RÉCONCILIATION I
— J'avais le devoir de l'interroger, mon cher fils, mais t'ai-je un seul instant accusé ?
« En ce qui nous concerne, Priscus, oublie donc ton erreur, comme nous l'oublierons nous-mêmes.
« Hélas ! je vois que nous entrons dans une ère peut-être fatale, et tout au moins bien pénible ! Ce n'est pas l'heure de nous désunir.
« Chassons les moindres nuages qui pourraient s'élever entre nous. Soyons tous, dans cette cité, dans cette province, des frères, encore plus unis que dans la cité romaine ou dans la religion de Christos. Embrassons-nous, Priscus ! »
Le vice-proconsul essuya furtivement les larmes qui montaient à ses yeux et répondit par une étreinte sincère à l'étreinte de Marcus et de Caïus.
— Mon devoir est de protester contre l'usurpation actuelle ou future de Constantinus; je l'accomphs; mais je souhaite qu'il réussise dans sa généreuse entreprise. S'il échoue, si les barbares arrivent jusqu'à nous, vous me verrez au premier rang des combattants d'Aureliani.
« Ah ! Caïus, combien ton rôle est plus beau que le mien « Sauver les siens, ou mourir pour leur défense, qu'il me serait réconfortant de consacrer à cette noble mission la fin d'une vie dont je n'attends plus que désespérances !
« Travaille à protéger Aureliani, Caïus ; je t'y aiderai de tout mon pouvoir. Le trésor du proconsulat est à ta discrétion, et, si nous avons le malheur de voir l'invasion envelopper nos murailles, je serai le plus modeste, mais aussi le plus dévoué de tes soldats ! »