DEUXIÈME PARTIE
» Lorsque les Iroquois étaient fatigués, ils nous déliaient les mains, et sans égard pour la fragilité de ma mère, ni pour la faiblesse de m.on âge (j'avais à peine dix ans à cette époque), ils nous forçaient de ramer à leur place.
» A peine pouvions-nous tenir les avirons, tant nos doigts étaient engourdis par les cordes.
» Alors ils nous accablaient de coups, jusqu'à ce qu'enfin, surexcités par l'excès de la douleur, nous redoublions de pénibles efforts, rendus encore plus accablants par le manque d'habitude.
» Quelques restes de gibier, ou quelques lambeaux infects de chair d'orignal que nous jetait une féroce pitié, formaient toute notre nourriture.
» Pendant ce long voyage, nous ne
vîmes pas une seule fois la Jongleuse, qui se tenait (du moins telle était notre conviction) dans l'autre canot, toujours bien en avant du nôtre.
)) Tous les ordres semblaient émaner d'elle ; d'elle venaient toutes les évolutions de la petite armée.
)) Chaque soir, à la tombée de la nuit, après avoir allumé leur feu sur le rivage et terminé leur repas, ils se divertissaient à inventer contre nous de nouvelles tortures ; et quand nous étions entièrement épuisés, ils nous laissaient demi-morts, étendus, enchaînés, sur le sol, et exposés à l'hum.idité glaciale de la nuit.
)) La fièvre que nous causaient nos meurtrissures, nous rendait bien plus sensibles au froid ; et nous passions les nuits entières, tout transis, sans pouvoir fermer l'œil.