‹ La jongleuseChapitre 10 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

)) Vraiment, je ne vous reconnais plus ; jamais je ne vous aurais cru capable d'une telle faiblesse.

» Ce prétendu fantôme n'a-t-il pas une cause toute naturelle ?

— Madame, répondit le chasseur d'un ton grave, avez-vous pu croire un instant que cette apparition n'était que le reflet de la chute à travers l'ombre ?

» Croyez-vous qu'à la distance où nous étions, cette nappe d'eau pouvait être visible par une nuit aussi noire ?

» Ah ! fiez-vous à l'expérience d'un vieux coureur de bois à qui la solitude et le désert ont appris une science qui ne se trouve pas dans les livres.

» Depuis tantôt vingt ans que je mène la vie des bois, j'ai dû acquérir quelque connaissance des phénomènes de la nature.

« Il n'est pas un bruit des eaux,

des vents ou des animaux sauvages qui me soit inconnu ; les mille voix du désert me sont familières, et je , puis toutes les imiter au besoin.

)) Bien souvent pendant les nuits, au sein des forêts, près des lacs ou des rivières, tantôt au milieu des camps indiens, tantôt durant les chasses d'hiver, j'ai passé de longues heures à étudier les divers aspects de l'ombre et de la lumière, à la lueur incertaine des étoiles, à la llamme du bûcher, ou par un beau clair de lune, ou bien par une nuit sombre et brumeuse, comme ^ celle-ci.

» Il est peu d'objets qui, soit le jour, soit la nuit, puissent longtemps tromper ma vue exercée par une longue habitude.

)) Eh bien ! madame, je vous dis que cette vague lueur ne vient ni du ciel, ni de la terre.

— Ne serait-ce pas peut-être la

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