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LA JEUNESSE PU «»1 IIENill.
chambre, traversa les grands appartements, frappa du revers de la main sur la joue du page Gauthier qu’il affectionnait, descendit en fredonnant un air de chasse, et lorsqu'il fut dans la cour il leva la téta.
Le temps était superbe, le ciel, d’un bleu d’azur sans nuages, était inondé des rayons du soleil.
Alors le roi se retourna vers Grillon :
— Duc, lui dit-il, nous sommes en retard de trois jours.
— Comment cela, Sire?
— Si nous étions plus vieux de trois journées.;: lieu d’aller au Châtelet, nous irions à la place de Grève. Il fait un temps superbe pour une exécution, et je crains qu'il ne pleuve le jour où René sera rompu.
En disant cela, le roi vit madame Catherine qui descendait, appuyée sur le bras de sa fille, la princesse Marguerite.
Il alla vers elles et les salua.
— Ah! Sire, murmura la reine-mère, vous êtes cruel.
Le roi ne répondit pas, mais il offrit son poing & la reine.
— Venez, madame, lui dit-il.
Et il la conduisit À sa litière.
Tandis que le roi et les deux princesses y montaient, les gentilshommes se rangeaient aux deux côtés, et parmi eux Catheritie aperçut Henri et Noë.
Henri lui adressa de nouveau son mystérieux sourire qui l’avait tant réconfortée la veille.
Le cortège se mit en route et prit le chemin du Châtelet.
Durant le trajet, le roi se montra d’une humeur railleuse et charmante, et comme la litière passait sur le pont au Change, il dit à la reine:
— Après tout, madame, je conçois que vous ayez eu quelque afleclion pour René, attendu qu’il était assez bon sorcier, dit-on, et qu'il faisait les cartes avec une habileté sans pareille...
— Ah! Sire, ne raillez pas...
— Mais, continua le roi, je vous veux consoler...
11 s’arrêta un moment et sourit de son cruel sourire.
— On m'a parlé, reprit-il, d’un bohémien qui fait merveille en ce moment sur ce pont que nous traversons. Tous les jours il a un auditoire de plus de cent badauds. Il lit, dit-on, dans les astres comme vous lisez dans votre missel, vous, madame, et je veux l’attacher à votre personne... Je lui baillerai des lettres patentes et je le lerai noble homme...
— Sire... je vous en supplie!... balbutia la reine, que eette ironie accablait.
— Bahl fit le roi, je gage que, dans quinze jours, quand vous aurez goûté des prédictions de Caridetare, c’est le nom du bohémien, vous ne songerez plus à René.
La litière s'arrêtait en ce moment devant le Châtelet.
Sur la porte du sombre édifice, Catherine et la princesse aperçurent d’abord roessire de Fouronne, le gouverneur, qui venait recevoir le roi.
Puis auprès de lui trois hommes d’aspect sinistre dont les casaques annonçaient suffisamment la profession.
C'étaient U. de Paris et ses deux aides.
— Madame, dit Charles IX, je vous présente les confesseurs de votre protégé.
La reine ne put réprimer un frisson ; mais presque aussitôt cllo vit apparaître derrière les exécuteurs un homme vêtu d’une longue robe noire.
Cet homme avait, comme Henri, un mystérieux sourire aux lèvres, et ce sourire, plus puissant encore que celui du sourire de Coarnse, rassura complètement madame Catherine.
«homme à la robe noire n’était autre que le président Rcnaudin, le juge interrogateur. Le roi, donnant toujours le poing à Catherine et suivi des courtisans qui l’avaient accompagné, se fil conduire à la salle de torture.
Par ses ordres, M. de Fouronne avait fait dresser des bancs et des chaises autour des murs.
Au milieu se trouvait un fauteuil dans lequel Charles IX s’assit :
— Messieurs, dit-il en se couvrant, je crois que la séance sera longue et je vous engage à vous asseoir.
Madame Catherine était fort pâle, et son œil s’attachait avec une sorted’effroi sur les instruments de torture.
Henri avm* trouve moyen de se glisser derrière siège de Marguerite.
La princesse lui avait déjà envoyé plusieurs sourires.
*)uand elle le sentit auprès «folie, elle se pencha K.s lui :
— Ma mère serait moins émue, lui dit-elle bien bas, si on appliquait la torture à un de ses enfants.
— Cependant, répondit Henri, elle a la certitude de le sauver...
— Renaudin l’a promis.
— Et il tiendra sa promesse, soyez-en sûre.
— Oui, mais on va tenailler René... 11 ne peut empêcher cela.
— Qui sait? fit Henri.
Précisément le roi disait :
— Monsieur de Fouronne, faites amener le patient ; il est temps de commencer.
Le sire de Fouronne se tourna vers le lansquenet qui se trouvait en faction À la porte et lui fil un signe.
A ce signe, le lansquenet frappa trois coups sur le sol avec le bout de sa hallebarde.
