‹ La jeunesse du roi HenriChapitre 7 sur 21 · ML · texte numérisé non relu

ML

Henri ouvrit de grands yeux.

— Le roi Charles IX est si fier d’avoir montré une heure de fermeté en faisant arrêter René, qu’il va pousser son énergie inaccoutumée jusqu’à la cruauté.

— Comment cela ?

— Persuadé que désormais le Florentin ne pourra lui échapper, il veut narguer la reine.

— Allons donc !

— Et c’est pour cela qu’il va chez elle ce soir.

Henri eut un sourire :

— Malheureusement, dit-il, s’il en est un de berné, de la reine-mère ou du roi, je crains bien que ce ne soit...

— Le roi, n'est-ce pas?

— Précisément.

— Et moi, j’en suis sûr. Mais le roi ne sait rien de tout cela, et c’est pourquoi il triomphe encore...

— Ainsi, la roi joue chez la reine ?

— Ce soir; au reste, vous allez en avoir la preuve, monseigneur.

M. de Pibrac se leva de table.

— Venez avec moi, ajouta-t-il.

Henri suivit M. de Pibrac, qui le conduisit chez le roi.

Le roi achevait de souper, mélancoliquement et seul ; en voyant entrer le prétendu sire de Coarasse, il éprouva un mouvemeut de joie.

— Abl s'écria-t-ib voilà un partner sérieux, au moins. Bonjour, monsieur de Coarasse ; vous jouez fort bien à Phombre.

— Votre Majesté me comble...

— Et nous ferons ce soir une fort belle partie, ajouta Charles IX.

— Si Votre Majesté me prend dans son jeu. hasarda Henri.

— Comment donc t monsieur de Coarasse, mais c’est convenu. Nous jouons ensemble et nous défions l'uni vers entier;

Henri sourit et se tut.

U jroi s’essuya le coin des lèvres avec sa serviette et continua :

— Monsieur de Coarasse, voulez-vous que je vous charge d’une mission T

— Je suis aux ordres de Votre Majesté.

— Vous allez voua rendre chez la reine.

— La reine-mère?

— Oui, certes.

— Que lui dirai-je?

— Vous la préviendrez que je serai très-heureux, ce soir, de faire ma partie chez elle.

Henri s’inclina.

— Et vous m’y attendrez, ajouta Charles IX, qui avait un méchant sourire aux lèvres.

Le prince laissa M. de Pibrac chez le roi et s'en fut droit aux appartements de madame Catherine.

La reine-mère avait coutume de réunir chaque soir, dans son oratoire, une douzaine de seigneurs et de dames de la cour qui arrivaient à neuf heures et partaient à onze.

On jouait,, on devisait de magie et de sorcellerie; partais messire l’abbé de Brantôme y venait lire un chapitre de ses Dames galantes.

L'arrestation de René et le désespoir de madame Catherine avaient, depuis deux jours , mis un terme à tes réunions.

La reine était d’humeur farouche, et bien qu’il n’y tût pas un courtisan qui ne détestât cordialement René, ton infortune subite avait jeté dans le Louvre une •onsternation générale.

En effet, plaindre René, c’était déplaire au roi ; sc réjouir de sa disgrâce, c’était braver la reine.

En cette occurrence, les plus prudents faisaient le mort et restaient chez eux.

Or, lorsque Henri arriva, la reine -mère était seule, lisant fort mélancoliquement un volume de poésie italienne, interrompant de temps à autre sa lecture pour soupirer profondément.

Catherine avait le ferme espoir de sauver René ; mais elle n'en éprouvait pu moins un profond chagrin ; car,

pour la première fois, le roi lui avait résilié et s’était montré le maître.

En voyant entrer M. de Coarasse, elle fut quelque peu étonnée. ’

Madame, lui dit Henri avec une aisance parfaite, je ne viens point dire la bonne aventure â Votre Majesté. Je ne suis sorcier qu’à mes heures.

— Quel bon vent vous amène donc, monsieur de Coarasse ? üt Catherine avec un sourire gracieux.

— Je suis messager du roi.

— Ahî fit la reine qui fronça légèrement le sourcil.

