‹ La Jouissance gallo-romaineChapitre 20 sur 24 · LE PIÈGE · texte numérisé non relu

LE PIÈGE

Le lendemain de l'assemblée, le magister militum des légions de Bretagne quittait Aureiiani avec toutes ses cohortes et ses alae.

Quelques heures avant ce départ, Lucius Prisons ayant constaté qu'Hunila et Pipara comprenaient la langue des germains, les interrogea longuement dans cet idiome sans témoins.

Il apprit ainsi que ces deux sœurs jumelles, d'origine Roxolane, assistaient Argeste dans son expédition criminelle à l'ager Adiana.

Elles confirmèrent d'ailleurs les déclarations du vandale quant à la mort de Placida et leurs aveux permirent au vice-proconsul de reconstituer les péripéties du drame.

La coiffeuse d'Apollina se précipitait hors de sa cubicula pour appeler les urbani au secours de sa maîtresse, et les deux femmes barbares se disposaient à l'arrêter au passage, au bas de l'escalier qu'elle allait descendre, lorsqu'elle y tomba.

Dans sa chute, elle se fendit le crâne. Pourtant, elle eût encore l'énergie de se relever et de courir jusqu'à l'atrium où elle tomba une seconde fois, roulant dans le bassin de l'impluvium.

Argeste cherchait réellement des vivres dans la villa urbana de l'ager Adiana.

N'en ayant pas trouvé, il se saisit d'Apollina dont la beauté le séduisit.

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Pendant qu'il l'emportait, en étouffant ses cris, les deux sœurs roxolanes firent main basse sur les bijoux et l'argent puis elles s'enfuirent, et revinrent au bois de l'ager Saponaria où le vandale avait construit une hutte de branchages pour s'abriter avec elles.

Quand elles y arrivèrent, ApoUina venait d'être violée par Argeste et pleurait, attachée sur le lit de feuillage où le vandale la laissait pour aller chasser.

Hunila et Pipara, qui n'aimaient guère leur maître et se Sivaient considérées par lui comme des objets de satisfaction matérielle aisément rempîaçables, redoutèrent alors d'être chassées ou abandonnées.

Elles attendirent cachées, le départ du vandale, et, quand il fut loin, elles entrèrent dans la hutte ; elles étranglèrent Apollina. Ensuite, elles la délièrent et la transportèrent sur le cheval d'Argeste, au bord de la voie romaine, entre les deux domaines d'Ivorixus.

Au cours de son long interrogatoire, il fut aisé à Lucius Priscus de constater que les deux sœurs détestaient profondément le vandale.

— Puisque vous n'aimiez point Argeste, pourquoi ne vous êtes- vous pas enfuies après le supplice qu'il vous a infligé ?

— Nous n'avons pas de ressources. Nous n'aurions pas pu cacher que nous sommes des étrangères, et que serait-il advenu de nous ?

— Et puis, ajouta Pipara, d'un ton farouche, nous avions décidé de nous venger !

— ....On peut nous tuer; maintenant nous sommes contentes, puisque notre maître va mourir aussi, reprit Hunila.

— Vous tenez à ce qu'il meure ?

— Plus qu'à vivre nous-mêmes, ainsi défigurées ! s'écrièc-?ent, presque ensemble, les deux jumelles.

— Eh ! bien, détrompez -vous : Argeste ne mourra pas. Il va vivre, au contraire, il va servir l'armée romaine contre vos compatriotes, et sera largement récompensé, tandis que vous Dérirez ici dans les supplices »

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A cette nouvelle, Hunila et Pipara, dans un accès ce rage, se reprochèrent, réciproquement, de n'avoir pas as- •sassiné le vandale pendant son sommeil, avant sa capture par Caïus Ivorixus.

Le vice-proconsul dut les séparer très rudement pour les empêcher de se battre et jugea, par cet emportement, de la haine qu'elles éprouvaient pour le captif barbare.

Assurément, ces furieuses devaient être capables de comprendre un irrésistible désir de vengeance pareil à celui qu'elles éprouvaient.

— La femme que vous avez étranglée, leur dit-il alors, était une esclave qui me plaisait et que je projetais de posséder.

« Votre crime est donc impardonnable pour moi. J'ai décidé de vous le faire expier par une mort très affreuse, que nos lois prescrivent dans votre cas.

« Mais Argeste m'échappe, puisqu'il est enrôlé pour aider notre armée à combattre les vôtres.

« Or, je hais cet Argeste encore plus que je ne vous hais, pour le rapt et le viol qu'il a commis, et sans lequel vous n'auriez pas tué mon esclave.

« Je ne peux plus rien contre lui mais vous^ vous pourriez encore l'atteindre.

« Si vous savez le tuer et m' apporter sa tête, je vous ferai grâce de la torture et de la vie. Je vous renverrai même au delà du Rhénus avec une forte récompense.

— Mais comment le retrouver ?

— L'armée va partir dans quelques heures. Suivez-là pendant deux jours, et rejoignez ensuite hardiment Argeste, en disant que vous vous êtes échappées de la prison d'Aureliani.

« Si le vandale ne vous repousse pas, — est sans aucun doute, flatté de votre constance, il vous fera bon accueil, — vous n'aurez plus qu'à profiter d'une circonstance favorable pour l'assassiner sans vous laisser prendre.

« Je vais d'ailleurs vous faire accompagner par quatre

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