Au bruit, la porte s’ouvrit et René parut entre deux soldats.
Le Florentin avait les mains liées derrière le dos, et une chaîne d’un pied de longueur, qui lui attachait les chevilles, ne lui permettait de marcher qu’à petits fias.
René était fort pâle, il paraissait se soutenir à peine, et il manifesta un grand etirdi en apercevant le roi et sa nombreuse suite; puiB il vit Catherine, et la présence de la reine sembla lui donner quelque courage.
— Couchez le patient sur le chevalet, monsieur de Paris, dit le président Renaudin, on va recommencer l’épreuve de reau.
Et tandis que le bourreau s’emparait du malheureux parfumeur, le juge s’assit devant une petite table et prit une plume pour recueillir les aveux du patient.
— Je suis innocent! cria René, je suis innocent!
Le roi fit un signe :
— Allez I monsieur de Paris, dit-il. Faites boire ce drôle oui crie par avance.
Un des aides du bourreau assujettit la tète de René sur le chevalet, tandis que l’autre lui introduisait l’entonnoir dans la bouche.
René se débattit, mais il avala trois grandes pintes.
Catherine, émue, détourna U tête.
— Quelle barbarie 1 murmura-t-elle.
— Madame, répondit le roi, c’est de l’eau de Seine, on l’a filtrée, elle est fort pure...
Les courtisans ne purent y tenir, ils se prirent à rire.
René secouait le cnevalet et cherchait à broyer l’entonnoir avec ses dents.
— Sire, dit le bourreau, l’eau ne lui arrachera aucun aveu. Mais... le feu...
— Eh bien, maître Caboche, dit Charles IX, brûlez la main droite de ce drôle, en ce cas.
Mais tandis qu’on détachait René du chevalet, le président Renaudin prit à fon tour la parole :
— Sire, dit-il, puisque René nie si énergiquement, il y a peut-être un moyen de savoir la vérité.
— Ah! ah!
— René avait des complices.
— Qu’en savez- vous ? demanda Cbaries IX.
— On a arrêté il y a deux jours, poursuivit naïvement le président Renaudin, un voleur du nom de Gascarille.
René laissa échapper un geste de surprise.
Ce geste fut mal interprété par le roi.
Charles IX s'imagina que la surprise de René était de la terreur.
— Hé! dit-il, notre drôle pâlit... Voyons, maître Rcnaudin. qu’e^t-ce que ce Gascarille?
— Un voleur que le grand-prévôt a condamné poui vol à être pendu.
— Et vous pensez qu’il est complice de René ?
— Je le crois.
— Sur quoi basez-vous votre opinion?...
Ii7
— Gascarille est dans le même carbot qu'un autre voleur qui remplit au Châtelet l'office de mouton.
— riait-il ? fit le roi.
— Sire, dit RenaudiD, on appelle mouton un prisonnier qui questionne adroitement les autres, les fait jaser et révèle ensuite aux juges ce qu'il a pu surprendre de leurs secrets.
— Bon! dit Charles IX, je comprends; continuez, Biaitre Renaudin !
Le président poursuivit :
— Gascarille a dit au mouton : « Ce pauvre mesaire « René le Florentin n’a pas de chance ; il va payer pour • moi ; tandis qu'on se contentera de me pendre, il sera « rompu vif. »
— Ah ! dit le rot, le mouton a dit cela î
— Oui, Sire.
— En ce cas, il était complice...
— C’est probable...
— Eh bien, on va brûler la main droite de René d’abord...
René frisonna et jeta autour de lui son regard de bête fauve...
— Puis, continua le roi, tandis que Catherine, pâle et frémissante, se soutenait h peine, s’il n’avoue pas, on fera usage des coins .. et entin on le tenaillera...
— Et s’il s’entête à ne pas avouer ?...
— Alors vous enverrez quérir Gascarille, et on lui donnera la question.
— Sire, dit Renaudin, Votre Majesté me permetlraitelle un avis?
— Parlez...
— C’est aujourd’hui que le Parlement doit s’assembler pour juger René, si toutefois René avoue... ou, ce qui revient au même, si, par son complice Gascarille, on sait la vérité.
— Sans doute, eh bien?
— Si on brûle la main droite comme on a brûlé la main gauche, il sera impossible au rondamné de tenir un cierge en s'en allant à l’échafaud.
— C est juste, dit le roi. Alors, passons aux coins tout de suite.
— Mais, ditencore le président Renaudin, si René est condamné aujourd’hui, on le pourra exécuter demain.
— Certainement.
— Et ce serait d’un bien plus grand exemple pour le peuple, qui est exaspéré de l'assassinat de la rue aux Ours, que le condamné s’en allât À l’échalaud pieds nus, un cierge à la main, après avoir (ait amende honorable au parvis Notre-Dame.
— Je suis de votre avis, maître Renaudin.
— Si on fait usage des coins, il ne pouira marcher.
