‹ La jongleuseChapitre 38 sur 71 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

vant, qui tombaient alors sur la figure de l'indien et l'illuminaient d'une auréole d'opale, dissimulaient pour un instant l'horrible fixité du regard qu'imprime la dernière agonie.

Et ce dernier reflet de ses yeux semblait lui dire un adieu suprême.

S'arrachant enfin de sa léthargie, le Canotier se baissa lentement sur le cadavre de celui qu'il avait tant aimé, et qui avait partagé, pendant tant d'années, toutes ses joies et toutes ses tristesses, tous ses triomphes et tous ses périls, et le soulevant doucement entre ses bras, dans l'ivresse de son désespoir, il le pressa sur sa poitrine, comme s'il eût voulu, par cette suprême étreinte, faire passer toute son âme dans cette dépouille inanimée.

Un immense soupir s'échappa en-

fin de sa poitrine, qui se soulevait comme une montagne.

Cet homme de fer, que ni les dangers, ni les tortures n'avaient jamais fait sourciller, succombait sous le poids de la douleur.

Des torrents de larmes inondaient ses joues.

« — 0 mon ami ! mon bien-aimé ami ! s'écria-t-il enfin parmi ses sanglots, je t'ai donc perdu pour touiours ! C'en est donc fait : seul désormais, il me faudra errer à travers ces forêts et ces fleuves que nous avons parcourus tant de fois ensemble !

)) Désormais solitaire, je cheminerai dans les sentiers de la vie, sans que jamais ta voix amie retentisse à mon oreille !

^) Heureux si la mort m'eût enlevé le premier !

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