CHAPITRE VII
UNE BBNCONTBB LB SOIB.
n est bien facile dé dire à une personne : Vous avez tort d*aimer quelqu'un qui ne vous aime pas ; qui ne pense pas à vous, ou qui n*y pense que pour se moquer de TDS souffrances et rire à vos dépens avec quelque autre. Vous n*étes pas raisonnable! A votre place, moi, il y a longtemps que j'aurais chassé cet amour de mon cœur.
Et si Ton était à la place de la personne à laquelle on donne de si sages conseils, il est probable que Ton se conduirait tout comme elle, et que Ton ne serait pas plus raisonnable, que Ton aimerait malgré soi, et quand même, en dépit de tous les tourments, de toute» les souffrances que ce sentiment causerait. Car Tamour ne flnitpas à volonté, à commandement ; de même qu'il arrive lorsqu'on ne l'attend pas, il reste aussi quand on voudrait le voir partir. Les conseils, les défenses, les obstacles ne l'ont jamais fait fuir, bien au contraire ! c'est un hôte qui se plaft là où il cause le plus de ravages et qui s'envole soin vent lorsqu'il est trop bien reçu, trop tranquille, trop heureux.
Conseillez donc à un homme bien amoureux de ne plus voir celle qu'il aime, c'est comme si, après la représentation d'une pièce qui a réussi, vous alliez dire à l'auteur de faire des coupures ; il se redressera, vous regardera d'un air étonné et s'écriera, presque avec colère : Pour* quoi voulez-vous que je coupe, puisque cela a été parfaitement bien ? — Parce qu'il y a des longueurs, et que
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cela ppurrait marcher mieux. — Laissez-moi donc tranquille! \e public a été satisfait, il a applaudi..., ne voudriez-vous pas que je me montrasse plus sévère que le public? Je suis dans Tenchantement de mon succès..., et vous venez troubler mon bonheur... Gardez vos conseils, je n'en ai pas besoHi. Vous me faites Teffetde ces gens qui ne lisent jamais dans les journaux que les articles où Ton abîme leurs amis, et qui s*empressent de venir le leur raconter; mais qui n'ont jamais ni lu, ni entendu les choses flatteuses, ou qui se garderaient bien de les re* tenir.
L'amoureux, auquel vous conseillerez d'oublier la femme dont il est épris, recevra vos conseils comme Fauteur : il vous répondra, en soupirant : Où troqverai-je une femme plus jolie, mieux faite, plus aimable, plus séduisante? Si elle'ëst coquette, toutes les femmes le sont; si elle me trompe, toutes les femmes..., ou du moins beaucoup de femmes nous trompent; je ne puis aimer que celle-là 1 je mourrais si je ne la voyais plus.
Vous en êtes pour vos conseils, vous vous en allez tout penaud et fort surpris que ces gens-là niaient pas voulu sentir que vous aviez plus, d'esprit qu'eux. Et moi, si vous voulez que je vous dise mon avis (uii avis n'est pas un conseil ) ; je trouve quMls ont fort bien fait de vous répondre ainsi ; je trouve qu'il n'y a rien au monde de plus ennuyeux, de plus insupportable, de plus indiscret, et souvent de plus méchant, que ces personnes qui, sans que vous les en ayez aucunement priées, veulent s'immiscer dans vos affaires et dans vos affections ; et, soùs prétexte d'un grand intérêt qu'on vous porte, viennent souvent troubler votre repos , votre bonheur, et chercher à détruire les illusions qui font le charme de votre vie.
D'abord il est bien évident que lorsqu'on aura de Ta-» mitié, de l'attachement sincère pour une personne, on nâ-
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lui dira pas ce qui pourrait lui faire de la peine; au contraire, si Ton sait de ces choses-là, on s'appliquera à les loi cacher.
Il faut avoir peu de bon sens pour ne pas comprendre ce dilemme.
Quand vous tombez malade , que pensez-vous de ces gens qui viennent vous voir, et vous disent d*nn Ion piteux : Oh! prenez garde!... ce que vous avez là est bien mauvais..., je connais trois personnes qui sont mortes de votre maladie..., c'est fort dangereux! cela fait des progrès effrayants.