— Ah! diable! murmura le roi. Eh bien, en ce cas, envoyez quer.r Gascarille.
Catherine et René respirèrent.
Cri IL»n se pencha à l'oreille de M. de Pibrac:
— Hum 1 lui dit-il avec une rude franchise de soldat, je crois que le roi se laisse attraper... Ce juge m’a l'air d’un rusé compère... et...
Grillon n 'acheva pas, mais il regarda la reine, et il lui sembla que l'œil de Catherine brillait de joie.
— Le roi est routé 1 pensa-t-il.
11 y eut un vif mouvement de curiosité parmi les assistants, lorsque le roi eut ordonué d'introduire Gascarille et de lui appliquer 1a question.
On posa de nouveau Rc-ne contre le mur.
Le Florentin, tout en rendant l’eau par gorgées, continuait à promener son regard féroce et louche sur tous ces hommes que le roi avait conviés à son supplice.
Et certes, ceux-ci étaient si convaincus maintenant que le Florentin était un homme perdu, qu'ils avaient calmé leur terreur; mais s'ils eussent pu penser un seul moment qu’il pouvait encore échapper au sort qui l'attendait, ils se fussent montrés beaucoup moins rassu-
rés, tant était 'grande l’épouvante qui s’était attachée si longtemps au nom du parfumeur.
Le roi ayant ordonné d'aller querir le voleur Gascarille, messire de Fonronne s'étalt empressé de donner des ordres.
Quelques minutes s’écoulèrent pendant lesquelles chacun garda le silence.
Seul, le duc de Crillon marmotait quelques mots inin* telUgibles entre ses dents.
Le roi se tourna vers lui.
— Que dites*vous donc, duc? demanda-t-il.
— Moi, Sire! répondit Crillon, je dis que je voudrais bien être le roi pendant une heure.
— Et pourquoi cela, duc?
— Parce que je laisserais Gascarille tranquille en son cachot.
— Ouais! fit le roi. Sur quoi donc basez-vous cet avig, duc?
— Votre Majesté me permet-elle d’exprimer mon opinion?
— Mais sans doute : parlez, duc.
Renaudin et la reine fixèrent un regard inquiet sur Crillon.
René frissonna jusqu’à la moelle des os.
— Sire, reprit Crillon, il m'est avis que la condamnation de René le Florentin sera d’un très- bel exemple pour le peuple de Paris...
— C'est mon avig aussi, duc.
— Le supplice de René prouvera aux Parisiens la justice de Voire Majesté, en leur montrant que la reinemère sait faire des sacrifices et renoncer à protéger un homme désormais indigne de sa bienveillance.
La reine jeta au duc un regard empoisonné comme les parfums du Florentin.
Crillon supporta ce regard et continua fort tranquillement :
— Si Gascarille avait assassiné le bourgeois de la rue aux Ours, lui tout seul, on pendrait Gascarille tout simplement et le peuple de Paris ne s’sn préoccuperait pas davantage. Mais René le Florentin, René l’empoisonneur du pont Saint-Michel, René dont Le nom a fait trembler tous les gentilshommes de la cour de Votre Majesté, eiceplé moi pourtant, fit le duc avec un sourire dédaigneux, René devient un morceau friand à servir en place de Grève.
— Duc, intenompit Charles IX, qui ne savait point encore où Crillon en voulait venir, cela ne me dit point pourquoi vous voulez laisser Gascarille en son cachot.
— Ah ! voici, répondit le duc. SI Gascarille a trempé dans l'assassinat, comme René il sera rompu, n’est-ce pas?
— Naturellement.
— Voilà ce que je ne voudrais pas.
— Pourquoi ?
— Parce que, Sire, dit Crillon, quand j’ai un fin morceau de venaison four mon diner, comme un cuissot de chevreuil, ou une tiure, ou bien encore une bisque de perdreaux, je me soucie peu de manger un plat de haricots ou de lentilles.
— Hel dit le roi, vous êtes un gourmet, mon cher duc.
— Pour moi et four les Parisiens, poursuivit le duc, René est le morceau de venaison, Gascarille représente le plat de lentilles.
Le roi éclata de rire, les courtisans l’imitèrent et le bourreau lui-même en fit autant.
— Diable! murmura Henri à l’oreille de Marguerite, cet entêle de Crillon est capable de déranger et de renverser les savantes combinaisons du président Renaudin et de la reine- more.
Catherine, en effet, était d’une pâleur mortelle et les cheveux de René se hérissaient. Le président Renaudin était au^ài fort mal à son aise.
Si on u'iiiterrogcai*. pas Gascarille, René était perdu.
— Yoyons, dit le rM ; achevez, duc.
— Eh bien! moi, Sire, dit Crillon, si j’étais le roi, je ferais rompre René tout seul. Je servirais le cuissot de
LA JEUNESSE DU ÏWI 1ÏFNRÎ.
chevreuil aux Parisiens et je ne vomirais pas leur on gât« r le goût par des lentilles.
lys plaisanteries du duc avaient quelque chose de lu* gubre au milieu de cette salle de torture, parmi ces instruments de supplice, eu présence du bourreau et du juge.
