‹ La Jouissance gallo-romaineChapitre 15 sur 24 · EXPEDITION NOCTURNE II · texte numérisé non relu

EXPEDITION NOCTURNE II

professionnels, révoltés de tous genres contre le travail et l'ordre social, qui pullulaient dans la Celtique et le Belgium vers la fin du m" siècle et que l'Empereur Maximien, las de leurs déprédations, avait fait exterminer.

Pendant que ce rapprochement de souvenirs se faisait dans l'esprit du jeune homme, le faux sanglier le justifiait en escaladant prestement le mur de la ferme derrière lequel il disparaissait.

Caïus mit pied à terre, attacha très vite sa monture à un arbuste de la lisière du bois et courut légèrement, sur la pointe des pieds, jusqu'à l'endroit où le bagaude probable, déguisé en sanglier, avait escaladé la clôture.

Là pendait une corde fixée à la crête du mur par un engin en bois semblable à un grappin.

Le fils du sénateur n'hésita pas à s'aider de cette corde pour s'élever, comm.e le brigand, jusqu'à la crête du mur.

Il vit alors que la corde était double. A l'intérieur, comme à l'extérieur, un morceau pendait, pour facihter la descente et la remontée de l'autre côté de la muraille.

Quant au voleur, déjà hors de vue, il rôdait sans doute autour de la ferme, assez éloignée de la clôture, essayant d'y pénétrer.

Caïus franchit le mur et se diiigea vers les bâtiments de la petite exploitation où des hurlements de chiens, éclatant dans le silence nocturne, annonçaient qu'en effet le bandit devait être arrivé à son but.

Les avertissements des chiens durèrent peu. Pendant que le jeune homme courait, en se dissimulant dans les sentiers étroits des cultures, quelques derniers aboiements douloureux retentirent et le silence, de nouveau, régna.

— Le bagaude a tué les cliiens, murmura le gaulois.

Poursuivant sa course et parvenant au corps de logis d'habitation xi'Atémaric, Caïus perçut quelques cris de femmes, une rumeur intérieure; puis le silence se fit encore.

- La porte d'entrée de la petite maison du fermier, béante

et défoncée, montrait le mode de pénétration audacieux et brutal employé par le faux sanglier.

A sa vue, une terreur superstitieuse rendait assurément muets le fermier et sa famille puisqu'ils n'appelaient pomt et que les cris de femme, d'abord poussés, ne se renouvelaient pas.

Le jeune homme, quelque intrépide qu'il fût, hésitait à pénétrer dans la maison pour y poursuivre, presque à tâtons, le bagaude, certainement armé.

Mieux valait guetter sa sortie pour l'affronter à la clarté de la lune, car il n'allait probablement pas tarder à sortir emportant ce qu'il voulait dérober.

S'arrêtant, avec une grande promptitude de décision, à ce parti, Caïus chercha des yeux autour de lui un objet quelconque capable de constituer une arme. Rien ne s'offrait à ses regards qu'une claie de bois, dressée contre le mur de la maison et une vieille pierre à moudre le grain, qui servait de cale à la claie.

Il s'assura d'abord de la possibilité de soulever cette très lourde pierre, puis il étendit sans bruit la claie devant la porte défoncée et se posta contre le mur près de la porte en plaçant la pierre de meule à sa portée.

Comme il l'espérait, le brigand, quelques instants après, jaillit de la maison, chargé d'un sac et, s'embarrassant les pieds dans la claie, qu'il n'avait pas aperçue à temps, tomba lourdement sur le treillage.

A peine était-il étendu sur le sol, qu'il recevait, sur la tête de sanglier dont il s'était affublé, l'écrasante pierre à moudre jetée par Caius.

Un craquement sinistre ; une seule plainte rauque ; un seul effort fait par le brigand pour se relever, ce fut tout. Tandis que la pierre, écartée par ce suprême effort, roulait sur sa tranche, le voleur retombait inerte sur la claie et ne bougeait plus.

Ce coup avait d'ailleurs dégagé la face du voleur de la hure de l'animal qui le masquait et dont la dépouille, fort

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