DEUXIÈME PARTIE
sant sur mon cœur, m'apporte toujours les débris d'un cercueil ; pour moi la terre est devenue la v^allée de l'absinthe où je traîne sous la croix une vie couronnée d'épines.
» A genoux à mes côtés, sous l'abri qu'il avait dressé au-dessus de moi, le brave Canotier soutenait d'une main ma tête, et de l'autre arrosait mes tempes d'une eau fraîche.
» Tu t'en souviens, mon bien-aimé ami : avec quelle inexprimableétreinte j'enlaçai mes bras d'enfant autour de ton cou, quand je te reconnus et que je vis de grosses larmes ruisseler le long de tes joues !
» Combien de temps nous restâmes embrassés dans ce muet épanchement de notre douleur !...
» Dis-nous maintenant par quelle intrépide audace, tu parvins à opérer ma délivrance. >>
Le Canotier ne répondit pas ; suffoquée par ses sanglots, la parole expirait sur ses lèvres.
Le fils de Mme Houel ne put alors contenir l'océan d'amertume dont son âme était abreuvée.
Plusieurs fois pendant ce lamentable récit, les témoins de cette scène, attendris de tant de souffrances et d'infortunes, mêlèrent des larmes aux leurs.
Mais ce fut alors une explosion d'émotion indicible à laquelle succéda un de ces silences solennels qu'impose la majesté d'une grande douleur, et dont aucune parole humaine ne saurait égaler la muette éloquence:
langage inouï d'âmes qui sympathisent de cœur et qui se comprennent !
Après une longue pause, le Canotier prit la parole :
(( — Lorsque j'eus rendu les der-