SIXIEME ENTRETIEN
On attendait au château , avec une extrême impatience , le détail de la confé
rence du curé et de son sauvage paroissien. Madame de Régèville était persuadée qu'il refuserait. Cet homme^ disait-elle, s'est fait un système , et vous ne Pen ferez pas sortir, pas plus que la mère ne reviendra aux sentimens de la nature : ce sont des caractères qui , faute d'avoir été ployés dans la jeunesse 5 conservent une yaideur que rîen ne fait fléchir. Mélanie croyait, au contraire^ qu'il consentirait. M. de Régèville s'en flattait par le désir qu'il en avait. M. Ralet disait que peutêtre à sa place il refuserait, parce que c'était prendre des engagemens fort longs.
Comme on discutait l'une et l'autre opinion 5 on vit arriver le curé qui^n^ paraissait pas content.
Le Comte. — Eh bien, mon pasteur?
Le Curé. — Ne me parlez pas d'un homme comme cela , il est insupportable.
Le Comte. — Il refuse ?
Le Curé' — Entièrement. Et alors il rendit un compte exact de tout ce qui
Vêtait passé chez M. Sauvigné; comment il avait fait disparaître sa famille , pour qu'on ne la vît pas , prétendant qu'elle était sortie. Le curé parla du secret qu'il avait demandé , et que je ne lui ai pas promis, ajouta le curé; enfin, dit-il, c'est un original. Eh bien ! dit le comte, il faut y renoncer : 0 mon Dieul s'écrièrent tous les enfans à la fois : vous abandonnez ces pauvres jeunes personnes, qui sont si jolies 5 qui ont l'air si doux, si îBodeste. Mélanie ajouta : Leur père con- A^ient qu'elles souffrent, que le genre de •vie qu'il les a forcées d'embrasser est trop pénible pour elles, que sa femme en <est au désespoir, et il ïi'en x^efuse pas moins les moyens de les en faire changeir* J[e ne l'aime plus ; mais je n'en ai que plus de désir de voir tirer sa femme et «es enians d'une situation qui leur est si pénible.
Le Comte. — Que veux-tu que nous fassions ? il ne le veut pas , il est le mai-
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tre, rautorité paternelle est la plus respectable de toutes : elle a fondé les sociétés. Charles. — Oui, c'est bien vrai. ^
Le premier qui fut roi fut un père adoré.
Edouard. — C'est le mieux du monde ; mais avec tout cela , voilà notre travail perdu.
Le Comte. — Qui te dit cela? n'y a-t-il absolument que M. Sauvigné qui puisse être fermier de Failli ? Je l'achèterai de même et j'y hypothéquerai la rente des pauvres. Vous la ferez bâtir : Mélanie la meublera; et puis nous verrons.
Mélanie. — Je sens que j'y ti^availlerai avec bien moins d'intérêt que si c'était pour Pauline et Adélaïde.
La Comtesse. — Comme certainement votre père destine le revenu de cette ferme à une bonne œuvre, vous devez, mes enfans , y mettre le même zèle , parce que c'est pour Dieu que nous devons soulager nos semblables , quels qu'ils soient.
LA JOLIE FERME* 8l
Sophie. — Oh ! moi , j'aime bien mieux donner à de jolis petits enfans ^ qu'à des hommes tout vieux et tout estropiés.
La Comtesse. — ^n cela , ma chère petite, tu ne suis que l'impulsion naturelle, et tu ne raisonnes pas assez pour comprendre, qu'au contraire il est peut-être mal vu de donner aux enfans, parce que cela les accoutume à mendier, au lieu de travailler. Mais le vieillard estropié, infirme, comment pourrait-il se procurer l'existence ? celui-là a vraiment des droits à la bienfaisance publique, car il faut qu'il meure, si on ne vient pas à son secours.
Mélanie. — Mais l'enfant n'est pas plus en état de gagner sa vie.
La Comtesse. — Gela est vrai; aussi faudrait-il multiplier les établissemens , pour élever tous ceux dont les parens sont dans la misère, pour qu'ils apprissent à travailler, et en fort peu de temps ils gagneraient leur nourriture ; mais , en attendant que Pon réalise ce projet, occu-!
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pons-nousdelaferme. Quand elle sera bâtie et meublée 5 nous trouverons des amateurs 5 tout le monde n'est pas comme M. Sauvigné.