‹ La joie fait peur [microforme] (volume 3)Chapitre 5 sur 23 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

NoEL, OCTAVE.

OcTAVE. Par pitié!...(Descerdant la scène, à droite.) Faut-il donc l’abandonner!...Ce désespoir, c’est de la démence... .'Tout ce qu’elle a de force et de génie, elle l’emploie à souffrir!..….

NoEL (posant son plumeau el fermant la porte). Qu'est-ce donc? Vous la tourmentez.

OcTAvE. Je cherche à la consoler.

NozL. Puisqu’elle ne veut pas être consolée!...

OcTAVE. Mais, Noël, vous ne voyez donc pas les ravages que le chagrin a déjà causés en elle?...quel changement! quelle pâleur!

NoEr. Qu'est-ce que cela vous fait? Tenez, mon cher enfant, laissez-moi vous parler franchement. Ce u’est pas bien à vous d’aimer mademoiselle de Pierreval. C’était la future d’Adrien, vous devez la respecter!... Ensuite, c’est une femme qui re vous con-

vient pas, à vous: fils unique de notre plus riche .

armateur, vous êtes fait pour vivre au Havre,f tranquillement, commercialement heureux; pour épouser une bonne petite femme sans génie, qui aura de l'esprit et pas de talents, qui ne fera pas votre portrait, mais qui ne fera pas non plus celui des autres et qui n’aimera que vous. Je m’y connais, celle-là ne vous aimera jamais.

OcTAvE (allant s'asseoir à droite). Vous dites vrai, Noël, il faut que je l’oublie.

No. Il y en à tant d’autres! Pourquoi vous obstiner à celle qui ne veut pas de vous?

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OCTAVE. Je repartirai ce soir.

NoEL (mécontent). Déjà! Pourquoi partir?

OcTAvE. Ma vue lui fait mal.

NoEL (finement). Votre vue ne fait pas mal à tout le monde.

OcTAvE. Que voulez-vous dire ?

No. Je veux dire qu’il y a des personnes auxquelles votre vue est agréable. ..à moi, par exemple. à madame...à mademoiselle Blanche...c’est ca une aimable fille!...on ne la loue pas dans les journaux, dans LA VIGIE,° mais...

OcTAVE. Oui, je crois qu’elle sera très belle.

NoEz (à part). Sera!...Il lui faut des femmes belles tout de suite...Il ne se doute pas que notre petite Blanche l’aime.

OcTAvE. Elle a déjà beaucoup d’esprit.

Noez. Et de l'instruction! et si gaie, quand elle n’a pas de chagrin!...Ah! celle-là, si quelqu’un vou-

Jait la consoler, elle ne lui dirait pas des sottises.

(Octave garde le silence. part.) Il ne comprend pas...il ne voit rien. Ah! on a bien raison de dire que l’amour est aveugle. . .il l’est pour toutes choses.

OCTAVE (se levant). Noël, je serai à Paris demain.

No. Demain?

OcTAVE. Si mademoiselle de Pierreval était malade, si madame des Aubiers avait besoin de moi, écrivez-mol.

Noez. (Consoler, distraire trois femmes au désespoir, c’est une rude tâche, et maintenant que me voilà seul...

OcTAvE. Vous pouvez compter sur moi; j'ai été élevé dans la maison avec votre cher Adrien, et quoique je ne sois pas de la famille...

Noez. Oh! il y a plusieurs manières d’être de la famille.

OcTAVE. J’en suis parle cœur, par le choix, par le souvenir.

NoëL (à part). Qu'il est bête!

OcTAvE. Adrien me traitait en frère, je serai pour ea mère un fils.

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Norz. Mais, c’est tout ce que je demande.

OcTAvE. Faites que je puisse partir ce soir. (2 sort.)

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