LE MYSTERE
Le clarissime sénateur reprit aussitôt le chemin de l'ager Saponaria tandis que Lucius Priscus, revenant à la villa, sans y pénétrer, ordonnait au villicus Gratus de faire ensevelir les corps d'Apollina et de Placida.
Une heure plus tard, dans la geôle d'Aureliani, tous les prisonniers du vice-proconsul furent remis en liberté sur son ordre, sans aucune explication, — et se gardèrent d'en réclamer ; trop heureux d'être renvoyési ndemnes. — Seule, Caelia restait dans um- cellule, où, d'ailleurs, les soins que réclamait sa guérison lui étaient donnés avec une sollicitude révélant une recommandation personnelle du Légat de César.
A l'ager Saponaria, Caïus Ivorixus attendait avec impatience le retour de son père.
Informé, comme le sénateur, de l'arrestation du berger Durnacus et du palefrenier Otuanus, il s'en était indigné, sans soupçonner le moindre rapport entre ces arrestations et sa sortie de la nuit des Ides.
Malgré les révélations du Comites-civitatis : Lucias- Priscus-Marcus ne parvenait pas à croire son fils et sa belle affranchie coupables, ou complices, de l'assassinat d'Apollina.
Il était, au contraire, presque convaincu de leur complète innocence. Des coïncidences extraordinaires et déplorables justifiaient, assurément, les soupçons du Légat de César.
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Mais Marcus comptait qu'il lui suffirait d'interroger Caïus et Telleda pour anéantir ces soupçons par leurs explications.
Cependant, le rôle de « justicier des siens », qu'il avait revendiqué avec tant d'au4:orité, obligeait le noble galloromain à une circonspection très grande.
Il ne crut pas devoir se contenter de questionner simplement son fils et son affranchie, sans tenter, en outre, de surprendre la vérité, par la nature de ses interrogations.
Le mutisme déterminé de Telleda, signalé par Lucius Priscus, lui dictait particulièrement cette tactique à l'égard de la belle helvétienne. Il aborda Caïus avec moins de réticences.
— J'ai vu le Légat de César, dit- il au jeune homme, qui attendait ses renseignements par déférence.
« Lucius Priscus va faire mettre nos gens en liberté.
— Ah!... et j'espère qu'il s'est excusé ?
— ... Mais il avait aussi emprisonné Telleda.
— Telleda ?
Le sénateur remarqua dans cette exclamation, et dans le geste involontaire de son fils, plus que de la surprise et de l'indignation. L'expression de sa physionomie marquait une inquiétude qui ne lui échappa point.
— Oui. J'ai exigé qu'elle soit mise en liberté sans délai, comme Otuanus et Durnacus. Le vice-proconsul y a consenti.
— C'est atténuer son tort. Il reste pourtant révoltant qu'un C omites-civitatis ose incarcérer sans ton autorisation et sans motif...
— Il y a un motif : un crime abominable.
— Un crime ?
— Dans un petit domaine appartenant au romain Hilarius Celsus : l'ager Adiana, situé près de la porte occidentale d'Aureliani, une jeune femme a été assassinée.
— Dans l'ager Adiana?... Une parente de Celsus.
— Non.
Le sénateur, observant très attentivement son fils, ne remarquait pas cette fois, en lui, autre chose qu'une surprise très naturelle. Il reprit, en redoublant d'attention pour observer Caïus :
« C'est une très belle esclave ou une affranchie, amenée d'Italie par le Légat. Il l'aimait ardemment et la cachait dans ce petit domaine où elle se donnait à lui.
— Oh ! ce meurtre est affreux !... Mais, il n'explique pas l'arrestation...
— Il a été commis dans la nuit des Ides. « N'es-tu pas sorti cette nuit-là ?
Caïus tressaillit.
« Où te trouvais-tu ?
Le jeune gallo-romain fit, malgré lui, un mouvement de recul, tout en se redressant, indigné.
— Oui, je suis sorti, mais j'espère que mon père...
— Ne te permets pas de rien préjuger ! Réponds simplement aux questions que je te pose. Qu'as-tu fait pendant cette nuit des Ides ?
— Je suis sorti à cheval. J'ai été sur la route d'Aurehani à Turones. J'ignorais que le vice-proconsul avait une favorite...
— Tu n'es jamais entré dans l'ager Adiana ?
— Jamais !
— Tu n'as jamais vu cette malheureuse affranchie ?
— Jamais ! puisque j 'ignorais son existence.
— Je l'ignorais aussi Mais il ne suffit pas d'être en dehors de ce crime, il nous faut le prouver.
— Quoi ? Le Légat oserait-il nous soupçonner ? L'indignation de Caïus était si franche que son pèra en
éprouva un grand soulagement.
Néanmoins, il reprit :
— Durnacus a vu un cavalier monté sur un cheval noir qui emportait une femme en travers de sa monture.
« Ce cavalier, après avoir franchi le gué de Surdiana, s'est enfui à travers nos terres de Saoonaria. et le corps de