elle, toujours railleuse, mais parce que je ne suis pas une grande dame ni une princesse, moi.

— Hein ? murmura le prince abasourdi.

— El qu’une Cille do petite noblesse comme moi acheva Nancy, qui u'a pour dot que ses. dents blanches* ses cheveux blonds et ses yeux bleus, cherche un mari..! et non autre chose, monsieur de Coarasse.

— Eh! dit le prince, qui sait ? nous pourrions peutêtre nous entendre. . .

Nancy le regarda: -- Vous seriez un bien joli mari dit-elle, mais je ne voux pas de vous pour trois raisons!

— Bah l

— La première, c’est qu’une fille qui n’a que ses appas pour dut no doil pas épouser un gentilhomme qui n a que ta cape et son épée. On ne lire pas du beurre do deux cailloux.

— J’ai peut-être bien un héritage à faire quelque part.

— Peuli ! lit la camérière, ce doit être quelque manoir en Espagne ou quelque clos do vigne sur le bord de la Caroline.

Henri se prit à sourire.

— Voyons la seconde raison, dit-il.

— Je ne chaste pas volontiers sur les terres des autres.

Henri songea que la veille il était aux genoux dé Marguerite.

— Le braconnage a bien son charme, répliqua-t-il.

— Cesl possible, tuais ie préfère le système du charbonnier qui veut être maître chez lui.

— Hou, el fa troisième?

— Ah ! la troisième, dit Nancy, est la ping sérieuse

— En vérité !

— Mais, oui et j’ai bonne pnxiede la garder pour moi

-- Tarare! murmura le prince ; c’est une défaite, ma belle enfant. *

i — Si vous le prenez ainsi, je vais vous la dire mon- | sieur de Courusse. 1

— - Voyous !

| — Eh bien 1 c'est que je suis... retenue.

«il

Il »

La fuito.

Ce mot, que la moqueuse fille souligna avec une nuance d'émotion, fit tressaillir le prince.

— AhI mon Dieu I s’écria-l-il,et moi qui avais promis à Raoul... pauvre Raoul!

Nancy rougit bien fort, et son sourire railleur s'effaça.

Mais Henri lui prit la main :

— Pardonnez- moi, ma petite, dit-il; on trompe volontiers la femme au’on n’aime pas et, plus volontiers encore, la femme qu on aime...

— Peste! la jolie morale...

— Mais on ne manque point à sa parole, et vous êtes ai appétissante que j'ai failli cependant oublier la promesse que j’avais faite à Raoul...

— Mais, dit vivement Nancy, je n’ai pas dit que c'était Raoul.

— Non, certes; mais votre visage est devenu si sérieux que je n'en saurais douter.

Nancy baissa légèrement la tête î

— Au moins, dit-elle, ne le lui dites pas...

— Ohl soyez tranquille...

Henri regarda Nancy une dernière fois :

— Quel dommage! pensa-t-il; j'ai eu grand tort de promettre...

— Monsieur de Coarasse, reprit la camérière qui retrouva sur-le-champ son rire moqueur et son regard espiègle, savez-vous que vous êtes trèa-étourdi?... *

— Bah! vous trouv«î

— Dame ! voilà dix minutes que vous êtes ici et vous ne m’avez pas demande encore...

— Pourquoi j'y suis, n'est-ce pas T

— Précisément. Eh bien, vous y êtes parce que madame Marguerite n'avait point prevu tout à l'heure cet événement qui met tout le Louvre en rumeur.

— Quel est cet événement, ma petite?

— C’est la colère du roi à cause de l'assassinat de la rue aux Ours.

— Ah! j'y suis, dit Henri.

— Et l'arrestation de René.

— On l’a arrêté?

— Il y a un quart d’heure. C’est M. de Crillon qui s’en est chargé. Or, continua Nancy, la reine-mère est comme une folle; elle va et vient de chez elle chez madame Marguerite. Vous compienez...

— Oui, sans doute. Mais pourquoi, ma petite, hier...

— Ah! vous êtes bien curieux...

— Dame! fit le prince.

Nancy prit un air sérieux :

— Puisque vous avez mon secret, autant vaut que je devienne votre amie, dit-elle.

— Je suis déjà le vôtre, moi.

— Vrai?

— Parbleu I il faut bien que Je me contente de cela, puisque Raoul...

— Cbutl

Nancy posa sa petite main sur la bouche de Henri ;

— Si vous prononcez encore ce nom, dit-elle, vous ne saurez rien.

