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LES DEMONS NOIRS II

toutes les nuits, depuis plus d'une semaine, par un être ou des êtres fantastiques.

La nuit étant venue, au lieu de rentrer à la villa urbana, où le repas du soir devait être depuis longtemps achevé, il accepta une frugale collation improvisée par le dernier des fermiers chez lequel il se trouvait.

Alors, en mangeant et buvant, il lui fallut entendre la répétition des plaintes, aussi maladroitement exposées par son hôte rustique que par ses autres collègues.

Ces fermiers rapportaient que leurs demeures étaient tout à coup envahies, au milieu de la nuit, soit par un, soit par deux ou trois démons noirs ayant des têtes de sanglier ou d'auroch (bœuf sauvage).

Doués d'une force prodigieuse, ils brisaient les fenêtres ou défonçaient les portes. Et pendant que l'un d'eux terroiisait les malheureux arrachés au sommeil par leur irruption, les autres faisaient main basse sur les denrées qu'ils trouvaient dans la maison. En particuher sur la farine, le vin, la cervoise (sorte de bière) et les légumes.

Nul homme n'osait affronter ces diables, de crainte de périr aussitôt, car des chiens qui essayaient de les mordre, avaient été tués instantaném^ent, soit assommés, soit éventrés, dans deux fermes différentes.

Caïus n'essaya pas de discuter ces affirmations ridicules. Il savait combien les superstitions sont tenaces dans les cerveaux incultes. Il se contenta de dire qu'il guetterait ces démons pour les surprendre et les chasser, puis, qu'au besoin, l'un des diacres d'Aureliani les exorciserait.

Sa collation achevée, il quitta le fermier et se dirigea vers la voie romaine de Turones, comme s'il voulait rentrer à l'ager Saponaria par cette route.

En réahté, il ne la suivit pas au delà de Surdianaritum (le gué de Surdiana) vers lequel il descendit pour traverser le Liger comme la nuit des Ides.

De l'autre côté du fleuve, sur rancienne route gauloise d'Aureliani à Turones, la belle grecque Nammia, en compagnie d'une des urhani de l'ager Surdiana, stationnait, assise sur l'un des petits talus de cette route.

Quand le jeune gallo-romain, après avoir attaché son cheval au bord du Liger, eut gravi la déclivité de la rive droite et parvint à cette vieille voie gauloise. Naïnmia et l'esclave, qui l'aperçurent alors, allèrent rapidement à sa rencontre

— Salut en Christos, mes sœurs, leur dit à demi-voix Caïus, lorsqu'elles ne furent plus qu'à trois ou quatre pas de lui.

— Salut frère, répondit Nammia en s'agenouillant, comme l'esclave, devant le fils du sénateur-poète.

Caïus esquissa un geste de bénédiction et tendit ses mains aux deux femmes pour les relever.

Quoique la lune, à son dernier quartier, n'épandit plus dans l'obscurité nocturne qu'une faible clarté, le jeune homme affectait un calme, une sérénité religieuse, qu'il était loin d'éprouver.

Nammia, d'autre part, affectait, à l'exemple de l'esclave qui l'accompagnait, un très humble et paisible respect pour Caïus. Mais ses doigts, qui tremblaient, lorsque le galloromain les effleura, pour faire plutôt le simulacre de la relever que pour lui prêter, ainsi qu'à l'esclave, un appui effectif, trahissaient le trouble intérieur qu'elle dissimulait.

Allant et venant lentement le long de la vieille route gauloise, Caïus et Nammia, que l'esclave ne quittait pas, commencèrent, abandonnant l'emploi de la langue latine, à s'entretenir en grec, et leurs paroles démentirent l'attitude froide qu'ils s'appliquaient à garder tous deux.

— Peux-tu me rassurer ? demanda tout d'abord brièvement le jeune homme.

— Oui, tranquillise-toi; observons seulement le ton et les nouvements de notre rôle.

— Te méfies- tu de cette romaine ?

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