‹ La jolie fille du FaubourgChapitre 21 sur 22 · UNE FEMME JALOUSE · texte numérisé non relu

UNE FEMME JALOUSE

Sang un jardinier qui » le lendemain matin , \a porter des ft'uita et des légumes à la cuisinière, personne ne pouvait encore sortir; car tous les habitants de la maison étant enfermés, aucun d'eui ne pouvait délivrer Tautre. M. de Pomponney seul aurait pu s'échapper du salon en sautant par une fenêtre qui n*était qu*à trois pieds du jardin; mais comme en ce moment il souffrait de la goutte, il ne crut pas devoir se risquer , et attendit en dormant sur un divan que Ton vtntle délivrer.

Le jardinier ne trouvant pas de clef à la porte de la cuisine» allait s'éloigner, lorsqu'il entendit les cris de la cuisinière qui rappelait et le priait d'enfoncer la porte. D'un coup de bêche le villageois fit sauter la serrure. Ensuite on délivra les deux valets restés dans la cave, où ils avaient pris le parti de se griser pour passer le temps. Enfin, on entendit les cris dé M. de Pomponney qui , ne dormant plus, jurait comme un diable pour avoir à déjeuner. Puis on délivra madame, qui n'était plus couchée, et qui se plaignit de ce que Tespiéglerie de Caporal Tavait forcée à rester levée toute la nuit pour tenir compagnie à son cousin.

Hélène paraissait en effet très -fatiguée, ses yeux étaient battus, son visage pâle; mais cependant il y avait dans ses traits une expression de bonheur, une douce langueur qui n'annonçaient pas que cette aventure Teût beaucoup contrariée.

Quant à M. de Pomponney, en apprenant que c'est son singe quia enfermé tout le monde, il est dans le ravissement, et il frouve le tour si comique qu'il fait donner double ration de friandises à Caporal. Vers l'après-midi ,

DU FAUBOVRO. ** Stll

ne souffrant presque plus de sa goutte, le mari d'Hélène dit adieu à sa femme, fait ses compliments à Alexis, et prétextant une affaire importante, retourne à Paris avec son singe.

Quinze jours s*écoulent , et Alexis n*a pas quitté Sussy. Plusieurs fois il a parlé de revenir à Paris ; mais Hélène est si aimable, si aimante, si belle, elle semble si heureuse près de lui, elle le prie avec tant d'instances de rester encore, qu'il n'a pas eu le courage de lui résister. Et puis, quel que soit le sentiment que Ton éprouve pour une autre, en se retrouvant avec une (bmme que Pdn a l)eaucoup aimée, ou sent toujours une douce chaleur, reste du feu qui nous brûlait autrefois !

Enfin Hélène permet à Alexis de la quitter, en lui faisant promettre qu'il ne restera que peu de jours â Paris et reviendra passer avec elle, à Sussy , le reste de la belle saison.

En arrivant à Paris, ta première personne que rent?ontre Alexis est son ami Durozel. Celui-ci regarde son jeune élève en souriant, et lui dit :

— Il me parait qu'on ne s*ennuie pas trop à Sussy..., voilà trois semaines que vous êtes parti.

— C'est vrai, répond Alexis avec embarras, je suis resté plus longtemps que je ne pensais... C^est que. . . des circonstances. . . — Oui, je comprends très-bien les circonstances. Du reste, mon ami, ce n'est point un reproche, au contraire ; c'est un compliment que je vous adresse. . . Allons, f oyez franc, convenez que toutes mes prédictions se sont réalisées : je vous ai dit que votre cousine vous aimerait. . . , aujourd'hui vous êtes son amant.

—Mon Dieu! Durozel!. . . si vous saviez. . ., si je vous disais par quelle bizarre aventure cela s*est fait. . . Je ne le voulais pas d'abord. . . — Vous aviez tort : quand une jolie femme le veut bien, il faut toujours le vouloir avec

elle. * . — Ah! c'est que je craignais. . ., je redoute encore les suites de cette liaison... Ma cousine est bien jolie, bien séduisante, maintenant elle semble avoir pour moi un véritable amour. Moi. . . , je suis étourdi par son lan* gage, ébloui par ses charmes, fasciné par ses regards , et pourtant ce n'est pas de Tamour que j'éprouve mainte* uant pour Hélène, car mon cœur est toujours à une autre. J'aime à erreV seul dans les jardins, dans la campagne , mais c'est pour penser à Marguerite ! ... à cette pauvre petite, si malheureuse, si intéressante. .. Ah I mon ami, si je la retrouvais , je sens que pour passer un moment près d'elle, je quitterais bien vite Hélène !