Il y eut un moment de terrible anxiété pour René, le jupe et la reine-mère.
Mais le roi riant toujours :
— Eh bien! duc, dit-il, je vais tâcher de tout concilier, et je vais vous rendre comparaison pour comparaison.
— ! écouté. Sire, murmura le duc inquiet à son tour.
— Supposez que, le lendemain du jour où vous aurez dîné d’un cuissot et d’une bisque, vous n'ayez plus que des lentilles, que ferez-vous 7
— Je mangerai des lentilles. Sire.
— Eh bien! le peuple de Pans fera de même.
— Comment cela, Sire?
— René sera rompu tout seul d'abord ; ce sera le chevreuil; puis, huit ou dix jours après, on rompra Gascanlle, qui sera le plat de lentilles. Après le carnaval, le carême.
Grillon se mordit les lèvres.
— Il en sera comme Votre Majesté voudra, dit-il.
En ce moment, la porte des patients s’ouvrit, et Gas-
canil<- apparut entre deux soldats.
René et la reine respirèrent. Le président Renaudin éprouva un notable soulagement. Gascanlle était un grand garçon de vingt-huit ans, beau et f <rt, bien découplé, à la mine intelligente, au regard rilrontc. Leroi le trouva si bien à son goût qu’il dit au duc :
— Peste! voilà pour vos bons Parisiens un plat de lentilles fort convenable, Grillon mou ami.
Pui* il regarda Gascanlle.
— Çï, diole, lui dit-il, tu vois ce chevalet, ces coins, ce lrra»ier, ces petites chaussures qui brisent le pied... Qu’en dis-tu ?
— Je connais tout cela. Sire, répondit Gascarilleavec une aisance parfaite; j’ai subi la torture à Orléans il y a quatre ans à peu pré'.
— Et tu as avoué, j’imagine ?
— Rien, Sire, rien ab-oluinent. J’avoue de bonne volonté, si cela me convient ; mais M.de Paris que voilà...
Et Giscarille salua le hoUITOUJ.
— M. de Paris, dit-il, me calcinerait les mains, me couperait les os et me tenaillerait les mamelles, que, si i'avais mis dan» ma télé de ne point parler, je ne parlerais pas.
— Ah ! ah ! fit le roi.
— Gascanlle, dit sévèrement le président Renaudin, vous oubliez que vous êtes en présence du roi.
— Dieu m’en garde ! répondit G ascarille, mais comme je suis condamne à mourir, je crois avoir mon francparler.
— Eh bien, qu’il parle ! dit le roi. L’assurance de ce drôle me plaii!
— Sire, dit Giscarille qui jela un regard moqueur sur René, je devine pou i quoi J’ai l'honneur d’étre en présence de Votre Majesté.
— Ah! lu devines 7
— Le mouton aura jasé, et il s’agit de la petite affaire île la rue ;iui Ours.
— Précisément, mon* garçon, ci c’est pour que tu nous raconu s la vérité I à-dessus qu’on te va faire ava- Vr quelques pintes d'eau.
— C'eri inutile. Sire dit Gascaril'e.
— Pourquoi ce la T Est-ce que tu vas parler tout de
aie?
— Gela dépend.
Rem ? fit le roi.
— Je suis condamné & être pendu, reprit Gascanlle, et je me suis résigne à cela. C’est un mauvais moment à passer, mais il est court... tandis que, m je m'avouais coupable de l’assassinat de la rue aux Ours, je serais rompu comme messin. René.
— Alors tu nies?
— Ob ! pardon, Sire, je ne dis pas cela. Seulement, si
Votre Majesté me fait donner la torture, je ne dirai rien... tandis que... ri elle me faisait une promesse...
— Bühl fit le roi en riant, je gage que le drdte va demander sa grâce.
Gasrarille sourit avec résignation.
— Je ne suis pas ambitieux, dit-il, et j’ai du reste pris mon parti de la potence. Donc, si Votre Majesté me voulait promettre que, quelque crime que j’aie commis, on &e contentera de me pendre...
— Tu parlerais? «
— Oui, sire.
Le roi se tourna vers Grillon :
— Après tout, dit-il , le* Parisiens pourront bien se contenter d'avoir leurs lentiUes à l’huile, au lieu de les avoir au beurre : qu’en pensez -vous, duc?
— Sire, je suis du pays de la bonne huile et j’ai un grand mépris pour le beurre, répondit Grillon.
— • Drôle! dit le roi en regardant Gascanlle, remercie M. de Grillon, il vient d'opter pour toi, lu seras pendu.
— Quoi qu’il arrive et que je puisse révéler ? demanda le tirelaine.
— Oui, dit le roi, je' l’en donne ma parole de gentilhomme.