— Mais un messager de hasard, ajouta vivement Henri qui crut comprendre que sa faveur auprès du roi portait ombrage à madame Catherine.

— Comment cela?

— M. de Pibrac, dont j’ai l’honneur d’être le cousin, fit humblement Henri, m’a rencontré au moment où je sortais de chez Votre Majesté.

— Eh bien?

— Et il m’a invité à souper.

— Bon 1 dit la reine. Mais...

— S. M. le roi, poursuivit Henri, avait daigné m’honorer, en m'admettant à son jeu, il y a quelques jours. Je joue assez bien â l’hombre.

— Très-bien même, à ce qu'il parait.

— Alors, poursuivit Henri, le roi sachant que j’étais chez M. de Pibrac, a eu envie de jouer à Vhombre.

— Et U vous a fait appeler?

— Justement, dit le prince.

— Mais il faut être à quatre, pour jouer à l’hombre.

— C’est pour cela que le roi m'envoie chez Votre Majesté.

— Ah l fit Catherine avec une pointe d’ironie, le roi a besoin d'un quatrième?

— C’est-à-dire qu’il supplie Votre Majesté de le rece-

voir chez elle ce soir.

— On ne joue plus chez moi, dit sèchement Catherine.

— Madame, murmura Henri, si [avais l’audace de faire une observation à Votre Majesté...

— Voyons, monsieur de Coarasse.

— J’engagerais Votre Majesté à recevoir le roi ce soir.

— Pourquoi ?

— Qui sait? fit hypocritement Henri. Le roi est peutêtre désespéré de s’ètre montré fort sévère envers René, et il se repent peut-être d’avoir chagriné Votre Majesté.

— Vous avez raison, dit vivement la reine.

Et elle prit une baguette d’ébène et frappa trois coups sur un timbre.

Un de ses officiers parut.

C’était un jeune gentilhomme qu’on appelait M. de Nancey et qui remplissait auprès d'elle les fonctions dccuyer.

— Nancey, lui dit la reine, veuillez donner des ordres, faire allumer des bougies, dresser des tables, et prévenez les gentilshommes et les dames qui se trouvent au Louvre que le roi joue chez moi ce soir.

Le visage de M. de Nancey s’illumina. 11 sortit tout joyeux pour transmettre Ica ordres de la reine.

— Votre Majesté le voit, dit Henri, M. de Nancey juge la chose comme moi.

— Et comment la jugez-voua?

— Si le roi vient chez Votre Majesté, c'est qu'il se veut réconcilier avec elle.

— Monsieur de Coarasse, dit la reine, vous pronostiquez trop bien l'avenir pour que je ne vous veuille point interroger.

— Je suis aux ordres de Votre Majesté.

— Le roi ne viendra probablement point avant un quart d’heure. Venez avec moi...

Elle prit Henri par la main et le conduisit dans une sorte de cabinet de toilette voisin de l'oratoire, où elle s'enferma avec lui.

— Madame, dit le prince en souriant, les oracles mentent quelquefois, surtout quand on les fatigue. Je ne sais encore ce que Votre Majesté va me demauder, mais il se

pourrait bien que je fusse devenu un simple mortel et que j’eusse momentanément perdu mon pouvoir.

— Bah ! dit Catherine, je gage, au contraire, que vous allez lire dans l'avenir comme dans un livre.

La reine- mère était désormais convaincue du pouvoir surnaturel du gentilhomme béarnais.

Le cabinet de toilette était une toute petite pièce où il n’y avait que deux chaises.

La reine en indiqua une au prince et prit l'autre.

Mais Henri demeura debout.

— Vouiez-vous le flacon d’encre sympathique? demanda la reine.

— C’est inutile, madame.

— Alors, que vous faut-il?

— Votre main.

— La voilà. Et ensuite?

» Rien.

En prononçant ce dernier mot, Henri souffla le flambeau et la pièce se trouva dans une obscurité profonde.

Mais, comme madame Catherine était habituée aux bizarreries des gens qui prétendent interroger l’avenir, elle ne se récria point.

Henri lui prit la main, la tint pressée dans les siennes et garda un moment le silence.