— Vous auriez peut-être tort. Une femme charmante , élégante, de bonne compagnie vous prend pour son amant ; ce n'est pas une conquête qu'il faille dédaigner!... — Durozel, de la discrétion, surtout!... Je vous ai avoué cela à vous... parce que je ne sais rien vous cacher, mais je ne voudrais pas compromettre ma cousine. — Soyez tranquille; elle se compromettra bien toute seule , elle vous aime assez pour cela. Au reste, son mari la laisse libre, il n'est nullement jaloux I — En effet, il est parti de Sussy le lendemain de mon arrivée et m'a laissé seul avec sa femme. — C'est un vieux libertin , il n'est plus amoureux de sa femme, mais il a toujours quelque intrigue sous jeu...; avec son argent, il trouve encore des personnes qui l'écoutent. C'est un fort mauvais sujet que ce vieux Pomponney; on prétend qu'il a une autre campagne, où sa femme ne va jamais, et qui lui sert pour ses bonnes fortunes. C'est , m'a-t-on dit, aux environs de Champigny. C'est là qu'il conduit ses conquêtes!...— Laissons cet homme, mon ami, qui rend bien excusables les faiblesses de sa femme, et dites-moi, depuis mon ab* sence, vous n'avez rien appris de nouveau... sur ce qui m'intéresse?... — Pardonnez-moi, je sais quelque chose.

— Ah ! voyons... — J*ai eu la curiosité d'aller avant-hier mlnformer à Poissy, à la maison de détention... et là, j*ai appris que depuis huit jours Joseph Meynaud est libre ; il a fini son temps. — Il n'est plus en prison ! et sait-on ?...

— Où il est allé... On croit que c'est à Paris : sa fille Fattendait lors de sa sortie de prison , elle a emmené son père qui était faible et mal portant ; voilà tout ce que f ai ap-> pris. — Pauvre Marguerite!... Ah ! je donnerais tout au monde pour savoir où elle est, ce qu'elle fait maintenant. S'il faut qu'elle travaille pour faire vivre son père, croi* rez-vous encore que celui-ci ait volé les cinq cent millo francs? —Je conviens que cela me paraîtra plus douteux.

— Et on croit que ce malheureux est revenu à Paris? — > On le suppose, mais je n'ai aucune certitude. — J'ai promis à Hélène de retourner passer le reste de la saison à SuBsy ; si vous découvrez Marguerite, mon cherDurozel, si vous apprenez quelque chose qui vous mette sur ses traces, promettez-moi de me récrire sur-le-champ. — Jo vous le promets; mais je vous ferai seulement observer que je ne connais pas votre jolie Marguerite, que je ne l'ai jamais vue, et quMl me sera assez difficile de la deviner si je la rencontre. — Ah! vqus avez raison!... Je vois bien qifil me faut perdre toute espérance. — Ne vous désolez pas ; le hasard nous sert quelquefois mieux que tout notre savoir. Songez que vous avez un ami sincère, de la fortune, deux ou trois femmes qui vous aiment , et qu'avec cela il serait très-ridicUle de se désespérer.

Alexis hésitait pour retourner à Sussy ; il voulait rester à Paris et recommencer à y chercher Marguerite, mais Durozel lui fait sentir que ce serait mal d^abandonner ainsi Hélène ; qu'une passion sans avenir ne doit point lui faire rompre une liaison agréable, et que sa cousine a trop bien réparé ses torts pour qu'il ne lui doive pas au moins des égards et de l'amitié.

Mi LA lOLlB FlbLE

Il n'y avait que huit jours d'écoulés depuis qu'Alexis Avait quitté Suissy, et déjà Hélène se mourait d'impatience, d^inqulétude,dejaIou8ie. Cette jeunefemme Jusqu'alors si coquette, si légère, si volage, éprouvait pour la première fois une passioit véritable : l'indifférence de son cousin avait opéré ce changemtent. Après avoir cru longtemps qu'une intrigue d'amour devait se rompre dès qu'elle cessait d*étre un plaisir » Hélène connaissait toutes les peines que ce sentiment tratne à sa suite; et cependant, loin de vouloir briser sa cbatne, elle cherchait sans cesse par quels moyens elle pourrait s'assurer à jamais le cœur d'Alexis.

Enfin le jeune cousin est revenu près d'Hélène , qui lui témoigne par ses transports, par ses caresses, tout le bonheur qu'elle éprouve à le revoir. Alexis fait ce qu'il peut pour paraître touché de la tendresse qu'on a pour lui, et cependant C'est presque avec froideur qu'il écoute les serments mille fois répétés de sa cousine , et celle-ci semble alors redoubler d'ardeur pour le convaincre. H y a des choses singulières en amour ; la froideur de l'uu augmente souvent la chaleur de Fautre.

On reprend les promenades dans le parc, les excursions dans la campagne. Hélène a fait défendre sa porte pour tous ceux qui viendraient la visiter; elle veut être seule avec Alexis; cette femme, qui ne pouvait Vivre qu'au sein du monde et des plaisirs de la ville , chérit maintenant la campagne et la solitude : son amour lui suffît.

