PREMIÈRE PARTIE
Le torrent lointain même semble voiler ses sanglots, et, sous la brise expirante de la nuit, la forêt exhale à peine de son orgue immense un faible soupir.
Cependant la jeune femme, les yeux tournés vers la ville endormie, contemplait attentivement une lueur presque imperceptible et immobile sur la côte.
On eût dit qu'elle redoutait le moment où elle allait la voir disparaître entièrement, tant il y avait d'anxiété dans ses regards.
Ce n'était pas la lumière de la lanterne qui depuis longtemps avait disparu.
Cette faible étincelle, qui venait scintiller au bord de sa paupière où tremblait une larme, jaillissait d'un foyer autrement mystérieux, autrement consolant.
C'était la pâle clarté de la lampe du sanctuaire de la vieille église, ho-
locauste virginal, emblème touchant de l'éternelle prière.
Pendant qu'elle contemplait cette chaste étoile, sa bouche nmrmurait une fervente prière.
La prière ! invisible vestale qui veille incessamment, une étoile au front, dans le temple sans tache de l'âme pieuse.
Toute sa vie semblait avoir passé dans ses j^eux, tant il y avait d'ardeur dans son regard ; et le mystique rayon, venant effleurer sa prunelle de sa baguette d'or, semblait le regard de Dieu caché sous les adorables voiles, exauçant sa plainte et versant un reflet d'espoir dans son âme en deuil.
Oh ! la pauvre femme, elle avait en efl'et grand besoin d'un céleste soutien, au moment d'alîronter tant de dangers parmi les embûches de la nuit !