— Madame, dit-il tout & coup, le roi vient chez Votre Majesté poussé par un sentiment de méchanceté.

— Ab ! fit la reine, qui tressaillit soudain.

— Je ne sais pas ce qu’il fera, ce qu’il dira, ajouta Henri ; mais, il tâchera de faire de la peine à Votre Majesté.

Comme Henri parlait ainsi, on entendit des pas dans l'oratoire et une voix qui disaiu

— Ou donc est madame ma ùu4*f*-

— C’est le roi 1 dit Catbaru*

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... René parut entre deux aoldata. (P. 116.)

Elle chercha le mur à tâtons; sa main trouva le bouton d’une serrure et une porte s’ouvrit.

— Tenez, dit-elle à Henri, passez par là ; il est inutile que le roi sache que nous nous occupons de divination. Cette porte donne sur un corridor. Yous le suivrez...

— Bien, madame.

— Au bout, vous trouverez une autre porte, celle de l’appartement de ma fille Marguerite.

— Frapperai-je T

— Vous frapperez. On vous ouvrira, et vous direz à Margot que le roi joue chez moi et que je la prie de venir.

Henri s'esquiva et la reine ferma la porte sans bruit.

Quand il lut dans le corridor, il se prit à rire dans sa barbe.

— Cette bonne madame Catherine, murmura-l-il, est un peu naïve en m'indiquant la porte que je connais si bien.

Il parcourut le corridor dans toute sa longueur, arriva à la jiorte de la princesse et frappa doucement.

— Qui est là? demanda Marguerite.

— Un sorcier, répondit Henri.

La princesse ouvrit, reconnut Henri et rougit.

— Comment ! dit-elleavec une sorte d’effroi, vousosez..^

— C’est la reine qui m’envoie...

— Ah! fit Marguerite en respirant.

Henri sc hâia de raconter à Marguerite ce qui venait d’avoir lieu.

La princesse appela Nancy et se fit habiller.

— Vous allez assister à ma toilette, dit-elle.

Henri, tout frémissant de ioic, s’assit auprès d ur. splendide miroir de Verrse, devant lequel Marguerite venait de se placer.

Un quart d’heure après, madame Marguerite de France fais rîi sou entrée detis l’oratoire de U reine-mère, appuyée sur le poing du jeune stre de Coarasse. ^

livraison.

lu

Lk JEUNESSE DU KOI HENRI.

11 y avait déjà nombreuse réunion chez madame Catherine.

Grâce à M. de Nancey, la nouvelle s’était rapidement répandue à travers le Louvre que le roi venait jouer Chez la reine-mère.

Comme l'écuyer de la reine Catherine, tout le monde avait cru à une réconciliation, et chacun s’était empressé d'accourir. M. deCrillon lui-mème était venu.

Cependant, le duc n’était pas courtisan, mais il obéissait sans doute à un ordre du roi.

Charles IX s’était mis à la table de jeu. 11 avait galamment baise la main de la reine qui, mise en garde par la prédiction de Henri, attachait sur lui un regard scrutateur.

Le mi paraissait d'une humeur charmante.

— Ah! voila mon partner, dit-il en voyant entrer Henri. Approchez , monsieur de Coarasse. Bonjour, Margot.

El le mi battit les cartes, tandis que Henri prenait place à la table de jeu.

— C’est singulif r I dit un gentilhomme tout bas à M. de Nanc*y, le roi n'est plus le même qu’hier.

— En effet.

— Ce matin encore, m’a-t-on dit, il a assisté & la torture de René av« c une joie qui était loin de faire présager qu’il viendra i ce soir chez la reine.

— Madame Catherine a pu perdre un moment son influence, mais cela ne pouvait durer, repartit kl. de Mine* y.

— Moi, dit un troisième qui s’approcha, je gagerais volontiers...

— Que gageriez-vous?

— Que René sortira de prison ce soir ou demain.

— Ah! par exemple!

— Vous verrez...

— Pour mm, dit Nancey, je suis de l’avis de monsieur.

— Ah!

— Si le roi vient chez la reine, c’eut que la paix est laite.

— Qu'est-ce que cela prouve T

— Cela prouve que le roi a pardonné à René.