Dans leurs promenades champêtres , s'appuyant avec nonchalance sur le bras d'Alexis, souvent Hélène lui dit, en le regardant avec amour :

«^ Que je suis heureuse maintenant!... combien je préfère ces heures passées avec vous» à ces bruyants plai* sirs dans lesquels s'écoulait ma vie!... Au milieu de ce monde qui m'entourait, j'éprouvais uii vide.i.i enfin j9

m^ennnyaîs souvent ; ma» ici..., avec vom..., ali ! Je ne désire plus rien. Aloiis, pensez-vous eomme moi?

Alexis tâchait d'avoir Tair heureux eo répondant : Oui, ma chère Hélène ; mais un soupir 9*écbappaît souvent de son sein, et Hélène s*écriait : Oh! non, vous n^ètes pas heureux comme moi..., vous avez quelque chose..., un secret..., un autre amour que vous me cachez...; vous pensez sans doute à cette jeune personne que vous avez rencontrée dans la forêt de Saint-Germain.

Alexis essayait de détruire les soupçons de sa cousine, et celle-ci se laissait facilement persuader, car elle se se* rait punie elle-même en boudant trop longtemps.

Il y avait près d'un mois qu'Alexis était revenu à Sussy, lorsqu'il reçut un matin la lettre suivante de son ami Durozel :

a Je vous l'avais dit, mon cher Alexis, te hasard noua (( sert souvent mieux que nous-mêmes ; j*ai découvert la a demeure de votre jeune fille, et voici comment : je (( vois assez souvent Frison, il voit quelquefois Amandine, «et celle-ci lui a dit dernièrement : La passion de « M. Alexis est revenue demeurer dans notre quartier, a car je l'ai rencontrée le matin, revenant de chercher a son lait; mais elle n'a pas fait fortune, elle a l'air en* « Gore plus pauvre que quand elle logeait dans ma mai- « son... Frison, qui sait l'intérêt que vous portez à cette «jeune fille, m'a rapporté les paroles d'Amandine, et a moi, en ami dévoué, j'ai été le lendemain matin de a très bonne heure me planter en face de la laitière du « quartier de notre couturière. Là, lorsque la plupart des « boutiques étaient encore fermées , j'ai vu venir une a Jeune fille d'une mise propre, mais bien simple. A la a tristesse répandue sur son charmant visage, j'ai deviné a que ce devait être votre jolie Marguerite. J'ai suivi de a loin la Jeune fille lorsqu'elle emportait son lail. Je l'ai

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c( vue entrer dans une rue voisine..., c*est, je crois, la rue c( Saint-Maur ; enfin, elle est entrée dans une maison de « pauvre apparence. Alors je me suis informé, non pas au a portier, il n*y en a point, mais chez une fruitière en « face : les fruitières sont bien précieuses pour les rena seignements. J*ai su que cette jeune fille, emménagée «depuis cinq semaines seulement, demeure avec son « père dans un petit rez-de-chaussée , au fond d'une es- « pèce de jardin qui est derrière la maison. Le père est souffrant et ne sort jamais ; la fille travaille sans cesse, a et ne se donne aucun plaisir ; enfin, on la nomme Mar- « guérite. Tout se réunit donc pour me faire croire que «c'est bien la personne que vous cherchez. »

A peine Alexis a-t-il achevé la lecture de celte lettre, et déjà il est monté à sa chambre, s'est habillé pour revenir à Paris, a pris son chapeau, et entre brusquement chez Hélène, qui était encore à sa toilette.

— Mon Dieu I qu'est-ce donc, Alexis ? dit la jolie femme en examinant son cousin, vous êtes habillé dès le matin... Est-ce que vous avez des projets de promenade?... où donc me conduirez-vous aujourd'hui ?

•— Ma chère Hélène, je me suis habillé... , parce que... je retourne à Paris..., je vais partir sur-le-champ.

— Vous partez pour Paris ce matin... , qu'est-ce que cela signifie ? Hier au soir encore il n'était pas question de départ.

— Cela est vrai, mais je viens de recevoir une lettre..., et il faut que je retourne à Paris... , c'est indispensable.

— De qui est cette lettre? — De Durozel. — Montrezla-moi. — Je ne vois pas que ce soit nécessaire. — C'est une lettre de femme alors? — Je vous jure que non. — ÀlexiS) vous me trompez..., vous avez quelque intrigue, j'en suis sûre... Croyez*vous donc que je n'ai pas remarqué votre tristesse , votre air distrait, lorsque moi je ne

suis occupée que de' tous!. . Ah ! si vous en aimiez une autre, ce serait affreux..., car, moi, je n*aime que vous. .» vous le savez bien..., vous avez changé mon caractère..., vous m'avez fixée pour jamais... Alexis, je vousenprie..., n*allez pas à Paris !... — Je ne puis m'en dispenser... — Et combien de temps comptez- vous y rester?... — Mais..., je ne sais pas encore... — Eh bien , moi , monsieur , je vous donne quatre jours!... c'est plus qu'il n'en faut pour terminer ces prétendues affaires qui vous appellent. Si dans quatre jours vous n'êtes pas revenu près de moi, alors je saurai que vous ne m'aimez plus..., que vous ne pensez plus à moi... Alexis, serez -vous revenu? — Mais..., je tâcherai... — Quoi ! vous ne pouvez pas même me le promettre... Eh bien ! allez, monsieur, allez, je ne vous retiens plus..., vous êtes libre I...