Est-ce que vous n'éprouvez pas en secret le désir de voir vos bons amis à tous les diables ? est-ce que vous ne trouvez pas qu'ils vous ont rendu plus malade, au lieu de chercher à vous tranquilliser ?
Ainsi donc, si vous êtes marié et que Ton se permette de venir vous dire du mal de votre femme, que Ton cherche à vous donner des doutes sur sa fidélité ; aux premiers mots que Von prononcera sur ce sujet, vous devez prendre la personne par le bras (si c'est une femme), par les oreilles (si c'est uii homme], la mettre à la porte de chez vous, et lui défendre de s'y présenter de nouveau , sous peine d*étre reconduite avec accompagnement de manche à balai.
Si Ton vous dit du mal de votre maltresse, faites comprendre A cet ami ofHcieux qu'il ne cherche à vous brouiller avec elle que dans T-espoir d'être votre remplaçant. Tournez-lui le dos et ne lui parlez plus.
Enfin, si l'on vous écrit des lettres anonymes, où l'on vous apprend la trahison dont vous êtes soi-disant victime, alors, à moins que vous ne soyez un crétin, je li'ai pas besoin de vpu^dife le cas et Tusage que vous devez faire d'une pareille lettre. Les gens qui se cachent dans l'ombre pour dénoncer les autres sont des espions, des mouchards,
ce qu*il y a de plus ignoble dans le inonde. Il y a des mouchards en amour comme en politique; ceux-là passent leur temps à tâcher de découvrir les faiblesses d'une femme, les secrets sentiments dHm homme, pour mettre ensuite le trouble, la désunion dans les ménages.
Nos lois punissent la diffamation, elles devraient aus^i punir sévèrement les écrivains publics qui prêtent leur plume vénale à ces misérables qui n'ont pas le courage d'écrire eux-mêmes et de signer leurs dénonciations.
Si, par hasard, vous recevez de cesbilletsoùron cherche à troubler votre repos, commencez par le montrer à la personne que Ton y accuse ; elle saura mieux que toute autre vous aider à en découvrir Fauteur. Alors, vous ne vous battrez pas avec lui (on ne se bat pas avec un mouchard), mais vous lui administrerez une correction ad hoc.
En agissant ainsi, vous vivrez heureux, tranquille, sans inquiétude dans votre intérieur, sans jalousie continuelle dans vos amours. Vous serez peut-être trompé quelquefois!... mais le principal, c'est que vous soyez heureux. Amen!
Ces réflefxions nous ont un peu éloigné d'Alexis, et ce- ' pendant, c'est son amour pour sa cousine qui nous les a suggérées. A la vérité, Hélène n'est ni la femme, ni la maltresse de son petit-cousin; cependant Durozel, qui connatt le monde, sent bien que ses conseils seront mal reçus par un jeune homme qui est amoureux comme on l'est à vingt et un ans et quand on n'a aucune expérience ni connaissance du monde. Aussi n'est-ce point par des paroles qu'il espère guérir son jeune ami ; il veut que les événements seuls agissent.
Il a conduit Alexis chez M"' Julienne, dans l'espérance que le jeune homme se laisserait prendre aux petites mines, aux œillades d'une grisette, et il a promis un cachemire français à ces demoiselles, qui, dans le fond du cœur,
brûlent d'envie de le gagner, d'abord par amour propre, ensuite par sensibilité; car plus on voit Alexis et plus on lui porte intérêt. Un jeune bomme qui languit, qui se meurt d'amour, c'est fort rare, et ces demoiselles n*ayaient jamais réduit à ce triste état ceux qui étaient devenus amoureux d*elles.
Mais c'est en vain que Durozel va dès le matin s'emparer d'Alexis et cbercbe, tout le long de la journée, à le distraire, à l'amuser, à l'occuper; le jeune bomme fait ce que veut son Mentor; il raccompagne à la promenade, aux spectacles, aux concerts; mais partout il porte une figure triste, pensive ; partout ses soupirs trabissent ses secrètes souffrances.