— Bon! je suis muet, parlez...

— Eh bien, madame Marguerite n’avait pas la migraine hier, et elle n'avait absolument rien à taire...

— Elle pouvait donc me recevoir?

— Certainement.

— Pourquoi donc?...

— Pourquoi les femmes ont-elles des caprices? Madame Marguerite a eu peur...

— Peur? et de qui?

- De

Il nn eut un battement de erntr.

— M i» I el anv, continua Nancy, le œtir d^s femmes

• ra to' j'u r- un n y- ère. Ce ui de madame Marguerite *M peu* de b lamies et de fcnblesses .. Voua a*ez tu S n Alt» esc pour la prem èie fois .1 y a trois jour h Certes tl e n'allait à ce bai <jue malgré elle.., La pauvre princesse avait pie i ré durant tout le jour.

Henri avait l’halitude de compri nlrt- à demi-mo». Un malin aour re vint à ses lèvres : — Elle avait pleuré, les yeux tournis vers (a Lorraine... dit-il.

— Pe« t être...

— Et ap’è* le bal?

— Ef'e ne [4ei ralt plus, mais elle /tait songeuse. Vrras b i a» ri promis des h« t>»ire« sur la co r de Navarre.

— J ai tenu ma paroi-, ce me s» rable.

— Oui, joliment, d>l Na» ry.

— L’au ais je «»fien<'e?

— Moi Dieul lit Nam y qui le n garda avec ce grand air de n mp-t-sion qu’ont le* f< rame» pour la naïveté de Tbou me, •» v.uis l’avi- z offensée, veu* ne seriez pas ici...

. — M d«, al r », punrqu i, bi< r ?. .

— L**s srn-pu'e* faisaient leur testament, murmura la S| iiifuelle camérièrr, et la Lorraine, qui se noyait, iherfh-iit à s'accroiber t qui Ique 1 ram lie.

— Et la branche?.., *

— La branche s cassé, fit Nancy.

Met ri rougit connus un écolier et ce fut au tour de Nancy k le radier.

, — Vny. x-toov, dit-elle, si j'eusse ajouté foi tout i Ou urv à vo re rracn'r espignt I et à votre efes de vigne ga-om, je si rau* b en cam|>ft t Vous aime* déjà Marguerite... Comme... e le tou* aime !...

— Nancy !...

— Ne vous en défendez dor c fias, mon benu papillon. 0»anl on regarde celle heaute resplendissante, on y biûle «on «mur et «es ailes.

— Mi p»t’t^ Nlnry, dit le prince qui reprit la main de la jeune fille d n* les s’enn^s, puisque je ne suis que *“*'<• am*, dite» nu i si je vais ait» nd» e bien lorgtemppour 'a revoir.

— Vous êtes prisonnier ici iu«ju’à ce que tnadano Caibeiio»* ait on» s< nti à s’en aller.

— Et alors vous me conduire!?...

— San* doute, je n’ai pas l'intention de vous gardei éleni» Tenient.

— Je le voudrais bien,., murmura le prince, qui nt pouvait sVmpécher de trouver les cheveu» de Nancv d’une nuance a ’oraMe.

N«» ry le men. ça du doigt î

— Je le dirai à Raoul, Qt-i lie, et U vous donnera un ! ou e- up d’épée...

Sou ’ain et crunme elle achevait, Nancy se leva et prêta

t'oriilie...

— I.a reine rentre chez elle t Venct,’ dit-elle.

Elle reput le prince par la main, le fit sortir de sa joie .h. ml -rette et l'entraîna de nouveau dan* l’escalier noir.

La chambre de Nancy riait au second étage du Louve, l'âi'pr t» m» nt de madame Marg crite au premier

• t wri lestement au-dessous.

Celait donc un étage à redetern Ire.

> Comme d entrait oans le couloir mystérieux, Henri *’aj*rçiit que son cœur battait.

— Voi’à qui e«t lurarm, |*nsi f-il. Ce matin, en »eirodam S»r h, j'» j»r«.u»ai> cxacieni. nt la même •■motion. k*treq e, décidera- nr, j’aimerais deux femmes à la f-*is?

* la pot te déroliée de l'appartement de la princ» s*e, N « e» s'arrêta :

- Un mot, dit-ele, mettant la main sur le bout»»n de *• p -rte et se p« nchaul à Pareille du pnnee, ou plutôt un e» n ed.

— fttile.

— S y. z (irai ’e rl ne me trahbsex pas. . je vous ser-

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