Alexis profite de cet avis, et, pendant qu'Hélène se jette dans un fauteuil et cache dans ses mains son front brûlant et ses yeux baignés de pleurs, il sort vivement de la maison, traverse le jardin, gagne la campagne^ et marche au pas redoublé jusqu'à ce qu'il rencontre une petite voiture qui le ramène à Paris.

Le premier soin du jeune homme est de se rendre chez Durozel , qui s'écrie en le voyant :

— Je m'y attendais I Parti aussitôt après avoir reçu ma lettre I ... rien de prompt comme un amoureux. — Mon cher Durozel, je voulais d'abord vous remercier de toutes les peines que vous avez prises pour moi... C'est Marguerite, mon ami I oh ! ce doit être celle que j'adore que vous m'avez fait retrouver... — Je ne sais pas si , pour un homme raisonnable, j'ai fait là une bien belle chose ; car enfin , si cette jeune fille est en effet celle que vous aimez, que comptez-vous faire?... — La secourir, mon ami , adoucir ses peines... Si elle travaille pour nourrir son père, jugez comme leur position doit être misérable. .

— . C'est juste. Mais cette jeune fille youdra-t-^leaeseptep vos secours? -—Je trouverai bien moyen de lui être ulito sans blesser sa fierté, sans qu*eUe le sacbe roéine. — ^ A la bonne heure. Je ne saurais blâmer ces sentiments gé-? néreux. Mais après... -r? De grâce, mon ami , veuillez me conduire devant la demeure de cette jeune fille; o-eade dernier service que je vous demanderai, -r- J^espère bien que non. Mais venez , nous allons aller rue Saint-Ma»r.

Les deui amis se mettent en roule, et arrivent dans une rue où il passe peu de monde, et qui donne dans le faiH bourg du Temple. Vers le milieu de cette rue, Duroael montre à Alexis une vieille maison dont les croisées ont encore de ces ancief^2es fenêtres à guillotine avec de très-» petits carreaux, et qui a pour entrée une allée longue , obscure et sale.

— Voilà où loge la jeune fllle que j'ai suivie, dit Durezel. — Merci, mon ami; maintenant... , vous pouvez Rie laisser... — Et qu'allez-vous faire..., il est quatre heures de, l'après-midi ; cette jeune fille ne sort que de grand matin pour aller faire ses provisions. — N'importe, je vep< rai..., je sortirai..., je regarderai... Durozel , je vous en prie, allez-vous-en !...

Durozel sourit; il serre la main de son ami en lui disant : -^ Bon courage ! et s'éloigne sans se retourner.

Alexis se promène de long en large pendant plus de deux heures, il a vu quelques ouvriers, quelques femmes du peuple entrer et sortir de la maison ; mais c'est tout, et il n'a pas osé les interroger. Vers le soir, il se décide à s'ap« prêcher de l'allée, à y entrer même; quand on y a fail douze pas, on trouve une cour soml^re ; au fond de eelte cour on voit l'entrée dHm petit jardin.

Alexis tâohe d'apercevoir dans le jardin, derrière lequel est \m petit corps de logis; mais personne ne parait ; et, ne saehani pas trop ee quHI 4ivatl si quelque haibitant de

DU FAUftOOEC. ilT

la mAtsoit le voyait ainsi guettant dang la cour -, il m déeide à 8*éloigner, en se promettant d'être le lendemain au petit jour devant la maison.

Tout était encore désert dans les rues , lorsque Aleiis revint de grand matin se mettre en embuscade. 11 y avait une demi-heure qu*il attendait ^ lorsque enfln Une jeuhe fille sort de la pauvre maison ; elle avait à peine mis le pied dans la rue, et déjà Âleiis a reconnu Marguerite, et il frémit d*amour, de plaisir en la revoyant.

La jeune fille tient un panier et une de ces bottes de fer-blanc dans lesquelles on porte du lait; elle prend un côté de la rue opposé à celui où Alexis se tient blotti ; il ne sait slldoit l'aborder sur-le-cbamp, ou attendre qu*ello ait acheté ses provisions ; il se décide pour ce dernier parti ; mais il suit de loin la jeune fille, et ne la perd pas de vue.

Enfln, Marguerite revient vers sa demeure, et, au moment où elle tourne le coin de la rue, elle se trouve devant Alexis.

Une vive rougeur vient colorer les traits amaigris de la pauvre petite , et elle peut à peine balbutier : — Quoi ! c'est vous, monsieur?. .