Alexis est aussi retourné plusieurs fois chez M^i« Julienne. Toutes les jeunes filles rivalisent de petits soins, d'amabilité, avec Tami de Durozel. M"^ Désirée Plaisir lui apporte des anis qu'elle a reçus de Verdun; Amandine lui tire le&.cartes; Célestine luicbante une romance; Hortense s'offre pour lui apprendre toutes les chansons de Béranger; enfin, la grande Julienne aux beaux cheveux le regarde d'une façon très-expressive en poussant de petits soupirs, et en trouvant moyen, quand il est près d'elle , d'appuyer sa main sur la sienne, et l'écolier ne comprend pas que ce sont autant de conquêtes qu'il pourrait faire; ou plutôt il le comprend, mais il est insensible aux séductions que l'on déploie autour de lui.
— Sapredié ! se dit Durozel en quittant le soir son jeune ami, je n'ai jamais vu un garçon aussi tenace dans sa constance... Si cet amour le rendait heureux, je ne chercherais certes pas a l'en guérir, lors même que sa belle le tromperait depuis le matin jusqu'au soir. Mais le pauvre Alexis souffre, dépérit, et ce n'est pas comme cela qu'il attendrira son Hélène.
— H. Durozel ne s'est pas compromis en nous promet-
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latltUii câbhéiiiiré IVahçaisI dituii soir j)ésirée là ronge, après ici départ d'AlëiLiâ. Son jëiihe homme est toujours atec dous ralde comme un bâton de cire à cacheter!. . . Pas iïiôyëd de 1(3 dérider..., de lui faire dire quelque choâè...
^ Il ne veut pas apprendre Beaucoup à^afnourl cie Bérahgër, et pourtant, c'est si joli...
Non, non, je n*ai point d*a varice.
Mais j'ai beaucoup... beaucoup... hum*», hum,,.
— C^ëÉit boti, Hortehse; nous là savons, ta chanson ; tù vas encore té dbnner une iiuinte !
— Il m'a laissé lui faire les cartes; je lui ai annonce qu'une jéUne demoiselle bfunè pensait beaucoup à lui; alors, il s'est écrié: Est-ce uriefemrtie mariée?... Mais, monsieur, lui ai-jerépondti, puisque je vous dis une demoiselle. Ll-dessti§, il à refait une ihitie dé dhat-hiiadt, et il n'a plus sbufQé mot!
— comme c'est gentil!... Tirez doilc les cartes à ce mbrisieUr! — Md fôi, mesdemoiselles, convenez que les jeunes gend uti peix volages, iin peu mauvais sujets, sont bien plus aimables eh société que ces héros de constaticë !
— Ohbui!
-^ Dites dbtic, du tettips des Athadis , des Rolatidy tes femmes devaient terriblement s'ennuyer. — Est-ce que vous croyez à ces temps-là, mesdèmbîselles, et à ces chevaliers qui passaient leur vie à soupirer pour une sëille belle?— Mais cëHalhetiient, dit Julienne, jjùisque c'est de Thistoire... Les chevaliers dé laTàble-Ronde existaient du temps de Charlemagne... J'ai lu cela dans les Quatre f^h Aymond. — Alors, dit Désirée, je Suis bien cbtitente de h'âvoir pas fait des reprises-perdues du temps de CbëHë* magné.
Malgré tout le plâisii" qii'îl aurait eii à revoir Hèléfte,
Aleiié tenait là promesse qu'il avait Tàite à son atiii ; tt fi'é* tait pas retourné chez M»" de Pomponriey. Slk ëemàirieé Bêlaient écoulées depuis qu*il s'était |)résentê cliëz sa cousine, et il ne Tavâit pasreviie.
Plusieurs fois, pourtant, Alexis avait porté ses pa$ datis ^rueoûdetneurait Hélène, il avait passé et repassé devant la niaison qu'elle habitait, puis, s'arrétant tnachinàlement de l'autre côté de la rue, ses yeux s'étaient |)ortéâ sur les fenêtres de râfipartetneiit de sa cousine; et il était souvent resté là pendant longtemps.
