PREMIÈRE PARTIE
la peine d'en dire un mot à son ami.
« — Mon frère s'est bien battu hier, dit le Canotier : cinq cadavres iroquois s'en vont maintenant à la dérive, et vont servir de pâture aux poissons. Mais mon frère a été blessé ?
— Ce n'est rien ; l' Iroquois est une femme ; il ne fait que de petites égratignures.
— Mon frère a perdu beaucoup de sang ; il a besoin de se reposer. Moi, je vais aller dans le bois tuer quelque gibier pour notre déjeuner. »
A son retour, le Canotier fut saisi d'horreur en apercevant sur le rivage qu'il venait de quitter une mare de sang et trois cadavres étendus sans vie.
L'un d'eux avait la tête scalpée ; et il reconnut en lui, avec une indicible douleur son fidèle compagnon
que les Iroquois avaient surpris et massacré pendant son absence.
Les deux cadavres iroquois couchés à ses côtés, et deux longues traînées de sang qui se perdaient sur le seuil du rivage, témoignaient qu'il avait vendu chèrement sa vie.
Mme Houel et son enfant avaient disparu et nulle trace sur le sable n'indiquait qu'ils avaient pris la fuite.
En levant les yeux vers l'horizon, le Canotier aperçut dans le lointain deux canots chargés d' Iroquois qui descendaient le fleuve à force d'avirons.
Anéanti de désespoir, il demeura longtemps immobile, les yeux cloués sur le cadavre de son fidèle ami, comme si la douleur eût pétrifié tous ses membres.
Les premiers rayons du soleil le-