—Oui, dit Alexis en fixant sur la jeune fille des yeux pleins de tendresse; c^est moi..., que vous avez fui..., moi, qui vous cherche toujours..., qui vous retrouve, enfin! et qui espère bien ne plus être privé du bonheur de vous voir.

— Vous pensiez encore à moi I répond Marguerite en laissant errer sur ses lèvres un sourire mêlé de tristesse.

-*- rai fait serment de vous aimer toute ma vie...; vous avez pu ne pas me croire , mais moi je sais bien que cela ne peut être autrement... — Âh ! monsieur Alexis..., je voua ai dit qu'il nq fallait pas m*aimer... -^ Marguerite,

3t8 LA JOLIE FILLE

si VOUS partagiez mon amour... je serais si heureui... — Adieu, monsieur..., je ne puis vous écouter..., je ne vis plus seule..., mon père est avec moi; il dormait tout à rheure; mais en s*éveillant il aime à trouver sa Glle près de lui... , je suis toute sa consolation... Pauvre père ! il a tant souffert..., etpourmoi.-.Âdieu, monsieur Alexis..., oubliez-moi..., ne me parlez plus, car si vous connaissiez mes malheurs... Ah ! vous me fuiriez sans doute.

— Non, dit Alexis en retenant la jeune fille, non, je ne vous fuirai pas..., vous le voyez bien, Marguerite, puisque je suis ici } et pourtant je sais tout, le nom de votre père..., son emprisonnement;.., la cause..., tout m*est connu..., et je vous aime et je vous supplie encore de no pas me fuir.

Marguerite a pâli, elle a paru un moment saisie d*effroi ; mais bientôt son sein se gonfle, ses yeux se mouillent de larmes, et tendant sa main à Alexis, elle lui dit :

— Quoi!... vous connaissez mes malheurs..., notre honte!... et vous me parlez..., et vous m'offrez en^ core votre amour!... vous ne me méprisez donc pas?... vous avez donc deviné, vous, que mon père était innocent?... Oh!... que c'est bien cela !... Ah!...je vous aime, aussi, moi..., et maintenant je ne rougis plus de vousTayouer ; car il faut que vous m'aimiez bien pour me le dire, en sachant qui je suis.

Alexis a pris la main de Marguerite, il la presse avec transport dans les siennes, en lui disant : — Vous m*ai^ mez..., il serait vrai!... ah! si vous saviez combien je suis heureux !... chère Marguerite !... Moi, je fais serment de vous adorer toute ma vie !

La jeune fille rougit de plaisir, puis regarde timidement autour d'elle si personne ne peut entendre ces paroles, qui fcmt si vivement battre son cœur. Mais la rue était encore presque déserte, et quelques ouvriers qui pas^

DU FAUBOURQ. 3i9

Mient en allant à leur ouvrage s'inquiétaient peu de la conversation des deux amants*

— - Mais, reprend Marguerite en redevenant triste, à quoi servira cet amour,.., si ce n'est à nous rendre malheureux?...

— • Ne croyez pas cela, Marguerite; Tamour ne rend ja« mais malheureux quand il est partagé.

— Cependant..., monsieur Alexis..., j'espère que vous me jugez assez bien pour penser que je ne serai pas votre maltresse..., et moi, je sais bien aussi que je ne puis ja^ mais espérer devenir votre femme.

— Pourquoi nous chagriner d'avance, Marguerite? Vous m'avez avoué que vous m'aimiez..., il me semble que maintenant mon bonheur est assuré... Pardonnez & ma joie..., n'est-elle pas naturelle?

— Oh I tenez, je serais bien heureuse aussi, moi, si je pouvais oublier... Mais comment donc avez- vous su que... mon père... Qui donc a pu vous dire ce secret que j'espérais cacher à tout le monde ?

— Marguerite, vous allez m'en vouloir peut-être. Rap* pelez-vous notre rencontre lorsque vous alliez à Poissy..., vous m'aviez fait promettre de vous attendre dans le bois, de ne pas vous suivre ; et cependant...

— Vous m'avez suivie! répond la jeune fille en bais* santles yeux vers la terre. — Oui, et alors... j'ai toutap> pris... Vous devez me pardonner, puisque cette découverte n'a pu changer mes sentiments? — Ah ! monsieur Alexis, on a dû vous dire que mon père était un misérable..., un criminel... Mais ce qu'on ne vous aura pas dit, c'est qu'il a été condamné injustement, c*est qu'il était innocent..., c'est que jamais la pensée d'un vol ne put être formée par un homme probe, estimable, qui pendant toute sa vie n'avait pas commis une action dont* il