Si bien que plus d'une foi& des passants, deâ flâneurs, s'étaient arrêtés près de lui, avaient re|îardé où il portait les yeux, pois, ennuyés de ne rien apercevoir d'intéressant, lui avaient dit :
— Où est donc le feu ? -— Qu^est-ee qui est arrivé en face? Alors Métis, troublé dans son extase, se Contentait de repousser avec hhmeur le monde qui l'entourait et s^ëloignalten se disant :
— On est bien curieux dans cette ville ! on ne peut pas voir une personne arrêtée sans chercher à savoir te qirèlle attend ou ce qu'elle i'egarde ! 11 y a donc bieii des gens qui n'ont rien à faire Paris! '
Un jour que Durozel, retenu chez lui pour aflklre, n'é< tilt pas venu chez Alexis, celui-ci sort, et; après avoir passé devant la demeure d'Hélène, qu'il n'aperçoit jaiiiâis, parce qu'une femme comme il faut ne se met guère à la fenêtre, H dirige sa promenade vers les Champs-Elysées, (|ooique Ton soit dans le milieu de l'hiver :
Alexis recherchait de préférence les allées dû il y avait le itiotnA de mdnde; les promenades où l'on peiit rêver ne itont |)as communes à Paris; dans les rues, vous risqueriez d'être renversé par une voiture, ou tout au moinGl do vbus coghéi* bëiitre un passant : mais il y a encore, pour les (lëréttnriéë qiii àihieht là solitude, les Champs-Elysées,
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une partie des Tuileries, les boulevards extérieurs ei le Jardin des Plantes.
Alexis avait gagné une de ces contre-allées que prennentde préférence les amants ; il pouvait marcher en pensant, ce qui est défendu dans Tintérieur de la ville, où il faut toujours se tenir sur le qui-vive ; il se croyait seul, et se troi^vait heureux de pouvoir, en plein air, donner carrière a ses pensées.
Un arbre, que le jeune homme n'avait pas vu, parce qu'il se croyait alors dans le salon de sa cousine, le tire un peu brusquement de ses réverieff Alexis se cogne la tête et se retrouve dans les Champs-Elysées: il regarde enfin devant lui pour s'orienter et retrouver son chemin.
Une dame, donnant le bras à un monsieur, venait alors de son côté, en suivant une allée voisine de celle où il était. Alexis a par hasard jeté les yeux sur le couple qui s'avance, et il s'est senti incapable de faire un pas de plus; tout son sang a reflué vers son cœur, dont les battements se succèdent avec une rapidité extrême.
C'est que, dans cette damB qui s'appuie si familièrement sur le bras de son cavalier, il a reconnu la belle Hélène, et dans ce monsieur qui lui regarde les yeux pendant qu'elle parle, Alexis retrouve ce même jeune homme avec qui, chez elle, M"* de Pomponney causait si souvent.
Hélène a une charmante toilette du matin, de ces négligés élégants qui ne frappent point les regards, n*attirent pas l'attention et conviennent à une femme qui se rend à un rendez-vous. Point de couleurs voyantes, point de plumes, de fleurs, de guipure; une robe de soie foncée, un grand cachemire dans lequel le corps est enveloppé, et un chapeau qui cache un peu les traits, et sur lequel on peut avoir jeté un voile; c'est ainsi que Ton se met pour aller retrouver son amant, et sur le passage de ces dames se répand une douce odeur de parfums qui vous
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enivre : les femmes yenlent en tout être des fleurs ; il ne suffit pas de leurs charmes pour nous plaire, elles veulent à la fois séduire tous nos sens.
Hélène et son cavalier causent avec tant de feu et se regardent si bien l'un et Tautre, qullsne font pas attention au jeune homme près duquel ils viennent de passer. Ils sont déjà à cinquante pas de lui, et celui-ci est toujours à la même place, immobile, saisi, bouleversé effle disant :
— C^est elle..., elle, avec ce même monsieur de Tautre soir! comme elle le regarde en lui parlant...; elle s'appuie sur son bras... ObSbui..., je suis sûr qu'il presse le
sien contre elle... Ah!... j'étouffe!
Et le pauvre Alexis sent une dbulcur violente lui prendre dans la poitrine, et lui monter jusqu'au menton. On appelle cela une crampe : on en a souvent quand on est jaloux.
Cependant Hélène et Dartigne marchaient toujours ; Alexis va les perdre de vœ... ; alors il retrouve ses jam* be8,il marche très-vite; il veut les rejoindre, il veut se montrera sa cousine, lui parler; il se sent l'envie' de saisir M. Dartigue à bras-le-corps et de lui faire quitter le bras d'Hélène. Le pauvre garçon ne sait plus ce qu'il veut; la jalousie trouble sa raison.
