‹ La jongleuseChapitre 50 sur 71 · GAZELLES ET TIGRES · texte numérisé non relu

GAZELLES ET TIGRES

» Enfin nous débarquâmes, un soir, sur les crans que vous voyez là-bas, et où vous nous avez vus aborder, il y a quelques instants.

)) Le trajet que nous venions de parcourir aurait pu se faire en assez peu de temps ; mais notre marche avait été beaucoup retardée par de fortes brises de vent de nord-est.

)) Les Iroquois nous firent porter leurs canots à terre, et vinrent camper ici, au pied de ce rocher.

» Quoiqu'il ne fût pas encore bien tard, l'ombre du soir avait déjà pénétré sous la voûte du bocage ; car on était en automne.

» Après nous avoir fait amasser auprès de leur feu une provision de bois pour la nuit, et s'être étendus quelque temps sur l'herbe pour se reposer à la suite de leur repas, ils se levèrent soudain ensemble, sans pro-

férer une parole et se réunirent en conseil sous cette touffe d'arbres qui s'élève encore à quelques pas d'ici.

» Ce mouvement spontané me fit croire à un ordre de l'invisible Jongleuse, dont chaque soir, soit hallucination, soit réalité, je croyais apercevoir la démarche légère comme celle d'un esprit, au bord de la pénombre produite par la flamme du bûcher.

)> L'air mystérieux qu'ils avaient affecté durant tout le jour, les préparatifs de la soirée, ce conseil extraordinaire nous faisaient pressentir que l'heure formidable était venue, où notre sort allait enfin se décider.

)) Agenouillé, avec m a mère, auprès d'un érable au tronc duquel elle avait accroché une petite statue de la sainte Vierge qu'elle portait toujours sur

Page 1