— Alors, répondit Gascanlle, Votre Majesté peut renvoyer M. de Paris, nous n’avons plus besoin de lui.
— Parle, dit le roi.
Gascanlle promena autour de lui un regard assuré et commença ainsi :
— Je vais vous conter comment l'affaire de la rue aux Ours est arrivée. Mesure René que voilà était en assez lions termes avec madame Loriot, la femme de l’argentier.
René fit un nouveau geste de surprise et Henri étouffa un cri.
Le président Renaudin regarda sévèrement René, et
Rene comprit...
Gascarlle continua :
— Mes'ire René connaissait un lansquenet de mes amis appelé Théohald. Théohald et moi nous avions fait plus d'un bon coup ♦ nwmble. Quand l'argentier était sorti et que mniire René était chez la belle, Théohald faisait le guet dans la rue.
— Un jour Théobâtd nie rencontra et me dit :
• — L'argentier est riche comme le roi; si nous pou- « vions mettre la main sur son coffre?
e — C'est difficile, répondis-je.
a — Il sori tons les soirs. C'est l'heure où René va e voir l’argentière.
« — Ali ! ali! Eh bien! il faut en parler à René.
« — Non, rue dit Thé«bald, René enlève ce soir l’ar- < gentière.
« — Où la conduit-il ?
« — Je ne sais.
« — Alors que veux-tu faire?
« — Il faut tuer l'argentier quand il passera sur le « pont Saint-Michel , et nous lui prendrons la clef de sa a uiai-on.
a — B»n ! et ensuite ?
c — Puisque l’argcntière et René n'y seront pas.
« — En es-tu sûr 7
0 — ■ C’est Godolphin qui me l’a dit. »
— Godolphin, observa Gascanlle, c’était le fils adoptif de René.
— Après? fit le roi qui ne voyait point encore comment René intervenait dans le meurtre de Samuel Loriut
— Godolphin, que nous guettions eu mémo teni|« que le bourgeois Loriot, poursuivit Giscarille, sortit ver» dix heures de la boutique; il portail lu dague de son maître chez le rémouleur.
— Hem? fit le roi. C’est donc vrai?
— tiodolphin avait la d igne dans sa poche ainsi que deux clefs L'un»* de ces clefs était celle que l'a r geôlière avait confiée à R- né. René t’avait donnée à Godolphin pour qu’il al àt prévenir Pargentiere qu’elle ne l’attendit point ce soir-la comme c’était convenu, mais que le lendemain il serait à minuit au coin de la rue Maucoused avec de* chevaux et l'enlèverait.
LA JEUNESSE DU IlOI HENRI.
Gascanlle s'arrêta pour reprendre haleine. On l’avait écoulé avec une vive attention.
— Après? fit le roi impatient.
— Tnéobald me fit un signe, noua nous comprimes et nous entraînâmes Godolphin au fiord de la rivière, pois je le saisis à la gorge, et tandis que Tbéobal 1 lui prenait la dague et les deux clefs, je l’étranglai et je le jetai à l’eau.
« — Maintenant, me dit le lansquenet, nous avons la clef « de la maison de Loriot rt la clef de la boutique de m René, cela nous servira. Nous allons nous débarrasser e du bourgeois, puis nous irons trouver fa^gen Itère et « nous lui dirons que noos venons de U part de René, « à la place de Godolphin. •
— Une heure apiès, nous tuâmes Loriot...
— Comment I... dit le roi, et... René?...
— Attendez, Sire! dit Gascarillc impassible; vous albz voir...
Nous avions perdu un peu de temps, et nous n’arrivâmes que passé minuit rue aux Ours.
L’argentiere, qui n'avait pu voir Godolphin, puisque nous l’avions noyé, était sorti»* pour rejoindre René. Avec la clef que nous avions prise à Godolphin . nous pénétrâmes dans la maison.
Mus le vieux juif, qui ne nous connais- ait pas, ne voulut rien entendre quand nous lui dîmes que nous venions de la part de René.
— Vous èies des voleurs! s’écria-t-il.
Théobald le tua d’un coup de dague.
La servante accourut , et il la tu i pareillement. Puis nous fouillâmes la maison de fond en comble , et nous ouvrîmes le coffre fort; il était vide, sauf une poignée de pistoles.
Ce n’était pas la peine de partager. Comme Thénbald se baissait, je pris la dague de René et je la lui planUi dans le dos.
— Mais, s'écria le roi, pâle de colère, que faisait donc René pendant ce temps?
— Il travaillait au Louvre avec la reine , répondit froidement G? scarifie.
— C’est vrai! dit la reine, qui jeta un cri de triomphe.
— Ainsi René est innocent?...
— Oui, dit Gascanlle.
Il passa comme un frisson dans la salle de torture, et tous les visages pâlirent.
Le roi sembla frappe de stupeur.
— Ainsi... répétait-il, il est innocent?
— Je le jure! s’écria GuariHe.
