‹ La jongleuseChapitre 25 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de mystère et de mélancolie, ondulant sur la lame, flottant dans l'atmosphère et se perdant dans les plis de la brume ; soupirs infinis, échos de voix d'anges, rêves d'enfants au berceau, chant des courlis ; ou bien, vive et légère, découpée en frileuses dentelles de sons, montant et descendant en spirales aériennes, groupes de notes folâtres se tenant par la main ; et puis tout à coup, triste et morne, comme le vent d'automne qui brame dans les ramées, comme l'hymne funèbre sur les tombes ; ou fanfare inouïe, vibrant comme un cuivre.

(( — Je distingue bien des paroles, dit tout bas Mme Houel au Canotier, mais d'une langue qui m'est inconnue.

— Je les comprends, mais il m'est impossible de vous les traduire : le

sens en est plus dans le chant que dans les paroles ».

Deux éclairs soudains, suivis d'une double détonation, interrompirent tout à coup les magiques évocations de la sibylle inconnue ; et en même temps deux balles, venant du côté opposé à celui d'où l'on entendait cette mystérieuse musique, et dont une entama la pince du canot à quelques pouces du Canotier, sifflèrent aux oreilles des voyageurs.

Un souffle de terreur sembla rouler dans l'atmosphère avec l'écho de la double explosion répercutée par les nuages et les deux rives du fleuve.

Et puis tout rentra dans un silence si profond qu'on eût dit que le fleuve eût toujours été entièrement désert.

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