Mais Hélène et son cavalier se sont arrêtés au bout d'une allée. Là est une voiture qui attend; la jolie femme y monte seule. Dartigue la quitte, lui dit adieu par un signe de tète, sans même porter la main à son chapeau. Puis il s'éloigne lestement, tandis que la voiture roule d'un autre côté.
Alexis s'est arrêté aussi, et quand il n'aperçoit plus ni la voiture ni Dartigue, il â'assied sur un banc qui est près de lui, et y reste plusieurs heures encore sous le coup de ce qu'il vient de voir.
La nuit est venue ; Alexis est toujours assis au même
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endroit. Gependatit la fraîcheur de la âdiféé raméKe ùh peu de calme dans ses edprits 11 pensé fl regagner sa demeure, et se remet en marche pour rentrer daiis Tinlë* rieur de la Tille.
Mais en marchant, il lui semble toujours voir Hélène et lïartigue; il se dit: — Elle àiihe cet homme-ià..., oh! oui... ; on ne tieni pas tant contre soi le bras d*un homme qui noua est indifTéreht... Et lui..., qui la qiiittë saris la saluer..., sans seuletneht poi'ter la main à son chapeau!... fi faut être bien libre avec une femme pour eh user ainsi.
Pour un écolier, Âlexië ne raisonnait pas trot) irial. Mats la jalousie rend clairvoyant ; elle ne nous aveugle pas aussi souvent qu'on veut bien le dire.
Âletiâ est arrivé devant sa porte ; filoré il se rappelle quMl a promis à Durozel d'aller le i'ètrouver chez 11**'' Jiilienne, et il se remet en marche ; puis, après avoir fait quelques pas, il s'arrête en se disant :— J'aimerais mieux rester seul l;hez moi que d'aller ce soir chez ces demoiselles;.. Et ce Duro^ël qui m'avait dit qu'il ihe ferait aimer de ma cousine..., et moi qui avais là bonhomie de le drdire!... 0ht non, ce n'est pas moi qu'elle aimé...,- c'est ce M. Dartigue qu'elle me p|;éfôre... Je voudrais tuer cet homme...; et cependant, s'il aime aussi Hélène...; mais il ne peut pas l'aimer comme moi !
Âletis s'est remis à marcher au hasard, ne sachant plus s'il veut aller chez M'*'' Julienne ou rentrer chez lui ; peii lui importe en ce morheht quelle route il suit.
Tout â coup Une voit de femme retentit : on semble se plaindre, supplier, et tout cela avec un accent si douit, si vrai, qu'il estditHcile de n'y point porter attention.
Alexis regarde autour de lui ; il est dans une rue assez large, mais où il li'y a point de boutiques, et qui semble peu fréquentée. Il aperçoit, à quarante pas de lui énvirouj une femme en petit bonnet, qui ihàrche très-vite et
sem)A0 fuir |a ponrff^"^ d'un homme qui »e ti^nt (put prés d'elle.
Aussitôt Alexis double le pas... Qqe ce^^ fepime loit jeune ou YÂeille, laide pu jolie, peu lui importa ; $\ elle « besoin de SQp secours, elle ne Timplorerapas ep vfijQ.
Panrenu assez près ^es deux personnes q^yi marchent devant lui pour entendre ce qu'elles se dj^pt, ^le^is écoute aOn de savoir s*il ne s'est pas trompé, et s'i) doit offrir son appui.
— Vous êtes charmante, petite^ d|t le monsieur, dont la voix et la démarche annonçaient un homi|ie igé. Pourquoi de voulez-vous pas que je vous reconduise chez vous..., noi|s prendrions une voiture.
— Je ne veux pas qu'on me reconduiçe, monsieur; encore une fois, je voqs prie de me laisser. .., de passer votre chemin... Je ne spis paç habituée à parler à personne...
•— Oh! ohl les grands mots..., les airsméchantsl...ah! nous faisqnsla méchante...; cela ne va pas à cette jolie figure d'egneau; mai^ nou^ connaissons cela... Je suis trèsriche, je te mettrai dapç tes meubles...
