‹ La Jouissance gallo-romaineChapitre 14 sur 24 · EXPEDITION NOCTURNE · texte numérisé non relu

EXPEDITION NOCTURNE

Pour revenir à la villa urbana de l'ager Saponaria, le beau gallo-romain fit le même grand détour qu'à l'aller.

Il se dirigea, par la voie de Turones, jusqu'à la limite des lots de fermage du domaine, le long de cette route, afin de retourner à l'Est, en les contournant du côté des bois.

Ce n'était pas un chemin sûr à cause des loups et de l'isolement. Mais Caïus, brave jusqu'à la témérité, méprisait ce danger. Il éprouvait même une sorte d'acre satisfaction à s'exposer à cause des contrariétés que son amour si violent pour Nammia rencontrait.

D'une part, il bénissait la fièvre paludéenne qui empêchait l'illustre romain de posséder la belle grecque. Et d'autre part il regrettait cette maladie de Rutihus en songeant que, valide, l'ami de son père reverrait peut-être l'une des séduisantes perverses d'Aureliani, et que ces filles voluptueuses le détacheraient de son esclave.

L'invasion, contre laquelle il fallait organiser en toute hâte la défense de la cité, aussi bien pour son amante que pour son père, allait, par surcroît, l'absorber complètement.

Le jeune homme méditait fort tristement sur tout cela en longeant les enceintes haut murées des lots de fermes.

Les pas de son cheval, depuis un moment, ne résonnaient plus sur le chemin, parce qu'il foulait, au bord de la forêt des mousses très épaisses où ses sabots s'enfonçaient presque complètement.

Il8 LA JOUISSANCE GALLO-ROMAINE

Tout à coup, une étrange apparition fit arrêter Caïus.

A cent cinquante pas devant lui, un sanglier, d'une taille démesurée, sortant de la forêt, traversait le chemin et se dirigeait vers les murs d'une des fermes louée par un Turon (Touiangeau) nommé Atémaric.

A la taille extraordinaire de cet animal, s'ajoutait la bizarrerie de sa démarche. Il semblait regarder, ou renifler autour de lui.

Fréquemment, il levait très haut sa tête, et, quand il la dressait ainsi, ses pattes antérieures quittaient le sol... ses allures ne ressemblaient en rien à celles d'un sangher qui se respecte.

Muni seulement d'un épieu, l'intrépide gaulois n'aurait pas hésité à lancer son cheval vers ce singulier fauve pour le voir mieux de plus près. Mais pour se rendre auprès de Nammia et jouer devant l'esclave romaine de Rutilius le rôle d'un diacre d'Aureliani consentant à instruire, en secret, •a jeune grecque de la religion chrétienne, le fils du sénateur clarissim.e avait eu soin de ne pas s'armer.

A cette époque, où le costume des religieux, sauf dans les cérémonies du culte, ne différait pas du costume des laïcs, il lui sufi^sait de revêtir une cuculla, sorte de manteau court

capuchon, semblable à notre caban actuel, pour avoir l'air d'un prêtre ; à la condition de ne porter aucune arme.

Cependant, le colossal sanglier s'avançant à découvert, dans la clarté lunaire, jusqu'auprès du mur de clôture d'Atémaric, se dressait tout à fait sur ses pattes de derrière... et lançait avec une de ses pattes de devant quelque chose d'assez volumineux, sur la crête du mur!

A ce coup, l'animal se révélait faux sanglier d'une maaière indubitable.

Caïus se rappc-la instantanément les plaintes formulées par plusieurs de ses fermiers pendant la fin du jour et notamm^ent celles du cultivateur qui l'avait hébergé.

Presque aussitôt, il se souvint aussi de quelques récits de jon père sur les bcgaudes, lie populaire gauloise, brigands

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