LE MYSTERE
la pauvre fille a été trouvé le matin, à l'aube, sur la voie d' Aureliani à Turones, entre nos deux domaines.
« A quelle heure de la nuit as-tu quitté la villa ? Quand y es-tu rentré, et qu'as-tu fait dans l'intervalle ? Voilà ce que je veux dire à Lucius Priscus aujourd'hui même. Après, j'interrogerai Telleda.
Caïus hésitait à répondre.
Il ne voulait ni faire l'aveu de son amour excessif pour Nammia parce qu'elle trahissait l'ami de son père en répondant à sa passion par une égale tendresse ; ni dévoiler les sentiments de la belle helvétienne à son égard.
— Je ne sais rien de cet assassinat, hors ce que tu viens de m'en apprendre, dit-il enfin.
« Je n'ai rien à me reprocher ; je n'ai rien fait de coupable dans la nuit des Ides. Pourtant je dois me taire. Epargne-m.oi des demandes auxquelles il m'est impossible de répondre et crois, mon père, qu'iJ m'est cruel de garder le silence contre ton désir !
— Je te connais, Caïus. Je me contenterais de ton affirmation, si l'honneur de notre lignée n'était pas en question dans ce crime...
— Père, n'insiste pas, je t'en prie. Par le Légat de César ou par toi, je me laisserais plutôt condamner que de dire un seul mot.
— Ah ! Caïus, peut-tu plonger ton père dans la torture d'un doute à ton sujet, si léger soit-il ? Est-ce un mystère que l'on peut garder la tête haute, celui qu'il faut celer même vis-à-vis de son père ?
— Pardonne-moi, pater, répartit Caïus, avec une dignité très haute, j'ignorais que l'inébranlable foi d'un fils en son père et sa mxère, n'entraîne pas la même foi des parents à l'égard de leur fils. Tu ne me l'avais pas enseigné, et p-ia mère est morte, hélas ! trop tôt pour me le dire !... Le souvenir de cette vérité me restera, tandis que tu cesserar. bientôt, je l'espère, de douter de moi. »
ivlarcus Ivorixus se détourna.
Comme père, il croyait à l'innocence de son fils ; comme juge, il était forcé de rester dans une vague incertitude faute de preuves.
Caïus, qu'il n'interrogeait plus et qu'il ne voulait plus regarder, se retira lentement.
Peu après ce pénible entretien, le fils du sénateur quittait la villa urbana en se contentant de dire au villicus qu'il y rentrerait avant la nuit.
Marcus Ivorixus déjeuna seul puis ordonna de préparer son cheval habituel.
Suivi d'un affranchi, qui lui servait d'écuyer, il se rendit à la ville. Au pont d'AureHani, il remit son cheval à cet ancien esclave en lui prescrivant d'aller l'attendre devant lepalatium du Légat.
Puis, contournant à pied les rempirts, pendant que cet écuyer entrait dans la ville, il se rendit au logis de Telleda.
Pour interroger son affranchie, Marcus se proposait d'être plus circonspect qu'avec son fils. Mais il oublia ses résolutions à la vue du visage de Telleda ravagé par la douleur.
Quoique n'ayant pas vu naître la jeune helvétienne, il la connaissait presque autant que son fils, auprès duquel elle grandissait à l'ager Saponaria. Si jusqu'à sa seizième année il ne la remarqua guère, en revanche, devenue jeune fille, elle ne cessa jamais d'être sous ses yeux.
De seize à vingt et un ans, dans la villa urbuna de son domaine, elle remplit, à sa plus grande satisfaction, une série d'offices d'importance croissante.
Depuis cinq ans, enfin, elle était, corps et âme, sa chose; elle ne semblait vivre que par lui et pour lui.
Or, l'altération prodigieuse de ses traits manifestait une souffrance très profonde subie depuis le lendemain des Ides.
— Quand as-tu été mise en liberté ? lui demanda Marcus,
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des l'abord. Le Lcgat t'a-t-il fait tourmenter dans la prison ?
— Non maître, et l'on nous a tous délivrés ce matin.
— Tu as été interrogée dans la geôle par Lucius Priscus ou par ses agents ?
— Non maître.
