DEUXIÈME PARTIE
touré cet être mystérieux ne sont pas encore éteints, et plusieurs prétendent que les pistes de raquettes qui se voient incrustées sur un des rochers du rivage, ont été imprimées par ses pas (1).
Les gens de la Pointe de la Rivière- Ouelle, dont le penchant pour les histoires merveilleuses est fort connu, affirment avoir souvent vu, le soir, des lumières courir çà et là sur la grève, et de grands fantômes blancs, qui ne sont pas du tout le revolin de la mer, errer pendant les gros temps sur les rochers au bord de l'eau.
(1) Ces empreintes singulières sont encore parfaitement distinctes, quoique l'eau de la mer et la pluie les altèrent et les effacent peu à peu. Ces pistes de raquettes sont .creusées sur le flanc incliné d'un rocher que baignent les flots pendant les grands vents et les hautes marées. On voyait encore, il y a quelques années, sur le même rocher l'empreinte très visible de la partie antérieure de deux pieds,ainsi que les extrémités de deux mains, disposées à peu près comme les traces que laisserait sur le sable un homme appuyé sur ses mains et sur ses pieds ; mais aujourd'hui les pistes de raquettes sont seules visibles.
D'ailleurs, ils sont bien sûrs d'avoir entendu des plaintes et des gémissements pendant les nuits d'orages ; si bien qu'il n'est pas un homme parmi eux qui voudrait se hasarder à aller coucher seul au bout de la Pointe dans la vieille maison qui sert d'abri aux gens de la pêche aux marsouins.
Quant au lieu et aux circonstances de la mort de la terrible héroïne, on ne connaît rien de positif.
Les uns prétendent qu'elle a été brûlée par un parti de sauvages ennemis.
D'autres disent qu'un missionnaire fut un jour appelé auprès du lit de mort d'une jongleuse iroquoise qu'on prétendit être elle.
Ce qui s'est passé alors entre l'homme de Dieu et la farouche indienne, nul ne le sait.