— Ou que la reine a abandonné son parfumeur.

M. de Nancey sourit et haussa les épaules.

— Jamais, dit-il.

— Cependant, René a été torturé ce matin.

— Oui.

Et il a avoué.*

— Il n'a rien avoué.

— Vraiment!

— 11 a enduré la question, le brodequin, le brasier.

— En venté 1

— Et il a tout nié.

En ce moment le mi posa les cartes sur la table et il regarda la reine-mère.

— A propos, madame, dit-il, je veux vous donner une nouvelle.

La reine tressaillit, car le r i avait un accent railleur et un mauvais sourire.

— J’écoute Votre Majesté, dit-elle.

— René, votre protégé, poursuivi! le roi , a subi la torture ce matin.

— Je le sais. Sire, répondit U reine.

Le roi se tourna vers la galerie.

— Le drôle n’a rien avoué, dit-il. On lui a fait avaler dix pintes d'eau, on l’a chaussé du brodequin, on lui a brûle la main gauche...

— Il est innocent. Sire, dit la reine.

— C’est ce que je commence à croire, madame, répliqua le roi.

Catherine tressaillit.

— Et demain Je m’en assurerai.

— Demain T 2,1 la reine avec inquiétude.

— Oui, madame. Ai mi demain, poursuivit le roi, on chaussera le pied gauche de René comme on lui a chaussé ic pied droit.

La reine frissonna.

> Du lui biûlera la irait) droite.

— Ah ! Sire, quelle cruauté !

— Puis, s’il persiste à mer, on lui enfoncera les fameux coii • entre les jambe*, solidement liée.-.

Catherine, lialetanl et pâle, s'é< na :

— Mais il est innocent... cependant...

— On le verra bien. S'il l’est, maître Caboche n’aura qu'à se croiser les bras.

— Mais, Sire, les coins brisent le» jambes.

— Ce sera fâcheux, dit froidement le roi , car il faudra le porter sur l'cchafaud.

— Oh! Sire, supplia la reine, que voulez-vous que devienne ce malheureux lorsqu’il aura les mains brûlées et les jambes brisée* Y

— j'y ai songé, madame, dit froidement le roi. Si René est coupable , il sera roué; mais, s’il ert innocent, je ferai quelque chose pour lu*.

Les hôtes de Catherine regardaient le mi avec étonnement.

— Justement, poursuivit Charles IX, le mendiant titulaire du porche de Saint Eustache est mort hier. Je donnerai la place vaaanie à René.

Et après cette sanglante ironie, le roi ramassa les caries éparses sur le lapis.

— Col à vous de donner,monsieur deCoarasse, dit-il.

Charles IX ajouta :

— M'-ssieur», je vous invile...

Il insista tellement sur ce mol qu'il devint un ordre.

— Je vous invite à ine suivre demain au Châtelet. Vous y assisterez à la torture.

La» courtisans s’inclinèrent, frissonnant, et n'osèrent regarder la reine.

— Et vous aussi, madame, ajouta Charles 11, qui était dans scs jours de cruauté.

— Ah ! Sire!...

La reine i egard a en ce moment le prince de Navarre.

Le prince lui adressa un mystérieux sourire qui Hgni • fiait:

— Aoceptez, madame!... noua triompherons, vous verrez...

Henri avait déjà deviné si souvent, que Catherine eut foi en lui.

— J irai, Sire, dit-elle en courbant la tête.

Le roi Charles IX s'éveilla le lendemain à huit heures précises et appela un de ses pages en frappant sur un timbre qui se trouvait à U portée de sa main.

Le page GauU'-r entra.

— Quelles sont les personnes qui sont dans mon antichambre? demanda le roi.

— .M. île Pibrac, Sire.

— Après?

— M. le duc de Crillon.

— Et puis?

— Et fecuyer de la rein» -mère, M. de Nancey.

— Fais entrer ces messieurs.

Gautier souleva la portière et dit :

— Messieurs, le ro» reçoit.

