‹ La jongleuseChapitre 45 sur 71 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ce regard attristé donnait froid et glaçait le sourire sur toutes les lèvres.

Cependant l'incarnation de la tristesse sur cette figure n'avait rien de répulsif ; au contraire, cette douleur toute sympathique n'excitait que la compatissance.

C'était le crêpe d'un noble deuil, et non le sinistre nuage du remords.

Peu à peu les bruyantes causeries des enfants s'étaient évanouies devant cette paupière qui se soulevait lentement sur eux, triste et morne comme le couvercle entr'ouvert d'un cercueil, et d'où s'échappait un rayon qui se posait sur leurs lèvres comme le doigt d'un mort.

Les traits de l'étranger paraissaient s'être encore visiblement rembrunis depuis son arrivée, et son œil hagard se fixait avec une telle

âpreté sur le sol autour de lui, qu'on eût dit que chaque parcelle de ce terrain lui rappelait quelque navrant souvenir.

Un silence gênant avait succédé à la gaieté naguère si vive de la famille.

Le brave laboureur avait grandement envie de connaître l'objet de leur voyage ; mais les deux inconnus ne paraissaient pas vouloir aborder volontiers ce sujet.

Enfin il se hasarda à leur faire quelques questions.

« — Vous allez me trouver peutêtre un peu curieux, dit-il en se tournant vers le vieillard ; mais me permettriez-vous de vous demander votre nom ?

— Il vous serait à peu près inutile de le savoir ; car on me connaît à peine sous mon nom de famille.

)) Mes oreilles mêmes l'ont oublié.

» Depuis bien des années, je n'ai

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