M. de Criilon, pâle d • rage, mordait sa moustache ; les courtisans étaient épouvanté*.
Seuls René et la reine triomphaient.
Charles LX jeta à sa mère un regard étrange et terrible.
— Madame, lui dit-il, si René est innocent, c’est un grand malheur; s’il est coupable, vous avez bien joué votre partie... Mais... j’aurai ma revanche!
Et le roi se leva furieux et dit aux courtisans qui l’avaient accompagné :
— Venez, messieurs, guirez-tnoi I
Puis, quand il fut sur le point de franchir le seu-l de la salle de torture, il se retourna et dit au président Renaudin :
— Puisque cet homme est innocent, fa tcs-le mettre en liberté ; et, quant k l’autre, pendez- le haut et court sur l’heure, monsieur de Parts.
Une heure après M. de Paris, c’e*t-â-dire le bourreau, conduisait Gascanlle en place de Grevé.
Gascanlle, confiant en la promesse de la reine et du président Renaudin , regardait le bourreau en sonnant, et il marchait auprès de lui du pas duoliomme qui s’en va à une noce ou à l’enterrement d’un oncle dont il hérite.
—41 fera mal le nœud, il a reçu des ordres, pensait-il. Dans quelques heures, j’aurai rejoint Farinelte.
Ce qui achevait de confirmer les espérances de Gascariltc, c’est que le président Renaudut s était approché de lui au tournent où il sortait du Châtelet pour marcher
au supplice, et lui avait glissé un rouleau d'or dans la main.
— Mets cela dans ta poche, lui avait-ll dit; tu le porteras loi-mé.iie à Farm» lie ce soir. Caboche a le mol, il fera S'il! nœ- den conséquence. Sois tranquille...
El Gasoariile s'en alla fort gaiement en place «le Grève.
On ne s'attendait pas dans Paris à cette rapide exécution ; la place était presque déserté. A peine Gascarilb vit - 1 une centaine de badauds se grouper auprès de la potei ce.
— Mon garçon, lui dit le bourreau, tu n’as pas de chan e... la chose va se passer presque en famille.
— Farceur I dit le tirelaîne.
Maître Caboche lui passa la corde autour des reins.
— Est-elle solide, nu moins? demanda Gaecarille.
— Très-solide, répondit le bourreau.
Puis il lui fit mettre le pied sur le premier degré de
l’échelle.
— Allons ! monte, dit-il : dépêchons-nous.
Gascirille monta et arriva en haut de l’échelle. Le
bourr»‘au était derrière lui et préparait la petite corde.
— Voilà I lui dit-il en la lui passant au uni.
— Mais que faites- vous donc? s’écria Gascarille; ôies- VOUS fou?
— Que chantes-tu là, mon garçon?
— \x. nœud est coulant... au lieu d’être arrêté.
— Eh bien ! comment veux-tu «loue que je t’étrangle, dit Je bourreau, si le nœud n’est pas roulant?
— Mais vous savez bien que... fit Gascanlle inquiet.
— Je ne sais rien.
— Vous devez me pendre pour rire...
— Hein ! dit le bourreau , qui donc t’a conté cette sornette, mon garçon?
Et disant >-< ia , il le poussa dans le vide et loi sauta sur les é(iaolts.
Gancarilte >e trouva pendu pour tout de bon, et la reine n’avait puint tenu sa promesse...
Une énorme stupeur avait régné tout le jour dans le Louvre.
Le dénoûment imprévu de l’affaire de René avait répandu parmi les courtisans une consternation générale.
René relâché faute de preuves , René hors de prison dt‘v> naît d'autant plut terrible qu’il sortait altéré de vengeance.
(.»* roi , furieux mais impuissant, s’était enfermé chex lui, dans cette pièce qu’on appelait son cabinet, et il en avait détendu la porte.
Madame Cath»*rine était rentrée au Louvre la tête haute, l'éclair dans les yeux.
Tous ceux qui s’etaient réjouis plus ou moins hautement commençaient à trembler.
M. de Pibrac rencontra, une heure après le retour du Châtelet , le duc de Criilon qui, en proie à un excès de rage indicible , se promenait dans la cour du Louvre et ne parlait de rien moins que de souffleter René s’il le rencontrait, pour le forcer à te battre avec lui.
— Monsieur le duc, lui dit !o capitaine des gardes, je vais vous doutuT un conseil.
— Qu’eftt-ce? fit le duc.
— Vous avez une fort belle terre en Provence et un hôtel à Avignon dont on dit des merveilles.
— Eh bien?
— A votre place, j’irais voir par moi-tnème si mes récoltes s’annoncent bien et 6i mon bétel n’a pas besoin de réparations.
— Vous moque z-vous !
— La bête lnuve est lâchée...
— B;<h ! dit Criilon, si elle vient à moi, je lui tordrai le cou...
— Monsieur le duc, murmura le prudent Gascon, le roi n’a pu en venir à bout.