M. de C> illoit entra le premier.

— Ah! mon cher duc , dit le roi en le voyant entrer, j'ai dormi comme un moine cette nuit. Les deux cenU pi -doit» que nous avons gagnées de moitié, le petit gentil être béarnais et mol , m’ont porté bonheur. Moi qui dormais comme un roi, c’est-à-dire d'un œil et d’une oreille, j'ai ronflé comme le dernier de mes sujets.

Crillon était railleur à scs heures :

— Votre Majesté pen-e-t-eile, dit-il, que la reine-mère, qui a perdu les deux cents pistoie9, ait aussi bien dormi?

— Ce n’est pas probable, dit le roi.

— Pourtant, fil M. de Pibrac avec un sourire hypocrite, madame Catherine est fort belle joueuse.

— Pe. h! fit le foi.

— Elle perd sans sourciller.

— - Oui, quand elle joue de moitié avec sod cher René.

Et te roi eut de nouveau son mauvais sourire.

— Mais, poursuivit-il, hier René n’était pas là, et la reine-mère a fort mal joué. Ce petit détail que je lui ai donné sur U torture l'a inéiuc troublée à ce point qu'elle a fait faute sur faute : elle a joué comme un clerc qui tient tes cartes pour la première fois.

— - À propos de torture , reprit Crillon , est-ce que Votre Majesté nous va régaler aujourd’hui encore?

— Mais certainement, dit te roi. Duc, quelle heure est-il T

— Huit heures, Sire.

— Peste ! je vata me lever, en ce cas. J’ai fait prévenir M. de Pari» pour neuf heures.

— Sire, dit M. de Pibrac, Votre Majesté sait que je suis nerveux.

— Bah ! fit le roi.

— Impressionable à l’excès.

— Allons donc!

— Et si je fais ma partie comme un autre dans une bataille...

— Vous vous évanouissez en présence des hautesoeuvres, n'est-ce pas, mon pauvre Pibrac?

— Justement, Sire.

— Am»s Pibrac, mon ami, vous craignez qu’en voyant tenailler Pené...

— Ah! $ire, je frissonne par avance, et si Votre Majesté me voulait dispenser...

— Dieu m’en garde! fit te roi. Voua êtes mon capitaine des gardes, Pibrac, vous faite» partie de ma maison... et jn ne veux pas aller seul au Châtelet.

Pibrac s'inclina

— J ai hit mes réserves en présence de M. de Nancey, pensa-t-il. La reuie-inère le saura, et œia me suffit.

Chartes IX commua :

— J»: siis d’ordinaire un roi fort bonhomme, et hier je ne vous ai pas trop chagriné, mon pauvre Pibrac, mais aujourd’hui...

— Aujourd’hui Votre Majesté est impitoyable, murmura M. (te Crillon, qui riait dans sa barbe noire.

— Duc, répondu b* roi, j’ai invité hier, au jeu de la reine, tous tes gentilshommes qui m’entouraient Avenir voir tenailler René. S’il en manque un seul... je le fais pendre comme un vilain, et malgré son droit de gentilhomme d’ètre décapité.

Le roi ne riait plus.

— Sire, hasarda M. de Nancey.

— Ah ! vous voilà, Nancey? uit le roi.

— Oui, Sire.

— C'est U reine qui vous envoie?

— Votre Majesté devine.

— Je gage, continua Charles IX , quelle me fait supplier de la dispenser...

— La reine craint de ne pouvoir supporter uu pareil spectacle.

— Eh bien , répondit Charles IX, je suis un peu de son avis, Nancey.

— Ah ! Votre Majesté la dispense...

Non pas, mais je lui donne à choisir : venir au

Châtelet et voir tenailler et brûler son cher René, ou bien...

Le roi s’arrêta.

— Ou bien ? fit M. de Nancey.

— O i bien partir à l’instant même pour Amboise, où je lui conseillerai...

Le roi appuya sur ce inot.

— Où je lui conseillerai f acheva- t-il, d’attendre que j’aie des cheveux gris pour revenir au Louvre.

— Haraibieu! Sire, murmura Grillon, Votre Majesté n’y va pas de main morte aujourd'hui.

— Vous trouvez, duc ?

— Et je sais bien 'je que choisira madame Catherine de la torture ou de fezil.

