LES VISIONS
(( Après que les Iroquois nous eurent faits prisonniers, ma mère et moi, continua-t-il, ils nous lièrent fortement les mains et les pieds, nous jetèrent au fond d'un de leurs canots et s'éloignèrent avec précipitation.
» Pendant plusieurs jours, ils descendirent le fleuve en côtoyant toujours le rivage.
)) Dieu seul connaît les tourments inouïs qu'ils nous firent souffrir durant cet interminable trajet.
» Les courroies, composées d'écorces très dures, qui liaient nos membres étaient si serrées que nos pieds
et nos mains en devenaient tout bleus.
» De temps en temps, les barbares se donnaient le féroce plaisir de les arroser d'eau, afm d'augmenter nos souffrances.
» Alors les liens se resserrant déplus en plus, nos douleurs devenaient intolérables.
)) Je ne cessais de pousser de lamentables gémissements qui déchiraient l'âme de ma pauvre mère.
» Quant à elle, insensible à ses propres tourments, elle n'avait de larmes que pour moi.
» Hélas ! quel supplice pour le cœur d'une mère ! sentir son enfant près de soi, voir couler ses pleurs, entendre ses douloureuses plaintes, le voir se tordre dans l'agonie du désespoir, et ne pouvoir le soulager !
Oh ! pour l'âme d'une mère, quel glaive ! quel martyre !