— Le vice-proconsul t'a pourtant demandé ce que tu as fait pendant la nuit des Ides. Il me l'a dit.
— C'est ici, dans ma cubicula, qu'il nous a interrogés.
— Peu importe où. Tu aurais dû lui répondre, si tu n'es pas coupable... et je veux croire encore que tu ne l'es pas ? Pourquoi n'as-tu pas voulu dire où tu as été pendant la nuit des Ides ?
— Maître...
— Je t'ai réclamée à Lucius Priscus. C'est à ma requête qu'il t'a sortie de la prison ; mais il faut à présent tout me dire, Telleda.
— Ah! maître... Le Comités est venu avec ses tourmenteurs... ils ont tortuté ma pauvre Caelia par les poids et les verges! sous mes yeux !... j'aurais voulu plutôt souffrir moimême sa torture !
— On a torturé Caelia ?
— Caelia ne pouvait rien dire ; elle ne savait rien !
— Ma^s toi ?
— Maître, j'ai refusé de répondre au Légat de César qui m'annonçait des tortures plus atroces que celles de Caelia ; Maître, ma vie est à toi, prends-la et ne m'interroge point; je ne pourrais pas te répondre! »
La jeune affranchie prosternée aux pieds du gallo-romain s'offrait sincèrement à sa colère, à ses coups, à la mort même.
— Relève-toi, Telleda, je ne t'accuse pas encore. Lucius Priscus, lui-même, ne te croit pas coupable. Mais ton silence fait peser des soupçons terribles sur des innocents; il faut parler.
— Des innocents?... personne n'est coupable.» Qui ;»ccu:e-t-on, et de quoi ?
— Lucius Priscus ne t*a-t-il pas dit pourquoi il voulait savoir ce que tu fis la nuit des Ides ?
— Non maître. Le Comités ne m'a rien dit ; il ne m'a interrogée que sur moi-même.
— Tu ne sais pas qu'une personne est morte ? ■■ — Une personne ? non ; quelle personne ?
— L'accent de Telleda parut très sincère à Marcus. Néanmoins, l'affranchie avait eu dans l'intonation de sa dernière demande une sorte d'anxiété singulière, qui le mettait en éveil.
— Une jeune femme, dit-il lentement, a été tuée dans un domaine voisin d'Aureliani pendant la nuit des Ides.
— Une jeune femme ? près d'Aureliani ?
Telleda songeait à la ravissante esclave grecque de Rutilius et tremblait pour Caïus.
— Si tu sais quelque chose de ce meurtre, dis-le moi, Telleda, je t'en conjure î Mon fils et moi nous sommes en cause...
— Caïus ? Toi ? Ah ! maître, crois-moi, sur mon salut de chrétienne, je te le jure! je ne sais rien de cela! Ton fils? Oh ! c'est une infamie, ce soupçon !
La belle affranchie, bouleversée, montrait un si réel effarement que Marcus ne douta pas de sa sincérité.
— Je te crois ; tu ne sais rien de ce crime ; cependant, que faisais-tu, la nuit des Ides, au gué de l'ager Surdiana, où tu as perdu le coUier d'or à pendentifs que je t'ai donné ?
— Ah ! seigneur, je n'y faisais rien de mal, rien de répréhensible en quoi que ce soit, je te le jure ! Mais ne me demande pas pourquoi j'étais là. Je mourrais plutôt que de le dire!
— Ce n'est donc pas de toi qu'il s'agit, puisque tu sacrifies ta vie ?... Est-ce de mon fils ? Parle donc !
Telleda, qui se prosternait de nouveau, pleurait et restait muette.
Marcus retint un geste de colère. A quoi bon frapper cette femme qui bravait la torture ?
LE MYSTÈRE lOT
— Ferme cette maison, dit-il seulement sur un ton dur, et rends-toi, dès ce soir, à la villa rustica de l'ager Saponaria, où tu te tiendras à ma disposition.
« Ton silence est peut-être plus qu'une faute grave ; c'est peut-être un crime ! Réfléchis à cela.
« Quoique tu sois hors de la geôle d'Aureliani, ne te crois pas libre ; ma justice te tient.