aurait eu à rougir... Mon pauvre père!... j'étais tout son

Èiê LA lëtiii »iLU

bien, toute sd Joid. Voulant, à défkul de forittne» ^ue jfè pusse recevoir une brillante éducation, mon père m'arail placée dana ub Hcbe pensionbal, lé même où fut élerée Ydtt« coùftine Hélène de Brévanne< Ce fût peuMtm une faute, mais ce n'est pas moi qui dois trouver cela mal; eari pou^ pa;er exaeleitient tiia pension, mon père se privait de tout plaisir, vivait avec la plus stricte économie ; tout son bonheur était de venir me voir au pensionnat, heureui lorsqu'il pouvait m'y apporter quelque petit pn&senli Ebfîn, trouvant qu'on ne récompensait pas ce qu'il yoM^ lait bien appeler mon amour poiir le travail, mon pèrb me relira du pensionnat et me reprit avec lui. le m'y trouvais bien heureuse ; car du moins Je pouvais tous les jours embrasser mon bon père. Et lui 1... il était si content lorsqu'on revenant de son bureau il me pressall dans ses brasl... et c'est sa tendresse pour moi qui fut cause de son malheur !... Il avait économisé sur ses ap* po|ntoments, depuis longtemps il mettait quelque argeni de côté pour me faire un beau cadeau...; il voulait que sa fille eût un châle à la mode..., qu'elle ne fût pas toujours moins bien mise que les autres... Et un soir, se rappelant que le lendemain était ma fête, il retourna à son bureau y chercher Tardent qu'il avait amassé pour moi ; puis il m'acheta un cbftle... et me l'apporta, en me disant avec orgueil : Je veux que tu sois belle aussi !..; moi, j'étais si contente!... Et le lendemain..., ô mon Dieu! mon père Alt arrêté, mis en prison, puis jugé, condamné comme un voleur.. Ah! monsieur!... si mou père eût commis un crime, est-ce qu'il serait venu le même soir, avec joioi avec orgueil, embrasser son enfant?

Marguerite n'a pu retenir ses larmes , et Ale&ls, vivement touché par le récit qu'il vient d'entendre^ lui presde tendrement la main, en s'écriant :

€^ Oui, votre père est innocent. .^ je le crois, Hargne*

no IfAtlMClie. Ml

Hte j j'en suis persuadé, moi. il fut injustemetit eotidâiiiné» — Ah ! monsieur Alexis, si youê saviez quel bien voué ttlé faitéê eil disaftit eela ! — Mais iî^ pdurrait-ëti avoir quel* que iiioyeh... pour faire réviser ce jugemedtt.i*'^Hé* las!... où trouver des preuves de Son iniiocetieëY^ .. Un moftient, cependant, j*eùs uti faible espoii^.éi "— Ah! voyons... — Vous rappelez-vous cet homme de niauvaise mine qui Vitit cheÉ moi le soir où vous y étiez t. é; — Oui ; et je Veillais toujours vous demander quel était eel hothme... ^ Je de le connaissais pas. Mais une (bis déjà il était venu chez moi. Il arrivait de Poissy, de là maison de détention, où il avait été, me dit-il, voir iih de Ses amis ; là, il avait vu mon père dont il connaissait la malheureuse affaire, et il venait seulement pour me donner de ses nouvelles. Le lendemain j'allai à Poissy, je questionnai mon père sur cet homme. Mon père n'avait chargé personne de venir me voir, et ne comprit rien à cette visite. Il m^engagea à me méfier de cet inconnu et à no plus le recevoir. Lorsqu'il vint la seconde fois..., c'est alors que vous étiez chez moi, sa vue me trouhla..., car j'avais peur que devant vous il prononçât le nom de mon père. Lorsque vous fûtes parti, il me parla encore de mon père, de sa condamnation, et me dit... Oh! je me rappelle ses paroles : Si Vous aviez de Targent, vous trouveriez peut-être le vrai voleur..., vous sauriez le mot de cette énigme ; mais vous entendez bien que celui qui sait le fin mot ne le dirait pas pour ricnl... Uélas! dis-je en pleurant, je ne possède rien au monde..., et je mange du pain noir quand je veux économiser quelques secours que je porte à mon père. Alors il n'y faut plus songer, me répondit cet homme ; puis il partit, et je ne Tai pas revu ! — Eh bien ! ceci doit vous rendre quelque i^spérance^ dit Alexis ; cet homme parait savoir quelque chose. Je le retrouverai, mol ; avec de Tor je le déciderai a {)arler : la

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vérité sera connue, on rendra Fbonneur à votre père, et je vous nommerai mon épouse...

— mon Dieu l s*il était possible !... Âh ! vous me faites entrevoir un trop bel avenir... 11 ne pourra se réaliser.

— Espérez, Marguerite; songez qu'il y a quelqu'un qui vous aime, et qui ne s'occupera plus que de vous rendre au bonbeur.

— Mais le temps s'écoule bien vite en vous parlant..., mon père doit être éveillé... Adieu, monsieur Alexis !...

— Je vous verrai demain... le voulez-vous ?... — Oh oui ! maintenant je ne veux plus vous cacber que cela me fait bien plaisir aussi.

