‹ La jongleuseChapitre 64 sur 71 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

niers devoirs au Tshinépik', l'incomparable ami que je ne cesserai jamais de pleurer, je me hâtai de raccommoder le canot que les Iroquois, avant de quitter le rivage, avaient eu le soin de percer de plusieurs coups de hache, et je me mis à leur poursuite.

» Malheureusement la nacelle avait été fort endommagée et ce ne fut qu'après plusieurs heures de travail que je pus la remettre à flot.

» Ce retard donna sur moi une grande avance aux Iroquois, et fut cause que, malgré toute ma diligence, je ne parvins à les rejoindre que plusieurs jours plus tard, lorsqu'ils vinrent camper ici.

» Exténué de fatigue après ces longues journées d'efforts surhumains, je commençais, cette nuit-là même, à désespérer de pouvoir les rattraper, lorsque à travers les ténèbres j'aperçus leur feu sur la grève.

)) Il était déjà très tard quand je

mis pied à terre au bout de la Pointe; mais le vacarme épouvantable de leur jonglerie me rendit très facile l'approche de leur camp.

» En vain je cherchai pendant longtemps à apercevoir les deux prisonniers ; les taillis qui croissaient à Torée du bois interceptaient ma vue.

» Je me glissai, en rampant, jusqu'à leurs canots renversés sur le sable ; et j'y trouvai tous leurs fusils chargés, prêts à tirer.

» Après avoir introduit une seconde balle dans chacun des fusils, et renouvelé les amorces, je remontai de quelques pas le rivage et m'abritai derrière une roche plate sur laquelle je disposai à la file les fusils tous bandés.

» Les Iroquois étaient au nombre de huit ; j'avais, par conséquent, besoin de mettre à profit toute mon habileté afin de ne perdre aucune

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chance ; car si j'avais le malheur de commettre la moindre maladresse, j'étais perdu.

)) Il me fallut donc attendre un moment de calme.

» Longtemps, le doigt sur la détente, je suivis du bout de mon fusil les frénétiques évolutions de l'orgie, sans pouvoir viser avec sûreté.

)) Enfin, je pus coucher en joue deux têtes d'Iroquois; le coup partit, et les deux Iroquois tombèrent raides morts.

» Profitant aussitôt du moment de trouble et de stupeur que produisit parmi eux cette attaque inattendue, je saisis un second fusil et tirai.

» Un troisième sauvage tomba pour ne plus se relever, et un autre grièvement blessé, .après avoir fait trois ou quatre culbutes sur le sable, prit la fuite vers la lisière du bois.

» Les quatre autres Iroquois se précipitèrent vers les canots dans

l'espoir d'y trouver leurs armes ; mais, prévoyant d'avance ce mouvement, j'avais eu la précaution de m'éloigner de quelques pas des embarcations.

)) Pendant qu'ils se penchaient autour des canots pour chercher leurs fusils, j'eus le temps d'en abattre encore deux autres.

» Hurlant et écumant de rage, les deux derniers s'élancèrent à la course vers moi, le tomahawk à la main.

» J'espérais pouvoir en terrasser encore un avant qu'ils pussent me rejoindre ; mais, par malheur, mon fusil rata.

)) La lutte devenait inégale ; les deux assaillants n'étaient plus qu'à quelques pas.

» Sans perdre un instant, je jetai le fusil de côté, et, saisissant mon poignard par la lame, je le lançai de toute la force de mon bras au cœur d'un des Iroquois.

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