« Si ton devoir est de parler au lieu de te taire, tu me trouveras inflexible pour te faire expier ce mutisme ! »
L JNVASION
Le sénateur quittait brusquement sa belle affranchie par crainte de s'abandonner à la colère lorsqu'il devait, au contraire, garder le plus grand calme pour remplir avec sûreté son rôle de justicier.
Par des rues de traverse, il atteignit promptement la voie principale de la cité sur l'un des côtés de laquelle s'élevait le palatium du vice-proconsul et ses regards furent, alors, attirés par un rassemblement d'une dizaine des principaux personnages d'Aureliani, parn")i lesquels se trouvait son fils.
Deux de ces notables l'avaient reconnu, en même temps qu'il distinguait les personnes du groupe, et s'en détachèrent pour aller à sa rencontre.
— Salut Clarissime Ivorixus. -
— Salut, viens te joindre à nous. Tu arrives à propos : Titus- Julius-Secundus, qui revient de Rémi (Reims), nous apporte des nouvelles alarmantes ; elles réclament de promptes initiatives.
" Titus- Julius-Secundus était un vieux gallo-romain de noble origine, sénateur comme Marcus, mais d'une classe audessous de la sienne.
Quand il vit le père de Caïus qu'amenaient au groupe les gaulois : Antonius Perennis et Publius Appius, décurions tous deux, c'est-à-dire magistrats municipaux de la cité, il insista, comme eux, pour le retenir.
— Oui, dit-il, les nouvelles que j'apporte de Rémi et de la frontière germaine sont extrêmement graves.
l'invasion 103
« Je voulais d'abord les communiquer au Légat de César. Malgré l'urgence que j'invoquais, Lucius Priscus s'est fait excuser de ne pouvoir me recevoir avant demain matin.
« Il est pourtant si nécessaire d'aviser sur des mesures à prendre sans délai que je donnais là quelques renseignements à nos amis et à ton fils en le priant de te les transmettre.
« Je vais vous éclairer tous plus complètement ; quittons cette place. C'est un lieu défavorable pour traiter un sujet d'une telle importance. Entrez dans ma demeure.
Titus Secundus possédait à Aureliani une petite maison, sorte de pied à terre élégant, situé à très courte distance du palatiiim du vice-proconsul. Il y entraîna Marcus Ivorixus qu'il avait amicalement pris par le bras.
Caïus et les autres auditeurs du groupe les suivirent.
Aussitôt que tous furent réunis dans le triclinium, Titus Secundus écarta les esclaves et reprit :
— La frontière du Rhenus (le Rhin) est rompue par une invasion d'Alains et de Vandales !
« A Mogontiacus (Mayence), Vangiones (Worms), Nemetes (Spire), Argentoratum (Strasbourg), ils ont pénétré, profitant de l'insuffisance actuelle de notre protection militaire.
— Il fallait s'y attendre ! s'écria Publius Appius, ému de crainte autant que d'indignation, l'empereur nous a retiré les légions qui gardaient sur les rives du fleuve les provinces de Germanie première et de Germanie seconde î
— Laisse dire Titus, après nous serons mieux en état d'apprécier, fît Marcus.
— Ces baibares, continua le sénateur, ne sont encore que les avants-coureurs d'une multitude innombrable de leurs pareils.
« Plusieurs de leurs bandes, traversant la Germanie première, sont venues battre, dans la Belgica prima, les remparts de Treveri (Trêves), et de Verodunum (Verdun).
« Repoussés par ces villes, ils n'ont saccagé que des mai-
i04 LA JOUISSANCE GALLO-ROMAINE
sons suburbaines et des villas. Par contre, dans la campagne, leurs pillages, leurs incendies ont ruiné nombre de pagi (villages) et des domaines isolés (castella). Ils ont massacré tous ceux qui leur résistaient, puis entraîné les autres en esclavage.
— Ces barbares sont donc repaitis ? demanda Marcus.
— Les bandes qui s'étaient avancées jusque dans la Belgica prima, se sont repliées ensuite vers la frontière. Mais elles reviendront ; elles sont même certainement revenues déjà depuis mon départ de Rémi, il y a cinq jours ; et d'autres bandes vont les suivre, en attendant la masse irrésistible de l'invasion !