Les deux amants échangent de ces regards dans lesquels on met toute son âme ; puis Marguerite regagne sa de* meure, et Alexis, ivre de joie, léger comme une plume, court chez Durozel, et lui saute au cou, en lui disant :

— Elle m'aime, mon ami ! Marguerite m'aime I... Comprenez-vous mon bonbeur? — Parbleu, il y a longtemps que je sais cela..., si vous croyez m'apprendre une nouvelle.— Mais elle me l'a dit..., elle m'en a fait l'aveu.. .— Et vous le saviez avant : c'est toujours comme cela. — » Mais son père n'est pas coupable..., il fut injustement condamné... — Elle vous en a donné des preuves ? — Non..., mais il y a un homme qui paraît en avoir..., qui prouvera rinnocence de Meynaud... — Quel est cet homme ? — Cet inconnu que j'ai vu une fois chez Marguerite... — Qui cTst-il ? quel est son nom ?... où le trouverez-vous ? — Eh mon Dieu! je n'en sais rien..., et Marguerite ne le connaît pas plus que moi. — Alors, vous voilà bien avancé !

— Abl Durozel, ne m'ôtez pas l'espoir!... laissez-moi être heureux... Marguerite m'aime..., je dois tout faire pour lui rendre Thonneur. — Est-ce que je vous en empêche ? Au contraire, je ne demande pas mieux que de vous seconder ; seulement, jusqu'à présent, je ne vois pas

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que nous approchions de ce but. Et votre belle cousine?... — Âh! ne me parlez plus d'Hélène tj*ai retrouvé Marguerite, je la verrai tous les matins, tous les soirs, je ne veux plus vivre que pour elle. — Ce n'est pas une raison pour délaisser entièrement votre cousine... Tous les jours on a son cœur d*un côté et sa perionne de Tautre : mais vou^ ne voulez pas vous former...

Le lendemain, Alexis était de grand matin près de la demeure de Marguerite; il a pensé qu'elle sortirait plus tôt, afin d'avoir plus de temps à rester avec lui ; il ne s'est pas trompé : la jeune fille, franche et pure comme son amour, ne cache plus à Alexis le plaisir que lui fait sa présence; et comme c'est'bien peu de ne se voir qu'un moment le matin, Marguerite permet à celui qu'elle aimq de venir aussi causer avec elle l'après-df née, moment ou son père cherche dans le repos Toubli de ses chagrins.

Cependant il ne suffit pas à Alexis de répéter chaque jour à Marguerite q*u'il Taime et n'aimera jamais qu'elle ; il a deviné la misère de cette jeune fille, qui travaille sans relâche pour nourrir son père, et il cherche par quel moyen il pourrait la secourir sans blesser sa délicatesse. Il apprend que M. Meynaud, trop faible pour sortir et cherT cher du travail, est cependant en état d'écrire ; mais qu'en vain, jusqu'alors, sa fille a cherché à lui trouver de Toccupation. Aussitôt Alexis se procure de vieux livres, dont il faut, dit-il, faire des extraits; des manuscrits dont il lui faut plusieurs copies ; il fait croire à la jeune fille qu'il sera heureux si son père veut bien se charger d'une telle besogne, et que, connaissant beaucoup d'hommes d'affaires, il lui en fournira toute l'année. Marguerite est • dupe de ce mensonge. Son père bénit le Ciel, qui lui en* voie du travail; Alexis paye les copies trois fois leur valeur, et, grâce à cette ruse délicate, un peu de bien-être renaît chez ces infortunés.

9di LJk ibLiB FILLE

Prés de trois semaines se sont écoulées. Ghft^M jaulr Âletis voit Marguerite. Le matin, lorsquelle va faire ses emplettes, il l'attend dans la rue ; mais, à la brune, pen-* danique M. Meynaud goûte une heure de sommeil, le jeune hemmc entre dans la maison, et, pénétrant jusqu'à rentrée du petit jardin, il peut plus librement s'entretenir avec celle qu'il aime. Plus d*uné fols il a demandé à Marguerite de le présenter à son pére^ mais la paiivre petite n*ose pas. Depuis le jugement qui l'a condamné, M. Meynaud est devenu misanthrope ; il fuit les hommes, il les hait, il ne veut plus voir personne. D'ailleurs, il craint toujours qu*on ne sache ce qui lui est arrivé, et qu*on ne lui jette au visage un mot flétrissant qu*il ne pourrait supporter. Cependant sa fille lui parle souvent de la personne qui lui procure de la copie comme de quelqu'un qui leur porte beaucoup d'intérêt, et elle espère, avec le temps, décider son père à reôevoir Âleiis. ^

Depuis qu'il est revenu à Paris, depuis qu'il iie s^occupe plus que de Marguerite, Alexis n'a pas utie seule fois en» tendu parler de sa cousine.

— Vous le voyez, dit-il à Durozel, Hélène a pris son parti . . . , elle m*d oublié ; et elle a bien fait, car je ne pou* vais plus la tromper !

