‹ La joie fait peur [microforme] (volume 3)Chapitre 4 sur 23 · RE · texte numérisé non relu

RE

mere

glorieux, que la passion exclusive, la tendresse éternelle que tout autre oserait m’offrir.

OCTrAvE. Vous êtes injuste, Mathilde; je ne mérite pas cette indignation. En quoi vous ai-je donc si cruellement offensée ?

MATHILDE (avec colère). Vous m’aimez!

OcrAvE. Est-ce un crime ?

MATHILDE. Oui!...c’est votre ami que je pleure.

OcTAVE. Vous ne le connaissiez pas encore que je vous aimais déjà. ..Alors vous ne vous fâchiez pas de mon amour.

MATHILDE (avec insolence). J’en riais.

OcTAvE. Oh! vous êtes sans pitié! Vous voulez donc me désespérer ?...

MaATHILDE. Vous voulez bien me consoler!...Vous ne sentez donc pas ce qu’il y a pour moi d'offensant et de méprisant dans votre espérance?...Me parler d'amour quand je pleure, c’est me dire que je suis un cœur sans foi, une femme sans souvenir, sans religion, sans pudeur!...Mais, si je me consolais, je serais une misérable, je me haïrais! Je n’ai plus de valeur que par mon désespoir; je vis pour conserver dans mon âme son souvenir, son image, pour continuer sa po je vis pour l’évoquer, pour le pleurer, pour

’aimer!...Et vous venez...vous osez!...(Ælle traverse la scène.) Oh! cette idée me révolte!...Vous osez venir me dire, à moi: ‘Je vous aime, oubliez-le, oublions-le ensemble!” Et vous vous étonnez que je m’indigne!...Oh! mais moi, je m’étonne que je puisse vous écouter encore si longtemps! Il vient ici compter mes larmes et savoir si elles ne commencent pas à se tarir.. .et il espère, il est capable d’espérer. . .et il ose rêver qu’il me consolera...parce qu’il m’aime, lui, et qu’il saura bien me prouver qu'Adrien ne m’aimait pas!...Adrien! oh mon Dieu! était-ce là ton ami?

OcTavE. Calmez-vous, de grâce! j'ai tort...mais je suis si malheureux de vous voir souffrir!...

MATHILDE. Je veux souffrir.

OcrAvE. Le ciel m’est témoin que je donrerais ma vie pour vous sauver de ce désespoir qui vous tuera,.

RS

MATHILDE. Je ne veux pas qu’on me sauve, je ne veux pas que l’on s’intéresse à moi, je ne veux pas qu’on m’aime.

OcrTave. Mathilde!

MarxiLpx. Laissez-moi...laissez-moi!

(Elle sort vivement, la porte reste ouverte, et l’on

aperçoit aussitôt Noël dans le fond, un plumeau à la main.)

Page 1