— Mais, monsieur, encore une fois, Isiissez-moi... -^ Je te donnerai un petit singe, si tu les aimes..., un joli mo* UUer eo acajou^. Hom!... quelle tournure.!., quel pied...; je suis sûr que la jambe y répond.,, je voudrais bien la voir..., et tout ce qui s'ensuit!... Allons, donnez-moi le bras... — Non, monsieur, non..., si vous ne me laisses pas tranquille, je vais crier..., appeler... Oh! c'est bien vilain de tourmenter ainsi une pauvre fille qui passe son chemin et ne vous dit rien!...
Le vieux monsieur, au lieu de s'éloigner, persiste à youloîr prendre le bras de la jeune fille; celle-ci résiste, retire son bras; alors ce monsieur se permet de prendre autre chose qu'il trouve sous sa main ; la jeune fille jette un cri de terreur. Eq ce mxmnt Mexii fccourt, et, rer
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poussant vigoureusemeiil le vieux séducteur, renvoie tomber sur une borne contre une maison voisine.
Une lanterne éclairait à demi l'endroit . où se passait cette scène. Sa clarté douteuse se projetait sur le visage d'Alexis et sur la personne qu'il avait jetée sur la borne, tandis que la jeune fille, arrêtée à quelques pas, se trouvait entièrement dans Tombre.
Alexis examine celui qui est devant lui : c*est un homme déjà âgé, très-bien mis, fort laid, court, trapu, fortement membre, et qui serait peut-être, malgré son âge, en état de lutter avantageusement contre Alexis^ mais ne semble en avoir nulle envie, parce que les gens qui insulfent les femmes n'ont jamais de courage avec les bommes.
— Qu'est-ce que c'est..., qui est-ce qui se permet de me pousser ainsi? s'écrie le vieux monsieur encore tout étourdi de la pirouette qu^n vient de lui faire faire.
— C'est moi, monsieur, répond Alexis, moi, qui viens défendre une femme que vous outragez!... moi..., qui suis un jeune homme, mais qui rougirais de me conduire comme vous le faites, vous, qui êtes un vieillard!
— Un vieillard!... un... Vous ne savez ce que vous dites..., et si je voulais, je vous ferais voir que...
— Eh bien! voyons, que feriez-vous..., je vous^ttends !... dit Alexis en allant se placer tout contre ce monsieur et le regardant fixement. Mais celui-ci a déjà baissé les yeax, et, renfonçant sur sa tête son chapeau un peu dérangé par la pirouette, il se hâte de redescendre la rue, en grommelant entre ses dents quelques mots qu'il est impossible d'entendre.
Alors Alexis court vers la jeune fille qu'il vient de protéger, et qui est restée toute tremblante dans l'ombre, contre uue porte cochère.
— ^ Maintenant, mademoiselle^ dit le jeune homme en présentant son bras à la personne qui est devant lui, pre-
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nez mon bras, jo vais vous conduire jusqu'à votre demeure, et soyez sans crainte; on ne vous insultera plus.
La jeune fille ne répond rien, elle semble réfléchir, hésiter. Cependant Alexis est toujours là, le bras tendu, mais n'ajoutant pas un mot à ce qu'il vient de dire.
On se décide enfin à prendre le bras du jeune homme. Mais c'est à peine si Ton appuie dessus le bout de sa main; il semble que l'on craigne de le toucher.
On se remet en marche en gardant le silence ; Alexis ne pense déjà plus à ce qu'il vient de faire, et comme la personne qu'il accompagne ne s'appuie pas sur lui, il oublierait entièrement qu'il tient une femme sous sonbras^ si de temps en temps une petite voix bien douce ne lui disait :
— Par ici, monsieur..., cette rue-là... Mon Dieu, je sais bien lâchée... de vous déranger de votre chemin.
Et Alexis se contente de répondre :
— Cela ne fait rien du tout^ mademoiselle; j'ai le temps, je ne suis pas pressé.
Bientôt la personne qui est avec Alexis s'arrête devant une porte bâtarde, et retire doucement son bras de dessous celui de son conducteur, en disant :
— Me voici chez moi, monsieur...; maintenant, permettez-moi de vous remercier du service que vous m'avez rendu... et que je n'oublierai jamais!...
— Cela n'en vaut pas la peine, mademoiselle, répond Alexis; puis il salue et s'éloigne brusquement, comme s'il eût craint qu'on ne lui adressât de nouveaux remerciements.