— Ah! que choisira- t-«lle?

— La torture, Sire. Elle préférerait bien certainement il faire tenailler elle-mètne que s’en aller eu exil.

M. du Nancey se glissa derrière Crillon :

— Monsieur le duc, lui dit-il tout bas, vous jouez un jeu dangereux.

— Bah! fit le duc en se retournant, qu’en savez-vous?

— René empoisonne les ducs tout comme les simples chevaliers...

— Eh bien, répondit Crillon avec son loyal sourire, conscillcz-lui donc d’empoisonner M. de Parta ; cela pourra lui être beaucoup plus profit ible.

Pendant que Crillon et M. de Nancey échangeaient ces quel tues mois à voix basse, le roi s’habillait.

— M. de Coarasse est-il venu? demanda Charles IX.

— Il est chez moi. Sire, répondit Pibrac.

— Très-bien!

— Avec mon autre cou6in, Aniaury de Noé, acheva le capitaine des gardes.

Le roi dit à M. de Nancey :

— Allez porter ma réponse à madame la reine-mère.

— J’y cours, Sire.

-— Et vous me viendrez dire ce qu’elle aura décidé.

M. de Nancey sortit et passa chu Catherine.

La reine-mère achevait sa toilette en pn rence de madame Marguerite, et elle ch (Tonnait un petit papier dans «es doigts. Ce papier, un inconnu l’avait remis su page Raoul en lui disant :

— Pour la reine-mère.

Raoul avait regardé le papier.

— Mais il est blanc, avaiinl dit.

En effet, on n'y voyait aucun caractère.

— Portez-le toujours, avait dit l’inconnu en s’en allant. Raoul était arrivé tandis que M. de Nancey se trouvait chez le roi pour le supplier de dispenser la reioe d’assister à la torture.

Catherine avait pris le papier des mains de Raoul, puis, congédiant te page, elle avait dit à Marguerite :

— Allumez un flambeau, ma fille.

Marguerite s'était empressée d’obéir.

Alors la reine-mère, qui faisait elle-même grand usage d’encre sympathique, avait approché le papier blanc de la bougie.

Sur-le-champ, au conctact de la chaleur, le papier s’était couvert de caractères pâles d’abord, qui n’avaient point tarde à noircir, et madame Catherine avait lu les lignes suivantes, qui n’étaient suivies d’aucune signature :

■ Il est important que la reine assiste à la torture. Le sort de Rene en dépend peut-être. »

— Bon! murmura la reine, nui tendit le billet a Marguerite, c’est Renaudm qui m'écrit. J'irai.

M. de Nancey revint, et apporta à Catherine la réponse de Charles IX.

— C’est bien, lui dit- elle. Retournez auprès du roi et dites-lui que ses volontés sont pour moi des ordres.

— Diable I pensa M. de Nancey, la reine, qui était si agitée tout à l'heure, est bien calme maintenant, üue s’est-il donc pasié?

Comme il sortait, la reine le rappela.

— Vous demanderez uia litière, dit-elle.

M. de Nancey retourna auprès du roi Charles IX était vêtu, il avait le manteau sur l épaulé, le toquet en tète, et il appuyait sa main gauche sur la garde de son épée.

— Eh bien, Nancey? demanda-t-il.

— La reine m’a chargé de demander sa litière. Sire. — Pour aller à Ambotae ?

Nancey sourit :

— Non, Sire, pour suivre Votre Majesté au Châtelet. — Vive Dieu ! fit le roi, voici que ma mère devient raisonnable, et puisqu'il en est ainsi, je lui veux faire une galanterie. Nancey, mon ami, il est inutile aue voue demandiez la litière de madame Catherine, je lui donnerai une place dans la mienne. Allez l’en prévenir.

M. de Nancey s’inclina et sortie

Messieurs, dit le roi qui s’approcha de la croisée et

jeta un regard dans la cour, je crois que personne de lues invités ne veut être pendu... Voyez plutôt ..

La cour du Louvre était en effet encombrée des courtisans qui, la veille, assistaient au jeu de la reine.

— AII**os! ajouta le roi.

Crillon et Pibrac s'effacèrent. Le roi sortit l « u

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