— Comment le sait on ? fit Livius Laucanus, un jeune et très opulent municipe fort écouté dans la curiale (assemblée des magistrats).
— Une petite horde de ces barbares a été battue entre Mogontiacus et Continentes (Coblentz) par une cohorte de nos Francs auxiliaires.
« Cernée pendant qu'elle pillait un pagi cette horde n'a pas été totalement exterminée. Des prisonniers furents faits ; or, ces prisonniers annoncent. l'imminente arrivée de la grande masse des Vandales et des Alains.
Antonius Perernis et plusieurs autres Aureliens se récriaient, ayant peine à concevoir des incursions si hardies réalisées par des troupes de barbares isolées et peu nombreuses.
Titus Secundus les expliqua :
— Nos troupes auxiliaires de Francs sont composées de faibles cohortes (corps de 500 à 1000 fantassins) divisées le long du fleuve.
« Les barbares amènent peu de combattants à pied. Presque tous montés sur des chevaux rapides, ils se déplacent pendant la nuit et se cache t pendant le jour.
« On ne sait où les trouver. Près de Leuci (Toul), fut exterminée une cunei (troupe) de cent dix d'entre eux. Egarés, ils se dirigeaient du côté de Vesontio (Besançon) croyant retourner à Nemotes (Spire sur le Rhin).
l'invasion 105
Marcus Ivorixus, quoique très absorbé par le drame si mystérieux auquel il se trouvait m.êîé par son fils et Telleda, n'était pas indifférent aux nouvelles appr rtées de Rémi par Titus Secundus.
Cependant, il n'y attachait pas autant d'importance que son collègue sénatorial. Modérer les craintes de ses auditeurs lui parut opportun.
— La Gaule vit depuis vingt-six à vingt-sept ans, dit-il, d?ms une tranquillité avec laquelle contrastent les troubles signalés par Titus et cela explique votre émoi.
« J'ai connu dans ma jeunesse, avant le règne du grand Théodose, des temps plus agités. Ne t'en souviens-tu pas, Titus ?
— Je me rappelle fort bien les ravages des Francs, des Alanians et des Saxons qui furent refoulés au delà du Rhénus par l'Empereur Juhen, il y a environ cinquante-cinq, cinquante-deux et quarante-neuf ans, Marcus, car j'ai le fâcheux privilège d'être ton aîné.
» Dix ans plus tard, trois hordes d'Alamans, envahirent encore notre territoire et furent chassés par Jovius, général de l'Empereur Valentinien.
— Mayence, dégarnie de troupes romaines, fut pillée en 368 par les barbares.
— Sous Gratien, d'autres invasions se produisirent, mais depuis 379 nous étions en paix...
— Laisse-moi citer encore, Titus, d'autres tentatives barbares plus anciennes : En 297, sous le règne de Constance Chlore ; en 275 et 276 ; sous l'Emipereur Gallien dix ans plus tôt ; enfin au iii^ siècle et au ii^ siècle, — ce sont des faits dont j'ai particulièrement étudié l'histoire — des incursions germaines eurent lieu, tout à fait semblables à celle qui se reproduit à présent.
« Il y eut assurément de grands désastres caus's par ces étrangers, mais ils n'ont jamais eu le caractère de véritables conquérants.
« Ce sont des ravageurs, des pillards, qui ne s'établissent
nulle part. Ils ne s'emparent pas des iiagi et des vici (bourgs, villes) pour les occuper, s'y fixer; ils les saccagent, les incendient, et s'en vont.
« Leur butin fait, ils sont toujours retournés au delà du Rhénus, ou bien ils ont péri, exterminés sur notre territoire.
— En sont-ils moins dangereux ? s'écria Publius Appius.
— Assurément, puisque leurs déprédations durent peu.
— Tes observations, Marcus, sont très justes ; je rends hommage à ta science ; pourtant, crois qu'il ne s'agit pas cette fois de brigandages sans suites.
« Les bandes d'à présent précèdent de peu une véritable invasion générale du Nord et de l'Est de la Gaule.
