‹ La jonchée nouvelleChapitre 14 sur 15 · PAR LOUIS-JOSEPH DOUCET · texte numérisé non relu

PAR LOUIS-JOSEPH DOUCET

Ceux qui aiment (ine la langue française conserve ses droits en notre pays, seront fiers de l'apparition de ce nouveau livre rempli d'une fuie littérature, essentiellement canadienne, par le fond du moins ; car sur une cinquantaine de "Contes du Vieux Temps", à peine si quatre ou cinq sont exotiques, presque tous sont tirés pour ainsi dire de notre étoffe nationale. Par contre ceux qui n'aiment pas notre langue en feront leur deuil, car Doucet depuis deux ans, semble donner le signal d'un branle- bas littéraire bien prononcé, et les " Contes du Vieux Temps " écrits et signés par cet auteur dénotent une robustesse et une fécondité peu ordinaire : Souplesse de style abondant, imagination riche, feuillue et, à quelques exceptions près, d'un goût très siîr ; voilà certes, une œuvre réconfortante sortie de la

plume si poétique de notre compatriote amoureux du sol natal et de nos légendes.

Le poète Doucet est déjà très avantageusement connue par ses belles poésie dont quelquesunes comme " Le Vieux Pont ", " Carthage " et le " Siècle" ont eu l'honneur d'être reproduites et citées dans les journeaux de France ; il a dçja pris place au premier rang de nos poètes par la publication de trois volumes de vers, et ce premier volume de prose, "Contes du Vieux Temps", le classe au nombre de nos plus distingués prosateurs. Ce n'est pas tous les poètes qui peuvent manier avec dextérité leur plume dans la prose ; la technicalité et l'harmonie qui bien souvent soufflent dans leurs ailes et les élèvent, dans leurs poésie, font parfois qu'ils se trouvent à court dans la prose. Voilà un avantage considérable pour celui qui, comme notre compatriote Doucet, s'en tire habilement dans un cas comme dans l'autre.

Je cite au hassard quelques-unes de ses pensées :

" J'aime l'histoire des faibles et des déshérités qui sont en ce monde comme pour expier des fautes auxquelles le remords des coupables ne saurait suffire ". Parlant de feuilles d'automne, il dit : "Elles résonnent, elles se plaignent, et font partie du chœur chantant de la nature et lorsque le dernier orage les a abattues, elles ont eu des larmes, des larmes de tristesse :

"Habuerunt tristes lacrimas, lacrimas rerum. "

' ' La f ourmie dans le russeau est chassée par le vent, elle vogue d'une feuille ou d'une herbe à l'autre ; le flot, quelque lent qu'il soit, l'emporte toujours ; ainsi l'homme descend le courant de son âge, sans plus reconquérir le but dépassé. "Il est éloquent et simple à la fois ; il nous étonne. Quelle plume légère et vraiment inspirée !

L'auteur des " Contes du Vieux Temps " a beau quelque part se défendre d'être philosophe, ses écrits n'en sont pas moins remplis de philosophie et souvent profonde: on ne se connaît pas toujours bien soi-même : Doucet est un travailleur qui ne donne rien sans méditation.

Ce style de Doucet, ces phrases toutes nouvelles et simples qu'on retrouve à chacune de ses pages, vraiment, je le répète, prouvent un talent de première marque.

Je crois que si Doucet eut puisé sa formation à Paris, s'il eut vécu dans cette atmosphère si propice à l'éclosion des talents littéraires, il pourrait être comparé aux grands écrivains de France, car ce qui lui manque parfois c'est la forme impecacable, à la vérité, il est toujours poétique, et on le trouve en tout original, de cette ariginalité qui ne s'acquiert pas puisqu'elle est native.

L'auteur des " Contes du Vieux Temps ", puisque je veux dire toute ma pensée en quelques mots, a plus de talant que de formation, il le prouve par sa manière de faire ; il va parfois plus vite que ses ailes en faisant des sauts ; il est en littérature ce que Bourassa est dans l'art oratoire, il se soulève, il étonne, il est vertigineux, Et tel qu'il est, il est aimé.

Nous sommes au début de 1011 , souhaitons bonne et heureuse année à ce nouveau-né littéraire " Contes du Vieux Temps. " Ce livre est dédié à Sir Lomer Gouin, premier-ministre, qui sera, à bon droit, flatté de cette dédicace formulée en une lettre fort jolie.

Nous avons connu cet auteur au collège de

Joliette. L'observateur pouvait des lors prédire

que sous cette figure douce, parfois réjouie et

souvent méditative, se cachait un écrivain d'élite.

La Patrie, ii Février içii

LES CONTES DU VIEUX TEMPS

Un de mes confrères a dit samedi, dans ce journal, le bien qu'il faut penser du livre nouveau de M. Louis Joseph Doucet. Il a fait ressortir, avec talent, les quantités de style, d'imasjination et de sincérité qui caractérisent l'œuvre nouvelle, il a défini en des termes heureux, le talent de son auteur, sou culte de l'art et ses mérites de travailleur enthousiaste.

Nos lectrices qui, grâce à la précieuse collaboration que veut bien nous donner de temps en temps M. Doucet, ont appris depuis longtemps à le connaître et. . . .à l'aimer, ont sans doute été heureuses de voir son dernier livre si joliment analysé et il n'est pas besoin que je les y engage, pour qu'elles veuillent le lire. Je ne puis résister tout de même au désir de reproduire ici, encore, unedes jolies pages de M. Doucet. Ce n'est peutêtre par la plus belle du livre, au point de vue de la langue, mais je trouve que les quelques tournures archaïques qui s'y rencontrent sont un autre charme, ajouté à celui de l'émotion tendre et de

la mélencolie qui s'en dégagent.

COLETTE

Page 1