‹ La jonchée nouvelleChapitre 13 sur 15 · ALBERT LOZEAU · texte numérisé non relu

ALBERT LOZEAU

Le Devoir. 28 jaiivier igrr.

CONTES DU VIEUX TEMPS

M. Louis-Joseph Doucet, l'auteur de "La Chanson du Passant " et de "Jonchée Nouvelle" a publié, il y a une couple de semaines, un nouveau volume, " Contes du Vieux Temps ", dont on a déjà dit beaucoup de bien. Nous l'avons parcouru avec un plaisir extrême et nous y avons trouvé les qualités qui nous avaient tant plu dan-** les précédents ouvrages de cet écrivain : la simplicité, la sincérité, le sentiment poétique et l'émotion.

M. Doucet est bien personnel. Il n'emprunte rien à personne, ni les idées, ni le style. Ce qu'il nous donne est de son propre fond, entièrement à lui.

Il e.st impossible d'ouvrir son livre et d'en lire une page sans être charmé, séduit.

L'enfance et nue partie de la jeunesse de M. Doncet. se sont écoulées à la campagne et il a conservé de cette époque de sa vie des impressions ineffaçables qu'il retrace en tableaux saisissants dans ses cenvres. Par son extrême simplicité, et par sa manière de comprendre la vie, M. Doucet se rapproche dts grands conteurs russes. Il se plait à nous décrire l'existence des humbles et il mêle à ses récita une philosophie qui est un pansement

aux blessures cachées que nous portons tous en nous. M. Doucet est un sage et sa sagesse, il nous l'enseigne sans pédanterie, sans phrases, il voudrait nous la faire goûter." De l'a/ur, du soleil, et du ciel, un peu d'eau, ])eu de terre, c'est déjà une sagesse", dit-il ((uelque part.

Il commence ainsi un de ses contes :

"Il y a bien cent ans de cela ; c'est une très vieille liistoire que je tiens de ma grand' mère.

"La pauvre aïeule dort maintenant son dernier somme au champ des croix."

Il a de très jolies pensées comme celle-ci : "Les grand' mères sont des fées à qui Dieu accorde un souhait pour chacun de leurs petits enfants."

Et encore, dans "Les deux Pigeons malheureux": " j'écrirai ])eut être quelque jour son histoire, car j'aime l'histoire des faibles et des déshérités inoffensifs qui sont en ce monde comme pour expier les fautes auxquelles le remords des coupables ne saurait suffire."

Et cette autre qui ne manque pas de piquant: "L'étude des loups est encore celle d'une bonne société."

M. Doucet excelle à nous dépeindre "l'âme fugitive des choses", les aubes merveilles, les clairs matins, la figures des vieux sapins couverts

de neige, à nous faire entendre la voix des ruisseaux, du vent, et de la forêt, et celles des cloches dans les calmes campagnes.

La vision de l'écrivain est toujours claire et nette, et telles de ses pages est un tableau (ju^

nous révèle un grand artiste : " Un crâne de chien" est une merveille du genre. Nous ne pouvons rési.ster au dé.sir de citer ce ])a.ssage : "En face, le large, à droite, une vieille clôture, (jui mtnace ruine, à gauclie, un petit sentier, un arbre et près de cet arbre, un pot cassé et ce crâne de cliien dont les orbites vides interrogent je ne sais (juelle détresse des hommes et des choses. Sa gueule édentée garde un air d'aboiement à la fois fugace, sini.stre et servile vers l'âpre .silence de l'heure, allégre.s.se de la crainte, du dévouement et de l'agonie, dernier signe d'une plainte suppliante et nioro.se ; la mort parée d'un dernier liurlemcnt a gardé l'empreinte de l'effort suprême.".

Tout le morceau est à lire et à relire comme tous les poèmes eu prose qui forment le volume : La Neige et la Nuit, Effet de Nuit ; l'Horizon, la Maison Abondonnée, l'Hiver, Mars, Avril, le Port dans l'Ombre, Nocturne, Près du feu, le Matin, etc., qui sont de purs joyaux littéraires.

Souhaitons que M. Doucet reçoive l'encouragement auquel il a droit. Tout le monde devrait lire son livre.

La Presse, ii février içii.

CONTES DU VIEUX TEMPS

Page 1