LA JEUNESSE DU ROI HENfu.
— Mais moi...
— Oh! vous, je gage qu'ayant trois jours tou» aurez goûté de quelque potage qui tous procurera des maux d’estomac et des douleurs d’entrailles.
M. de Grillon haussa les épaules : ^
— Tenez, dit-il. je Tais faire un serment de tant tous.'
Pibrac le regarda.
— Je jure, dit le duc, de ne boire que de l’eau et de ne manger, à Paris, que des œufs à la coque jusqu’à ce que j*aie tordu le cou à René.
M. de Pibrac secoua la tète.
— Morbleu I murmura le duc, je tais voir le roi et je lui dirai ma façon de penser.
— Prenez garde t
— A quoi donc?
— La reine-mère sy trouve déjà.
— Chez le roi ?
— Chez le roi, répéta lentement Pibrac.
> — Eh bien! qu'importe?
Et le loyal Crillon s’en alla gratter à la porte du cabinet du roi.
Le page Raoul était dans l’antichambre.
— Le roi ne veut recevoir personne, dit-il.
— Il me recevra, moi.
— Je vais lui dire que vous attendez, monsieur le duc.
Raoul entra et Crillon entendit la voix aigre du roi qui disait :
— Dis à M. de Crillon que j’ai mal à la tète et ne puis lui donner audience.
— Oh! murmura le duc ivre de colère, la reine m’a prévenu... le roi est trop faible.
Et le duc s’en alla mordant sa moustache et traversa plusieurs salles où des gentilshommes, la mine allongée, s'entretenaient à voix basse.
— La reine est chez le roi, disait-on, René va venir au Louvre. Gare à nous !
— Moi, disait un gentilhomme picard, je vais faire un tour à Amiens » t je couperai ma baibe au retour. J'ai eu le malheur de rire ce matin.
— Moi, ajoutait un autre, je vais demander un congé au roi, et, s’il me refuse, je ne sortirai plus qu’avec une cotte de mailles.
M. de Cnlloa s’était arrêté pour écouter tout cela, et il haussait les épaules.
* — Tas de trembleurs ! dit-il, je vais faire ce que ni le
roi ni le bourreau n’ont pu. Je vais m établir sous la grande porte du Louvre, et quand René viendra, je lui tordrai le cou!
Et Crillon , comme il le disait, descendit daus la cour et s'assit tranquillement sur une borne sous la voûte de la porte principale, et il attendit. Mais il y était depuis une heure à peine, et René n’avait point encore paru, lorsque M. de Pibrac vint à hii d’un air mystérieux.
— Ah ! dit le duc en le voyant, vous venez me quérir de la part du roi?
— Non, monsieur le duc.
— Qu’est-ce donc alors?
— C’est le roi qui m’envoie avec un message.
— Quel est-il? 6
— U roi vous prie de monter à cheval.
— Bon ! dit le duc.
— Et de vous en aller à Avignon , où il vous transmettra des nouveaux ordres.
— llarnibieu ! s’écria Crilloo, est-ce une diîgrâce?
— Je le crains , murmura lé prudent capitaine des gardes; c’est mieux que cela même, c’est un exill
Le loyal Crillon se pnt à jurer comme un païen.
— Monsieur le duc, ajouta Pibrac, convenez que je vous donnais tout à l’heure un boa conseil.
— Morbleu 1 s’écria Crillon, puisque le ru» m’exile,
1 obéirai ; mais avant de partir, *e tordrai le cou à René.
— Hélas! dit M. de Pibrac, -rodà encore une chose impossible.
— Oh! nous verrons bien...
~*7 L ar le roi m'a commandé, arheva le capitaine tft» gardes , d’obtenir de vous »ulre parole d’houneur que voua montcnei à cheval sur-te-caamp.
— Ah ! fit le duc, et si je refusais?
— Alors, monsieur le duc, je vous demanderais votre épée.
La colère de Crillon, au lieu d'éclater, tomba tout à coup.
— Mon pauvre ami, dit-il, vous aviez raison tout à l’heure, l’air de Paris ne me vaut rien désormais. Je n’ai que faire à la cour d’un roi faible et fantasque, et je m'en retourne dans mes terres. Le soleil de Provence vaut mieux que celui du Louvre. Pauvre roi!...
Et M. de Crillon s’en alla faire ses valises et ne songea plus à René.
Comme il quittait la grande porte du Louvre, Henri de Navarre en franchissait le seuil.
— Hé ! Pibrac, cria-t-il.
M. de Pibrac n’avait point aperçu le prince et marchait tristement.
Il se retourna, aperçut Henri, et vint à lui :
— Monseigneur, lui dit-il tout bas, je viens de donner un excelli ni conseil à M. de Crillon.
— Vraiment?
— Je lui ai conseillé d’aller respirer l’air pur et contempler le ciel bleu du Midi.
— Et pourquoi cela?