« Jusqu'à ce jour, nous n'avons eu à combattre que des barbares aventuriers, désavoués par les peuples étrangers dont ils provenaient.
« Cette fois, les envahisseurs nous sont suscités par le vandale Stilicon. Cet étranger ne se contente pas d'être le premier ministre favori de notre Auguste Honorius ; il veut usurper l'Empire au profit de son fils.
— ... Et proscrire les chrétiens ! insinua le décurion Aulus Venator.
— On le dit aussi, reprit Titus. Quoi qu'il en soit, aux instigations traîtresses de ses émissaires chez les barbares, ses compatriotes Vandales ont rallié les Alains et les Suèves contre nous.
« Ce mouvement est tellement certain que des Francs Saliens de -a Germanie seconde, redoutant le premier choc de cette invasion, comme les Francs de la Germanie première, ont envoyé des délégués au chef des légions de la Bretagne (Iles Britanniques actuelles) pour l'appeler à leur secours,
— Constantinus ne peut pas déplacer ses légions de Bretagne sans un ordre de l'Empereur.
— Oui, Marcus, si tu le supposes fidèle au divin Honorius.
l'invasion
— Trahirait-il ?
— Ses légions l'ont, dit-on, proclamé empereur.. .
— Constantinas, observa le curial Ouintus Domitius, très fervent chrétien, n'est pas moins païen que Stilicon.
« Son intervention est un acte d'usurpation aussi coupable que celui du Vandale favori d'Honorius, et je me demande si les barbares ne sont pas moins redoutables pour nous que ces militaires ambitieux.
— Ils sont du moins romanisés !
— Mieux vaudrait qu'ils fussent chrétiens !
— Mes amis, se hâta de dire le sénateur-poète, laissons ces considérations religieuses aux évoques et à leurs clercs. Qu'ils soient par dessus tout chrétiens, c'est leur rôle ; le nôtre est de rester romains.
— Revenus de Bretagne avant mon départ de Rémi, poursuivit Titus, les envoyés des Francs annonçaient que Constantinus arrivait derrière eux. Il devrait donc être aujourd'hui dans la Belgique seconde.
— S'il vient avec ses légions, nous somm.es ici assez loin de la frontière pour n'avoir pas à redouter une prompte arrivée des barbares. Il les arrêtera longtemps ; ou même il les refoulera du premier coup de l'autre côté du Rhénus.
— Ne sois pas si confiant, Laucanus. J'ai vu à Rémi des vieux Gaulois mieux informés que nous des conséquences probables d'un si grave événement; ils ne croient pas que les légions de Constantinus soient capables d'arrêter une invasion comme celle-là.
« Retourne vite dans la province Lugdunaise, m'ont-ils dit. Exhorte tes concitoyens à réparer les remparts de leurs vîci (villes) ; à fortifier leurs castm (châteaux), leurs villas ; à lever des troupes et former surtout des aîae (corps de cavaliers). Qu'ils amassent aussi des provisions pour soutenir des sièges. Rappelle leur que le centre de la Gaule n'est qu'à cinq ou six journées de marche du Rhénus pour des envcihisseurs dont la tactique est de fondre avec la rapidité de l'aigle sur la proie qu'ils visent.
«Voilà pourquoi j 'engageais Caïus îvorixus, avant l'arrivée de son père, à grouper les jeunes hommes nobles de son âge à Aureliani pour former un corps de défense avec eux, et les contingents de soldats qu'ils pourront improviser sans retard.
— On ne peut rien entreprendre concernant l'intérêt public et celui de l'Etat, — tu le sais autant que moi, Titus, — sans la direction, ou l'assentiment du Légat de César.
— C'est pourquoi je voulais le voir dès mon arrivée; il se dérobe ! '
■ — Non, il ajourne seulement ta réception à demain matin.
— C'est perdre un temps précieux !
— Le jour est déjà fort avancé; on ne ferait pas grand chose d'utile à cette heure, et, trop de précipitation dans des circonstances comme celle-ci, serait dangereux.
— Soit, ajournons les décisions à prendre et joignez- vous à moi demain rnatin pour voir le vice-proconsul, conclut Titus Secundus.
Marcus et les notables d'Aureliani adoptèrent cette dernière proposition./