Et Durozel lui répond, en secouant la tète :

— Prenez garde î les femmes comme votre cousine s'attachent beaucotip, quand il leur arrive d'aimer! J'ai peine à croire que M"»« de Pomponney vous ait déjà oublié, et, quelque jour, vous pourriez bien avoir de ses nouvelles !

Alexis était, vers la fin d'une belle journée, dans le petit jardin où il causait avec Marguerite ; celle-ci avait laissé son père endormi dans son vieux fauteuil. La santé de M. Meynaud ne s'améliorait pas, et la jeune fille s'en affli-* geait près d'Alexis, qui cherchait à la console!*, Itii pro-^

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mettait de faite leus ses efforlf pour relreiivep eet lioroiiie qui devait rendre l*honneurà sonpère, et iiniasait par lui faire de nouTcanx seriuents d'amour, f|ue MaFfoerite éeootait en rougissant, DMiis qu'elle était bien heureuse d^entendre.

Ldê deux amants se parlaient à demi-voix ; ils ne vou* laient pas que M. Heynaud pût les entendre, dans le cas où il se réveillerait ; et puis, pour se jurer que Ton s*aime, le mystère est plus doux que le bruit.

Tout à coup, auprès d'eux, un cri étouffé se fait entendre : ils se retournent avec effroi... Une femme est là, à leur côté, pâle, tremblante, respirant à peine, ayant les yeux attachés sur Marguerite, qu'elle semble vouloir fas* ciner de son regard. Cette femme, c'est Hélène! Alexis la reconnaît, et il demeure interdit, immobile ; quant à Mar« guérite, ce n'est que de la surprise, de Tinquiétude qu'elle éprouve : elle n*a pas encore reconnu Hélène, Mais déjà» cependant, ses yeux semblent interroger Alexis et4ui demander ce qui autorise cette dame à venir les épier. Elle ne reste pas longtemps dans Tipcertitude; car, après les avoir encore contemplés tous deux, Hélène dit, d'une voix altérée :

— La voilà donc, celle pour qui Ton m'abandonne. . ., celle qui vous fait tout oublier. . . C'est dans un fau^ bourg..., dans une ausài misérable demeure que vous cherchez vos conquêtes! En vérité, mon cousin, je ne vous fais pas compliment sur votre goût!... et je ne pensais pas que vous me donneriez une telle rivale...

— Son cousin ! dit Marguerite. Mon Dieu cette dame est donc. Ah!... oui..., oui, je la reconnais..., c'est...

La jeune fille s'arrête; elle craint d'en avoir trop dit, car elle ne voudrait pas être reconnue par Hélène. Mais déjà le son de sa voix a vivement frappé lll"**âePompon«

3S6 LA JOLIE PtLtC

ney, il réveille tous ses souvenirs, et, examinant do non* veau Marguerite, elle s*écrie :

— Ne me trompé-je pas!... Non ! c*est elle..., Marguc* rite Meynaud!... Oh! oui, oui, je la reconnais bien maintenant!... Marguerite Meynaud!... votre' maîtresse!...

— Ma cousine, de grâce, parlez plus bas, dit Alexis, il y a près d'ici quelqu'un... qui souffre... Si mademoiselle a été votre cx)mpagne de pension, c'est une raison de plus, je pense, pour qu'elle ait des droits à votre intérêt.

— A mon intérêt! s'écrie Hélène en jetant sur Marguerite des regards enflammés par la jalousie. En vérité, monsieur, il faut que votre passion vous aveugle bien ! il faut qu'elle vous trouble la raison pour que vous osiez me tenir de tels discours!... Moi, m'intéresser à cette fille...

— madame ! je vous en prie ! parlez plus bas, dit Marguerite, en joignant les mains pour implorer Hélène.

— Cette fille ! murmure Alexis avec colère. Ma cousine, n'outragez pas Marguerite..., elle ne Ta pas mérité..., et je ne vous le pardonnerai^ jamais!

— Que je n'outrage pas mademoiselle! reprend Hélène, en affectant de parler plus haut, et avec un rire forcé : Ah! ah! j'aime beaucoup cette recommandation... Mais elle me semble totalement inutile..., on ne peut plus outrager mademoiselle..., car M""* Marguerite Meynaud est la fille d'un voleur.

Ces mots étaient à peine prononcés qu'un gémissement sourd est parti du pavillon habité par Meynaud, et Marguerite éperdue y court en s'écriant :

— Ah ! madame!... vous avez tué mon père !

Hélène est restée stupéfaite, mais Alexis la prend par

le bras, et l'entraîne en lui disant : Venez, madame; vous ne resterez pas plus longtemps dans un lieu oA vous avez apporté les larmes et le désespoir.

La voiture d'Flélène attendait devant la maison ; Alexis veut y faire monter sa cousine : Vous allez m'accompagner, lui dit Hélène, sinon je retourne parler à Marguerite.

Alexis ne répond rien, mais il se jette dans la voiture, près d'Hélène, et les chevaux les emportent loin de la demeure de Marguerite.

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