‹ La jongleuseChapitre 9 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

— Eh bien ! madame, reprit-il d'un ton solennel, avec sa lenteur habituelle et en se penchant vers le centre du canot, afin de pouvoir parler plus bas et se faire entendre, maintenant que je crois le danger passé, je dois vous dire que nous venons d'échapper, par un heureux hasard, ou plutôt par une protection spéciale de la Providence, à un ennemi autrement dangereux que les partis d'Iroquois qui rôdent depuis quelques semaines sur nos rivages.

)) Si j'avais eu affaire à tout autre qu'à vous, j'aurais soigneusement évité de révéler cet incident ; mais je connais la fermeté de votre caractère et votre désir que rien ne vous soit caché.

— Vous faites bien, le Canotier ; continuez.

— Vous avez peut-être pu croire un instant que votre enfant était le jouet d'un rêve, lorsqu'il vous indi-

quait cette forme étrange dont nous n'avons pu entrevoir que l'ombre ; mais soyez bien sûre que ce n'était pas une illusion.

)) Les enfants pénètrent parfois des secrets que nous autres, hommes, nous sommes incapables de percer.

» L'innocence de cet âge le rapproche du monde des esprits, et lui révèle souvent des dangers impénétrables à nos regards.

» Si j'avais connu, il y a quelques heures, ce que le bon ange de cet enfant lui a fait voir et entendre, je ne me serais jamais hasardé à partir cette nuit.

— Comment, le Canotier ! répondit Mme Houel, est-il possible que vous vous laissiez entraîner par de misérables superstitions, vous, un vieux chasseur qui avez passé toute votre vie dans les bois et qui avez bravé tant de dangers au milieu des sauvages ?

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