— Par la même raison que je vais vous dire : monseigneur, voici la saifon favorable pour chasser le coq de bruyère. Si vous alliez faire un tour dans nos montagnes du Réarn...
— Mon cher Pibrac, répondit Henri en riant, il n’y a décidément que Crillon et moi qui n’ayons pas peur de René.
— C’est un tort, monseigneur.
— Mais René a plus besoin de moi que de la reine, poursuivit le prince, et vous verrez qui de nous doit ciaindre l’autre.
— Il ne faut plus compter sur l'appui du roi, dans tous ICS cas.
— Bjh ! fit Henri.
— Madame Catherine l’a ensorcelé en moins d’une heure. Ah! il ne s’agit plus de rouer René et d’exiler 1a reine. Bien au contraire.
— Que s’est-il donc pas?é?
— Je ne sais... mais... le roi a exilé M. de Crillon.
— Ceci est par trop fort! murmura llenri.
— Et je commence à croire que René est véritablement sorcier.
— Je le suis plus que lui, vous verrez... Bonsoir, Pibrac.
— Où donc allez-vous, monseigneur?
— Chez la reine-mère.
— Elle est chez le roi...
— Eh bien I je l’attendrai.
Henri avait son idée. Il voulait prévenir René et ne rien perdre de sa réputation de sorcier.
Le prince s’etait fait un raisonnement assez juste qui était ceiû-ci :
— Mi lame Catherine, s’était- il dit, a tout mis en œuvre p^T sauver René : mais elle doit lui garder rancune des ango sses qu’il lui a causées , de l’humiliation quelle a subie en voyant le roi demeurer sourd à ses prières.
Il est possible qu elle se venge cruellement de l’opposition qu’on lui a Laite et que sa colère sou terrihle pour ceux qui se sont un moment réjouis du sort de René ; mais elle va au retour bouder celui-ci et le traiter fort mal.
Or, depuis hier surtout, mes prédictions se sont *i bien réalisées que je dois être, moi, en grande faveur dans l’esprit de madame Catherine. L'important est de de s’y maintenir et aux dépens de René.
Henri s’en alla donc chez la reine-mère.
Catherine, ainsi que le lui avait annoncé M. de Pibrac, était toujours chez le roi; mais le prince trouva M. de Nancey dvns l’oratoire.
M. de NanceT était redieux, comme les gens dont le parti triomphe.
Or, comme en toute cette aflaire du Florentin, Henri
Lu petite mercier® loi sllt chercher un verre de vio et loi prodigua quelques soins. (P. 124.)
•▼ait paru au mieux avec madame Catherine et que la reine-mère avait montré un grand empressement àlerecevoir, M. de Nanccy lui fit un accueil des plus aimables.
— Sa Majesté est chez le roi, lui dit-il ; mais elle reviendra bientôt, j'imagine. Veuillez vous asseoir, monsieur de Coarasse.
Henri regarda M. de Nanccy, et il lui parut que le jeune officier de la reine-mère avait de fortes démangeaisons à la langue et ne demandait pas mieux que de causer.
— Voilà qui tombe à merveille, pensa-t-il, car j'ai grande envie, moi, de savoir ce qui s'esl passé depuis ce matin.
El comme le prince savait que le meilleur ok yen de Caire jaser les gens est de ne point les questionner, il s’assit et leva les yeux au plafond en homme amoureux de l’architecture.
— D ou venez- vous donc, monsieur de Coar&sse* lui demanda Nanccy.
tO** mvbahox. *
— De mon hôtellerie, monsieur.
— Vous nous avez quittés, je crois, en sortant du Châtelet ?
— Oui, monsieur. Cette cérémonie de la torture n'avait rien de divertissant, je vous jure.
— Je suis de votre avis.
— Et elle ne m’a produit d'autre effet que de me donner un grand appétit, que je suis allé satisfaire.
M. de Nanccy se prit à sourire. Henri retomba dans son mutisme.
— De sorte, reprit M. de Nancey après un silence, que vous ne savez rien de ce qui s’esl passé?
— Où cela?
Henri le regarda i*Uu air naïf.
— Il s'est donc passé quelque cbo*»>
— Oui, monsieur.
— Ahl
— Le roi était furieux, comme vous a ver pu ie voir ;il
ttt
«▼ait défendu sa porte à qui que ce fût. H ne voulait voir personne et dirait tout haut que la reine l’avait joué, mais qu'il *e vengerait d’une manière terrible.
— En vérité 1 fit Henri.
— Tous les gentilshommes de service ont pu l’entendre. et chacun de nous, un moment, a cru à un exil de la reine-mère.
— Mais, dit Henri, il parait que cela s'est un peu calmé depuis.
— Beaucoup même. Et savez-vous comment *
— Non, certes.
— Tandis que le roi exhalait sa colère, la reine est entrée ici et elle y a trouve un gentilhomme qui l’attendait comme vous l'attendez en ce moment.
— Et... ce gentilhomme T